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De la Tauride à la Crimée 
Chronologie synthétique 
By PanDoktor Posted in Chronologie on 12 février 2017 84 min read
Les trois Maïdanes  Previous La Constitution de Bendèr Next
La péninsule criméenne de l’Antiquité à nos jours regroupée en 5 périodes clés avec cartes et illustrations.

Dans l’antiquité puis au Moyen Âge, d’innombrables peuples s’installent durablement en Tauride, ancien nom de la Crimée. Notamment des Grecs, Scythes, Sarmates, Khazars, Polovtsiens, Bulgares et autres Goths. Au Xe siècle, le prince de Kiev, Sviatoslav 1er établit un État ruthène dans l’est de la péninsule. Avec l’arrivée des Tataro-mongols au XIIIe siècle, la ville de Qirim est fondée et donnera son nom à la future Crimée. Un puissant khanat tatar s’impose au XVIe siècle et rivalise avec l’État des tsars pour la domination des steppes ayant jadis appartenu à la Horde d’or (Mongols). Les Khans de Crimée reconnus comme héritiers légitimes de Gengis Khan, aideront les Cosaques ukrainiens à combattre les invasions moscovites.

De nombreuses nationalités maintiendront leur langue et culture jusqu’à l’arrivée des Russes à la fin du XVIIIe s. Les Grecs pontiques et les Arméniens sont déportés hors de la presqu’île par un oukase de Catherine II. Des serfs, surtout ukrainiens, sont envoyés en Crimée, tandis que les Tatars victimes de vexations émigrent en masse. Injustement accusés de collaboration durant la Guerre de Crimée, les Tatars ne représentent plus que 35 % de la population criméenne à la fin du XIXe siècle, contre 33 % de Russes et 11 % d’Ukrainiens.

De la Tauride à la Crimée 

Même accusation mensongère au lendemain de la Seconde Guerre mondiale : cette fois TOUTE la population tatare est déportée en Asie centrale – la moitié n’y survit pas. C’est le Surgûn du 18 mai 1944, un génocide peu connu en Occident. Le terme surgûn signifie exil de force. Pendant ce temps, comme sous les tsars, la main-d’œuvre ukrainienne des régions limitrophes est envoyée pour reconstruire la presqu’île détruite par la guerre. L’autonomie administrative est supprimée et les noms de localités tatars sont russifiés ou changés. La Crimée devient « ethniquement » russe à 90 %.

Mais en 1954 Moscou décide pour des raisons économiques d’intégrer administrativement la péninsule au continent, c’est-à-dire à la RSS d’Ukraine. Avec l’implantation des Ukrainiens, la proportion des Russes ne sera plus que de 60 % à la fin des années 1980 (ou sans doute moins, les recensements soviétiques et postsoviétiques ne reflétant pas la réalité « ethnique » ou culturelle à proprement parler. Le fait de se dire « russe » pouvait être motivé par des raisons plus terre à terre.)

La population de Crimée votera majoritairement en faveur de l’indépendance ukrainienne en 1991 et Moscou finira par reconnaître le rattachement de la Crimée à l’Ukraine en 1997. 

L’histoire plusieurs fois millénaire de la péninsule contredit donc intégralement l’argument selon lequel la Crimée « a toujours été russe ». À suivre la chronologie et à ne s’en tenir qu’aux faits, elle ne l’a jamais été – si ce n’est de force et au prix d’un génocide.

De la Tauride à la Crimée 

Cartes et statistiques

DIVERSES CARTES (HISTORIQUES ET ACTUELLES)

Cartes

De la Tauride à la Crimée 
De la Tauride à la Crimée 
Carte de la Crimée actuelle
De la Tauride à la Crimée 
La Tauride des temps les plus reculés à l’Antiquité (carte détaillée des fouilles archéologiques en ukrainien). Losanges : violets pour l’âge de bronze, bleus pour les Scythes, verts pour les Taures.
De la Tauride à la Crimée 
Royaume du Bosphore
De la Tauride à la Crimée 
Cités grecques

Statistiques

De la Tauride à la Crimée 

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De la Tauride à la Crimée 

Chronologie

La présente chronologie survole l’histoire de la péninsule avec une attention particulière pour les Tatars persécutés. L’histoire du génocide tatar perpétré en 1944 avec des répercussions irréversibles sur la composition ethnique de la péninsule mériterait une chronologie entièrement consacrée à la question.

Tauride, Gazarie et Horde d’Or
(Antiquité à 1399)

Tauride

  • Du IXe au Ve siècle av. J.-C.
    Les Taures, ethnie archaïque aux origines disputées, peuplent le sud montagneux de la péninsule. Ils vivent de rapines et donneront à la Crimée son nom classique de Tauride. Ils se mêlent par la suite aux Scythes, peuple indo-européen iranophone venu d’Asie au VIIe s av. JC
  • VIIIe siècle av. J.-C.
    Les Cimmériens Kymeroï en grecsont poussés hors de Crimée par les Scythes. Ces cavaliers iranophones par qui la transformation du métal est arrivée dans l’actuelle Ukraine (et qu’Homère voyait comme une tribu lactomane et cannibale!) étaient déjà présents dans les steppes d’Ukraine et de Crimée au IIe et Ier millénaire. Une partie s’aventure en Asie Mineure en dévastant le royaume de Midas et l’Assyrie déclinante. Les Scythes n’occupent pas les reliefs de la péninsule. Une population de Cimmériens et de Taures s’y réfugie.
  • Profitant d’une expédition, un grand fossé défensif est construit dans le nord de la Crimée par les descendants d’esclaves et de femmes scythes, rapporte Hérodote. Mille ans plus tard, les Tatars construiront le leur du côté de Perekop sans qu’on puisse dire avec certitude qu’il s’agisse du même dispositif. Perekop veut dire fossé en langue slave. Le mot Crimée proviendrait du tatar Qirim qui veut justement dire fossé. Le mot grec Kumeroï (Cimmériens) n’est pas très éloigné. Les Cimmériens avaient pour les Grecs la réputation de vivre en sous-sol. En réalité, ils sont les héritiers directs de la culture dite des fosses qui apparut à l’âge de bronze dans le sud de l’Ukraine. Les kourganes, tombes surmontées de tertres, sont caractéristiques des cultures iranophones ayant propagé l’indo-européen entre l’Europe et l’Inde à partir du IIIe millénaire.
  • VIe siècle av. J.-C.
    Kourgane scythe de Kelermès au Kouban. La synthèse de plusieurs peuples iranophones en Crimée débute au VIe siècle av. J.-C. et s’achèvera au Ier.
  • Du VIIe au Ve siècle av. J.-C.
    Fondation de colonies grecques (ioniennes) évoluant pour certaines vers des cités-États. Elles conserveront leur caractère grec jusqu’à leur disparition; leur influence culturelle se limitera aux élites environnantes. Le célèbre philosophe scythe Anacharsis en est peut-être représentatif. Il sera le premier étranger à recevoir les privilèges de la citoyenneté athénienne, écrit Hérodote.
  • 512 av. J.-C.
    Colossale campagne de Darius le Grand, empereur des Perses, contre les Scythes. Échec en Ukraine. Le roi scythe Idanthur (ou Idanthyrse) refuse l’affrontement jusqu’à ce que l’immense armée perse soit obligée de battre en retraite. Le Danube marque la frontière définitive de l’empire achéménide. La Crimée et les côtes septentrionales de la Mer Noire demeurent scythes.
  • 480 ав. JC
    La cité de Panticapée, colonie ionienne, crée le Royaume de Bospore. Souvent appelé Bosphore Cimmérien dans l’historiographie.
  • IVe siècle av. J.-C.
    Royaume de Bospore, dans l’est de la Crimée. Premier État connu sur l’actuel territoire ukrainien. Il domine les deux rives du détroit de Kertch (Panticapée). Boom démographique et sédentarisation des Scythes dans le reste de la péninsule.
  • ІІІe siècle av. J.-C.
    À l’est, les Sarmates, lanciers au casque conique vêtus d’une cotte de maille rejettent les Scythes vers la Crimée; à l’ouest ce sont les Gètes, les futurs Daces. En art, les Sarmates ont un faible pour les émaux polychromes incrustés dans le métal, goût qu’ils transmettront aux Goths qui eux-mêmes le propageront en Europe mille ans plus tard. Fondation de Néapolis à l’ouest de la péninsule, capitale des Scythes sédentaires dominant les Taures ainsi que les cités helléniques comme Chersonèse. La population est mixte et rassemble les principaux peuples de la presqu’île. Néapolis se situait tout près de l’actuelle Simferopil, actuelle capitale de la Crimée.
  • IIe siècle av. J.-C.
    Arrivée des Sarmates nomades. Ils sont, comme leurs cousins scythes, iranophones et indo-européens. L’influence culturelle des Scythes sur les Sarmates remonte au VIe siècle av. J.-C., soit peu de temps après le regroupement des tribus sarmates dans le sud de l’Oural. Les Alains et les Roxolans font entre autres partie de ce groupe. Les Huns ont légué aux Sarmates leurs techniques de guerre et leurs armes légères, que les Alains mettront pleinement à profit en dominant la steppe azovienne. À la fin du IIe siècle av. J.-C., ils prêtent leur concours aux Scythes opposés à la cité de Chersonèse.
  • Ier siècle av. J.-C.
    Dans un premier temps, les Roxolans (sarmates) aident le Royaume de Bospore à conquérir de nouveaux territoires en Crimée. Lorsque les Sarmates se font menaçants, le royaume de Bospore se place sous la protection de l’empereur pontique Mithridate VI Eupator. Les Scythes sont défaits et se mêlent aux Sarmates.
  • 63 av. J.-C.
    Suicide de Mithridate réfugié à Panticapée, vaincu par Pompée et abandonné de tous. Il avait voulu conquérir Rome… (Pour l’anecdote, Mozart en a fait un de ses meilleurs opéras dès l’âge de 14 ans.)
  • Ier siècle av. J.-C.
    Les cités grecques bénéficient de la protection pontique et romaine. Les Taures iranophones, les Scythes et les Sarmates commencent à migrer vers le Danube. D’autres peuples de Crimée font de même.
  • Vers l’An 0.
    Strabon est le premier géographe à décrire la Crimée dans le détail, notamment sa partie gréco-romaine.
  • Ier s.
    L’expression Tauroscythes pour désigner le « peuple de Crimée » sera encore usitée aux XIII-XIVe siècles comme une sorte de gentilé archaïsant. La synthèse de plusieurs peuples iranophones en Crimée avait débuté au VIe siècle av. J.-C. et s’achève au Ier. Le géographe Ptolémée est le premier auteur à parler de Tauroscythes (en 150 apr. J.-C.).
  • IIe s.
    Le roi Sauromatès II, vassal de Rome et maître de Bospore, défait Scythes, Sarmates et autres Taures. Néapolis et les régions montagneuses de Crimée sont annexées. Arrivée de garnisons romaines. Leur présence sera strictement militaire et n’influera pas sur les cultures locales. Les cités grecques conservent le littoral sud, tandis que les Sarmates iranophones s’étendent au Nord. Les Tauroscythes plutôt montagnards se mêlent aux Sarmates.
  • Moitié du IIIe siècle
    Invasion des Goths. Elle passe le Dnipre et menace les Alains (Sarmates). Le Royaume de Bospore est attaqué par la mer (à l’aide de vaisseaux byzantins ?) et ne s’en relèvera pas. En revanche les iranophones semblent bien résister à l’invasion. Soudak est vraisemblablement fondée par les Alains. (Le nom Soudak proviendrait du vieil iranien sughda, saint, racine directement apparentée au peuple Sogdien, des Scythes d’Asie centrale ayant fondé les villes mythiques de Samarcande et de Boukhara sur la route de la Soie. L’origine de cette route remonte d’ailleurs à la préhistoire.)
  • IVe s.
    Invasion des Huns. En 378 ils passent le détroit de Kertch à la grande surprise des Goths et des Alains qui les attendaient sur le Don. Chute du Royaume de Bospore. Les Alains (Sarmates) se réfugient dans les montagnes, tout comme les Goths. Les Huns et les tremblements de terre achèvent de détruire les cités grecques de la péninsule. Seule Chersonèse reste entière. Néapolis, cité scythe, est rasée. La plupart des cités bosporiennes également.
  • 451
    Après la défaite d’Attila battu par les Romains, les nomades reviennent. Les Huns s’installent dans la région de Chersonèse. Les Gépides (proches des Goths, ancien pivot des armées d’Attila) s’installent dans l’est des Carpates. Leur royaume, constant allié des Slaves et des Bulgares en Ukraine, ainsi que de Byzance, dominera le Danube durant un siècle avant que les Avars ne l’anéantissent. La célèbre boucle à tête d’aigle caractéristique des Sarmates et de la tradition germanique orientale était fort appréciée des femmes Gépides. On en trouve un grand nombre en Crimée.
  • VIe s.
    Les Byzantins s’emparent du Bosphore Cimmérien ou Royaume de Bospore à l’aide de soldats goths. Justinien 1er vassalise les Goths et les Alains de Crimée. En 529, le roi des Huns criméens prend le baptême et prête allégeance à Constantinople. La garde de Bospore lui est confiée. Mais sa conversion n’est pas du goût de ses frères; des querelles politico-religieuses éclatent et bientôt l’armée byzantine expulse les Huns de la péninsule. Les Goths christianisés sont invités à les remplacer; sur la roche de Mangoup leur capitale est fondée et Doros, leur petit royaume, domine la pointe sud de la presqu’île. Les Alains retrouvent Théodosia à l’est et la renomment Ardabda. (Les 7 dieux en vieil-iranien ?) Justinien remonte les remparts et fortifie la Crimée méridionale de sorte à protéger la « route de la soie » qu’il projette d’établir. Au nord de la Crimée dépeuplée, des Bulgares turcophones apparentés aux Huns et mêlés aux Alano-Goths commencent à s’installer.
  • 567
    Les Turkmènes, qui saisissent les territoires abandonnés par les Huns, prennent Bospore. Ils cherchent, comme les Byzantins, à établir leur contrôle sur la route de la soie. Une guerre civile les empêche toutefois d’enlever Chersonèse, place forte des Byzantins, et ils finissent par abandonner la péninsule. Bientôt les Utighours, une des nombreuses tribus hunno-bulgares chassant les Huns, s’installent sur la façade méridionale de la Crimée, obligeant les Goths et les Alains soit à se réfugier plus profondément dans les montagnes, soit à quitter la péninsule par le détroit de Kertch. (Sur les pentes du mont Çatır Dağ des tombes gothes de cette époque ont été retrouvées. Chaque année un pèlerinage commun tatar et ukrainien en mémoire du génocide de 1944, est organisé au sommet de la montagne. Voir 2006.)
  • 619
    Koubrat, khan bulgare, adopte le christianisme à Constantinople. En retour, ses domaines en Crimée lui sont confirmés. Vers 635, Phanagoria, antique cité grecque sur la rive orientale du détroit de Kertch, devient la capitale de la Grande Bulgarie. Son fils aîné, Boyan, ne parvient pas à contenir les Khazars, peuple caucasien sédentaire, mais ambitionnant d’accaparer l’héritage de la Horde bulgare, son ancienne protectrice. L’origine ethnique des Khazars demeure à ce jour assez discutée, mais géographiquement, ils proviendraient du Daghestan dans le nord du Caucase. Vers 550, les Khazars relativement pacifiques et cultivateurs, s’étaient soumis au clan d’Açina, maître du khanat Göktürk dominant l’Asie mongole et la Route de la soie. L’État qui se forme alors allait devenir le plus puissant d’Eurasie au VIIe s.
  • 652
    Les Khazars arrêtent les Arabes à Balanjar (Nord Caucase).

Gazarie

  • 655
    Invasion khazare. En moins d’une quinzaine d’années, toute la Crimée, sauf Chersonèse, est envahie. Le commerce de la péninsule, alors intégrée à la Route de la Soie, est administré à Soudak par un tarkhan, représentant du Khan khazar.
  • VIIe s.
    Les Bulgares fuient les Khazars (peuple en partie turcique) et s’installent sur les contreforts montagneux, non loin des cités byzantines. Les Khazars s’emparent de Bospore et s’allient à Byzance : Chersonèse revient à l’empire, les steppes à leur Khanat. Phanagoria et une partie du Bospore sont sous double souveraineté.
  • Fin du VIIe siècle
    Comme Panticapée, la forteresse khazare de Taman-Tarkhan domine le détroit de Kertch et contrôle les échanges commerciaux entre l’Europe du Nord et Byzance; ce sera la Tmoutorokan de l’époque kiévienne. Après l’afflux de chrétiens byzantins opposés aux empereurs iconoclastes voulant réduire l’indépendance des moines notamment, au VIIIe siècle les Khazars rompent l’alliance avec Constantinople et remplacent au fur et à mesure des guerres la population de l’est de la presqu’île par des éléments turciques. La Crimée sera appelée jusqu’au XVIe siècle Gazarie, notamment par les colons Génois.
  • 710
    Expédition punitive de l’empereur byzantin Justinien II en Crimée. Les Khazars aident Chersonèse et repoussent l’attaque. Mais la poussée arabe dans le Caucase oblige les Khazars à ménager les Byzantins.
  • 730
    Le Khan des Khazars adopte le judaïsme. Réfugiés en Khazarie, les Juifs de l’Empire byzantin avaient installé un puissant réseau de caravanes contournant la Route de la soie (celle-ci était lourdement taxée par les Arabes en Sogdiane, alors extraordinaire région d’Asie centrale de langue scythique, remarquablement développée et tolérante avant l’invasion arabo-islamique). Ces Juifs persuadèrent le Khan d’adopter la religion « juive », en signe de neutralité entre les deux puissances : arabe d’un côté, byzantine de l’autre. Ainsi d’après leurs rabbins, Açina fondateur de la dynastie aurait eu une mère juive! Mais en 737, un revers militaire contre les Arabes oblige le khan à se convertir à l’islam… La corporation des marchand juifs possédait une garde de 12.000 mercenaires, dit-on. (La controverse des Rakhdonites – ceux qui connaissent la route en persan – tire son origine des campagnes antisémites très actives dans les milieux rouge-brun russes des années 1990.)
  • VIIIe s.
    La percée arabe dans le Caucase pousse les Khazars à se retrancher dans les steppes de Crimée. Les cités gothes, alanes et bulgares qu’ils avaient jadis décimées sont intensivement reconstruites et fortifiées, comme Tchoufout-Kalé près de Kertch. Les Bulgares turcophones s’assimilent aux khazars-göktürks. Les Alains et les Goths se tiennent à l’écart. Par ailleurs des moines orthodoxes fuyant l’absolutisme byzantin, se réfugient dans les montagnes et y bâtissent des édifices religieux. Dans les régions de Kertch et de Chersonèse, la Crimée se repeuple, notamment par l’apport khazaro-bulgare. L’agriculture et l’économie redémarrent. Mais les Grecs, les Goths et les Alains se rebellent.
  • 787
    Soulèvement de l’évêque Ioanne. La population sud-criméenne, essentiellement gothe et alane, libère Doros-Mangoup de l’emprise khazare. De longues et terribles luttes se succèdent. Byzance reprendra la région au IXe siècle Pendant ce temps, les marchands juifs de l’empire khazar finissent de « judaïser » l’appareil d’État. Les Juifs de Khazarie et des États voisins affluent en Crimée. Une guerre civile s’installe. Byzance en profite pour reprendre Chersonèse en 832. Au cours des deux siècles suivants, les élites judéo-khazares, mais aussi alano-gothes, bâtissent un dense réseau de forteresses dont il reste une centaine de vestiges. On pense que les Karaïtes (juifs hétérodoxes) installés en Crimée descendent des élites judéo-khazares. Leur langue, bien que turcique, possède ses particularités. Mais, vivant en communautés fermées, il semble que les Karaïtes n’aient pas pris part à l’ethnogenèse des Tatars de Crimée.
  • 838
    Le judaïsme religion d’État en Khazarie ? À cette date, les Vikings (Varègues) sont déjà à Kiev. D’après les chroniques médiévales, écrasés par le tribut khazar, les Kiéviens auraient appelé les Scandinaves à l’aide.
  • 915
    Les Petchenègues arrivent sur les rives septentrionales de la Mer Noire puis au sud des grandes plaines ukrainiennes. Commerce avec les villes de Crimée, notamment Chersonèse. En langue turcique le mot Petchenègue signifie « les beaux-frères », et plus exactement « les maris de la sœur aînée ».
  • 922
    Les Bulgares de la Volga, devenus musulmans et ayant de ce fait rompu avec les Khazars, établissent des routes commerciales parallèles avec leurs alliés et cousins Karlouks. Fin de la prospérité khazare.
  • 932
    Les Byzantins tentent de s’emparer de la Crimée. Les Kharars les repoussent. Les villages chrétiens (grecs et turciques) sont décimés.
  • 965
    Fin des Khazars, anéantis par les forces ruthènes (slaves) de Sviatoslav alliées aux Petchenègues et aux Oghоuzes (Turcomans).

Arrivée des Ruthènes

  • Fin du Xe s.
    Les Ruthènes créent la principauté de Tmoutorokan sur les deux rives du détroit de Kertch, dans l’est de la Crimée. Comme jadis le Royaume de Bospore, c’est un important centre de commerce entre Nord et Sud au XIIe s. Les princes de Tchernihiv dominent Tmoutorokan. Les Khazars disparaissent de l’histoire. La bande littorale demeure largement hellénophone, bien qu’avec des résidus judéo-khazars, notamment à Tchoufout-Kalé. Les Alains et les Goths occupent une zone compacte dans les régions montagneuses et au sud-ouest. En revanche, la steppe ainsi qu’une grande partie de la péninsule de Kertch est devenue turcophone. Les Slaves s’installent autour du détroit de Kertch.
  • 987
    Le prince de Kiev Volodymyr 1er (fils de Sviatoslav) prend Chersonèse, principal port byzantin en Mer Noire, situé à l’opposé de Tmoutorokan. Quelques mois plus tard, il rétrocède Chersonèse à l’empereur byzantin en guise… de dot. La Ruthénie adopte le christianisme byzantin.
  • XIe siècle
    Arrivée des Arméniens. L’irruption des Polovtsiens dans la steppe azovienne à la fin du XIe s. coupe Tmoutorokan de la principauté de Tchernihiv.
  • XIIe siècle
    Arrivée des Polovtsiens, Coumans, ou encore Kiptchaks, tribu turcoïde cousine des Petchenègues. En 1091, les Polovtsiens écrasent les Petchénègues près de Constantinople, où ils sont impitoyablement massacrés. Excepté les zones montagneuses, les Coumans occupent la majeure partie de la péninsule. Soudak est leur capitale. La prospérité des Coumans étend leur influence politique sur toute la Crimée. Leur langue contribuera à l’émergence du criméo-tatar, langue turcique du groupe oghouzo-kipthak. La principauté ruthène de Tmoutorokan disparaît.
  • 1204
    Les Croisés pillent Constantinople. Le pouvoir byzantin en est affaibli en Crimée.
  • 1222-1223
    À Soudak, Ruthènes et Coumans sont écrasés par des Turcs seldjoukides. Soudak est prise par les Tataro-Mongols l’année suivante.

Invasion tatare et mongole (Horde d’Or)

  • 1223 – Yurt tataro-mongol
  • Bataille de la Kalka en Ukraine orientale. La cavalerie mongole défait totalement les princes ruthènes venus en aide Coumans.
  • Dеs Tataro-Mongols de la Horde d’or font des incursions dans la péninsule. En 1239, Bathu Khan occupe la partie steppique de la péninsule et l’annexe à la Horde d’Or. Au cours du XIIIe s. les Tataro-mongols finissent par fonder Qirim qui donnera son nom à la Crimée. Ils en font la capitale de leur yurt ou fief, et imposent fortement les populations.
  • Les Coumans (Polovtses) se dispersent et se mêlent à de nombreux peuples, donnant plus tard naissance aux ethnies des Tatars de Crimée, des Nogaïs, des Bachkirs, des Kazakhs, des Gagaouzes, etc. Les Mongols de souche ne constituent qu’une petite minorité et domine des armées principalement composées de Polovtsiens. Ceux qu’on appelle aujourd’hui Tatars de Crimée ont avant tout bénéficié de l’apport polovtsien, petchenègue, khazar, bulgare, avar et hunnique à la fin du Moyen-âge.
  • Fin du XIIIe, début du XIVe
    Sur la côte sud, les Génois supplantent les Vénitiens. Caffa, anciennement Théodosia, qui est quasiment devenue une ville arménienne, devient un des grands centres de commerce sur la Mer Noire, et bientôt plaque tournante de la traite pour le compte de la Horde d’or, mais aussi de Florence et d’autres villes italiennes. Les Italiens de Caffa sont une petite communauté d’environ 300 personnes (sur 70.000 habitants). Les Arméniens de Crimée se sont largement adaptés aux Polovtsiens arrivés un peu plus tard qu’eux dans la péninsule. La langue polovtsienne influence fortement l’arménien local, mais des tensions communautaires subsistent. Par ailleurs, hormis les Alains, la Crimée ne compte plus d’iranophones. Arméniens, Goths et Karaïtes s’isolent entre eux. Les Alains également, sauf dans les villages à majorité turcique ou musulmane.
  • 1362
    Théodoros (Mangoup) est confiée à une dynastie de souche mi-byzantine, mi-arménienne et alliée par mariage avec les Grands Comnènes.
  • 1380
    Le Khan de la Horde d’or Tuqtamış accorde aux Génois le droit de gérer le commerce dans un grand nombre de ports, dont Caffa est le plus important. La Capitainerie Gothe des Génois entend évincer Théodoros en le privant d’accès maritime. Après la bataille de Koulikovo (victoire moscovite sur les Mongols) l’influence de la Horde d’or s’estompe. Mamaï, usurpateur mongol battu par les Moscovites, cherche refuge en Crimée auprès des colons italiens, mais il est abattu à Caffa. Tuqtamış accorde alors des privilèges aux marchands génois.

Tentative de protectorat lituanien

  • 1395
    Alors que la Turquie soumet la Bulgarie et une partie des Balkans, Tamerlan commence à conquérir la Horde d’Or qui, après sa mort, se divise en quatre khanats indépendants : Astrakhan, Kazan, Crimée et Sibir, enlevant ainsi un obstacle important à la montée de la principauté moscovite.
  • Fin XIVe
    Lituaniens et Ruthènes tentent de reprendre le contrôle de la Crimée, alors que la Horde d’or est défaite par Tamerlan. Les troupes de Witautas entrent dans la péninsule en 1397 et tentent d’y installer un protectorat. L’ancien khan Tuqtamış détrôné et poursuivi à travers les steppes par Tamerlan, demande à Witautas de l’aider et de prélever tribut sur Kiev afin de constituer une armée. En échange, la Crimée sera un protectorat lituanien.
  • 1399
    Bataille de la Vorskla près de Poltava. Défaite de Tuqtamış et des troupes lituano-ruthènes. Nouvelle invasion de la Horde d’Or en Ukraine. Tamerlan, qui se réclame de Gengis Khan, entend tout détruire sur son passage dans le seul but d’abattre son ennemi intime, Tuqtamış, qu’il avait jadis recueilli et protégé.

Khanat de Crimée
et première annexion russe (1400-1783)

Khanat des Tatars de Crimée

  • Début du XIVe siècle
    Le yurt de la Horde d’or devient un khanat avec une capitale, Bakhtchyssaraï. Alors que les Tatars s’islamisent, dans les montagnes survit un royaume orthodoxe et germanique (goth) allié à Moscou : Théodoros. Il résiste aux Tatars et dispute aux Génois le contrôle de la côte. Le mot Tatar est d’origine mongole. Il désignait à l’origine un peuple turco-mongol presque totalement anéanti à la fin du XIIe siècle par Gengis Khan et les Chinois. Les tribus mongoles et turcoïdes qui envahirent l’Europe centrale et orientale au début du XIIIe siècle ont hérité du gentilé, mais n’étaient pas tatares à proprement parler.
  • 1433 : Les Théodorites de Cembalo (Balaklava) expulsent les Génois avec le soutien des Tatars. Le capitaine Bartolomeo di Levante ne parvient pas à reprendre le port fortifié.
  • 1434 : Un important corps expéditionnaire de 20 vaisseaux conduit par Carlo Lomellino reprend Cembalo, mais les Génois sont défaits par les Tatars de Crimée en voulant attaquer Solkhat (Qirim). Ulugh Muhammad (Khan de la Horde d’Or soutenu par les Lituaniens et les Ottomans) oblige le khan de Crimée, Haci Ier Guiraï, à se replier sur le Dnipr.

Sortie de la Horde d’Or

  • 1437
    Le Khanat de Crimée s’émancipe de la Horde d’or. Vers 1449 il devient réellement souverain en battant la Horde d’or à plusieurs reprises. Tchufut Kalé devient la capitale de l’État. Bientôt la chute de Constantinople précipite celle du commerce génois en Crimée. Le Khan possède ses propres galères et commerce directement avec la Porte.
  • Moitié du XVe.
    Les Lituaniens installent la dynastie Guiraï (Gyray) contre la Horde d’or et les Génois. L’ethnonyme Tatar de Crimée commence à se propager parmi les musulmans de fraîche date, qui s’assimilent ou s’acculturent. Une ethnie criméo-tatare commence à se constituer sur la base du substrat couman (turcoïde) bien plus que mongol, alors même que les Coumans ont connu une longue période d’impitoyables exactions tatares. Jusqu’en 1944, il existera 4 grandes subethnies tatares en Crimée. 1 – Les Yali-Boïlious, Tatars turquisés et descendants des Turcs ayant occupé en 1475 les territoires génois. 2 – Les Tatlyars, population européennes tatarisées, essentiellement des Goths, Grecs et autres Européens des montagnes. 3 – Les Ortaliouyaks, Tatars du centre de la Crimée. 4 – Les Nohaïlars, Nogaïs ou Manghites, nomades de la steppe tard venus.
  • L’apport slave devient important du XVe au XVIIe s. avec l’arrivée des esclaves slaves. Les mariages de Tatars avec des Ukrainiennes ou des Russes arrivées en Crimée comme esclaves sont fréquents, le plus souvent dans les couches sociales les moins élevées. Le mariage permettait à ces femmes d’être affranchies. Quant aux hommes, se marier avec des esclaves évitait la tradition du qirim, forte somme versée pour la fiancée. Une exception criméenne.
  • 1456
    Raid turco-tatare sur Caffa, contrainte de payer tribut.
  • 1471
    Pour la première fois, les Tatars sont invités à combattre pour le compte des Ottomans (campagne de Moldavie, qu’ils ne feront pas).
  • 1475
    À la faveur d’une crise politique, intervention ottomane à Caffa et Mangoup sans menacer le Khanat Tatar. En mal d’esclaves, le Sultan turc Mehmet II s’empare des ports génois dans le sud. La Horde d’or entend reprendre la Crimée; mais en réaction les clans tatars finissent par opter pour la dynastie Guiraï, désormais vassale des Ottomans. Théodoros (Mangoup) est le dernier État grec médiéval à disparaître. Les Italiens quittent la presqu’île, les autres communautés chrétiennes de Crimée seront tolérées jusqu’à l’arrivée des Russes trois siècles plus tard.

Entre protectorat turc, alliance moscovite
et désir d’empire

  • 1480
    Mengli-Giray I contrebalance ses alliances en favorisant cette fois la Moscovie d’Ivan III. Il veut récupérer le « grand oulous » de la Horde d’or, la steppe eurasienne.
  • 1482
    Prise de Kiev par les Tatars à la demande d’Ivan III. En 1484, les Tatars prennent Akerman pour le Sultan Bajazet II, et surtout le port de Kilia en Roumanie, verrou du Danube. En 1489 Kiev brûle lors d’une deuxième invasion criméo-tatare.
  • Fin XVe
    Protectorat turc ottoman. Le royaume goth disparaît. Caffa (Féodosia) devient la capitale d’un sandjak prospère. Nombreux raids dévastateurs sur l’Ukraine, notamment en 1498.
  • Début XVIe
    La Crimée tatare, vassale de la Sublime Porte, combat à la fois Moscovites, Polonais et Lituaniens. Début des grandes rafles d’esclaves et d’enfants chrétiens en Ukraine. Mais avec des tentatives d’alliances avec les Cosaques ukrainiens.
  • 1502
    Les Khans de Crimée se font appeler du titre impérial de padishah et sont reconnus héritiers légitimes de la Horde d’or, qu’ils ont définitivement défaite. Moscovites et Lituaniens s’adressent au Khan de Crimée en le nommant Caesar Praecopensis, c’est-à-dire césar (empereur) de Perekop. Néanmoins, malgré une politique étrangère plus ou moins autonome et le droit de battre monnaie, ils seront de plus en plus vassalisés par les Sultans ottomans et ne régneront, dans les faits, que sur les Tatars nogaïs et les Tcherkesses dans la steppe et le Kouban, ainsi que sur les Abkhases dans les montagnes du Nord-Caucase.
  • Nouvelle volte-face. Les Guiraï s’opposent aux Russes et à leurs alliés nogaïs pour la succession de la Horde d’Or. Ils prennent Kazan, mais ne peuvent y restaurer la Horde d’or faute de débouchés commerciaux suffisants.
  • 1521 – Première « alliance » tataro-cosaque
    Les Cosaques attaquent Istanbul pendant que l’armada ottomane entend soumettre les Tatars de Crimée, ce qui oblige la flotte turque à rentrer. Les troupes turques restées en Crimée sont défaites.
  • 1534 : Première historique. À Istanbul, Roxolane, une esclave ukrainienne, est affranchie et devient l’épouse légitime du sultan Soliman le Magnifique. Néanmoins son influence directe sur la politique ottomane demeure discutée.
  • En 1548 les Tatars nogaïs, utilisés par les Ottomans pour la neutralisation des khans trop remuants, sont écrasés à Perekop.
  • 1549
    Le baron von Herberstein dans son époustouflant Rerum Moscoviticarum Commentarii, ou Notes sur les Moskovites, traduit et réédité de très nombreuses fois, appellent les habitants de la péninsule « Tatars Précopites » (de Perekop).
Guerres tataro-cosaques
  • 1557
    Les Turco-tatars détruisent la première Sitch zaporogue, poste avancé installé sur l’île fortifiée de Khortytsya sur le Dnipre. L’année suivante, le prince « Baïda » Vyshnevetsky, créateur supposé de la Sitch, s’apprête à prendre la Crimée avec ses Cosaques, mais pour le compte des Moscovites. Les Lituaniens laissent alors entrer les Tatars qui dévastent l’Ukraine du nord-ouest en repartant avec 40.000 esclaves, dit-on.
  • 1569
    Tatars de Crimée et Turcs sont mal coordonnés, Devlet Guiraï sabote la campagne contre la Moscovie, ce qui permet à celle-ci d’avancer. L’expédition ottomane sur Astrakhan et la construction du canal Don-Volga sont un échec. La Moscovie construit des sitch cosaques (camps retranchés) le long de sa frontière et prend des nomades à son service.
  • 1571
    Sac de Moscou par les Guiraï, mais sans bénéfice politique.
  • 1562
    Le diplomate Flamand Ogier Ghislain de Busbecq aurait publié un lexique de langue gotique. Cette langue germanique s’éteindra au siècle suivant.
  • 1575
    Les Zaporogues de Rozynski prennent Perekop et Caffa. Ils mettent le feu à plusieurs autres localités en représailles aux raids tatars.
  • 1578
    À Ostroh, le prince Vasyl Constantin Ostrozki paie tribut et invite à sa table les Tatars qui l’assiègent.
  • 1589
    Les Zaporogues prennent Eupatoria (Gözleve en turc).
  • 1591
    Toutes les forces tataro-criméennes sont lancées sur Moscou, mais sans plus de succès.
Abandon des prétentions impériales tatares
  • 1593
    Les Tatars de Crimée sont définitivement vaincus dans la steppe. Ghazi-Guiraï II (dit Bora, la tempête) signe une paix humiliante avec le tsar Fédor 1er, fils d’Ivan le Terrible. Toutefois, le droit théorique des Giray à la succession de la Horde d’Or ne leur est toujours pas dénié. Jusqu’au début du XVIIIe siècle, Moscou comme le Grand Duché de Lituanie paieront une sorte de compensation financière pour l’occupation de la steppe. La Porte, de son côté, veille à entretenir de bonnes relations dynastiques avec la Crimée tatare et lui permet d’appliquer son droit coutumier du moment que la relative domination militaire des Tatars ne bouleverse pas l’équilibre européen. Ce dernier est indispensable à la bonne tenue du commerce qui transite, notamment, par le Danube et la Hongrie.
  • Trafics d’esclaves, rançonnements et tributs divers assurent au Khanat criméen son autonomie financière (et donc politique). Il s’agit d’un État essentiellement esclavagiste, premier pourvoyeur d’esclaves de la Porte aux XVIe et XVIIe siècle. L’importante population non-musulmane, essentiellement composée de Grecs, d’Arméniens et de Juifs, fait tourner le commerce extérieur et a le droit de posséder des esclaves. Ces derniers auraient été trois fois plus nombreux que les autochtones, du moins à en croire le voyageur Evliya Çelebi, intime des Guiraï, qui en dénombre 920.000 en 1666. C’est une main-d’œuvre bon marché qui permet le développement du commerce céréalier avec la Porte. En cas d’affranchissement, les anciens esclaves s’assimilent en général en une ou deux générations. On ne possède pas d’archives comptables détaillant les différents revenus, mais les données relatives aux affranchissements des esclaves vendus au centre du trafic, à Caffa, indiquent qu’il était vendu chaque année 17.500 esclaves. La situation économique du Khanat de Crimée demeurera néanmoins fragile, car presque uniquement dépendante de la fortune des armes. Quand le commerce d’esclaves prendra fin, l’économie criméenne tombera en déclin.
  • 1606
    Les Tatars de Crimée mènent campagne en Hongrie pour le compte du Sultan.
  • 1609
    Raid cosaque sur Perekop. Ils y capturent le mīrzā (prince de sang) et le livrent au Roi de Pologne. En 1616, ils prennent d’assaut Caffa, alors port turc et marché d’esclaves important.

Contre Turcs, Polonais et Russes
– Alliances avec l’Ukraine

  • 1624
    À Caffa, lors d’une descente des janissaires ottomans, le cosaque Dorochenko signe un traité d’assistance mutuel avec les Tatars de Crimée et prête main-forte au Khan Mehmed III opposé à la mainmise ottomane.
  • 1628
    4.000 Cosaques commandés par Michel Dorochenko défont les forces ottomanes près de Bakhtchissaraï. Dorochenko est tué dans la bataille. Le Sultan avait envoyé les Nogaïs assassiner le khan Mehmed III. Les Cosaques lui sauvent de nouveau la mise, mais les Zaporogues se brouillent à son sujet et après deux expéditions tataro-cosaques infructueuses en Crimée, finissent par l’éliminer eux-mêmes.
  • 1637
    Les Cosaques de Taras Fédorovytch (d’origine criméo-tatare) aident le Khan de Crimée à se débarrasser des Tatars nogaïs que le Sultan a lancés contre lui. Le Khan lui avait désobéi en ignorant délibérément l’ordre de marcher sur la Transcaucasie. L’imprudent acceptera de se rendre à une audience du Sultan à l’issue de laquelle il sera… étranglé.
  • 1637
    Le cosaque Pavliouk après avoir soutenu les Tatars de Crimée contre la Porte, prend la tête d’un soulèvement contre la noblesse (pro)polonaise. Il est exécuté malgré une promesse d’amnistie. Les fuyards se réfugient sur le Don.
  • 1644
    À Okhmativ en Ukraine centrale, Toğay bey est écrasé par les Polonais et les Zaporogues avant que les Tatars n’aient le temps de capturer des esclaves.
  • 1648
    Durant la guerre polono-ukrainienne, les Tatars de Toğay bey prêtent main forte de manière décisive à l’Ukraine de Bohdan Khmelnytskyi. Mais la Porte, ne voulant pas voir émerger une autre puissance chrétienne en Mer Noire, décide de mettre fin à cette entente. Les Tatars trahiront les cosaques à trois reprises, dont une à la bataille de Berestetchko. Les troupes tatares sont en général peu disciplinées, ce qui augmente les risques lors d’alliances. Dans le lointain Iran, les défections de Tatars se battant pour le Sultan ne sont pas rares non plus.
  • 1654
    « Union » de Pereyaslav. Accord militaire entre l’est de l’Ukraine (contrôlée par les indépendantistes ukrainiens) et la Moscovie. Dans les faits, cette dernière annexera le territoire en l’arrachant à la Pologne, tout en brisant les revendications politiques et culturelles de l’Ukraine pour les siècles à venir. Célébrée comme l’Union entre la Russie et l’Ukraine par la propagande russe. La Crimée sera « offerte » à l’Ukraine soviétique pour le 300e anniversaire de la prétendue « Union ». L’alliance des Cosaques ukrainiens avec Moscou provoque l’alliance des Tatars avec les Polonais. Quoi qu’il en soit, les Tatars toujours en mal de marchandise humaine s’introduisent en Ukraine par temps de guerre comme par temps de paix.
  • 1659
    À Konotop, les Cosaques de Vyhovskyi écrasent les Moscovites et ses rivaux. Les Tatars criméens, au nombre imposant de 20.000 hommes, lui apportent une aide décisive. L’élite du Khan, les noukers (archers lourds) participent à la Bataille ainsi que des mercenaires étrangers.
  • 1663
    Pierre Chevalier appelle Tartares Précopites, les habitants de la Crimée, c’est-à-dire situés derrière la forteresse de Perekop, le verrou de la Crimée, au sud de l’étroit passage éponyme entre la presqu’île et le continent (voir Histoire de la guerre des Cosaques contre la Pologne).
  • Septembre 1667
    L’armée ukraino-turque, déjà en action en Galicie, oblige le gouvernement polonais à consentir une large autonomie à la Rive Droite (moitié occidentale de l’Ukraine).
  • 1668
    À Hadiatch lors du conseil du commandement cosaque, l’Ukraine se prononce en faveur d’un protectorat ottoman et à un soulèvement général contre le tsar. Les Tatars sont contraints de prendre position en faveur de Pierre Dorochenko, rompant leur alliance stratégique avec la Pologne. Les Russes se retirent d’Ukraine.
  • 1669
    Petro (Pierre) Dorochenko, soutenu par les Zaporogues de Sirko, défait les Tatars de Crimée et le rival de Dorochenko pour l’Hetmanat de la rive Droite. À la mi-mars, sur la Rive Gauche de l’Ukraine, Mnohohrichnyj est élu hetman sous la pression moscovite. Autonomie limitée. Au printemps Dorochenko forme une alliance avec la Turquie contre la Moscovie, la Pologne et la Crimée. Il est fait sandjak-bey!
  • 1672
    La forteresse de Kamianets est prise par les troupes turco-tataro-ukrainiennes emmenées par le sultan Mohamed IV, le khan de Crimée Selim Giray et l’Hetman Dorochenko, qui avancent en Galicie. Désormais persécutés sur le plan religieux, les Tatars de l’armée polonaise passent dans les rangs turcs.
  • 1674
    Samoïlovytch, hetman promoscovite de la Rive Gauche, obtient la Rive droite. En juin les troupes russes et les Cosaques de la Rive Gauche attaquent la Rive Droite, mais sont repoussés à Tchyhyryn, capitale de Dorochenko, par les turco-tatars du vizir Kar-Mostapha (le perdant de Vienne 10 ans plus tard). Dorochenko est néanmoins discrédité et décide d’abdiquer.
  • 1677
    La Turquie dépose un Khan criméo-tatar ayant échoué en Ukraine.
  • 1681
    Traité de Bakhtchisaraï entre la Moscovie, la Crimée et la Porte. Fin de l’expansion ottomane en Ukraine. Aggravation de la présence russe sur la Rive Gauche.
  • 1683
    Jean Sobieski, dernier grand roi de Pologne, vole au secours de Vienne assiégée par les Turcs à l’aide de cosaques et de Zaporogues. Après sa mort, la Pologne subira l’influence croissante de la Russie. La Turquie dépose encore un Khan criméo-tatar après son refus de marcher sur Vienne.

Guerres russo-turques et domination russe

  • 1686
    « Paix perpétuelle » russo-polonaise et alliance russo-autrichienne contre la Porte.
    Début des guerres russo-turques au cours desquelles la Russie cherchera à récupérer la Crimée. La Porte tente elle aussi de resserrer son contrôle sur l’État tatar. La Russie est alors alliée aux Occidentaux, dispose de troupes cosaques (Cosaques du Don et Zaporogues), mais est défaite à plusieurs reprises.
  • 1687
    Échec général de Galitsine et des Cosaques en Crimée. À l’issue de cette campagne infructueuse, l’Hetman ukrainien Samoïlovytch est déchu par un conseil, sur simple dénonciation, au prétexte de s’être entendu avec les Tatars de Crimée. Les troupes russes encerclent son camp, il est arrêté puis envoyé en Sibérie avec son fils, où il mourra. Ivan Mazepa, qui est son bras droit depuis 13 ans, prend sa place.
  • 1709
    Volte-face de Mazepa qui s’allie aux Suédois en guerre avec les Russes, mais doit s’enfuir après la défaite de Poltava. Le Khanat de Crimée accueillera les Ukrainiens jusqu’en 1739. Avant la défaite de Poltava, Devlet II Guiraï avait tenté de rejoindre l’alliance ukraino-suédoise. Le Khanat s’était même porté garant de la Constitution de Pylyp Orlyk, établissant les droits et privilèges du haut commandement cosaque, la Starshyna.
  • 1711
    Les Tatars de Crimée portent un coup fatal aux armées russes sur la Prouth, dernière grande victoire tatare de l’histoire.
  • 1735-1739
    Nouvelles campagnes russes en Crimée, dirigées par le maréchal Münnich, et avec l’aide des Zaporogues. D’importants dommages sont portés au Khanat. Mais à la convention de Nyssa, la Russie abandonne ses revendications sur la Crimée et la Moldavie, en échange de quoi elle obtient le droit de bâtir des forteresses en Ukraine, territoires auxquels l’Empire ottoman renonce officiellement. En revanche, l’empereur d’Autriche, et non le tsar, est reconnu comme le protecteur des Chrétiens de l’empire ottoman. Le Khanat de Crimée privilégie quant à lui le dialogue avec les Cosaques demeurés fidèles au tsar, des consulats et une commission des frontières avec l’Armée zaporogue sont créés. Les Ottomans occupent et construisent des forteresses sur le territoire criméo-tatar.
  • 1764
    L’Hetmanat ukrainien est aboli. Création de la première Nouvelle Russie, province du sud de l’Ukraine. De 1796 à 1802 la Crimée en fera partie.
  • 1769
    Nouvelles guerres russo-tatares et dernier raid des Tatars en terre zaporogue. Kertch devient une base russe et la Crimée tombe sous l’influence des tsars jusqu’à être annexée de facto à l’empire en 1771.
  • 1774
    Traité russo-ottoman de Küçük Kaynarca. Les Tatars de Crimée (et limitrophes) ainsi que les territoires du Kouban obtiennent leur « indépendance » qui n’est en fait qu’une satellisation. En réalité les Tatars sont persécutés et se soulèvent à plusieurs reprises dans les années 1770, ce qui leur vaut d’être massacrés. La Mer Noire est ouverte aux Russes, des privilèges commerciaux et religieux leur sont garantis. Moldavie et Valachie deviennent des protectorats russes. L’impératrice Catherine II obtient le titre de Padishah (reine des reines).
  • 1778
    Déplacement forcé des populations chrétiennes, grecques et arméniennes essentiellement, de Crimée vers le Don et Azov, ce qui affaiblit sensiblement l’économie criméenne. Marioupol est fondée. En 1782 un complot dépose le Khan qui cherche alors protection auprès des Russes.

De la 1ère annexion russe
à la 2ème (1783-1920)

Annexion russe reconnue

  • 1783
    Établissement de la Flotte russe à Sébastopol et annexion de la Crimée ainsi que du Kouban officialisée par Catherine II. Le Khanat criméo-tatar est aboli. Les Tatars abandonnent la presqu’île et en 1787 la Turquie perd une nouvelle fois la partie contre les Russes. Entre-temps la presqu’île est incorporée à la goubernia (province) de Tauride. Les serfs des régions voisines sont envoyés en Crimée. On incite des colons étrangers à s’installer en Crimée. Le dernier Khan de Crimée en exil sur Rhodes est exécuté en 1787. En 1792 la Porte reconnaît l’annexion de la Crimée par la Russie.
  • 1796
    La Crimée est incorporée à la province de NOUVELLE RUSSIE majoritairement peuplée d’Ukrainiens, mais obtient en 1802 son autonomie administrative.
  • 1802-1921 (Goubernia de Tauride)
    Émigration massive des Tatars vers la Turquie, déjà plusieurs dizaines de milliers en 1792. En 1833 de précieux manuscrits tatars sont brûlés de la façon la plus barbare. Mosquée, cimetières, écoles, etc. sont rasés ou fermés. Les traces d’ancienne architecture tatare se font rares.18
  • 1845
    Chemin de fer Sébastopol – Kharkiv – Moscou. Début des cures thermales.

Première tentative de déportation
Émigration massive

  • 1853-1856 (Guerre de Crimée)
    Débarquement anglo-français. Victoire occidentale. La flotte de la Mer Noire ne renaîtra qu’en 1871. Première tentative de déporter les Tatars loin des côtes, mais qui restera lettre morte. Les épidémies déciment la population.
  • Années 1860
    Les accusations de collaboration avec les Anglo-français poussent les Tatars à émigrer en masse. La vague touche autant les Tatars de Crimée (sédentaires) que les nomades nogaïs. S’ils forment encore 51 % de la population en 1860, ils ne sont plus qu’un tiers à la fin du siècle. En dix ou 15 ans, 150.000 Tatars s’en vont. La moitié sont coulés par la marine russe.19 780 villages disparaissent. Pic de départs en 1863. À cette date il ne restera plus que 100.000 Tatars, contre 370.000 Russes et Ukrainiens, ainsi que 45.000 Allemands.
  • Années 1880 à 1905
    Naissance du mouvement Jeune Tatar qui amène l’idée d’indépendance à la veille de la révolution de 1917. Naissance du Jadidisme 20 d’Ismail Gasprinski, un des premiers intellectuels musulmans de l’Empire russe à proclamer la nécessité d’une réforme des communautés musulmanes. Il prône entre autres le Panturquisme et la création d’une langue commune turco-tatare (sans succès). La tendance est plutôt aux racines; ce sera le Tatarisme, préférant la langue kiptchak et l’authentique spiritualité tatare.
  • 1897
    Les Tatars de Crimée sont au nombre de 194.000 et ne représentent plus que 35 % de la population, contre 33 % de Russes et 11 % d’Ukrainiens. Les Russes affluent surtout en ville, les Ukrainiens plutôt à la campagne. La Crimée s’urbanise rapidement (45 % de taux d’urbanisation) et dépasse même la moyenne de l’empire. L’économie agricole dans la Crimée du XIXe siècle se porte mieux, l’émigration massive des Tatars semble compensée.

Émancipation tatare
et reconnaissance mutuelle

De la Tauride à la Crimée 
En 1917, Noman Çelebicihan, voyait l’autonomie de l’Ukraine comme une chance inattendue pour les Tatars de Crimée. Mais le président du Directoire tatar sera bientôt exécuté par les Rouges.
  • Février/Mars 1917
    Chute du tsarisme. Environ 2.000 représentants musulmans venus de toute la péninsule élisent (sans doute pour la première fois dans toute l’histoire des peuples turciques) un grand Moufti. Un comité criméo-musulman est également créé.
  • Été 1917
    Les Tatars organisés en parti national, le Milliy Fırqa, commencent à revendiquer leurs droits. Le grand Moufti de Crimée, Noman Çelebicihan, voit l’autonomie de l’Ukraine comme une chance inattendue pour les Tatars de Crimée. À Kiev le discours dominant est celui d’une future fédération d’États plus ou moins « socialistes ». L’indépendance, pense-t-on, n’est pas une fin en soi. L’Ukraine reconnaît les Tatars peuple autochtone et base légitime pour l’autodétermination de la Crimée. Les fédéralistes ukrainiens entrevoient même une Fédération des peuples de Russie dans laquelle les Criméo-tatars auraient toute leur place. Mais ne voulant froisser les susceptibilités grand-russes, les Ukrainiens ne répondent pas clairement aux Tatars venus leur demander d’inclure la Crimée dans l’Ukraine autonome. Fatale erreur !
  • 27 juin 1917
    Les comités révolutionnaires d’Ukraine veulent une réforme de la Rada Centrale permettant l’élection de partis nationaux à la proportionnelle.21 Le Secrétariat général de la Rada comprend à présent un ministre aux nationalités ainsi que des représentants nationaux. Seidamet (du Comité musulman) rencontre Hrouchevsky à Kiev et s’en éblouit.22 À Moscou l’accord de principe entre Kerenski et la Rada pour la reconnaissance de l’autonomie ukrainienne provoque une crise de gouvernement.
  • Septembre 1917
    À Kiev un Congrès des peuples asservis de Russie (le premier du genre dans toute l’histoire du pays) se penche sur la question des nationalités. 92 délégués d’une quinzaine de nationalités, dont les Tatars de Crimée, confirment le rôle moteur de l’Ukraine dans la transformation de la Russie en une fédération de républiques autonomes.
  • Octobre 1917
    Les bolcheviques prennent le pouvoir de force en Russie. Putsch de Lénine pratiquement sans coup de feu.
  • Novembre 1917
    La Rada Centrale (Assemblée ukrainienne) ne revendique pas toute la Crimée, mais uniquement sa partie continentale majoritairement peuplée d’Ukrainiens. Les Tatars, soit un quart de la population dépourvue de tout pouvoir économique ou politique, ne revendiquent que l’autonomie territoriale, et leur président, qui est aussi leur mufti, Noman Çelebicihan, est très favorable à l’intégration de la Crimée en Ukraine. A contrario, les colons russes représentent plus d’un tiers de la population et cumulent tous les pouvoirs. Qui plus est, ils sont soutenus par différentes minorités nationales assemblées au sein du Conseil des représentants du peuple (CRP). Celui-ci domine la Crimée et s’apprête à la représenter directement devant l’Assemblée constituante panrusse. Les institutions tatares, le Kouroultaï et son Directoire, ne représentent que la minorité tatare et préfère définir le futur statut de la péninsule au sein d’une Assemblée constituante locale. Par contre, les forces armées du CRP sont en majorité tatares. Les forces bolcheviques de la péninsule (très minoritaires avec 5.5 % des voix dans la circonscription de Tauride)23 n’ont que la solution armée pour établir leur dictature. La base de Sébastopol joue un rôle crucial, non seulement en Crimée, mais dans le sud de l’Ukraine et ailleurs en Russie.24
  • Décembre 1917
    L’assemblée tatare (kurultaï) et la République Populaire de Crimée (à peine créée) sont reconnues par l’Ukraine. Les bolcheviques contrôlent la base navale de Sébastopol. Kiev dénonce l’agression russo-bolchevique en Crimée. Première historique : le Comité exécutif de l’Assemblée tatare soutient l’émancipation des femmes.

Agression russo-bolchevique
en Crimée et en Ukraine

De la Tauride à la Crimée 
Amet Özenbaşlı, écrivain, médecin, psychologue et homme politique tatar. D’abord favorable aux occupants bolcheviques, il fut par la suite condamné pour « nationalisme ». Voulut  créer un Etat tatar sous protectorat allemand. Après la IIe Guerre Mondiale, enlevé en Roumanie et condamné au Goulag.
  • Janvier 1918
    Des unités de l’Armée de Crimée sont formées selon les nationalités. Les Tatars ont les leurs, souvent encadrées par des officiers russes. Le 11 janvier près de Sébastopol, des combats ont lieu entre les troupes de la Rép. Pop. de Crimée et les marins de Sébastopol. Les Rouges l’emportent et le 28 janvier, à Simféropol, proclament le pouvoir des Soviets. Exécutions et mises à contribution de la population. Parallèlement, les forces russo-bolcheviques attaquent l’Ukraine. Fin janvier, l’indépendance ukrainienne est proclamée. À Kiev, la Flotte de la Mer Noire est décrétée ukrainienne.
  • Février 1918
    Le premier président de la Crimée, Noman Çelebicihan, est exécuté par les Rouges. Son corps est jeté à la mer. Seydamet prend la fuite en Ukraine. L’armée criméenne se réfugie dans les montagnes. L’Ukraine signe une paix séparée avec les Puissances centrales sans revendiquer la Crimée. Grave erreur!
  • 2 mars 1918
    Les troupes ukrainiennes (Bolbotchan) suivies des Allemands reprennent Kiev aux bolcheviques.
  • 3 mars 1918
    La Russie soviétique signe à son tour une paix séparée avec les Puissances centrales et s’engage à ne pas agresser l’Ukraine ni utiliser la flotte de la Mer Noire contre l’Ukraine, mais le 19 et le 21 mars, une RSS de Tauride est déjà proclamée sur la presqu’île comme sur le continent. Communisme de guerre.
De la Tauride à la Crimée 
Le colonel Petro Bolbotchan
  • Avril 1918
    Djafer Seydamet appelle l’Ukraine à la rescousse. Le 10 avril, une mission confidentielle est confiée à la Division Zaporoque qui se trouve à Kharkiv : reprendre le Donbass, bassin houiller alors vital pour l’Ukraine, puis prendre la base navale de Sébastopol en Crimée sans en informer les Allemands. Le 22 avril, les troupes ukrainiennes sous le commandement de Petro Bolbotchan25 interviennent en Crimée contre les bolcheviques. Elles sont aidées par des partisans nationalistes tatars. Les frictions avec le commandement allemand sont nombreuses; sur place on frôle l’incident. Mais le 29 avril la flotte de la Mer Noire hisse le pavillon ukrainien. Les Allemands n’entendent pas laisser la Crimée aux Ukrainiens et renvoient les troupes de la Rép. Pop. Ukr. L’Ukraine a garanti les droits nationaux pour les Tatars, mais le Comité militaire des musulmans proteste tout de même contre la prise de Sébastopol (!) Les troupes ukrainiennes repartent sous les acclamations des habitants.26
  • Mai 1918
    La majorité des vaisseaux basés à Sébastopol battent pavillon ukrainien, mais les autorités d’occupation allemandes les font baisser. Le Kouroultaï tatar est reconnu par les Allemands, Seydamet est élu à sa tête. Avec le général lituano-tatar Sulkiewicz, ils organisent une unité musulmane soutenue par les troupes allemandes. Le chef du corps allemand en Crimée, Von Koch, charge Sulkiewicz de former un « gouvernement » devant avant tout assurer l’approvisionnement de l’Allemagne.
  • 29 mai 1918
    Coup d’État pro-allemand de Skoropadsky à Kiev. L’Hetman entend intégrer la Crimée en tant que république autonome dans l’Ukraine par la voie diplomatique, mais y installe bientôt ses « préfets ».
  • Un cabinet criméen est constitué (sans reconnaissance internationale). Ludendorf ne voit la Crimée que d’un point de vue militaire, et le Reich hésite à prendre des mesures qui déplairaient à son allié turc (par ailleurs très favorable à l’indépendance ukrainienne). Sulkiewicz, officier monarchiste et pro-russe, dirige un gouvernement local temporairement « indépendantiste ». Il est reconnu par les Allemands, mais aucune autonomisation n’est soutenue par Berlin. Les positions du général Sulkiewicz sont par principe anti-ukrainiennes. Les Tatars du « gouvernement » criméen, plutôt de droite, entendent quant à eux restaurer le Khanat de Crimée et le placer sous protectorat germano-turc en tant qu’État neutre. Selon eux la « réémigration » des Tatars partis en Turquie aiderait à consolider l’élément national… ce qui provoque bientôt une crise entre les colons et les Tatars. La gauche tatare rejoint les bolcheviques. Seydamet quitte le « gouvernement » criméen et rejoint les nationalistes kémalistes en Turquie. Mais il déchante bien vite : Moustapha Kémal est totalement prosoviétique et ne soutient pas l’autonomie des Tatars de Crimée.
  • Juin 1918
    Le gouvernement Sulkiewicz limite la presse ukrainienne et ne reconnaît pas les droits linguistiques de la minorité ukrainienne de Crimée. Perekop au nord, est sous tension. Échanges de tirs.
  • Septembre 1918 : L’Ukraine décide le blocus économique de la Crimée. La population est rationnée, mais en pleine saison des fruits, l’opération fonctionne. Les producteurs font pression sur Sulkiewicz. Nombre d’acteurs économiques et politiques importants (prorusses y compris) exigent l’intégration de la Crimée au sein de l’Hetmanat ukrainien sous la forme d’une république autonome. Les Ukrainiens de la péninsule sont soutenus par Skoropadsky, créent des journaux et des institutions ukrainophones. Mais Sulkiewicz s’obstine et refuse tout compromis; il demande aux Allemands de faire pression sur Kiev de sorte à mettre fin à l’embargo. Or depuis l’été 1918, la défaite annoncée de l’Allemagne conforte les positions ukrainiennes à Berlin. Skoropadsky est reçu en grande pompe et obtient l’accord personnel du Keiser pour l’intégration de la Crimée dans l’Hetmanat.
  • Novembre 1918 : Après l’Armistice et la défaite de l’Allemagne, Skoropadsky se retrouve sans soutien. Il s’oriente alors vers une fédération avec la Russie non-bolchevique. Le blocus ukrainien est levé, mais la Crimée ukrainienne n’est plus à l’ordre du jour… Au contraire, le nouveau « gouvernement » criméen dirigé par le karaïte Solomon Krym (droite constitutionnelle) se rallie à l’idée impériale russe. Le 14 novembre les troupes allemandes abandonnent la presqu’île. Le cabinet Sulkiewycz se tourne alors vers l’Entente.
  • Décembre 1918
    3.000 Français, 2.000 Grecs et 500 Britanniques débarquent en Crimée, bientôt suivis des Russes Blancs.
  • Avril-Juin 1919
    L’Armée rouge prend Perekop puis Simféropol. Les Rouges proclament une RSS de Crimée dans la cadre de la RSS Fédérative de Russie. Confiscation du pain. Révoltes. Mais aussi un début de tatarisation de la presse et du gouvernement. Le Milliy Fırqa, qui pourtant revendique une autonomie complète, est le seul parti tatar autorisé. Le « gouvernement » Sulkiewycz évacue. Les Soviets tiennent toute la Crimée sauf la presqu’île de Kertch.
  • Juin-Novembre 1919
    Débarquement des Blancs et fuite des Rouges. Dénikine et Wrangel dominent la Crimée. Persécutions des comités tatars. La noblesse tatare collabore. Le Milliy Fırqa entre dans la clandestinité. Seydamet propose à la Pologne de prendre la Crimée sous sa protection.
  • 21 mars 1920
    Dénikine est remplacé par Wrangel. Un gouvernement du Sud de la Russie est formé avec un programme social, notamment une réforme de la terre.
  • Octobre/Novembre 1920
    Volte-face de l’anarchiste Makhno qui noue alliance avec les bolcheviques face aux Blancs; succès en Crimée. Le mois suivant, cette fois volte-face des Rouges qui écrasent et massacrent les Makhnovistes ukrainiens à Perekop. Le 12 novembre, Wrangel et les Blancs évacuent vers Constantinople et la Tunisie.

De la 2ème annexion russe
à la 3ème (1920-1954)

Terreur rouge
De la Tauride à la Crimée 
Mirsäyet Soltanğäliev, jeune bolchevique musulman en mission d’observation dans la péninsule, confia à Staline que les Tatars ont tout perdu avec les soviets.
  • 1920-1921
    Proclamation de la RSS autonome de Crimée dans le cadre de la RSSF de Russie en octobre 1921. Elle redeveviendra simple oblaste en 1945. Les Tatars ne représentent qu’1/5 de la population. Fin décembre, Lénine proclame la presqu’île « lieu de cure pour les travailleurs » alors qu’une famine est en train de tuer ses habitants…
  • 1921-1923
    Famine en Crimée, surtout chez les Tatars
    35 % des Tatars criméens meurent de famine. Plusieurs organisations humanitaires interviennent, les fonds d’entraide juifs aussi. On imagine alors une future colonisation juive en Crimée et dans le sud de l’Ukraine ainsi que la création d’une république « agraire » pour les Juifs. Le projet est totalement chimérique et largement utilisé par la propagande soviétique à l’extérieur de l’Urss. Le narkom (ministre) des AE de la RSSF de Russie,Guéorgui Tchtchérine, épaulé par Lénine, refuse aux Tatars en exil le droit au retour.
  • En 1922, Moscou instaure officiellement la « tatarisation », alors que des dizaines de milliers de Tatars meurent de famine en Crimée dans les années 1921-1923.
  • 1926
    Le leader tatar Veli Ibrahimov s’oppose à la colonisation juive.
  • 1928
    Persécution et liquidation de l’intelligentsia tatare. Russification linguistique. Veli Ibrahimov fusillé, comme 40.000 autres Tatars au moins. Grande dépression économique compromettant l’aide promise aux Juifs d’Urss. Celle-ci décide la création d’une république juive, mais en Asie centrale (Birobidjan).
  • 1929
    L’organisation judéo-américaine Agro-Joint finance l’exploitation de 14,4 % des terres arables de Crimée grâce à des actionnaires américains. Elle promet d’investir en Urss sous l’œil bienveillant de l’administration américaine. La Crimée perd son autonomie administrative.
  • 1 mai 1931
    Cafer Seydahmet décrit la famine artificielle (Holodomor) telle qu’appliquée en Crimée, dans un article publié dans Emel Mecmuasi (no. 9), un journal édité en turc et criméo-tatar en Roumanie.
  • 1938
    Taganrog et ses alentours passent sous juridiction russe (Oblast de Rostov). Répressions. L’inteligentsia criméo-tatare décapitée : Osman Akchokrakly (historien et scientifique), Usein Bodaninsky (historien, ethnographe, archéologue), Asan Refatov (musicien, folkloriste), Dzhelal Meinov (dramaturge, fondateur du théâtre criméo-tatar) sont exécutés.
  • 1941
    Déportation des Allemands Volksdeutsch de Crimée par Staline. En septembre, invasion allemande de la Crimée. Création théorique d’une région « Krim » incluant le sud de l’Ukraine, dans le cadre du Reichskommissariat « Ukraine ».
  • 1942
    Chute de Sébastopol. Projet de colonisation allemande de la Crimée. Plan contredit par le General Kommissar Frauenfeld qui caresse l’idée d’une renaissance du peuple tatar en tant que Kulturvolk (autrement dit, nation à ne pas exterminer ou déplacer). Les Tatars forment 6 bataillons sous commandement allemand. Aucune autonomie n’est cependant accordée aux Tatars. Le touranisme racial27 n’a aucun succès en Crimée.
De la Tauride à la Crimée 
Asan Refatov
De la Tauride à la Crimée 
De haut en bas et de gauche à droite : Djelal Mein, Asan Refatov, Osman Akchokrakly, Usein Bodaninsky

Troisième annexion, génocide tatar

  • Avril 1944
    Reconquête et occupation soviétique au prix d’énormes pertes (plus de 80.000 soldats). Bilan des tueries du SS Ohlendorf en Crimée : 130.000 personnes, dont des Tsiganes, des Juifs, mais aussi la plupart des Karaïtes28. Des dizaines de milliers de Tatars criméens ont également été massacrés.
  • 18 mai 1944
    Déportation générale des Tatars en Ouzbékistan, Kazakhstan et Tadjikistan avec un taux de mortalité de 46 % dû à la famine et les conditions du « voyage ».29 L’autonomie administrative de la presqu’île est supprimée. Dans les années qui suivent, 80 % des noms de localités tatars sont changés en noms russes. Après le Surgûn (le génocide criméo-tatar) la péninsule devient à 90 % russe.
  • Janvier 1945
    Apparition d’une unité de Waffen SS « Crimée ».30 En mai un « comité » fantoche tatar est créé à Berlin.
  • Février 1945
    Conférence de Yalta.
  • Juin 1945
    La Crimée, qui a perdu la moitié de sa population après la déportation des Tatars, mais aussi des Grecs, Bulgares, Allemands et Arméniens, devient une oblaste (région administrative) de la RSS de Russie. La déportation des Tatars est officiellement justifiée : pour « trahison d’État ».
  • 18 mai 1948
    1035 localités sont rebaptisées par décret!
  • 1953
    Expiration de l’aide judéo-américaine d’Agrojoint en Crimée.

Intégration à l’Ukraine
(1954-2014)

Le « cadeau » de Krouchtchev

  • 1954 – Rétrocession administrative à la RSS d’Ukraine
    300e anniversaire de « l’union » de Pereyaslav (bien qu’en réalité le pacte de 1654 entre l’hetman Khmelnytskyi n’avait jeté les bases que d’une alliance militaire de circonstance avec la Moscovie). La Crimée est rattachée à la RSS d’Ukraine pour des raisons qui sont en réalité économiques. La main-d’œuvre ukrainienne des régions limitrophes y est envoyée.
  • 1956
    Les conséquences économiques du rattachement à la RSS d’Ukraine sont spectaculairement bonnes pour la presqu’île. Un oukase confidentiel réhabilite les Tatars de Crimée, mais ne les autorise pas à rentrer pour autant.

Dissidence

  • À partir des années 60, les premiers leaders du mouvement national pour le retour en Crimée (Marat Omerov et Seït-Amza Oumerov) créent l’Union de la Jeunesse Tatare de Crimée et sont condamnés au goulag. Les dissidents ukrainiens, notamment le général Grigorenko, les aident à faire connaître leur cause par l’intermédiaire du jeune Moustapha Djemilev ou encore d’Andreï Sakharov qui prend courageusement leur défense.
  • 1966
    Des groupes d’initiative (environ 5.000 membres) mènent une enquête afin d’évaluer le nombre de décès survenus durant les 18 premiers mois d’exil. Selon leur recensement, 46,2 % de la population tatare serait morte en déportation. L’année suivante, le Présidium du Conseil Suprême de l’Urss légalise officiellement les Tatars revenus en Crimée, alors que des milliers d’activistes demeurent la cible de persécutions. En 1969 le mouvement tatar prend une part active à la fondation du mouvement des droits de l’Homme en Urss.
  • Années 70 et 80
    Au début des années 70 environ 1.500 Tatars se risquent au retour. Ils sont cruellement réprimés et souvent expulsés manu militari vers l’Ouzbekistan. À la fin des années 1970, la « réémigration » vers la Crimée est plus ou moins autorisée, mais toujours freinée. En 1978 Moussa Mamout s’immole par le feu. Le poète Grégoire Alexandrov est interné en 1983 pour avoir raconté l’histoire de Moussa dans son poème Une torche sur la Crimée.31. En 1987 les Tatars et leurs amis tiennent durant plusieurs jours une grande manifestation sur la Place Rouge, rencontrent des officiels haut placées, mais rien n’y fait. Au printemps 1988, les groupes d’initiatives tatares prônent le retour massif comme seul moyen d’être entendus.

Crimée ukrainienne et retour des Tatars

  • 1989
    Le parlement soviétique reconnaît la déportation criminelle des Tatars criméens. À cette date ils ne sont que 17.000 en Crimée.32 En 1990, 100.000 Tatars prennent le chemin du retour. Idem l’année suivante.
  • Janvier 1991
    Référendum local en Crimée. Majorité en faveur du retour au statut de République autonome. Kiev le ratifie dans le cadre de la RSS d’Ukraine.
  • 24 août 1991
    Indépendance de l’Ukraine proclamée au Parlement ukrainien.
  • 4 septembre 1991
    Le parlement de Crimée proclame la souveraineté d’État. Bien que plus de 60 % de la population de Crimée se dise russe, en décembre la péninsule se prononce à 54 % en faveur de l’indépendance de l’Ukraine.33
  • Janvier 1992
    Le parlement russe remet en cause le rattachement de la Crimée à la RSS d’Ukraine en 1954.
  • Février 1992
    La RSS autonome de Crimée devient « République de Crimée ».
  • 5 et 6 mai 1992
    Le parlement de Crimée proclame l’indépendance puis l’annulera le 21 mai suivant. Adoption d’une constitution. En juin 1994 un président de la République de Crimée est élu. Ce sera le seul.
  • Septembre 1992
    Les présidents Kravtchouk et Yeltsine s’entendent sur le partage de la Flotte de la Mer Noire basée à Sébastopil prévu à 50/50. La Russie profite des négociations qui traînent en longueur pour s’emparer des navires. Au final l’Ukraine n’obtiendra que 18 % de la Flotte en 1995. Le tout sous les menaces d’invasion sans cesse répétées par le ministre russe de la Défense P. Gratchev au cours des années 92-94 au nom de la défense des russophones.
  • Juin 1993
    Accord russo-ukrainien sur la Flotte de la Mer Noire. En 1995, le « partage » de la Flotte prévoit 18 % pour l’Ukraine et en 1997 un prolongement du bail jusqu’en 2017 est signé.
  • Septembre 1993
    Sébastopol. Trois militaires russes blessés lors d’une escarmouche provoquée par les gardes-côtes russes. Le consulat de Russie distribue des passeports russes aux Russes de Crimée, pensant reproduire le scénario « séparatiste » de Transnistrie. Une grave crise constitutionnelle (au moins 150 morts à Moscou) ne le permet pas.
  • 27 Mars 1994
    Référendum anticonstitutionnel en Crimée. Forte majorité en faveur de l’élargissement de l’Autonomie et de la double nationalité russo-ukrainienne. Entre-temps une unité spéciale « Scorpion » est créée sous l’autorité du président de la République de Crimée. On répand les pires rumeurs sur des cruautés commises par la Garde nationale ukrainienne.
  • Mars 1995
    Le parlement de Kiev et le président Koutchma abrogent la constitution de Crimée ainsi que la fonction de président de la Rép. Autonome de Crimée.
  • 1997
    Le rattachement de la Crimée à l’Ukraine est officiellement reconnu par la Russie.
  • Décembre 1998
    Apaisement après l’entrée en vigueur d’une nouvelle constitution ratifiée par Kiev. La péninsule devient « République autonome de Crimée dans le cadre de l’Ukraine ».
  • Début des années 2000
    Plus de la moitié des Tatars de Crimée sont rentrés. Ils représentent 12 % de la population, soit 240.000 habitants et se heurtent aux colons russes. Ils sont soutenus matériellement par l’Ukraine et officieusement par la Turquie, l’Iran et quelques pays arabes, la Russie et l’Ouzbékistan refusant toute aide au retour. Deux programmes publics ukrainiens, dont un sous l’égide des Nations-Unis, soutiennent leur intégration. Les jeunes générations sont souvent issues de mariages mixtes (38 % en 2000). Les Tatars de Crimée sont relativement actifs sur le plan politique, le plus souvent de tendance centriste, démocratique et pro-ukrainienne. Ils ont des émissaires permanents à Kiev, travaillant directement avec la présidence. Le retour est néanmoins difficile, des difficultés de toute sorte y compris artificielles, les empêchent de retrouver leurs anciennes terres et leurs métiers traditionnels surtout liés au monde agricole.
  • Fin 2003
    La Russie remet en cause la souveraineté ukrainienne sur le banc côtier de Touzla, dans le détroit de Kertch. Tout le parlement ukrainien (sauf le Parti communiste) soutient le président Koutchma dans ses efforts de faire stopper la construction d’une digue qui doit relier Touzla au territoire russe.
  • 2006 : Début de l’ascension annuelle de la montagne Çatır Dağ, inspiré de l’ascension du mont Hoverla initié par V. Youchtchenko dans les Carpates. Le pèlerinage a lieu tous les premiers samedis suivant le 18 mai et doit rappeler le Surgûn (génocide de 1944). Chaque participant doit apporter un peu de terre de l’endroit où il vit. Le vent l’emportera sur toute la Crimée.
  • Avril 2010
    Flotte de la Mer Noire. Le président Yanoukovitch signe à Kharkiv le prolongement du bail de la base de Sébastopol à la Russie jusqu’en 2042.
  • 31 octobre 2010
    Élections législatives locales en Crimée. Unité russe, le parti du principal annexionniste russe de Crimée, Sergueï Aksionov, n’obtient que 3 sièges (4 % des voix).

De la 4ème annexion russe
à ce jour (2014-2016)

Annexion de force et « Printemps russe »

  • Fin novembre 2013
    Début de l’Euromaïdane. À Kiev le 22 janvier, la police tire à balles réelles. Trois manifestants meurent dans des heurts avec la police.
  • 23 janvier 2014
    Les autorités locales de Crimée lancent un mouvement contre-révolutionnaire : Stop Maidan!
  • 15 février 2014
    Une semaine avant la fuite de Yanoukovitch, Vladimir Konstantinov, président du parlement de Crimée, évoque déjà une possible sécession.
  • 18 février 2014
    Maïdane. Début des répressions. Le mouvement devient « révolutionnaire ». Des affrontements entre la police et les manifestants font 26 morts dans les rues de Kiev. Le 20 février, massacre du Maïdane. Des snipers tirent sur la foule. Mais le peuple ne cède pas à la panique et revient le lendemain. L’Ukraine connaît sa journée la plus sanglante depuis le début des manifestations, avec au moins 77 morts à Kiev selon les autorités, une centaine selon les médias locaux. Le 21 février, Yanoukovitch a pris la fuite sans que le palais présidentiel ait été attaqué. Un accord politique est signé entre le pouvoir et les représentants de l’opposition afin de mettre un terme à la crise. Il prévoit un retour à un régime parlementaire, un gouvernement d’union nationale et une élection présidentielle anticipée. Présence de 3 ministres des Affaires Étrangères occidentaux (Allemagne, Pologne, France).
  • 23 février 2014
    Le Parlement ukrainien abroge la loi anti-langue ukrainienne du 10 août 2012. Le russe n’est pas interdit, contrairement à ce que relaie la presse, mais il perd son statut officiel (et tout théorique) de « deuxième » langue d’État. En réalité, 8/10e de l’Ukraine parle russe en société. Il ne s’agit en aucun cas d’une langue minoritaire. Le 24 février, un gouvernement provisoire est formé à Kiev (centre-droit) avec l’appui constitutionnel de 371 députés sur 450.
  • Début de la guerre russo-ukrainienne
  • 27 février 2014
    Simféropil. Des « hommes verts » font mine de bloquer le gouvernement et le parlement de la République autonome de Crimée. Ils ne portent pas d’insignes, mais hissent le drapeau russe et laissent voter les députés en faveur de la Russie. L’armement est moderne, de dotation russe. Sergueï Aksionov, leader d’un parti très minoritaire, Unité russe, est « élu » Premier ministre de Crimée. Le président du parlement appelle la Russie à intervenir (déclarations à la presse du 2 février).
  • 28 février 2014 : Le nouveau président du Parlement ukrainien et chef de l’État par intérim, Alexandre Tourtchynov, ne signe pas la loi abrogeant le statut de la langue russe comme seconde langue nationale, votée à la hâte le 23 février. L’amiral Iliine (chef d’état-major) est démis de ses fonctions. Il est depuis passé en Crimée occupée…
  • 01 mars 2014
    Les nouvelles « autorités » de Crimée appellent officiellement la Russie à intervenir. Les deux chambres russes votent le même jour en faveur d’une intervention directe de la Russie en Ukraine et en Crimée. À Donetsk, des « hommes verts » occupent l’Hôtel de Ville. À Kharkiw, le Conseil régional.
  • 02 mars 2015
    Les sept pays les plus industrialisés (G7) condamnent l’intrusion de la Russie en Ukraine et annulent les préparatifs du sommet du G8 qui aurait dû avoir lieu en juin à Sotchi.
  • 03 mars 2014
    La flotte russe de la mer Noire somme les forces ukrainiennes présentes en Crimée de se rendre.
  • 04 mars 2014
    Vladimir Poutine dément l’intervention des troupes régulières russes en Crimée lors d’une conférence de presse. Il le reconnaîtra quelques mois plus tard… Pour l’heure, ce sont des groupes locaux d’autodéfense, indique-t-il.
  • 05 mars 2014
    L’État-major ukrainien dénonce la présence en Crimée d’unités russes normalement basées en Russie.
  • 11 mars 2014
    Le parlement de Crimée proclame l’indépendance de la péninsule.
  • 16 mars 2014
    Référendum en Crimée. Environ 95 % des votants se seraient prononcés pour la Russie. L’Ukraine et les pays occidentaux ne reconnaissent pas l’issue du référendum. Le Conseil de Sécurité de l’ONU non plus. Boycott des Tatars, peuple autochtone.
    Étranges « observateurs occidentaux » invités par une encore plus mystérieuse ONG, l’EODE, présidée par Luc Michel, dirigeant du Parti communautaire national européen (PCN), mi-officine, mi-groupuscule rouge-brun. Le FN est également représenté.
  • 21 mars 2014
    Annexion officielle de la Crimée.
  • 20 mars 2014
    Le Parlement ukrainien reconnaît les Tatars de Crimée comme peuple autochtone.
  • 22 mars 2014
    Belbek, Crimée. Des « hommes verts » tentent de prendre une base aérienne ukrainienne.
  • 27 mars 2014
    ONU. Cent pays du monde entier font adopter une résolution soutenant l’intégrité territoriale de l’Ukraine et déclarant le pseudo-référendum organisé en Crimée par des dirigeants criméens autoproclamés, sans légitimité démocratique et installés par des militaires russes armés, comme illégal et illégitime, nul et non avenu. Seuls 11 pays votent contre : Russie, Corée du Nord, Syrie, Soudan, Zimbabwe, Venezuela, Nicaragua, Cuba, et Bolivie.
  • 09 mai 2014
    Poutine se rend en Crimée pour assister au défilé de la Victoire. Il s’agit en fait d’un défilé triomphal.
  • 15 août 2014
    En Crimée, Philippe de Villiers rencontre V. Poutine en tête à tête; l’ancien ministre veut y construire un parc historique à la gloire de la Russie… NB : Le chef d’État-major des Armées n’est autre que le frère de Philippe de Villiers.
  • 01 septembre 2014
    Frank-Walter Steinmeier (ministre allemand des AE) met en garde l’Europe contre une nouvelle annexion russe en Ukraine. Le but des Russes est de former un corridor entre l’inaccessible Crimée et la Russie. En d’autres termes, d’écraser Marioupol. Quant à Federica Mogherini, nouvelle représentante de la diplomatie européenne, il est parfaitement clair que Poutine ne respecte pas les traités, mais, dit-elle, la diplomatie demeure l’unique voie.
  • 07 septembre 2015
    Déplacement du président Porochenko à Marioupol. Les habitants construisent une deuxième ligne de défense. Cette ville de 400.000 habitants est le verrou de la BANDE LITTORALE reliant la Crimée à la Russie continentale.
  • Septembre 2014
    Au Parlement européen 27 députés français, dont Jean-Luc MÉLENCHON et Marine LE PEN votent contre l’accord d’Association UE-Ukraine (23 d’extrême droite, 4 d’extrême gauche). Les mêmes soutiennent l’annexion russe.
  • 11 septembre 2014
    Moscou. Une quinzaine de parlementaires français, dont Claude Goasguen et Thierry Mariani (UMP) rencontrent de hauts responsables russes (dont Sergueï Narychkine, président de la Douma, et le chef de l’administration présidentielle, Sergueï Ivanov) pour apporter leur soutien à Moscou contre l’Ukraine, et pour l’annexion de la Crimée. Un autre député du même bord, Nicolas Dhuicq, déclare : La Crimée pour moi est russe, il n’y a aucune discussion possible. Voir la liste des Français compromis ici.
  • 15 novembre 2014
    Brisbane. Le G20 n’évoque pas officiellement la question du Donbass ni de la Crimée, en dépit des 38 passagers australiens morts dans le vol MH17 abattu par les terrorusses (v. 17 juillet 2014). Les pays anglo-saxons se contentent de déclarations en faveur de Kiev. Le président américain Barak Obama s’oppose toujours à l’agression russe en Ukraine, une menace pour le monde, dit-il. Angela Merkel indique toujours que l’UE envisage d’infliger de nouvelles sanctions financières à des personnalités russes en raison de la poursuite du conflit ukrainien. François Hollande se targue toujours de jouer un rôle de médiateur dans ce conflit depuis les cérémonies du 6 juin en Normandie…
  • 04 décembre 2014
    Discours annuel de Poutine devant la Douma. L’économie russe est en crise à cause des Occidentaux. La Crimée, pour la Russie a un sens civilisationnel et sacré. Forte critique de ce discours sur les réseaux sociaux, Poutine ignorant les violences de Grozny le jour même (occupation de l’hôtel de ville par des « islamistes », dit-on).
  • 23 novembre 2014
    Otan. Le Parlement ukrainien renonce au statut de pays « non aligné », suite à l’annexion par la Crimée et l’agression russe dans l’est de l’Ukraine. 303 voies pour (8 contre). La loi engage Kiev à « remplir les critères nécessaires pour l’adhésion à l’Alliance atlantique ».
  • Février 2015
    La presse russe d’opposition publie le plan d’annexion de la Crimée et du sud de l’Ukraine.
  • 07 février 2015
    Nicolas Sarkozy déclare : La Crimée a choisi la Russie, on ne peut pas le lui reprocher. Et d’ajouter : L’Ukraine n’a pas vocation à entrer dans l’Union européenne.
  • Juillet 2015
    Voyage de propagande prorusse d’une dizaine de parlementaires français (majoritairement UMP) emmenés par Thierry Mariani en Crimée.
  • Août 2015
    Criméens opposés à l’annexion. Le cinéaste Oleg Sentsov et le militant écologiste Alexandre Koltchenko ont été condamnés respectivement à 20 et 10 ans de prison sur des accusations abusives d’actes de « terrorisme ».
  • 10 Septembre 2015
    Parlement européen. La France apporte 22 de ses voix contre une résolution condamnant la détention illégale et les tortures infligées aux prisonniers ukrainiens détenus par Moscou, dont Oleg Sentsov. Le FN principalement, mais aussi Nadine Morano.
  • Novembre 2015 : Le Parlement ukrainien reconnaît comme génocide la déportation des Tatars en 1944.

  1. Et qui fut considéré à tort par Homère comme une tribu lactomane et cannibale!
  2. En art, les Sarmates ont un faible pour les émaux polychromes incrustés dans le métal, goût qu’ils transmettront aux Goths qui eux-mêmes le propageront en Europe mille ans plus tard.
  3. Pour l’anecdote, Mozart en a fait un de ses meilleurs opéras dès l’âge de 14 ans.
  4. Le nom Soudak proviendrait du vieil iranien sughda, saint, racine directement apparentée au peuple Sogdien, des Scythes d’Asie centrale ayant fondé les villes mythiques de Samarcande et de Boukhara sur la route de la Soie. L’origine de cette route remonte d’ailleurs à la préhistoire.
  5. Les 7 dieux en vieil-iranien ?
  6. Sur les pentes du mont Çatır Dağ des tombes gothes de cette époque ont été retrouvées. Chaque année un pèlerinage commun tatar et ukrainien en mémoire du génocide de 1944, est organisé au sommet de la montagne. Voir 2006.
  7. L’origine ethnique des Khazars demeure à ce jour assez discutée, mais géographiquement, ils proviendraient du Daghestan dans le nord du Caucase. Vers 550, les Khazars relativement pacifiques et cultivateurs, se soumettent au clan d’Açina, maître du khanat Göktürk dominant l’Asie mongole et la Route de la soie. L’État qui se forme alors va devenir le plus puissant d’Eurasie au VIIe siècle
  8. La Sogdiane, alors extraordinaire région d’Asie centrale de langue scythique, remarquablement développée et tolérante avant l’invasion arabo-islamique.
  9. La controverse des Rakhdonites – ceux qui connaissent la route en persancorporation de marchand juifs qui possédait une garde de 12.000 mercenaires, dit-on, tire son origine des campagnes antisémites très actives dans les milieux rouge-brun russes des années 1990. Edit=À développer.
  10. En langue turcique le mot signifie « les beaux-frères », et plus exactement « les maris de la sœur aînée ».
  11. Le mot est d’origine mongole. Il désignait à l’origine un peuple turco-mongol presque totalement anéanti à la fin du XIIe siècle par Gengis Khan et les Chinois. Les tribus mongoles et turcoïdes qui envahissent l’Europe centrale et orientale au début du XIIIe siècle héritent du gentilé, mais ne sont pas tatares à proprement parler.
  12. Jusqu’en 1944, il existera 4 grandes subethnies tatares en Crimée. 1 – Les Yali-Boïlious, Tatars turquisés et descendants des Turcs ayant occupé en 1475 les territoires génois. 2 – Les Tatlyars, population européennes tatarisées, essentiellement des Goths, Grecs et autres Européens des montagnes. 3 – Les Ortaliouyaks, Tatars du centre de la Crimée. 4 – Les Nohaïlars, Nogaïs ou Manghites, nomades de la steppe tard venus.
  13. Les mariages de Tatars avec des Ukrainiennes ou des Russes arrivées en Crimée comme esclaves sont fréquents, le plus souvent dans les couches sociales les moins élevées. Le mariage permettait à ces femmes d’être affranchies. Quant aux hommes, se marier avec des esclaves évitaient la tradition du qirim, forte somme versée pour la fiancée. Une exception criméenne.
  14. Pierre Chevalier dans son ouvrage Histoire de la guerre des Cosaques contre la Pologne, Paris 1663, les appelle Tartares Précopites, c’est-à-dire situés derrière la forteresse de Perekop, le verrou de la Crimée, au sud de l’étroit passage éponyme entre la presqu’île et le continent. C’est l’expression qu’utilise le baron von Herberstein dans son époustouflant Rerum Moscoviticarum Commentarii, ou Notes sur les Moskovites, paru en 1549, traduit et réédité de très nombreuses fois.
  15. L’importante population non-musulmane, essentiellement composée de Grecs, d’Arméniens et de Juifs, fait tourner le commerce extérieur et a le droit de posséder des esclaves. Ces derniers auraient été trois fois plus nombreux que les autochtones, du moins à en croire le voyageur Evliya Çelebi, intime des Guiraï, qui en dénombre 920.000 en 1666. C’est une main-d’œuvre bon marché qui permet le développement du commerce céréalier avec la Porte. En cas d’affranchissement, les anciens esclaves s’assimilent en général en une ou deux générations. On ne possède pas d’archives comptables détaillant les différents revenus, mais les données relatives aux affranchissements des esclaves vendus au centre du trafic, à Caffa, indiquent qu’il était vendu chaque année 17.500 esclaves.
  16. L’élite du Khan, les noukers (archers lourds) participent à la Bataille ainsi que des mercenaires étrangers.
  17. En réalité les Tatars sont persécutés et se soulèvent à plusieurs reprises dans les années 1770, ce qui leur vaut d’être massacrés.
  18. On en trouve encore à Eupatoria notamment.
  19. Edit=Information à vérifier. Source : Encyclopédie d’histoire de l’Ukraine, Académie des sciences d’Ukraine. Kiev, 2008. Tome V, p. 383.
  20. Le mot vient de l’arabe « Nouvelle méthode ».
  21. 71 Ukrainiens, 11 russes, 8 Juifs, 2 Allemands, etc., dont 1 député pour les Tatars.
  22. Bien plus tard, dans ses souvenirs, Cafer Seydamet expliquera que l’action et les procédés des Ukrainiens étaient exemplaires pour les Tatars. En revanche, selon lui la Crimée ne devait pas être divisée entre plusieurs nationalités, mais devait garder son unité géographique. Or, l’Ukraine exagérait la proportion d’Ukrainiens dans le nord de la péninsule. Il est à noter que Vynnytchenko, le chef du Secrétariat général, n’inspira aucune confiance au nationaliste criméen. Seidamet le traite d’opportuniste. Ce qu’il fut. Simon Petlioura était alors sur le front et la rencontre avec les délégués tatars ne put avoir lieu.
  23. Contre 22 % en Russie, 10,5 % en Ukraine.
  24. Les Allemands ont tendance à négliger ce « détail ».
  25. Hélas Petro Bolbotchan sera fusillé en juin 1919, accusé à tort par les pétliouristes d’avoir voulu prendre la tête du Directoire.
  26. Souvenirs du capitaine Boris Monkevytch, Le raid de Bolbotchan en Crimée. Ed. originale Lviv, 1928. Seconde éd. New York, 1956. / Б. Монкевич, Похід Болбочана на Крим, 1956.
  27. Variante du panturquisme mais en plus anticommuniste et moins laïc. Le fondateur historique du touranisme, le turcologue bashkir Ahmet Zeki Velidov dit Togan, fut un grand ami de l’Ukraine et de la Géorgie au temps du prométhéisme, c’est-à-dire de la lutte commune des peuples asservis par Moscou.
  28. Turcophones de religion juive, mais non-rabbinique. Les tsars leur accordèrent des privilèges que les Nazis allaient prendre quelquefois en compte eux aussi.
  29. 238.500 déportés, 110.000 décès dans les 18 mois
  30. Précision importante, le Waffen-Gruppe Krim comme les autres Osttruppen recrutant parmi toutes les nationalités de l’empire russe (Russes et Cosaques y compris) ne regroupe pas des SS, mais des « légionnaires » anti-bolcheviques dont le seul but est la libération de leur patrie.
  31. Moussa Mamout a vécu le Surgûn à l’âge de 13 ans. Dès son arrivée, il dut travailler dans les champs de coton, où on le battait, parfois jusqu’à perdre conscience. Durant les premières années de déportation, ses deux sœurs et ses deux jeunes frères mourront de faim. Laissant l’Ouzbékistan en 1975, il revient dans sa Crimée natale avec sa famille. Le 23 juin 1978, alors qu’un agent vient le chercher pour qu’on le juge à cause d’un problème de papiers, Moussa s’asperge d’essence. Il sera conscient jusqu’à sa mort, une semaine plus tard. Le Tatar ne regrettait rien…
  32. D’après les sources tatares, en 1989 ils étaient 272.000 dans toute l’Urss, dont 189.000 dans le seul Ouzbékistan. 93 % d’entre eux avaient conservé leur langue maternelle. En 1990, les statistiques officielles dénombraient deux fois moins de Tatars en Urss.
  33. C’est néanmoins le score le plus faible de toute l’Ukraine par régions.
  34. Les recensements soviétiques et postsoviétiques ne reflètent pas la réalité « ethnique » ou culturelle à proprement parler. Le fait de se dire « russe » pouvait être motivé par des raisons plus terre à terre.

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