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Députés français ayant voté contre l'ukrainisation de l'enseignement en Ukraine
By PanDoktor Posted in L'Ukraine en danger!, Politique française on 14 octobre 2017 8 min read
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L’Ukraine s’est retrouvée complètement isolée lors d'une résolution de l’Assemblée du Conseil Européen remettant en cause la réforme de l’enseignement des langues en Ukraine, résolution adoptée par 82 voix contre 11.

Le 10 octobre 2017, l’Assemblée qualifiait la nouvelle loi ukrainienne comme n’étant pas propice au “vivre ensemble”, alors qu’elle ne fait qu’introduire l’enseignement de l’ukrainien dans les écoles où cet enseignement n’est pas dispensé. Par ailleurs, la réforme ukrainienne n’interdit aucune des langues enseignées, mais impose la connaissance de l’ukrainien aux minorités nationales. A elles seules, la Hongrie et la Roumanie ont fait le plein de leur voix en apportant 17 votes favorables à la résolution, alors que la Pologne tout aussi concernée n’en a apporté qu’un seule. Un seul député non-ukrainien a voté contre la résolution (John Howell, un conservateur britannique). Toutes les dix autres étaient ukrainiens.

Côté français, les députés de La République en Marche ont apporté l’essentiel des voix représentant la République française, soit 3 voix « pour » et 2 abstentions sur 18 potentielles :

  • Jennifer DE TEMMERMAN (LREM, sans groupe)
  • Jacques MAIRE (LREM, sans groupe, et par ailleurs vice-président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale)
  • Jérôme LAMBERT (Nouvelle gauche, groupe socialiste, prorusse notoire et désinformateur)

Deux députés français se sont abstenus :

  • Albane GAILLOT (LREM, sans groupe)
  • Adrien TAQUET (LREM, sans groupe, un des principaux « communicants » du président Macron)

D’après le texte, l’Assemblée est bien consciente que les minorités ukrainiennes de Roumanie et de Hongrie ne bénéficient d’aucune possibilité d’apprentissage de leur langue dans l’enseignement secondaire. Pour autant, elle considère l’Ukraine fautive de discrimination pour avoir rendu obligatoire l’apprentissage de l’ukrainien, mais se dit prête à réintégrer la Russie ou supprimer les sanctions malgré tous les crimes contre la Démocratie et le Droit dénoncés dans ce même hémicycle, dont l’annexion de la Crimée qui lui vaut son exclusion de l’Assemblée. Un double standard qui n’améliorera sans doute pas l’état des minorités ukrainiennes de Russie, état d’autant plus préoccupant depuis l’agression russe menée contre l’Ukraine au prétexte défendre les minorités dites « russophones ». C’est surtout pour prévenir d’autres agressions hybrides de ce type que l’Ukraine envisage enfin l’apprentissage de la langue nationale dans les régions peuplées d’allophones ou d’Ukrainiens russifiés. Visiblement, personne ne semble vouloir entendre ce message.

Députés français ayant voté contre l'ukrainisation de l'enseignement en Ukraine

Les députés européens ont voulu signifier à l’Ukraine qu’ils souhaitaient PLUS D’ÉQUILIBRE dans cette réforme cruciale pour l’avenir du pays, en lui rappelant, au passage, des principes que leurs pays respectifs n’appliquent pas eux-mêmes. Le cas de Jérôme LAMBERT déjà mis en examen par la Justice ukrainienne est particulièrement préoccupant. En octobre 2015, l’ex-socialiste était allé en Crimée occupée pour glorifier la « solution équilibrée » apportée par Vladimir Vladimirovitch et ses « petits hommes verts », puis en avril 2016 à l’Assemblée nationale le voilà qui votait contre les « sanctions » parce que c’était plus équilibré. Le tout sans jamais douter du bon fonctionnement de la démocratie et des institutions russes en matière de vote notamment, ni jamais piper mot de la situation des minorités en Russie et encore moins en Crimée. Parce que, nous dit monsieur le député, la Russie est un État nécessaire à l’équilibre du monde…

Non seulement le député de Charente et petit-neveu de François Mitterrand suit assidûment la voie de la collaboration franco-russe, mais il assume pleinement le recrutement de son épouse pourtant invisible en Charente et pour le moins discrète à l’Assemblée nationale, où elle est pourtant censée travailler en tant qu’attachée parlementaire. Elle s’occuperait «d’internet», rétorque l’élu dans son septième mandat de député. Sans doute pour assurer au couple un budget… plus équilibré ?

En ce qui concerne les autres députés, la question est toute différente. Pour certains, ils sont désinformés par leurs propres collègues, et pour la majorité d’entre eux, ils sont de toute évidence mal renseignés. Dans la presse française par exemple, le Monde titrait : La question linguistique crée une crise entre Kiev et ses voisins européens. Une loi ukrainienne prévoit que les enseignements devront avoir lieu presque exclusivement en ukrainien dès 2020.

Or à la lecture de l’article VII de cette loi rien de tel n’apparaît. Les précisions du vice-ministre de l’Enseignement Pavlo Khobzey sont assez claires également. L’apprentissage de la langue et de la littérature de toutes les minorités régionales ou nationales sont garantis. La loi introduit la mixité linguistique, de la maternelle au secondaire, pour les minorités et même pour les sourds et malentendants. Elle oblige les établissements du supérieur à des aménagements pour les étudiants ne connaissant pas assez l’ukrainien. Mais elle oblige surtout lesdits établissements à compléter l’apprentissage de l’ukrainien. Loi des plus classiques en somme, encore qu’en France on en soit encore très loin avec nos 3 heures de langue régionale par semaine au collège, et ce dans certains établissements seulement. L’Ukraine veut au contraire garantir un apprentissage réellement bilingue, en permettant selon la situation de chaque établissement un partage des matières enseignées en ukrainien pour les unes , et dans l’une des langues minoritaires pour les autres.

En Ukraine, jusqu’à peu l’ukrainien était considéré comme facultatif et le russe, langue coloniale, langue de l’occupant, dominait la société. Le russe prédomine toujours dans la plupart des régions du sud et de l’est, malgré l’échec du projet « Novorossia » qui avait justement pris prétexte de la russophonie pour dépecer l’Ukraine. Mais de façon quasi-mécanique l’agression russe a fait évoluer la conscience nationale et par conséquent linguistique dans la plupart des régions. Si une partie du territoire est aujourd’hui occupé et détruit, c’est en grande partie à cause de l’inertie dont a fait preuve l’État ukrainien depuis l’indépendance, soit un quart de siècle. En refusant de développer l’enseignement de l’ukrainien et des valeurs qui lui sont attachées, l’Ukraine a laissé ses régions les plus industrielles et stratégiques à la merci du « monde russe » dont on connaît l’agressivité séculaire.

Consolider l’État ukrainien passe par l’école et il est pour le moins étrange que lors d’un amendement le précisant expressément, 39 voix sur 41 (soit près de la moitié) se soient prononcées contre cette simple évidence. 

La réaction la plus virulente parmi les partenaires européens de l’Ukraine fut sans conteste celle de la Hongrie. Péter Szijjártó, son ministre des Affaires étrangères, avait déclaré le 26 septembre dernier qu’en tant que membre de l’Union européenne la Hongrie allait bloquer l’Ukraine et opposer son veto à toute action pouvant faire progresser l’Ukraine dans le processus d’intégration européenne inspiré par le Partenariat oriental.

Il faudrait analyser plus en détails les raisons de cette hostilité imbécile. Mais pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, c’est à présent le retour au « monde ukrainien » et la réforme tant incriminée par les députés européens demeure malgré tout ouverte vers l’avenir : avenir européen bien sûr, mais surtout avenir national. En garantissant d’une part la renaturation de l’ukrainien dans les régions les plus russifiées, et de l’autre, le maintien de la richesse et de la diversité culturelle auxquelles aspire la société ukrainienne, la notion d’équilibre semble pour le coup parfaitement de mise. ◊

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