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Skovoroda 
Un philosophe pas comme les autres 
By PanDoktor Posted in Lettres on 24 août 2013 3 min read
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Par sa conception du monde et de la vie, Grégoire Skovoroda fascinait déjà l'Ukraine quand il en arpentait les verts chemins. Deux siècles et demi plus tard, on le reconnaît au premier coup d’œil sans qu'on ait à lire ses mystiques traités ni ses baroques versets...

Un philosophe pas comme les autres

Visage d’intellectuel humaniste dans le style renaissance, ses traits fins et son allure modérée sont l’exacte antithèse du seigneur cosaque ventru et moustachu étalant sa grossière opulence. Cet homme qui ne pouvait tenir en place semble à jamais fixé dans la mémoire d’une nation souvent amnésique. Car Skovoroda, c’est avant tout un « personnage conceptuel » façonné à travers les modes et le temps. Un sage, un juge, une conscience. Éternellement pur et sans attaches, on ne saurait critiquer ses mœurs, pas plus qu’on ne critique Montaigne et la Boétie. Qu’il fût ou non démocrate, franc-maçon, mystique, à la fois occidental, byzantin, ukrainien, épicurien, pauvre et chrétien authentique… on ne saurait faire le tour de sa pensée sans être initié à sa gnose. Son image simplifiée compense à elle seule cette carence de clarté.

« L’homme spirituel est libre »

Comme souvent chez les Slaves, il suffit que l’imaginaire populaire s’empare d’un auteur et vous voilà en face d’une idole. Ainsi de l’hermétique Skovoroda, fils d’un modeste cosaque, mais couronné d’une aura quasidivine. Un Super-Ukrainien en quelque sorte ‒ parce qu’il aurait envoyé sur les roses une tsarine amoureuse de sa voix ‒ et un « vrai philosophe » qui d’après la légende aurait fui la cour pour offrir sa savante amitié aux paysans. Dans un pays déchiré, enfermé, laissé en marge de l’Europe et progressivement privé de tout ce qui forme une nation, il fallait bien une figure unificatrice pour que « les affligés » fussent consolés…

Par ses indéniables talents et ses lumières, l’homme aurait pu devenir un riche courtisan bien au-delà de sa terre natale, ou bien comme nombre de ces semblables, un petit marquis de province affublés de paysans asservis. Mais contre toute attente, le philosophe préféra la voie intérieure. Ses penchants spirituels et poétiques le rattachent davantage aux mythiques kobzars, ces bardes aveugles qui de village en village faisaient résonner leurs bandouras1 au son de quelque vérité.

LA THÉORIE DES TROIS MONDES

Si Grégoire Skovoroda fut en son temps une véritable « encyclopédie ambulante », c’est aujourd’hui une encyclopédie qui questionne plus qu’elle n’informe, sa langue et sa pensée n’étant que trop absconses. Ce corpus peut néanmoins devenir une source d’inspiration féconde pour qui aime faire sortir de son imagination toutes sortes d’univers. D’après Skovoroda, un monde symbolique relie entre eux le microcosme et le macrocosme. C’est à travers ce monde constitué d’images et de mots que l’homme parvient à libérer son esprit. Il peut alors atteindre son cœur en lequel il fait entrer le reste de l’humanité et du monde… ◊

Skovoroda 

A lire :

  1. La bandoura est l’instrument « national » ukrainien, entre la cithare et le luth. Son ancêtre est la kobza, de taille plus petite. Au milieu du XIXe siècles, le poète et peintre Taras Chevtchenko a porté aux nues le mythe du kobzar, conteur ambulant s’accompagnant à la kobza. Son unique recueil de poèmes s’intitule Kobzar.

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