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L'hybression russe   
Analyse et chronologie détaillée 2002-2017 
By PanDoktor Posted in Chronologie, L'Ukraine en danger!, Synthèses on 23 décembre 2017 207 min read
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L’hybression ou "hybrid agression" en anglais, peut être définie comme la stratégie de destruction d’un État par un autre via des moyens militaires et non-militaires combinés. Dans le cas précis de la guerre russo-ukrainiennne, il s’agit de désouvrainiser et de décrédibiliser l’Ukraine en tant qu’État aux yeux de l’UE et de l’Otan. Après la famine artificielle, le chaos artificiel. Mais au-delà de l’Ukraine, c’est l’unité du continent européen que le régime poutinien met en péril.

Pluridimensionnelle et polydestructive, l’hybression vise à annihiler le potentiel vital de sa cible en l’attaquant de l’intérieur tout en ajustant ses coups de l’extérieur. Une hybression est menée à plusieurs niveaux : politique, militaire, économique, informationnel, humanitaire et bien d’autres. Le but recherché est tout d’abord la substitution des valeurs fondatrices du pays-cible par celles du pays-agresseur, celles-ci devant toujours apparaître comme plus prometteuses et plus attrayantes. Pour se faire, une série de faux projets doit être annoncée.

« Grande Eurasie »
et guerre du gaz

Parmi ces pseudo-projets poutiniens : l’Union douanière eurasiatique, sorte de communauté européenne à la russe censée surpasser en avantages celle de l’UE. Pour se faire, l’État-prédateur doit au préalable promettre à l’État-cible des relations équitables, de larges bénéfices et autres avantages économiques. En réalité, de 2010 à 2013 la dépendance économique de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie n’a fait que croître de manière vertigineuse : en trois ans, la dette ukrainienne auprès de la Russie a plus que quintuplé, passant de 3 à 16.5 milliards.

Idem lors de l’intervention russe en Syrie en septembre 2015, son but n’ayant jamais été de frapper Daesh, mais d’obtenir en échange de ce « petit coup de main », carte blanche en Ukraine auprès des puissances d’Occident. Cette stratégie n’a pas vraiment fonctionné, les frappes russes ayant surtout touché la Résistance syrienne, sans même parler des pertes civiles gigantesques et des infrastructures sciemment visées par les frappes russes. Mais le flux supplémentaire de migrants qui en a résulté a néanmoins augmenté la cote des « eurosceptiques ». Moscou a également tiré profit de sa déstabilisation de la Syrie en perturbant l’exportation d’hydrocarbures transitant par la région et concurrençant les siennes. Ces résultats au Moyen-Orient n’ont pas encore produit l’effet escompté en Ukraine, où ben au contraire l’agression a provoqué une chute sans précédent des exportations directes de gaz russe, domaine particulièrement crucial pour l’agresseur, le budget fédéral dépendant à plus de 50 % des taxes liées à l’extraction et aux exportations d’hydrocarbures. L’Ukraine s’est finalement affranchie de cette dépendance historique et les sanctions occidentales ont retardé le développement de nouvelles exploitations russes. Toute la stratégie de la Russie va très probablement s’attacher à transformer les voisins occidentaux de l’Ukraine en alliés de Moscou dans les futures guerres du gaz.

Europe germano-russe

Présentées comme de simples contentieux commerciaux, les « guerres du gaz » menées contre l’Ukraine sont en réalité de véritables campagnes de désinformation visant à discréditer l’Ukraine comme partenaire commercial et ainsi l’évincer du circuit. À terme, si les gazoducs de contournement projetés dès le début des années 2000 sont achevés un jour, l’Ukraine ne fera plus transiter de gaz russe par son territoire. Mais Moscou cherche aussi à empêcher tout transit quel qu’il soit, passant par le territoire ukrainien, notamment de gaz azéri de la Caspienne ou d’autres régions alentour. En cela, ces guerres sont une partie pleinement intégrante et même centrale de l’hybression. Alors qu’aucun arrêt de justice n’a pu imputer la faute à l’Ukraine – que ce soit pour vol ou négligence – les coupures de gaz ayant perturbé l’approvisionnement des pays d’Europe centrale en 2006 et 2009 ont, sous l’effet de l’incontournable propagande russe, poussé l’Allemagne à contourner l’Ukraine. Les deux premiers gazoducs de Nord Stream I sont déjà en exploitation. Le projet Nord Stream II est suspendu, mais gagne du terrain malgré les « sanctions » américaines1 et les protestations des pays lésés telle la Pologne.

Outre que l’Ukraine perdrait des milliards de dollars en raison d’un transit diminué (ce qui est déjà le cas) la finalisation du projet prévue théoriquement pour 2019 rendrait le transit du gaz russe par l’Ukraine optionnel. Or le contrat de transit expirant justement en 2019, Moscou pourrait interrompre les flux de sorte à endommager les tubes par défaut de pression et accuser l’Ukraine d’incompétence. La mise hors service du réseau ukrainien permettrait à la Russie de légitimer son monopole sur le transit vers l’Europe et d’imposer ses conditions à l’Ukraine. Dans le pire des cas, Gazprom ferait main basse sur la gestion du réseau ukrainien. Dans le meilleur, la gestion en serait assurée par des compagnies européennes. Dans tous les cas de figure, les pertes de l’Ukraine aggraveraient encore sa dépendance financière vis-à-vis du FMI et de Bruxelles.

Gazocratie contre démocratie

Il faut admettre qu’en décembre 2017 le dégroupage du réseau gazier et sa transparence en matière de corruption ne sont toujours pas atteints – ce qui ne risque pas de plaider en faveur de l’Ukraine à Bruxelles –, mais d’un autre côté le double-jeu de la Commission européenne n’est pas moins inquiétant, et il n’est pas interdit de parler d’amis « hybrides » de l’Ukraine à Bruxelles, jouant un parfait double-jeu entre Kiev et Moscou. Si l’Ukraine est parvenue à réduire drastiquement sa dépendance au gaz russe, pourquoi l’Europe fait-elle l’inverse ? Bien que la corruption gazière internationale soit un thème central dans le cadre de l’hybression contre l’Europe, l’opinion européenne y attache si peu d’importance que la gazocratie peut déjà fêter sa victoire contre la démocratie. Le seul fait que Matthias Warnig, jadis haut fonctionnaire de la Stasi, ainsi que l’ancien chancelier Gerhard Schröder se trouvent au sommet de ce « business » en Europe comme en Russie, aurait déjà dû engendrer les foudres de l’opinion. Mais tout se passe comme si les Européens dormaient…

L'hybression russe   
De gauche à droite : Oettinger, Miller, Medvedev, Schröder, Warnig

Le gaz et le pétrole finançant en grande partie la guerre hybride, terroriste et informationnelle lancée contre l’Europe, on peut en déduire que ce sont les Européens eux-mêmes qui financent l’arsenal tourné contre l’Ukraine et l’Europe. Voilà pourquoi imposer des réformes à l’Ukraine tout en contredisant ces mêmes réformes en laissant Gazprom gérer Nord Stream à son entier avantage n’incite pas Kiev à dégrouper les différents services de Naftogaz. Surtout qu’en cas de nouvelle « guerre du gaz » l’Ukraine aurait beaucoup plus de peine à manœuvrer un méga-réseau fraîchement dégroupé. En 2009, c’est une aubaine que l’Ukraine ait pu rapidement inverser les flux puis utiliser les immenses stocks souterrains de Galicie pour assurer la distribution vers l’Est. Sans professionnels qualifiés et patriotes opérant sur un réseau unifié, l’Ukraine n’aurait sans doute pas pu réagir dans les temps.

Malheureusement, l’Union Européenne n’a pas voulu trancher le litige en recherchant et en établissant les responsabilités de chaque partie, ce qui permet à Moscou d’apparaître comme vainqueur sur le plan de la propagande, chaque guerre du gaz lancée contre l’Ukraine étant méticuleusement préparée sur ce plan. Ce manque de solidarité ne peut qu’encourager l’agresseur. Par ailleurs, l’inefficacité des réformes en Ukraine fait également partie des buts de guerre moscovites.

L’Europe visée comme l’Ukraine

L’objectif de Vladimir Poutine, c’est de restaurer la Grande Russie, parce que c’est selon lui la condition de survie de son pays. Est-ce qu’il cherche notre affaiblissement ou notre disparition? Je ne le crois pas.

Pourtant, l’Europe devrait savoir à quoi s’en tenir devant tous ces « beaux » projets de gazoducs « offerts » par Moscou. L’exemple sans doute le plus pernicieux de pseudo-projet hybressif nous oblige à rester dans le secteur du gaz, domaine indissociable de l’expansionnisme russe. L’histoire se passe en pleine guerre du gaz russo-ukrainienne et quelques mois seulement après l’invasion de la Géorgie. En janvier 2009 Moscou fait une offre au président Youchtchenko qu’il ne risquera pas d’accepter : livrer du gaz russe dans les Balkans en puisant dans les réserves ukrainiennes. Derrière cette « généreuse » proposition se cache bien sûr un piège mortel. Sous un prétexte quelconque, Moscou pourrait à tout moment fermer les vannes et accuser le gouvernement issu de la Révolution orange d’avoir spéculé sur le gaz au détriment des populations russophones d’Ukraine. Et cela serait d’autant plus simple à « expliquer » que Youlia Tymochenko n’a de cesse d’accuser le président Youchtchenko de corruption dans l’affaire RosUkrEnergo (voir Juin 2004 dans la chronologie). Laisser par grands froids le sud et l’est du pays sans autre moyen de chauffage risque fort de provoquer de larges protestations que Moscou pourrait alors « interpréter » comme une volonté de rejoindre la Russie. Moscou n’aurait alors qu’à répondre par « un signe » et le scénario des « petits hommes verts » de Crimée se mettrait alors en place.2

L’échec de cette grossière manœuvre tient surtout à ce que Moscou n’avait pas les bonnes personnes au bon endroit. Les directeurs de Naftogaz ont su réagir rapidement en tenant compte du risque très élevé de provocation « séparatiste ». Après le départ de Youchtchenko en 2010, le Kremlin va insister sur la désatlantisation et la déseuropéisation de l’appareil d’État ukrainien tout en plaçant ses « insiders » aux postes adéquats.

Au sein de l’UE, on a mal anticipé le facteur gazier utilisé comme arme. L’Europe et l’Occident avaient compris dès 1993 que le gaz russe pouvait servir de levier3 face à des pays endettés comme ceux de l’ex-Urss, mais on n’imaginait pas que l’UE pourrait être elle-même visée, la Russie ne connaissant pas de limites.

Parmi les pseudo-projets d’échelle globale annoncés par Moscou, le fameux « pont énergétique » eurasiatique dont la Russie se veut le pilier, correspond parfaitement à l’idée très poutinienne selon laquelle la Russie n’aurait pas de frontières ou plus exactement, pourrait les étendre à sa guise. En réalité, la pénétration du marché européen et asiatique par Gazprom vise une réorientation géopolitique non pas de la Russie, mais de ses voisins en faveur de la « Grande Eurasie ». Les déclarations de V. Poutine à ce sujet ne laissent aucun doute. Comme il le dit lui-même : les frontières de la Russie n’ont pas de limite (24 nov. 2016 sur RT). Une boutade qui ne fait pas rire ceux qui observent l’extension de l’influence russe en Europe justement grâce aux dividendes du gaz vendu aux Européens. Le jour où l’Europe prendra conscience de cette menace à un niveau politique suffisamment important pour l’écarter, il sera peut-être déjà trop tard. Les mesures actives de l’hybression russe auront terminé leur phase de tests et seront prêtes pour leur mise en place opérationnelle.

Buts de l’hybression russe
en Ukraine

Parmi les priorités de l’hybression russe en Ukraine, l’objectif primaire et stratégique fixé au début des années 2000 consistait à rendre l’État ukrainien globalement inapte à rejoindre l’Union européenne et, dès lors, inverser son orientation pro-européenne et atlantique. Concernant les intérêts oligarchiques, la politique de Léonide Koutchma ne pouvait qu’attirer les oligarques russes, dont le premier d’entre eux : Vladimir Poutine. L’Ukraine ouvrait ses entreprises stratégiques, concurrentes directes de leurs petites sœurs russes. Certes, les privatisations éclair votées par une Rada complaisante assuraient l’expansion de l’oligarchie ukrainienne, mais elles pouvaient à tout moment ouvrir les richesses de l’Ukraine aux multinationales comme Mittal, sociétés capables de rendre les vieux combinats ukrainiens d’autant plus concurrentiels.4 Or après une « restructuration », la VEB, banque préférée du Kremlin, devenait précisément en 2002 l’arme financière par excellence de l’état russe kagébisé. Sous ombre d’opérer comme ‘ »intermédiaires », les directeurs de cette drôle de banque allaient avoir pour mission d’étendre l’influence personnelle de V. Poutine en Ukraine et dans le monde.

Toutefois le président Koutchma s’arrangea pour que l’oligarchie ukrainienne garde la haute main sur le secteur minier, sidérurgique et gazier du pays. Après l’échec de cette phase, d’autres options se sont présentées à Moscou, comme la réduction du potentiel géopolitique et plus généralement la désouvrainisation progressive de l’Ukraine. Subissant un nouvel échec, désormais l’hybression russe s’attache à ralentir le processus d’unification nationale paradoxalement ranimé par l’agression elle-même. Créer de nouvelles lignes de confrontation, installer un sentiment d’instabilité et d’incertitude, voire de terreur, constituent à présent les seules réponses du Kremlin aux succès du peuple ukrainien durant ces quatre dernières années d’intense hybression.

Moscou concentre surtout ses efforts sur le thème de la « fédéralisation » qui implique également celui de la russophonie, fallacieux prétexte au pseudo-séparatisme du Donbass et de la Crimée, transformée en place de guerre contrôlant la région Mer Noire/Ukraine méridionale. Si toute négociation sur la Crimée est exclue, Moscou entend par contre imposer l’intégration des pseudo-républiques du Donbass dans l’Ukraine, avec un statut « spécial » garanti par une modification de la Constitution ukrainienne. Ce que Kiev refuse catégoriquement. L’intégration officielle de structures terroristes ne pourra que disqualifier l’intégration euro-atlantique de l’Ukraine. Espérant sauver les apparences, les groupes de pression prorusses eux-mêmes hybrides s’engouffrent dans cette brèche. Néanmoins la question euro-atlantique demeure entière en Ukraine et l’orientation pro-occidentale des Ukrainiens sensiblement accrue au cours de la dernière décennie est devenue depuis la phase militaire de l’hybression russe la doctrine quasi-officielle de l’Ukraine en guerre.

L’intégration de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’Otan marqueraient donc l’échec final de l’opération longuement et patiemment préparée depuis une quinzaine d’années au Kremlin. Mais la dérussification tant politique que culturelle de l’Ukraine annoncerait-elle pour autant le recul de l’influence moscovite en Europe et plus globalement à l’échelle mondiale? Rien n’est moins sûr, les États-Unis étant capables d’assumer une défaite de la Russie en Ukraine, mais pas à en affronter les conséquences globales, à savoir un revanchisme exacerbé poussant un Vladimir Poutine ou un éventuel successeur du même acabit à jouer leur va-tout. Ce revanchisme qui pourrait s’étendre à d’autres zones du monde effraie l’Occident qui refuse toujours de reconnaître le caractère terroriste de l’hybression russe. La France et l’Allemagne en particulier s’efforcent de ménager la Russie tout en soutenant officiellement l’Ukraine, maintenant une sorte d’équilibre abstrait autour des fameux accords de Minsk, lesquels seraient, dit-on, « incontournables ».

Tout le calcul du Kremlin repose sur cette cécité volontaire de la part des puissances européennes. Pour Poutine, l’agression directe de la Russie contre l’Ukraine ne sera jamais suivie d’effets néfastes. Bien au contraire, en Russie les sanctions occidentales ne font que renforcer le ressentiment populaire dirigé non pas contre le Kremlin, mais contre les « forces du mal », c’est-à-dire l’Otan, les USA, le « sionisme » ou encore l’Occident en général. Les sanctions occidentales parviennent à contrecarrer ou freiner certains projets liés à l’occupation, mais pas l’occupation en elle-même.

Autre point important et totalement lié à l’attitude des États-Unis dans les quinze ou vingt prochaines années : l’Ukraine est-elle capable de mener une contre-stratégie à long terme sans ruiner son économie ni compromettre ses chances de réformes ? Et sur un plan plus technique ou juridique, un pays subissant une guerre hybride peut-il rejoindre l’Otan ? Toute ces questions impliquent une connaissance approfondie de l’hybression et des mécanismes qu’elle déploie désormais pour plonger l’Ukraine dans un relatif chaos, mais un chaos créé de toutes pièces par et à l’avantage de Moscou. À ce jour, 1/5 du potentiel industriel ukrainien est détruit et 7 % de la superficie de l’Ukraine, soit 44.000 km2 de territoire se trouvent sous occupation russe.

Guerre « hybride » à la russe : énergo-militarisme et autodestruction

En 2014, parmi les scenari jugés probables, le déclenchement de la phase dite « chaude » de l’hybression aurait eu pour but de neutraliser les infrastructures énergétiques ukrainiennes en frappant ses points stratégiques, le tout sous couvert d’une fictive « rébellion » des russophones du Donbass. En cas d’hiver rude et de longues périodes de froid, Kiev aurait été dans l’obligation de demander l’aide de Moscou en échange de larges concessions diplomatiques, comme la reconnaissance de la Crimée russe et à tout le moins le retrait de l’armée ukrainienne du Donbass et la reconnaissance de la « Novorossiya » comme entité séparée.

En avril 2014, Poutine avait déjà qualifié l’Ukraine méridionale et orientale de Novorossiya, mais cette Nouvelle Russie ne put jamais voir le jour selon le scénario prévu, tout d’abord pour des raisons strictement climatiques (phénomène El Niño d’hivers cléments) et plus encore après l’erreur d’appréciation du Kremlin quant à l’imprévisibilité et la complexité de la mentalité ukrainienne dans les régions russifiées d’Ukraine. Contre toute attente, ces russophones se sont subitement découverts nationalistes ukrainiens et se sont engagés d’eux-mêmes pour la défense de l’Ukraine libre alors qu’elle était en pleine déliquescence et militairement paralysée. Ce fut le cas notamment à Dnipropetrovsk (aujourd’hui Dnipro), pivot géostratégique de la guerre hybride en cours et centre de gravité reliant entre elles les deux plus importantes capitales régionales : Odessa à Kharkiv. Après l’échec du pseudo-printemps russe sur au moins 95% du territoire ukrainien et l’impossibilité d’atteindre les centres névralgiques du système énergétique ukrainien initialement visés, la guerre s’est enlisée avant que Moscou n’ait pu porter le coup fatal.

La guerre s’est enlisée avant que Moscou n’ait pu porter le coup fatal

Néanmoins, rien n’est encore joué. Pour les « séparatistes », le talon d’Achille de l’Ukraine se trouve à Energodar (région de Zaporijia). Dans cette petite ville du sud-est de l’Ukraine se trouvent la plus grosse centrale atomique d’Europe et de l’espace ex-soviétique ainsi que la plus importante centrale hydro-électrique d’Ukraine. Une attaque frontale pourrait facilement les endommager, ce qui en revanche sur le plan médiatique et propagandaire aurait des conséquences catastrophiques. Il suffirait en revanche de plastiquer en toute discrétion les circuits de refroidissement pour que les centrales s’arrêtent. Moscou pourrait alors faire porter le chapeau aux services ukrainiens ou encore accuser la « junte de Kiev » d’avoir « bombarder son peuple ». Il va de soi que mettre en danger l’Europe et le monde en s’en prenant à une centrale nucléaire pourrait avoir des conséquences fatales, sur l’environnement il va de soi, mais aussi pour l’image de Poutine et de la Russie. Cette opération à très hauts risques n’est cependant pas à envisager avant que ne s’effondrent les budgets ou la popularité du président qui pourrait alors jouer son va-tout en Ukraine.

Mais autant l’Ukraine noyautée d’agents russes était une proie facile en 2014, autant elle réagirait au moindre mouvement de troupes aujourd’hui. L’inaction des Ukrainiens lors de la prise de la Crimée a quoi qu’il en soit permis aux Russes de faire main basse sur les gisements et plateformes de la Mer Noire, pourtant faciles à défendre. L’annexion avait plus certainement comme but premier de priver l’Ukraine de sa production domestique, certes faible, mais qui après quelques développement techniques et des économies d’énergie aurait pu devenir autosuffisante.

Essentiel au pays, mais aussi à l’Europe centrale, le système gazier ukrainien est quant à lui moins vulnérable que les centrales atomiques. Il faudrait le sectionner en 29 ponts simultanément pour stopper le flux de gaz, ce qui est impossible dans le cadre d’une guerre hybride ou de faible intensité. Mais le fiasco du « printemps russe » génère d’autres plans à présent. Déficitaires sur le plan énergétique, la Crimée et le Donbass devront tôt ou tard être physiquement reliés si Poutine entend vraiment utiliser ces territoires comme des leviers de poids contre l’Ukraine. Dans cette perspective, la prise de Marioupil et de la route longeant la mer d’Azov vers la péninsule demeure un des objectifs probables du Kremlin, mais là encore, il s’agit d’un projet impossible à réaliser sans mettre fin à la mascarade.

Moins d’un an et demi après l’annexion, le Kremlin comprenait déjà que la situation économique serait sans issue en Crimée et qu’il fallait désormais se contenter des « bénéfices » purement militaires de l’invasion. En juillet 2014 le Ministère fédéral pour les affaires de Crimée fut liquidé après seulement trois mois d’existence, et en juillet 2016 un oukase de V. Poutine ôtait à la Crimée ainsi qu’à Sébastopol leur statut particulier créé juste après l’annexion. Ils sont désormais rattachés à la Région Sud dirigée depuis Rostov-sur-le-Don. Pour rappel, au sein de l’Ukraine la péninsule jouissait d’un statut d’autonomie.

La grande concentration de forces russes sur la presqu’île est en train de modifier l’équilibre géostratégique à l’échelle régionale. On estime à 60.000 hommes les troupes présentes, avec à terme un effectif qui pourrait porter à 100.000 le contingent russe en Crimée. Limitées à 12.500 hommes avant l’annexion, les forces d’occupation déploient désormais un épais maillage d’armes et de mesures dites A2/AD (Anti-access and area denial zone) interdisant aux troupes de l’Otan d’accéder aux points stratégiques d’Europe orientale sans risquer de lourdes pertes. Équipées pour la guerre moderne, et probablement pour les frappes nucléaires, c’est peut-être la seule « succes story » côté russe depuis l’annexion.

La Crimée occupée a également contribué à l’intervention russe en Syrie (2015-2016). Quatre navires de la Flotte de la Mer noire avaient alors tiré des missiles « Calibre » sur des cibles terrestres situées en Syrie. La logistique destinée au régime de Bachar El Assad transite également par la Crimée. La Flotte de la mer Noire, avec Sébastopol pour base principale, joue un rôle capital dans la livraison de matériel militaire à la Syrie. Ces convois plus ou moins secrets forment ce qu’on pourrait appeler les « Tiranny ships » de Poutine. L’état-major de la Marine russe envisageait un renforcement de sa capacité de transport avec des navires Mistral capables de transporter jusqu’à 70 camions ou bien 40 chars en plus de 450 soldats, soit un tonnage plusieurs fois supérieur à celui des BDC (bâtiments de débarquement de chars et de troupes) russes plus classiques. Cependant l’annexion de la Crimée et les sanctions ont contrecarré ces projets. La Russie est obligée d’utiliser de vieux navires soviétiques. Théoriquement, la Russie pourrait utiliser des navires civils, mais à la première inspection une telle cargaison aurait provoqué un scandale international.

Les forces navales de l’Otan ont surveillé les mouvements de la Flotte russe en Mer noire lorsqu’une invasion russe par la mer était à craindre en Ukraine, en particulier entre 2014 et 2015. Mais à ce jour l’Otan n’a pas répondu aux renforcements des menaces russes de manière assez dissuasive ; et au moment le plus intense de l’agression russe, son niveau de présence navale est demeuré identique à celui du conflit russo-géorgien en 2008. Carence d’autant plus préoccupante que l’Ukraine avait perdu une grande partie de sa flotte lors de l’invasion russe. Au cours de l’année 2017, la présence navale de l’Otan en Mer Noire n’a pas varié depuis 2015.

Fondements théoriques
de l’hybression russe.
La « doctrine Guerasimov »

Un jour un homme dira « Gloire à l’Ukraine! » et des millions d’autres lui répondront « Gloire aux Héros! »

En février 2013, le chef d’État-major des armées russes, Valery Guerasimov, avait pratiquement décrit la planification de l’hybression russe contre l’Ukraine d’un point de vue théorique. On pourrait la résumer en 5 points essentiels :

  • Pression politique – via des agents d’influence, propagande, campagnes médiatiques, affaires compromettant les dirigeants du pays-cible, etc.
  • Pression indirecte – via des cyberattaques, perturbations des transports, entraînement et armement de « rebelles », etc.
  • Intervention militaire – via des démonstrations de force aux frontières, formation complète d’unités de « volontaires » et leur fusionnement tactique avec les forces armées russes, etc.
  • Dissuasion – via des patrouilles aériennes agressives le long des frontières, le déploiement d’armes nucléaires tactiques, des manœuvres à l’échelle du théâtre d’opérations, etc.
  • Manipulation et fausses promesses – en jonglant avec les accords de cessez-le-feu, en semant la zizanie dans le camp occidental via des leviers économiques, etc.

Sur la base de ces « méthodes », le conflit hybride d’après V. Guerasimov se développerait selon 8 phases essentielles :

  • Phase 1 – emploi de moyens asymétriques et non-militaires, basés sur des mesures informationnelles, psychologiques, diplomatiques, idéologiques et économiques, de sorte à influencer le pays-cible et y former un terreau politico-militaire favorable.
  • Phase 2 – opérations spéciales, mises en place de leurres trompant l’élite politique et militaire du pays-cible par l’action coordonnée des canaux diplomatiques et médiatiques, ainsi que par l’imitation de fuites de documents importants ou secrets.
  • Phase 3 – intimidation, manipulation, subornation, recrutement de fonctionnaires du gouvernement et de l’armée de sorte à les empêcher de remplir leur mission.
  • Phase 4 – propagande destinée à la déstabilisation de la population et l’apparition de bandes armées.
  • Phase 5 – établissent d’une no fly zone, blocus du pays ou de la région-cible, emploi de troupes privées coopérant étroitement avec les forces « rebelles ».
  • Phase 6 – activation de l’armée précédée de larges opérations de renseignement et autres diversions.
  • Phase 7 – démonstration de force aérienne, électronique, balistique et technologique (nouvelles armes acoustiques, lasers, etc.) via un ensemble d’opérations médiatiques destinées à créer la panique de l’ennemi.
  • Phase 8 – réduction des dernières poches de résistance ennemies par des opérations aéroportées, tirs de missiles longue distance guidés par le renseignement militaire sur place.

La spécificité russe en matière de guerre non-conventionnelle « nouvelle génération » réside essentiellement en la compréhension des tactiques et stratégies de la guerre hybride au plus haut niveau de l’état, ce qui n’est pas le cas en Occident. S’en suit une multitude de petites opérations accompagnée, de temps à autre, d’une grosse rodomontade en cas d’échec : telle est, pour résumer, la guerre russe moderne. Une partition que V. Poutine sait lire et interpréter avec maestria. Néanmoins cette tactique parfaitement efficace en Ukraine avant l’automne 2014 n’a aucune chance d’aboutir au plan stratégique global. Ses effets sont même contraires aux algorithmes sophistiqués de Guerasimov et remplit, du moins en Ukraine, plus certainement le rôle de motivatrice que de démoralisatrice, tant ses méthodes « moyen-orientales » combinées aux traditionnelles opérations à la soviétique achèvent d’attacher les Ukrainiens au camp occidental et les rendent plus nationalistes que jamais. En conclusion, Guerasimov s’est lourdement trompé dans le cas ukrainien. L’Ukraine n’a pas cédé et ne cédera jamais.


L’Ukraine n’a pas cédé et ne cédera jamais

Certes, on n’a pas encore trouvé de remède à sa légendaire naïveté, ni d’antidote à son régime 100% oligarchique et toxique, et encore moins à la dissolution de la Horde moscovite qui se cache derrière les oripeaux de la civilisation et de la foi orthodoxe depuis des siècles. Mais aucune contre-mesure occidentale n’a été nécessaire pour fonder la nouvelle morale qui porte l’Ukraine aujourd’hui. Ainsi s’accomplit la prophétie de Stepan Bandera : Un jour un homme dira « Gloire à l’Ukraine! » et des millions d’autres lui répondront « Gloire aux Héros! ».

*
*     *

L’ignorance du grand public ainsi que celle des journalistes censés l’informer étant manifestes, les buts réels du régime poutinien demeurent largement sous-estimés en Occident. L’opinion occidentale considère encore les menées du Kremlin comme une menace pour le voisinage immédiat de la Russie, mais pas au-delà. Tout particulièrement en France, on voit encore la Russie dans les frontières de l’Urss avec un droit de regard légitime sur ses anciens satellites ou « peuples frères« . Or comme le démontre la chronologie complète ci-dessous, l’Ukraine n’est qu’un marchepied vers une expansion subséquente à la faiblesse occidentale dans le dossier ukrainien. Le Kremlin qui ne voit les vertus de la Démocratie occidentale qu’en tant que failles exploitables et vulnérables, n’hésite pas à engloutir des sommes colossales pour désouvrainiser de l’intérieur les nations ne lui étant pas encore acquises. Quand nous parlons d’hybression, il y va plus certainement de l’unité du continent européen et de ses structures politiques que de l’Ukraine elle-même.

Chronologie détaillée

De sorte à dégager les étapes importantes de l'hybression russe contre l'Ukraine et l'Europe, cette chronologie consacre une large part aux questions énergétiques ainsi qu'aux conflits entre oligarques, en distinguant 5 phases s'étalant sur 15 ans.
  • De 1999 à l’été 2003, plusieurs facteurs concomitants incitent et permettent à Moscou d’envisager une hybression contre l’Ukraine.
  • Phase Zéro – tests et faux départs. Entre 2003 et 2009 la politique russe défie ouvertement le système de sécurité international. Il s’agit encore d’une phase de tests, bien que les tensions en Ukraine soient théoriquement propices à une partition du pays et une intervention russe.
  • Phase A – mise en place opérationnelle. En 2010, au bout de sept ans d’immixtions et de pressions en tout genre, V. Poutine est parvenu à imposer la Russie et a repris la main en Ukraine. La mise en place opérationnelle du plan d’hybression proprement dite peut commencer. Cette phase s’étend jusqu’à l’été 2013.
  • Phase B – déstabilisation. Le 14 août 2013 débute la phase active de déstabilisation qui à Kiev mènera à la Révolution du Maïdane, et dans le sud et l’est russifiés du pays au « séparatisme » et à l’intervention hybride russe.
  • Phase C ou phase militaire – invasion furtive. De la fin février 2014 à la mi-avril 2014, apparition des « hommes verts » en Crimée et dans le Donbass.
  • Phase D ou phase militaire « chaude » – guerre hybride. Le 17 avril 2014 débute la phase qui mènera à la guerre hybride proprement dite. Toujours non-déclarée et d’intensité relative, elle mènera aux « accords » de Minsk II où la Russie sera présentée non comme le pays-agresseur, mais comme l’arbitre le plus influent du conflit. A l’intérieur de cette phase D, on distingue une sous-phase d’escalade et de désescalade.
  • Phase E – intraphase, pseudo-souveraineté. Elle peut conduire à une légalisation ou une normalisation de l’occupation russe.

Prologue
(1999 – Été 2003)

Entre 1999 et 2003, plusieurs facteurs incitent Moscou
à choisir la voie d’une hybression contre l’Ukraine

  • 12 juin 1999 – Prise de l’aéroport de Pristina (Kossovo) par les paras russes sans accord de l’Otan. Les troupes russes empêchent les britanniques d’y accéder, sans réaction de l’Otan. Événement fondamental montrant des Occidentaux incapables de répondre militairement aux coups de bluff des troupes russes.
  • Août 1999 – V. Poutine nommé président du gouvernement russe par Boris Eltsine.
  • 26 mars 2000 – Premier mandat présidentiel de V. Poutine.
  • 28 novembre 2000 – « Scandale des cassettes » touchant le président ukrainien Léonide Koutchma, soupçonné d’avoir ordonné le meurtre du journaliste Grégoire Gongadzé. Début d’un certain isolement diplomatique du président ukrainien en Occident. D’autes scandales de portée internationale viendront s’jouter, comme l’affaires des radars ukrainiens vendus à Saddam Hussein, etc.
  • Février 2002 – Le projet de gazoduc européen Nabucco reliant l’Iran et le Caucase à la Hongrie et l’Autriche via la Turquie vient contrarier le quasi-monopole du gaz russe en Europe centrale.5
  • Mai 2002 – Le président Léonide Koutchma annonce que l’Ukraine souhaite à terme intégrer l’Otan, annonce immédiatement actée et favorablement accueillie lors de la réunion Otan/UE de Reykjavík par les ministres des Affaires étrangères de l’Union.
  • Juin 2002 – Plan triennal de privatisations en Ukraine lancé par le président Koutchma, très critiqué par l’opposition. Les « amis du président » risquent de rafler les fleurons de l’industrie ukrainienne, tout particulièrement la métallurgie du sud-est. Convoitise également de la part des oligarques russes, dont V. Poutine.
  • Septembre 2002 – Constat d’échec du plan de privatisations, mais un plan de privatisations éclairs est en discussion, annonçant déjà un « partage du gâteau » entre clans.
  • Novembre 2002 – Au sommet de l’OTAN à Prague, adoption d’un plan d’action OTAN-Ukraine, première étape vers l’intégration de l’Ukraine dans l’espace euro-atlantique. ◊ Feu vert à l’adhésion de la Lettonie à l’Otan. Celle-ci installe un radar de surveillance ultra-sophistiqué acheté aux Américains et destiné à couvrir la frontière russe.
  • Janvier 2003 – Interruptions du transit pétrolier vers la Lettonie en représailles pour sa politique « discriminatoire » envers la minorité russophone, sa future adhésion à l’Otan, mais aussi pour permettre à Moscou de prendre pied dans le dernier complexe pétrolier de la région où elle n’est pas encore présente.6
  • Mars 2003 – « Pacification » de la Tchétchénie. Après la seconde guerre de Tchétchénie et la trahison d’Akhmat Kadyrov, devenu pro-Kremlin, un référendum plébiscite la nouvelle Constitution instituant l’autonomie de la république. Moscou a désormais les mains libres en Tchétchénie.
  • 10 avril 2003 – La Russie signe un accord gazier de 25 ans avec le Turkménistan. Les relations directes entre ce pays et l’Ukraine sont désormais remises en cause ou contrôlées par la Russie.
  • 2003 – Depuis janvier 2000 les cours du gaz sont en hausse. En 2003, ils ont plus que doublé, passant de 3 à 7 dollars/mcm. ◊ Réduction du service militaire à 12 mois en Ukraine. L’armée s’en trouve totalement désorganisée. En un an les forces armées chutent brutalement de 390.000 à 285.000 hommes. Dix ans plus tard, l’armée ukrainienne ne comptera plus que 168.000 hommes.

Acte I
(Été 2003 / Janvier 2009)

Phase « zéro » dite de test

Entre 2003 et 2009 la politique russe défie ouvertement le système de sécurité international. Il s’agit encore d’une phase de tests et de faux départs, bien que les tensions en Ukraine soient théoriquement propices à une partition du pays via une intervention russe.

  • 28 août 2003 – Dans la 1ère édition de la Doctrine énergétique de la Russie (horizon 2020) le président Poutine admet que les ressources énergétiques de la Russie sont un instrument géopolitique. Déclaration qui passe inaperçue en Europe. Un premier test est réalisé cette même année sur la Lettonie (arrêt complet du transit de pétrole).
  • Septembre/Octobre 2003 – Différend frontalier de Touzla dans le détroit de Kertch en Crimée. Les Russes décident de construire une digue reliant l’île (ou banc de sable) de Touzla à la Russie continentale. Le président Léonide Koutchma menace d’intervenir militairement. Les travaux sont alors interrompus et la digue est arrêtée à une centaine de mètres de l’île ukrainienne. ◊ Septembre 2003 – Viktor Pintchouk, gendre de Léonide Koutchma, acquiert le combinat NZF pour une bouchée de pain.7
  • 19 septembre 2003 – Moscou lance un projet d’union économique appelé Espace économique commun et destiné à réintégré les anciennes républiques d’Urss sous l’égide de la Russie.
  • Novembre 2003 – « Révolution » des roses en Géorgie. Le pro-occidental Mikheil Saakachvili élu en janvier 2004.
  • Mars 2004 : Le Parlement ukrainien ratifie l’accord passé avec l’OTAN sur le soutien à fournir par le pays hôte. ◊ Deuxième mandat présidentiel pour V. Poutine.
  • 29 mars 2004 – L’Otan accueille sept nouveaux pays : les Pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), la Slovaquie, la Slovénie, et dans les Balkans, la Bulgarie et la Roumanie, ces dernières jouant un rôle clé pour contrer l’influence russe en Mer noire.
  • Avril 2004 – Privatisation d’UkrRudProm, le réseau minier ukrainien. Le parlement vote une loi éliminant de facto tout investisseur occidental, laissant ainsi la voie libre aux « amis du président » et en tout état de cause à l’expansion de l’oligarchie ukrainienne. À noter que le parti de Youlia Timochenko n’apporte aucune voix lors du vote. Malgré des promesses, aucune remise en cause de cette loi n’aura lieu après les deux Maïdanes.
  • Hiver 2004 – Gazprom limite ses livraisons de gaz au Bélarus (Blanche-Ruthénie). Minsk avait refusé à Gazprom la gestion du transit. Idem en 2006.
  • Juin 2004 – Création de RosUkrEnergo, compagnie russo-ukrainienne enregistrée en Suisse et détenue essentiellement par Gazprom et l’oligarque ukrainien Dmytro Firtasz (Firtash). NB : Le droit suisse demeure largement favorable à l’opacité en protégeant l’anonymat des actionnaires réels. ◊ Les Russes ayant noyauté l’État ukrainien et ses industries acquièrent un statut légal. ◊ KrévorijStal tombe sous le contrôle de V. Pintchouk.
  • Juillet 2004 – Les combinats d’entreprises minières (GZK) sont partagés entre oligarques d’Ukraine et de Russie, principalement Rinat Akhmetov, Igor Kolomoïsky et Vadim Novinski.8
  • 29 juillet 2004 – Rencontre Poutine / Koutchma en Crimée. Accord entre l’intermédiaire RosUkrEnergo et la compagnie nationale Naftogaz pour la vente d’un mélange de gaz russe et turkmène vendu à Naftogaz par Gazprom pour 95$ / 1000 m³. Dépendance accrue de l’Ukraine et intégration atlantique compromise.
  • Août 2004 – Kolomoïsky et Boholioubov rachètent le plus important combinat ukrainien KrévorijStal (Kryvorizhstal) au grand dam de V. Pintchouk. Léonide Koutchma, son beau-père, avait promulgué la loi en avril.
  • Octobre 2004 – KrévorijStal : Les tribunaux ukrainiens confirment le bien-fondé et la légalité de la vente.
  • Janvier 2005 – « Révolution » orange. Victoire du pro-occidental Viktor Youchtchenko, élu président. Youlia Timochenko Premier-ministre. Rupture entre les deux leaders dès septembre.
  • Mars 2005 à janvier 2006 – Première guerre du gaz.
  • Début mars 2005 – La Russie impose des prix exorbitants à l’Ukraine, prétendument « proche des prix européens ». Alors que la Russie achète du gaz turkmène à $44, elle entend le revendre en Ukraine à $250. En réalité elle vend son propre gaz en le faisant passer pour turkmène.9 À noter que V. Jirinovsky avait déclaré deux semaines avant la conclusion de l’agression qu’il fallait fatiguer l’Ukraine en haussant les prix du gaz d’année en année. Cas similaire avec la Lituanie en 2006 pour le pétrole.
  • 1er mars 2005 – À la requête du nouveau procureur général, la Cour de cassation annule les arrêts rendus dans l’affaire Krévorijstal, et en mai la vente est invalidée.
  • 25 avril 2005 – Poutine déclare que la chute de l’Urss a été « la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle« . Nostalgie de l’URSS renforcée.
  • Juin 2005 – Le Premier ministre Youlia Timochenko impose la reprivatisation de KrévorijStal en triplant le prix d’appel ($2 milliards).
  • Août 2005 – La Cour suprême invalide l’acquisition de NZF par V. Pintchouk.
  • Septembre 2005 – Signature de Nord Stream, gazoduc russo-allemand contournant l’Ukraine et les Pays Baltes. En octobre, juste avant la fin de son mandat, Gerhard Schröder signe le déblocage d’1 milliard d’euros comme fonds de garantie accordé au projet. Le chancelier allemand entre dès le mois de novembre à la direction de Nord Stream AG, société suisse dirigée par l’ancien agent de la Stasi Matthias Warnig.
  • Octobre 2005 – Malgré une tentative de bloquer la vente au Parlement par l’opposition promoscovite, KrévorijStal est vendue à Mittal Steel Germany pour quasiment six fois la valeur de l’entreprise précédemment achetée par V. Pintchouk.
  • 1er janvier 2006 – La Russie coupe le gaz à l’Ukraine. Quatre jours plus tard, un « accord » catastrophique pour l’Ukraine est imposé. Le prix est fixé à $95 pour 6 mois et le système de troc « transit contre gaz » est supprimé. La compagnie RosUkrEnergo est chargée de la partie commerciale en tant qu’intermédiaire. Elle obtient même le monopole des livraisons gazières en Ukraine tout en étant liée à la haute criminalité, du moins plusieurs indices laissent entendre que Seva Moguilievitch (Simon Youdkovitch, le « parrain des parrains » russo-ukrainiens dans le monde) serait dernière cette opération pour le moins opaque.10 Une autre société, UkrGazEnergo, sera chargée de distribution aux entreprises ukrainiennes.
  • 20 janvier 2006 – La Russie interdit les produits comestibles ukrainiens d’origine animale sans préavis. Prétexte : « pauvre qualité ». Fake! L’intention de discréditer les produits ukrainiens aux yeux des Européens est manifeste.
  • 22 janvier 2006 – En Géorgie, le réseau gazier et électrique est endommagé à plusieurs endroits par des « inconnus ». Quelque temps plus tôt, le parlement géorgien avait exigé le retrait des troupes russes de Batoumi avant le 1er janvier 2006. Le président Saakachvili signe tout de même un décret portant sur le retrait de la Géorgie des structures militaires de la CEI le 26 janvier. La Russie va par la suite imposer un embargo sur l’eau et le vin géorgiens le 27 mars, puis imposer le blocus routier du pays après l’arrestation d’officiers russes accusés d’espionnage.
  • Février 2006 – Un article d’Emma Simpson (BBC) parle d’arme énergétique en parlant de la politique russe.
  • 2 février 2006 – Création d’UkrGaz-Energo ­(société émanant de RosUkrEnergo et de Naftogaz) pour briser le monopole de Naftogaz en ce qui concerne la livraison aux entreprises. Si l’une d’entre elles ne peut pas payer, elle se trouvera à la merci de Gazprom et donc du Kremlin.
  • Mars 2006 – La coalition « orange » remporte les législatives, Timochenko à sa tête. ◊ Matthias Warnig, ancien responsable de la Stasi (services secrets de la DDR) est nommé directeur général de Nord Stream AG.
  • Juin 2006 – Interruption des livraisons de pétrole russe en Lituanie, mais aussi blocage du pétrole kazakh vers la Lituanie, en représailles aux rejets d’actionnaires russes lors de la privatisation de la raffinerie de Mažeikiai. Les Lituaniens avaient préféré les Polonais.
  • Juillet 2006 – G8 à Saint-Pétersbourg. L’énergie est à l’honneur. Déclaration commune sur la nécessité de rendre les marchés plus transparents de sorte à assurer la sécurité énergétique GLOBALE. [Voir le texte en russe]
  • Août 2006 – Le promoskovite Viktor Yanoukovitch, battu par la « révolution » orange, de nouveau Premier ministre. Remplacé par Youlia Timochenko fin 2007.
  • Eté 2006 – Le Parti communiste d’Ukraine et d’autres partis de gauche soutenus par les médias russes bloquent les manœuvres de l’exercice ukraino-américain Sea Breeze en Crimée.
  • 14 septembre 2006 – V. Yanoukovitch déclare que l’Ukraine va « faire une pause » dans son rapprochement
    avec l’Alliance atlantique.
  • 22 septembre 2006 – Jacques Chirac remet les insignes de Grand-Croix de la Légion d’honneur à Vladimir Poutine.
  • Octobre 2006 – Assassinat d’Anna Politkovskaïa, célèbre journaliste russe, fort critique à l’égard de V. Poutine.
  • Novembre 2006. Assassinat au polonium (radioactif) d’un ancien agent russe. Alexandre Lytvynenko était passé dans l’opposition à Poutine en 2000.
  • Fin novembre 2006 – Sommet de Riga. L’Otan n’invite pas l’Ukraine à adhérer au plan d’action pour l’adhésion (Membership Action Plan).
  • Décembre 2006 – Premières révélations de Wikileaks.
  • Hiver 2006 – Arrêt complet des livraisons de gaz et d’électricité à la Géorgie. Blocus énergétique.
  • Février 2007 – Discours de Munich. Vladimir Poutine revendique durant le forum du Wehrkunde dédié à la Sécurité, l’avènement d’un leadership mondial pour la Russie et une alternative au modèle démocratique anglo-saxon issu de la Guerre froide.11 Une déclaration qui n’a suscité aucune mesure concrète de la part de l’Otan.
  • 21 juin – Création du Monde Russe (Rousskii Mir) fondation destinée à promouvoir la langue russe dans le monde. C’est aussi le nom de la doctrine voulant la restauration de l’imperium russe et de son influence géopolitique dans le monde. Pour cela, la reconquête des territoires devenus indépendants en 1991, au premier rang desquels l’Ukraine, demeure une étape incontournable. Concept-phare de la nouvelle idéologie kremlinopoutine, le Rousski Mir est un programme politique défini comme orthodoxe, néo-impérialiste et mémoriel. La Russie poutinienne vise à la restauration de l’URSS sous une autre forme.
  • 23 juin 2007 – Signature de South Stream, gazoduc russo-italien contournant l’Ukraine.
  • Octobre 2007 – La République tchèque permet l’installation de radars antimissiles américains (systèmes ABM).
  • Décembre 2007 – La Russie suspend l’application du Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE)
  • 17 février 2008 – Réaction négative de la Russie face à l’indépendance du Kossovo, « cadeau » de l’Occident aux ambitions de Poutine.
  • Février 2008 – L’Ukraine entre à l’OMC.
  • Mai 2008 – La Douma refuse de reconnaître l’Holodomor (grande famine artificielle de 1932-1933) en tant que génocide.
  • Avril 2008 – L’Allemagne et la France rejettent l’intégration de l’Ukraine à l’Otan. Les menaces russes sur la Crimée et l’est de l’Ukraine auraient pesé dans cette décision? ◊ Plainte de RosUkrEnergo contre Naftogaz Ukraine à la Cour d’arbitrage de Stockholm.
  • Été 2008 – La République tchèque subit de fortes perturbations dans les livraisons de pétrole russe, « encouragement » à prendre la bonne décision quant au stationnement de radars américains antimissiles sur son territoire.
  • Août 2008 – Guerre de Géorgie. La Russie intervient militairement contre la Géorgie puis reconnaît officiellement l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, qu’elle prend sous sa protection.
  • Fin août 2008 – PromInvestBank (PIB, banque ukrainienne) victime d’une campagne médiatique de discrédit provoquant une panique de la clientèle. En octobre la banque est mise sous tutelle.
  • Septembre 2008 – Sommet UE-Ukraine à Evian au sujet d’un Accord d’association Ukraine-UE. La Pologne, la République tchèque, les Pays baltes, le Royaume-Uni et la Suède soutiennent l’Ukraine. La France, l’Allemagne, l’Autriche et le Benelux sont plus réservés.
  • 2 octobre 2008 – Mémorandum Timochenko-Poutine sur la suppression des intermédiaires lors des prochains contrats gaziers russo-ukrainiens. Mme Timochenko entend mettre fin au contrat de RosUkrEnergo qui doit toujours $2.4 milliards à Gazprom pour le gaz livré en 2008.
  • Novembre 2008 – François Fillon, Premier ministre, affirme que la Russie est aujourd’hui une démocratie. Était-ce sous l’influence de ses collaborateurs, Jean de Boishue et Igor Mitrofanof, zélés russophiles ?
  • Décembre 2008 – La VEB (banque russe du Kremlin) propose un plan pour renflouer la PromInvestBank.
  • 25 décembre 2008 – La Douma et le Conseil de sécurité de la Fédération de Russie conviennent de l’importance des régions du sud et de l’est de l’Ukraine pour l’intégration de cette dernière via l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) et la Communauté économique eurasiatique.
  • 31 décembre 2008 – Refusant tout prix supérieur à $205 la tonne cubique, alors que les négociations russo-ukrainiennes en cours annonçaient $235, le président Youchtchenko interrompt les négociations avec Gazprom, qui le jour-même impose $450 en guise de représailles. RosUkrEnergo (Dmytro Firtache) exigeait quant à lui $285 et poussait les parties à rompre les négociations.
  • Janvier 2009 – Deuxième guerre du gaz.
  • 1er janvier 2009 – Gazprom suspend ses livraisons à l’Ukraine. RosUkrEnergo n’a pas honoré ses dettes envers Gazprom. Le 4 janvier Poutine annonce $470.
  • 6 janvier 2009 – Bruxelles (sous présidence tchèque) renvoie Ukraine et Russie dos-à-dos.
  • 12 janvier 2009 – Début d’une campagne médiatique en Russie laissant entendre que Moscou soutiendrait le « séparatisme » du sud-est de l’Ukraine (régions les plus russophones) si un signe lui était donné.12 ◊ De sorte à assurer le sud et l’est du pays, l’Ukraine refuse d’approvisionner les Balkans en gaz. En cas de pénurie, les protestations de la population en colère à Odessa ou Donetsk auraient été exploitées à des fins d’intervention armée sous ombre de « protection des russophones ».
  • 15 janvier 2009 – La VEB (banque russe) rachète Prominvest.
  • 17 janvier 2009 – A mots couverts, le président russe Medvedev accuse RosUkrEnergo d’être un intermédiaire douteux. ◊ 18 janvier 2009 – Accords catastrophiques négociés par Youlia Timochenko à Moscou, fixant non seulement le prix de $450 la tonne cubique (contre $232 en 2008), mais également le monopole exclusif de Gazprom en tant que fournisseur de l’Ukraine. ◊ Le président Youchtchenko en appelle à la Nation et fulmine contre son Premier ministre, mais ne prend aucune mesure contre elle à son retour.
  • 20 janvier 2009 – Gazprom reprend ses livraisons à l’Ukraine.
  • Février 2009 – Nicolas Sarkozy déclare, juste après s’être vanté d’avoir stoppé la Russie en Géorgie: Un pays [comme la Russie] qui a tant de problèmes démographiques n’est pas un pays qui spontanément est porté à une agressivité militaire avec ses voisins.
  • Mars 2009 – Le projet de gazoduc européen Nabucco est déclaré « non-prioritaire ». Les pays européens de l’ancien bloc soviétique le font rétablir comme prioritaire après une protestation.
  • Avril 2009 – Sommet de l’OTAN à Strasbourg-Kehl. La coopération avec la Russie est rétablie. Elle avait été interrompue après la guerre de Géorgie. Adhésion de l’Albanie et de la Croatie, ce qui porte à 28 le nombre des États membres.
  • Mai 2009 – MMK Illitch-Stal (combinat métallurgique de Marioupil dans le Donbass) est « vendu » à des investisseurs « chypriotes » russes.
  • 16 juin 2009 – Premier sommet des pays BRIC à Ekaterinbourg en Russie.
  • Juillet 2009 – Barak Obama à Moscou. Un « reset » des relations russo-américaines est annoncé. Le président américain appelle Moscou à devenir un partenaire d’importance globale.13
  • Octobre 2009 – Construction du gazoduc Opal qui reliera la Baltique à la Tchéquie via Nord Stream.
  • 3 novembre 2009 – Le patriarche Kiril affirme la doctrine officielle du « Rousski Mir » dont le noyau doit être selon lui la Russie, la Bélarus et l’Ukraine.
  • 20 novembre 2009 – La terreur atomique intégrée dans la doctrine militaire russe. Extrait de la Rossiiskaja gazeta : Dans une situation critique pour la sécurité nationale, [la Russie] n’exclut pas de porter contre l’adversaire une frappe nucléaire, y compris préventive.

Acte II
(Janvier 2010 / Août 2013)

En 2010, au bout de sept ans d’immixtions et de pressions en tout genre, V. Poutine est parvenu à imposer la Russie et a repris la main en Ukraine. La mise en place opérationnelle du plan d’hybression proprement dit peut commencer. Cette phase s’étend jusqu’à l’été 2013.

  • Janvier 2010 – Viktor Yanoukovitch élu président. En moins de six mois, le Centre national d’intégration euro-atlantique est dissous, tandis que le statut de « pays non-aligné » est voté à la Rada. Le félon nomme des agents russes aux postes-clés de la Défense et du Renseignement. Déploiement des réseaux russes facilités. ◊ ISD, un des plus gros conglomérats ukrainiens du Donbass, passe sous le contrôle d’investisseurs russes. La banque du Kremlin Vnesheconombank (VEB) sert d’intermédiaire. Le véritable artisan ce cette acquisition est V. Poutine lui-même.14
  • 1er janvier 2010 – Signature de l’Union douanière eurasiatique entre la Bélarus, le Kazakhstan et la Russie.
  • 25 février 2010 – Hervé Morin, ministre français de la Défense, ayant initié la vente de navires Mistral à Moscou, déclare: La Russie a changé et nous devons changer notre regard à l’égard des Russes.
  • Mars 2010 – Visite de Medvedev (président russe) à Paris, pour le lancement de l’année France-Russie. La Guerre froide est finie, déclare Nicolas Sarkozy. Il annonce que des « négociations exclusives » sur la vente du BPC vont commencer. On parle à l’époque de 4 exemplaires, dans un contexte où l’appui de la Russie dans le dossier iranien demeure important.15
  • Avril 2010 – Accords catastrophiques de Kharkiv. Ce véritable diktat permet à Moscou de maintenir la base navale russe de Sébastopol jusqu’en 2042 contre des « ristournes » sur le gaz. ◊ V. Poutine à Vienne pour finaliser la mise en place du projet South Stream. Les négociations avaient débuté en 2008.
  • Fin mai 2010 – Zaporijstal (Zaporozhstal) est vendu à des investisseurs russes, au détriment de Rinat Akhmetov. D’après la presse (Komersant – Ukraine) informée par un cadre de la banque du Kremlin, VBE, Poutine poursuit un plan général d’accaparement de la métallurgie ukrainienne.
  • 03 juin 2010 – Le Parlement ukrainien confirme le statut de pays « non aligné » à l’initiative de Viktor Yanoukovitch, empêchant l’adhésion de l’Ukraine au Traité.
  • Juin 2010 – « Exposition nationale russe » inaugurée par Vladimir Poutine au Grand Palais (Paris). On apprend la construction prochaine d’une cathédrale moskovite aux pieds de la Tour Eiffel.
  • 8 juin 2010 – La Cour arbitrale de Stockholm statue en faveur de RosUkrEnergo. Un accord trouvé à l’amiable oblige Naftogaz à restituer 11 milliards de m³ + 10 % à titre de dédommagement. La cour considère l’accord du 29 juillet 2004 comme valide à ce jour.
  • Juillet 2010 – Le Premier ministre « ukrainien » Azarov et le président Yanoukovitch déclarent qu’il n’y a pas d’alternative à la coopération économique russo-ukrainienne. ◊ La compagnie nationale ukrainienne Naftogaz entre dans le consortium européen Eurogaz.
  • 20 octobre 2010 – Poutine annonce un programme d’information sans précédent en Russie ( $40,6 milliards sur 10 ans). Il s’adresse tout d’abord aux russophones et soutiendra les médias (public ou privés) conformes à l’idéologie poutinienne du « Rousski Mir », concept lancé en juin 2007. La promotion des « valeurs russes » autour de la planète coûte donc près de $4 milliards par an. C’est 1/10e du budget de l’Ukraine en 2013. La Russie dépense pour son image presque 20 fois plus que l’Ukraine.
  • 31 octobre 2010 – Crimée. Élections législatives locales. Unité russe, le parti du principal annexionniste russe de Crimée, Sergueï Aksionov, n’obtient que 3 sièges (4 % des voix).
  • Décembre 2010 – Sommet eurasiatique. Un espace économique unique entre le Kazakhstan, la Bélarus et la Russie est décidé (Union douanière). ◊ 09 décembre 2010 – François Fillon (Premier ministre français) lors d’une rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine au sujet des Mistral, déclare que le transfert des technologies ne pose aucun problème.
  • 13 décembre 2010 – Poutine annonce un programme de réarmement sans précédent en Russie ($650 milliards sur 10 ans).
  • 16 décembre 2010 – Poutine fait outrage à la mémoire des huit à neuf millions d’Ukrainiens morts durant la guerre, affirmant péremptoirement que l’Urss aurait vaincu le IIIe Reich avec ou sans les Ukrainiens. La réaction des vétérans ukrainiens est sans appel.
  • 25 janvier 2011 – Signature de l’accord gouvernemental pour la vente des Mistral, entre Igor Setchine (éminence grise de Poutine) et Alain Juppé, qui a succédé à Hervé Morin. La lettre d’intention porte alors sur la construction de quatre navires.
  • Juin 2011 – L’Union douanière eurasiatique, sous la pression de la Russie, impose des taxes sur les importations ukrainiennes.
  • 13 juin 2011 – ONU. La Russie boycotte le projet de résolution condamnant la répression en Syrie. (La Chine fait de même).
  • Juillet 2011 – Mise en exploitation d’Opal.
  • Août 2011 – Youlia Tymoshenko arrêtée. Ne sera libérée qu’en février 2014, immédiatement après la fuite de Yanoukovitch. Cette arrestation sera la principale pierre d’achoppement entre l’UE et Yanoukovitch, lors des négociations sur l’accord d’association.
  • Septembre 2011 – Mise en exploitation de Nord Stream.
  • Octobre 2011 – L’accord trouvé lors de la 2e guerre du gaz en 2009 sert de prétexte à l’emprisonnement de Youlia Timochenko, principal rival politique de Viktor Yanoukovitch. Cette affaire nuit au gouvernement Yanoukovitch, mais retarde d’autant plus l’intégration européenne de l’Ukraine.
  • 04 octobre 2011 – ONU/Syrie. Veto russe (et chinois) contre un projet de résolution présenté par la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les États-Unis, condamnant la répression et appelant à la fin des violences.
  • Novembre 2011 – Mise en service de Nord Stream.
  • Décembre 2011 – Fin des négociations préliminaires entre l’Ukraine et l’Europe au sujet de l’Association.
  • Décembre 2011 – Législatives en Russie et contestations sur la place Bolotnaya. Durant la journée du scrutin, le 4 décembre, plusieurs manifestations ont lieu à Moscou et Saint-Pétersbourg contre Russie unie (dont le score a été gonflé de 20 pts). Répression, 170 arrestations. Les 5 et 6 décembre, les manifestations continuent à Moscou avec jusqu’à plusieurs milliers de manifestants. Boris Nemtsov, Alexeï Navalny et Sergueï Mitrokhine arrêtés. Plusieurs centaines de personnes au total. Le 10 décembre, une manifestation rassemble entre 50.000 et 80.000 personnes. Le 18 décembre, de nouvelles manifestations mobilisent plusieurs milliers de personnes à travers plusieurs villes de Russie occidentale. Le 24 décembre à Moscou, deux fois plus de contestataires du régime défilent le long du Prospekt Sakharov.
  • 30 décembre 2011 – Le président Yanoukovitch restaure la date soviétique consacrée au « Jour de la Flotte ».
  • 1er janvier 2012 – Union douanière eurasiatique. Les trois États (Russie, Bélarus, Kazakhstan) passent à la seconde étape du processus d’intégration en formant l’Espace économique commun, combinant l’Union douanière et la Zone de libre-échange.
  • Février 2012 – Guerre du fromage. Embargo russe sur les fromages ukrainiens comportant de l’huile de palme (faux prétexte).
  • Mars 2012 – L’Ukraine annonce la découverte d’un grand gisement de gaz dans le Donbass. Le gisement de Youzivka représenterait 4.000 milliards de m³. L’exploitation en est confiée à Royal Dutch Shell. ◊ L’Ukraine achève de liquider les quantités restantes d’uranium hautement enrichi (militaire) sur son territoire.
  • 30 mars 2012 – Le volet politique de l’Accord d’association Ukraine-UE est paraphé.
  • 12 juin 2012 – Moscou. Manifestation contre Poutine (50.000 personnes).
  • Juin 2012 – L’affaire de l’emprisonnement et des mauvais traitements qu’aurait subis l’opposante Julia Timochenko en prison fait grand bruit à la veille de l’Euro 2012. La question d’un boycott politique est envisagée. La France est pour. La Russie est contre.
  • 05 juin 2012 – Une loi anti-langue ukrainienne est votée par le Parlement « ukrainien ». Le russe obtient le statut de deuxième langue d’État, ce qui équivaut à condamner l’ukrainien, très minoritaire et principalement parlé à l’ouest du pays.
  • 10 août 2012 – Poutine avoue en direct que l’offensive militaire contre la Géorgie avait été préméditée et préparée sous ses ordres. Des militaires russes avaient armé et entraîné des milices locales en Ossétie du Sud. Voir août 2008.
  • 1er nov. 2012 – Premier « reverse » allemand. L’Allemagne livre du gaz « russe » à l’Ukraine.
  • Septembre/octobre 2012 – La Commission européenne (Joaquin Almunia) enquête sur les abus de Gazprom en matière de monopole. Le 31 octobre une procédure formelle d’examen est ouverte. Elle aboutira à un accord à l’amiable en mars 2017.
  • 27 février 2013 – Publication de la doctrine Guerasimov, chef d’État-major des forces armées russes, prévoyant une proportion minime d’actions purement militaires lors des futures guerres hybrides.16 Pour ce général d’armée, les « guerres de nouvelle génération » comporteront 4 mesures non-militaires contre 1 militaire. Il va de soi qu’il s’agit d’une variante modernisée de vieilles recettes soviétiques. (V. dans l’analyse plus haut.)
  • 29 mars 2013 – Premier « reverse » de gaz hongrois vers l’Ukraine.
  • Juin 2013 – Publication officielle de l’Accord d’association.
  • Juin 2013 – Guerre du Chocolat. Embargo russe sur les friandises ukrainiennes jugées dangereuses. La mesure vise plus précisément la compagnie Roshen fondée par Pierre Porochenko, bien qu’aucune analyse indépendante ne confirme la présence d’éléments dangereux dans les produits Roshen exportés dans toute l’ancienne Urss.
  • 27 juillet 2013 – Lors du 1025e anniversaire du baptême de la Rous’, discours de V. Poutine à Kiev posant les bases de l’intégration de l’Ukraine dans le monde russe via le projet eurasiatique. Les « valeurs orthodoxes » font de l’Ukraine et de la Russie un seul peuple, déclare alors Poutine.17 C’est le code pour « invasion fraternelle » dans le langage diplomatique russo-soviétique.

Acte III
(14 août 2013 / 22 février 2014)

Phase B – Déstabilisation

Le 14 août 2013 débute la phase active de déstabilisation qui à Kiev mènera à la Révolution du Maïdane, et dans le sud et l’est russifiés du pays au « séparatisme » et l’invasion russe.

  • 14 août 2013 – Sanctions russes contre l’Ukraine. Tous les produits ukrainiens importés en Russie sont interdits, car jugés « dangereux ». Perte sèche de 20 % pour les exportations ukrainiennes. ◊ Le conseiller spécial de Poutine, Vladislav Sourkov, maître d’œuvre supposé de l’hybression, se trouve en Ukraine « à titre privé » sans l’accord du Min. des Aff. Etrangères ukrainien. Il voyage à Kiev, mais aussi en Crimée et dans le Donbass au cours de plusieurs voyages. Voir d’autres voyages en février 2014 notamment, toujours à Kiev, en Crimée et dans le Donbass.
  • 20-26 septembre 2013 – Grandes manœuvres russes Zapad 2013 en Bélarus et dans l’exclave de Kaliningrad. Démonstration de force et de rapidité face aux troupes de l’Otan sans précédent.
  • 23 octobre 2013 – Le Conseil OTAN-Russie (COR) évoque un élargissement de la coopération entre l’Otan et la Russie.
  • Octobre-novembre 2013 – Plusieurs rencontres entre le félon Yanoukovitch et Poutine, dont une sur une base militaire russe dans le plus grand secret et une autre à Minsk avec les chefs d’États membres de l’Union douanière.
  • Novembre 2013 – L’Ukraine vote en un temps record toutes les lois exigées par le traité d’Association.
  • 9 novembre 2013 – Moscou. Yanoukovitch rencontre Poutine en tête à tête. Ce dernier lui promet d’importantes remises sur le prix du gaz en cas d’annulation de l’accord d’Association avec l’UE, ou une guerre économique dans le cas contraire.
  • 18 novembre 2013 – La Slovaquie accepte de fournir du gaz à l’Ukraine se sorte à réduire sa dépendance vis-à-vis de Moscou.
  • 21-29 novembre 2013 – Malgré ses promesses précédentes, le pouvoir ukrainien refuse de signer l’Accord d’association avec l’UE. ◊ 21 novembre – Le gouvernement refuse de libérer Youlia Timochenko. Il refuse également son extradition médicale.
  • 21 novembre 2013 – EUROMAÏDANE : début des manifestations pro-européennes le soir-même, principalement des journalistes. Les leaders de l’opposition les suivent et arrivent sur place. On installe une sono et on décide de ne pas se laisser intimider.
  • 22 novembre 2013 – Le Premier ministre Azarov, malgré ses promesses d’octobre, confirme l’abandon de l’association avec l’UE et demande le renouvellement des bonnes relations avec la Russie (!) L’Euromaïdane, mouvement citoyen et pacifique pro-européen, demandant la démission du président Yanoukovitch et le rétablissement des valeurs ukrainiennes prend forme. Occupation de la place centrale de Kiev (Maïdane Nezalezhnosti) et manifestations de masse.
  • 24 novembre 2013 – Plus de 100.000 personnes à Kiev en faveur d’un rapprochement avec l’Europe : la plus grande manifestation en Ukraine depuis la “révolution orange”. Des « jeunes » s’en prennent délibérément à la presse présente, on les appelle les titouchkas. On dénombrera 206 cas d’agressions caractérisés contre des journalistes lors de l’Euromaïdane. Source : Institut des mass-media.
  • 29 novembre 2013 – À Vilnius, lors du sommet du Partenariat oriental, Yanoukovitch ne signe pas l’accord d’association avec l’UE. Dans la nuit, les Berkoutes (CRS) dispersent violemment les étudiants venus soutenir l’euromaïdane à Kiev. Cette violence va consolider la protestation.
  • 30 novembre 2013 – Début de l’eurorévolution. La place Maïdan se remplit. La police tente de déloger les manifestants dans la nuit et réplique violemment aux centaines de milliers de personnes qui réclament la démission du président.
  • Décembre 2013 – Le Secrétaire d’Etat Hilary Clinton annonce que les USA s’opposeront à toute tentative de reconstituer l’empire russe, notamment l’Union douanière eurasiatique.
  • 1er décembre 2014 – Les manifestants occupent la mairie de Kiev. Quelques individus (provocateurs ?) s’en prennent violemment aux Berkoutes (CRS). Ceux-ci répliquent sans discernement. De nombreux journalistes sont blessés dans l’attaque.
  • 2 décembre 2013 – Le vice-premier ministre ukrainien Y. Boïko organise pour le vice-premier ministre russe Rogozine une visite de quelques fleurons de l’industrie militaire ukrainiennne, dont deux chantiers navals. Le lendemain, le félon annonce un « partenariat stratégique » avec la Russie malgré le statut de « pays non-aligné » voté par sa propre majorité.
  • 08 décembre 2013 – Une manifestation réunit 800.000 personnes à Kiev. Une première statue de Lénine est déboulonnée, longue série qui sera appelée « léninopad » (textuellement chute de lénines).
  • 09 décembre 2013 – Création de Rossia Segodnia, agence russe officielle qui regroupe l’ancienne agence de presse RIA Novosti et la radio La Voix de la Russie (anciennement radio Moscou)1. Son directeur général est Dmitri Kisselev. Bien que la traduction de Rossia Segodia en anglais soit Russia Today, la direction de RT affirme qu’il n’y a aucun lien entre les deux réseaux.
  • 15 décembre 2013 – L’UE suspend les discussions avec l’Ukraine sur l’accord d’association.
  • 17 décembre 2013 – Accords de Moscou. Yanoukovitch accepte les 15 milliards « offerts » par Poutine. Le prix du gaz russe est réduit à $268,5 le m³. Capitulation finale de l’Ukraine « pro-russe ».
  • 20 décembre 2013 – La Russie rachète une part de la dette ukrainienne à hauteur de 3 milliards de dollars sous forme d’euro-obligations au taux modéré de 5 % au nom d’un fonds de pension russe. Le fameux « Prêt Yanoukovitch » est immédiatement englouti par Gazprom. Le cabinet des ministres demande à Moscou une tranche supplémentaire de 2 milliards, mais elle lui sera refusée après le changement de gouvernement. ◊ Vladislav Sourkov, maître d’œuvre supposé de l’hybression, se trouve à Kiev au Cabinet présidentiel « à titre privé », alors qu’on prépare l’instauration d’un État d’urgence.
  • 21 décembre 2013 – Russie. Désormais, le parquet général de Russie pourra classer comme « extrémiste » tout site appelant à manifester, et ce sans procès.
  • 22 janvier 2014 – Premières victimes. La police tire à balles réelles. Trois manifestants meurent dans des heurts avec la police.
  • 31 janvier/2 janvier 2014 – Lors de la 50e Conférence de Munich sur la sécurité, malgré leur soutien formel, l’UE et les USA ne semblent guère disposés à s’opposer à la désintégration de l’Ukraine, et Wolfgang Ischinger, président de la Conférence (plus tard envoyé de l’OSCE en Ukraine) insiste sur les bonnes relations à garder avec la Russie.
  • 15 février 2014 – Crimée. Vladimir Konstantinov, président du parlement local, évoque une possible sécession de la République Autonome de Crimée si la situation du pays empirait. Il présente le Maïdane comme un repaire d’assassins et de bandéro-fascistes, propagande largement diffusée dans les médias contrôlés par le pouvoir en Crimée.
  • 18 février 2014 – Maïdane. Début des répressions. Le mouvement devient « révolutionnaire ». Des affrontements entre la police et les manifestants font 26 morts dans les rues de Kiev. Le scénario russe d’Anschluss en douceur est définitivement compromis.
  • 20 février 2014 – Massacre du Maïdane. Des snipers tirent sur la foule. Mais le peuple ne cède pas à la panique et revient le lendemain. L’Ukraine connaît sa journée la plus sanglante depuis le début des manifestations, avec au moins 77 morts à Kiev selon les autorités, une centaine selon les médias locaux. ◊ Les médias du Kremlin parlent de « coup d’État ». Fake!Vladislav Sourkov, maître d’œuvre supposé de l’hybression, se trouve à Kiev « à titre privé »… ◊ En Crimée, l’armée russe se déploie discrètement, 60 ans + 1 jour après la cession de la péninsule à l’Ukraine soviétique.18
  • 21 février 2014 – Yanoukovitch a pris la fuite sans que le palais présidentiel ait été attaqué. Un accord politique est signé entre le pouvoir et les représentants de l’opposition afin de mettre un terme à la crise. Il prévoit un retour à un régime parlementaire, un gouvernement d’union nationale et une élection présidentielle anticipée. Présence de 3 ministres des Affaires Étrangères (Allemagne, Pologne, France).
  • 22 février 2014 – La Rada Suprême vote la destitution du félon Yanoukovitch par 328 voix sur 450, dont 36 du parti présidentiel.
  • 23 février 2014 – Le Parlement ukrainien abroge la loi anti-langue ukrainienne du 10 août 2012. Le russe n’est pas interdit, contrairement à ce que relaie la presse, mais il perd son statut officiel (et tout théorique) de « deuxième » langue d’État. En réalité, 8/10e de l’Ukraine parle russe en société. Il ne s’agit en aucun cas d’une langue minoritaire.
  • 24 février 2014 – Un gouvernement provisoire est formé à Kiev (centre-droit) avec l’appui constitutionnel de 371 députés sur 450.

Acte IV
(27 février 2014 / 12 avril 2014 )

Phase C – Invasion furtive

De la fin février 2014 au12 avril 2014, apparition des « hommes verts » en Crimée et dans le Donbass.

  • 27 février 2014 – Crimée, Simféropol. Des « hommes verts » font mine de bloquer le gouvernement et le parlement de la République autonome. Ils ne portent pas d’insignes, mais hissent le drapeau russe et laissent voter les députés en faveur de la Russie. L’armement est moderne, de dotation russe. Sergueï Aksionov, leader d’un parti très minoritaire, Unité russe, est « élu » Premier ministre de Crimée. Le président du parlement appelle la Russie à intervenir (déclarations à la presse du 2 février). Un « référendum » d’autodétermination est prévu pour le 25 mars.
  • 28 février 2014 – Le nouveau président du Parlement ukrainien et chef de l’État par intérim, Alexandre Tourtchynov, ne signe pas la loi abrogeant le statut de la langue russe comme seconde langue nationale, votée à la hâte le 23 février. L’amiral Iliine (chef d’état-major) est démis de ses fonctions. Il est depuis passé en Crimée occupée…
  • Mars 2014 – Le Cabinet des ministres approuve le dégroupage (unbundling) du réseau gazier ukrainien.
  • 1er mars 2014 – Les nouvelles « autorités » de Crimée appellent officiellement la Russie à intervenir. Les deux chambres russes votent le même jour en faveur d’une intervention directe de la Russie en Ukraine et en Crimée. À Donetsk, des « hommes verts » occupent l’Hôtel de Ville. À Kharkiw, le Conseil régional.
  • 02 mars – Les sept pays les plus industrialisés (G7) condamnent l’intrusion de la Russie en Ukraine et annulent les préparatifs du sommet du G8 qui aurait dû avoir lieu en juin à Sotchi.
  • 04 mars 2014 – L’ambassadeur russe à l’ONU (V. Tchourkine) déclare devant le Conseil de sécurité que le président Yanoukovitch a vraiment écrit une lettre d’appel au secours adressée à Moscou et autorisant l’intervention militaire russe en Ukraine. ◊ Vladimir Poutine dément l’intervention des troupes régulières russes en Crimée lors d’une conférence de presse. Il le reconnaîtra quelques mois plus tard… Pour l’heure, ce sont des « groupes locaux d’autodéfense », indique-t-il.
  • 16 mars 2014 – Pseudo-référendum de Crimée, qui devait initialement se dérouler le 25 mars puis le 30. Boycott des Tatars. Le rattachement est « voté » à 96,77 %
  • 17 mars 2014 – L’Otan condamne l’annexion de la Crimée. ◊ À Genève, Jean-Luc SCHAFFHAUSER (Front national) rencontre Vilis DAMBINS, un businessman letton dont le nom est apparu lors du scandale des Panama Papers.19
  • 27 mars 2014 – L’Assemblée générale de l’ONU soutient la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Elle condamne par conséquent l’annexion illégale de la Crimée et invalide le « référendum » du 16 mars.
  • 1er avril 2014 – L’OTAN suspend toute coopération avec la Russie. Le 14 avril, l’Otan déclare que « l’agression de la Russie contre l’Ukraine a entraîné l’isolement international de la Russie« . En outre, l’Otan défend la légitimité du gouvernement provisoire en Ukraine, contestée par Moscou.
  • Avril 2014 – Troisième guerre du gaz + cyberattaques
  • 1 avril 2014 – Gazprom augmente le prix du gaz pour l’Ukraine : de $268,5 à $485 les 1000 m³.
  • 4 avril 2014 – Les sites du Ministère de l’Intérieur et du Parquet général ukrainiens sont bloqués.
  • 5 avril 2014 – La Russie réclame 11 milliards de dollars de dette gazière à l’Ukraine. En outre, elle remet en cause la légalité du mode « reverse ».
  • 10 avril 2014 – Attaques DDos sur le Cabinet des Ministres ukrainien.
  • 11 avril 2014 – Menaces russes contre les intérêts économiques européens. Poutine adresse une lettre à 18 grands clients européens de Gazprom, dont l’Allemagne et la France. Faute du remboursement rapide par Kiev d’une dette gazière de 2,2 milliards de dollars, Poutine menace de couper tout ou partie de l’approvisionnement de l’Ukraine avec, dit-il, le risque pour les pays de l’UE de voir une partie de leur approvisionnement «siphonné au passage».

Acte V
(17 avril 2014 / 18 février 2015)

Phase D – dite « chaude

Le 17 avril débute la phase qui mènera à la guerre hybride proprement dite. Toujours non-déclarée et d’intensité relative, elle mènera aux « accords » de Minsk II où la Russie sera présentée non comme le pays-agresseur, mais comme l’arbitre le plus influent du conflit. A l’intérieur de cette phase D, on distingue une sous-phase d’escalade et de désescalade.

  • 13 avril 2014 — Le président par intérim ukrainien Alexandre Tourtchynov annonce le début d’une vaste Opération Anti-Terroriste (ATO).
  • 17 avril 2014 – V. Poutine qualifie l’Ukraine orientale de Nouvelle Russie, « Novorossiya ».
  • 20 avril 2014 – Les médias du Kremlin et le ministère des AE russe affirment que le « Pravéï Sektor » incendie les voitures des pro-russes à Sloviansk, et pour le prouver montre une « preuve irréfutable », la carte de visite de Dmétro Yarosh laissée sur les lieux. Fake!
  • 24 avril 2014 — L’armée ukrainienne lance un assaut pour reprendre la ville de Sloviansk, ville stratégique sur l’axe Kharkiv-Donetsk.
  • 26 avril 2014 – Le général néerlandais Frank van Kappen (ancien conseiller de l’Otan) est l’un des premiers analystes à qualifier de guerre hybride l’action de V. Poutine en Ukraine.
  • 28 avril 2014 – L’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder fête ses 70 ans dans le palais Yousoupov à St-Pétersbourg.
  • 11 mai 2014 — Pseudo-référendum à Donetsk et Louhansk (reconnu par aucun État).
  • 12 mai 2014 – Attaque contre le gazoduc Ourengoï-Oujhorod dans la région d’Ivano-Frankivsk en Ukraine.
  • 17 mai 2014 – V. Poutine reconnaît l’implication des troupes russes « dans le dos des groupes d’autodéfense » lors de la prise de la Crimée.
  • 24 mai 2014 – Au forum économique de St-Pétersbourg, V. Poutine menace les pays prêts à fournir du gaz russe à l’Ukraine en mode « reverse ». Aucune réaction de Bruxelles!
  • 25 mai 2014 – Élection, au premier tour de la présidentielle, de Petro Porochenko. ◊ Le Pierviy Kanal russe annonce la victoire de Dmétro Yarosh par 37 % des voix. Fake!
  • 28 mai 2014 – Nouvelle Stratégie européenne pour la sécurité énergétique : Le commissaire à l’énergie Günther Oettinger appelle à appliquer des mesures concrètes en matière de diversification des fournisseurs d’énergie extérieurs, notamment pour le gaz. Il appelle également à la solidarité avec les États membres les plus vulnérables. Selon la Commission, six pays de l’UE (Finlande, Slovaquie, Bulgarie et les trois pays baltes) dépendent entièrement de la Russie en matière d’importation de gaz tandis qu’à l’échelle de l’UE dans son ensemble, ce chiffre s’élève à 39 % (33 % de la Norvège et 22 % de l’Afrique du Nord). C’est pourquoi la Commission veut diversifier les pays fournisseurs, les voies d’acheminement et rechercher de nouvelles routes d’approvisionnement tout en maintenant ses relations avec les partenaires fiables.
  • Juin 2014 – Début d’une baisse importante des cours du pétrole due à l’abondance de pétrole de schiste américain.
  • 6 juin 2014 – Poutine en France. La précédente visite (qui devait se tenir en avril) avait été annulée à cause de la « crise » ukrainienne.
  • 16 juin 2014 – Gazprom suspend ses livraisons de gaz à l’Ukraine, réclamant le paiement de « dettes » mirobolantes. L’UE « inquiète ».
  • Juin 2014 – Le gouvernement s’acquitte du premier remboursement de la « dette Yanoukovitch » à la date prévue.
  • 14 juin 2014 – L’ambassadeur allemand à Moscou, Rüdiger von Fritsch, déclare que l’Allemagne défendra ses intérêts en achevant Nord Stream. La compagnie allemande Wintershall est actionnaire de la part maritime du projet à hauteur de 15 % ◊ Dix jours plus tard, l’Autriche rejoint le projet South Stream malgré les sanctions. ◊ Début juillet 2014 – L’ambassadeur français à Moscou, Jean-Maurice Ripert, déclare que la France ne voit pas d’inconvénient au projet South Stream, GdF et ses successeurs en étant actionnaires à hauteur de 15 %.
  • 16 juin 2014 – Au congrès mondial des pays producteurs de pétrole à Moscou, [edit : à compléter] ?
  • 17 juin 2014 — Début de captivité de la pilote de combat ukrainienne Nadia Savtchenko, enlevée par des séparatistes et emmenée de force en Russie. Cette affaire sera très médiatisée.
  • 17 juin 2014 – Attaque contre le gazoduc Ourengoï-Oujhorod dans la région de Poltava en Ukraine.
  • 2 juillet 2014 – La Hongrie accepte de participer à la construction de South Stream dans son pays.
  • 5 juillet 2014 — La ville de Sloviansk libérée. Début de la reconquête progressive des villes occupées par les « séparatistes ».

Sous-phase d’escalade militaire

  • 12 juillet 2014 – Le Pierviy Kanal (première chaîne russe) affirme que des soldats ukrainiens ont crucifié un garçon de trois ans à Sloviansk. Fake!
  • 17 juillet 2014 – Un missile russe abat un Boeing de la Malaysian Airlines (avec de nombreux Hollandais à son bord) au-dessus de la zone occupée du Donbass.
  • Fin juillet 2014 – Royal Dutch Shell abandonne l’exploitation du gisement de Youzivka dans le Donbass à cause de la guerre et surtout du crash du vol MH17 le 17 juillet. La décision avait été prise le 15 juillet, précise la compagnie.
  • 22 août 2014 — Étrange convoi « humanitaire » russe d’environ 280 camions conduits par la 76e division d’assaut aéroportée de la Garde (même unité qu’en Géorgie et en Crimée). Le convoi franchit la frontière ukrainienne sans en avoir reçu l’autorisation de la part de Kiev, ni l’habilitation de la Croix Rouge Internationale, ce qui constitue une reconnaissance de facto des incursions russes en Ukraine. « Vives réactions » de l’UE, des USA et de la Grande-Bretagne; l’Otan dénonce en plus les bombardements transfrontaliers de la Russie et son implication militaire directe.
  • 27 août 2014 — Le « Premier ministre » de la « Rép. Pop. de Donetsk », Alexandre Zakhartchenko, finit par reconnaître que des troupes russes combattent aux côtés des annexionnistes, mais affirme qu’il s’agit de volontaires en « vacances ». Une centaine de blindés lourds et autres lanceurs d’engins franchissent la frontière ukrainienne.
  • 28 août 2014 — Les Ukrainiens sont encerclés à Ilovaïsk et subissent un pilonnage en règle de l’armée russe. ◊ François Hollande : S’il est avéré que des soldats russes sont présents sur le sol ukrainien, ce serait intolérable et inacceptable.
  • 30 août 2014 — Ilovaïsk, petite ville frontalière, nœud ferroviaire et verrou logistique pour l’approvisionnement de Donetsk en armes russes, est l’objet d’âpres combats entre Ukrainiens et « séparatistes » depuis le 10 août. Un cessez-le-feu est négocié. Poutine est prêt à échanger les parachutistes russes capturés. Les « séparatistes » ne respectent pas le cessez-le-feu et tirent sur les évacués.
  • 31 août 2014 — L’Allemagne et la France contre la livraison d’armes à l’Ukraine, alors que le bilan est négatif pour les troupes ukrainiennes, ayant perdu l’aéroport de Louhansk tenu depuis des mois, et des centaines d’hommes depuis l’arrivée de l’artillerie et des chars lourds russes.
  • 03 septembre 2014 — Volte-face de la France dans le dossier des navires Mistral. L’Élisée qualifie la situation en Ukraine de grave et refuse de livrer les navires d’assaut à la Russie tant que toutes les conditions ne seront réunies. Le contrat ne sera officiellement annulé qu’un an plus tard.
  • 5 septembre 2014 — Minsk I (Bélarus). Protocole préliminaire en vue d’établir la paix, signé lors de la réunion du groupe de contact quadripartite (« séparatistes », Russie, Ukraine, OSCE). Le statut du Donbass n’est pas spécifié, mais il ne prévoit en aucun cas l’autonomie, contrairement à ce que rapporte la presse. Le 9, Angela Merkel reconnaît la présence de troupes russes.
  • 10 septembre 2014 – Le Premier ministre slovaque Robert Fico qualifie de « trahison » l’extension de Nord Stream. ◊ 13 septembre 2014 – Gazprom veut interdire les livraisons de gaz vers l’Ukraine depuis la Pologne. ◊ 16 septembre 2014 – La Hongrie suspend ses livraisons de gaz à l’Ukraine pour « raisons techniques »…
  • 16 septembre 2014 — Le Parlement ukr. vote à huis clos deux lois accordant un statut spécial aux régions de Donetsk et de Louhansk occupées. L’amnistie pour les « rebelles ».
  • 29 septembre 2014 – Le Parquet spécial de Russie accuse l’Ukraine de génocide contre les russophones dans le Donbass. D’après le porte-parole V. Markine, le commandement de la Garde Nationale, le « Pravéï Sektor », ainsi que des représentants du pouvoir ukrainien ont donné l’ordre d’éliminer les habitants russophones de l’est de l’Ukraine dès le 12 avril 2014. Fake! ◊ Mêmes accusations le 2 octobre 2014, contre le général Heleteï (chef de l’Opération anti-terroriste), le général Moujenko, le colonel Oleh Mykas (25e Brigade) ainsi que des officiers de la 93e Brigade, pour des faits similaires autour de l’aéroport de Donetsk, du 3 juillet au 5 septembre 2015.
  • 24 octobre 2014 – V. Poutine reconnaît que les troupes ayant bloqué les casernes ukrainiennes lors de la prise de la Crimée étaient bien des troupes régulières de l’Armée russe.
  • 26 octobre 2014 — Élections législatives en Ukraine. Le parti russe laminé. Victoire totale des modérés ukrainiens. (A noter que le programme des partis dits extrémistes de droite comme Svoboda n’ont rien d’extrémiste en soi.))
  • 15 novembre 2014 — Brisbane. Alors que l’Otan vient de confirmer l’entrée de convois militaires russes dans l’est de l’Ukraine, le G20 n’évoque pas officiellement la question du Donbass ni de la Crimée, en dépit des 38 passagers australiens morts dans le vol MH17 abattu par les « séparatistes ». ◊ Le 23, le Parlement ukrainien renonce au statut de pays « non aligné » et engage Kiev à remplir les critères nécessaires pour l’adhésion à l’Alliance atlantique.
  • Décembre 2014 – Gazprom, sous la pression de la Commission européenne, rétablit les livraisons de gaz par l’Ukraine, mais annonce le projet Turkish Stream, pipeline russe de moyenne capacité contournant l’Ukraine via la Mer Noire.
  • 01 décembre 2014 — Abandon officiel du projet de gazoduc russe South Stream contournant l’Ukraine.
  • 3 décembre 2015 – V. Poutine considère officiellement que la question de la Crimée est close. Le lendemain il justifie même l’annexion en se basant sur des arguments religieux et pseudo-historiques, en particulier sur le mythe de la christianisation des Russes qui aurait eu lieu d’abord en Crimée, à Korsoun-Khersonès. Sacralisation de la Crimée comme terre « russe », utilisation de la force « au nom de la civilisation », etc…
  • 15 décembre 2014 – La Gazprombank exige d’Ostchem S.A. (holding de l’oligarque ukrainien Dmytro Firtash) le paiement de 842.5 millions de dollars restant à crédit, à défaut de quoi elle saisira 5 milliards de m³ de gaz stockés en Ukraine. Cette pseudo-guerre commerciale menace l’Ukraine une nouvelle fois.

Acte VI
(janvier-février 2015)

Pseudo-souverainetés
des « républiques » autoproclamées

Double langage de Paris et de Berlin. Humiliations diplomatiques.

  • 05 janvier 2015 — François Hollande assure que Vladimir Poutine n’a pas l’intention d’annexer l’est de l’Ukraine, et demande en conséquence que les « sanctions » soient allégées.
  • 13 janvier 2015 — Huit civils morts et plusieurs blessés lors d’un bombardement russe au poste de contrôle de Volnovakha. La France condamne l’attaque. ◊ 13 janvier 2015 — Après 242 jours de combat, l’aéroport de Donetsk est totalement détruit, la tour de contrôle s’écroule après avoir été le symbole d’une défense héroïque grâce aux fameux « Cyborgs ». Retraite des Ukrainiens.
  • 18 janvier 2015 – À une courte majorité, le parlement ukrainien reconnaît la Russie comme pays-agresseur et appelle la communauté internationale à qualifier officiellement Moscou d’État soutenant le terrorisme.
  • 23 janvier 2015 — Marioupil, verrou du couloir terrestre entre le Donbass et la Crimée, subit un bombardement où 30 civils perdent la vie.
  • 29 janvier 2015 — A Bruxelles, le conseil des affaires étrangères décide de prolonger les sanctions de l’Union européenne contre la Russie jusqu’à septembre 2015.
  • 30 janvier 2015 — De nouveau, les accords de paix de Minsk I sont annulés. Âpres combats pour Debaltseve, nœud ferroviaire.
  • 5 février 2015 – Le président Hollande, qui n’avait jamais mis les pieds en Ukraine avant cela, reconnaît pour la première fois qu’il y a une guerre en Ukraine et que cette dernière menace de s’étendre jusqu’à en devenir « totale », – ce sont ses termes. Pour autant, François Hollande estime qu’il ne faut ni armer l’Ukraine, ni la faire entrer dans l’Otan. Idem pour Angela Merkel.
  • 6 février 2015 – Confénce de sécurité de Munich. Dans son discours d’ouverture, Ursula von der Leyen, ministre allemand de la Défense, se prononce contre la livraison d’armes à l’Ukraine.
  • 12 février 2015 — Accords de Minsk II. Il y est stipulé le retrait des armes lourdes ainsi qu’un contrôle total de l’Ukraine sur la totalité de ses frontières avec la Russie. Marioupil y compris.
  • Février 2015 – La Russie assigne l’Ukraine en Justice pour le prêt Yanoukovitch. L’Ukraine, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères Klimkine, déclare que le tribunal de Londres reconnaîtra ce prêt comme un pot-de-vin versé dans le seul but d’acheter le choix « eurasiatique » de l’Ukraine au détriment de l’Europe. Un tribunal ukrainien en août 2016 gèlera à titre conservatoire les 3 milliards demandés par la Russie, en attendant un arrêt compensation pour l’agression russe et la guerre en cours.
  • 18 février 2015 — Debeltseve repasse aux mains des russes.

Épilogue?
(18 février 2015 / … )

Désesclade militaire, stabilisation du front. Mais déstabilisation politique et économique de l’intérieur.

  • Début 2015 – Chute majeure des cours du pétrole, passant en dessous des 50 $.
  • 27 février 2015 — Boris Nemtsov, opposant de Vladimir Poutine, est assassiné à quelques pas du Kremlin. Il était sur le point de publier un rapport sur la présence militaire russe au Donbass.
  • Mars 2015 – Le Sommet de l’UE décide de contrer la propagande russe en créant la East StratCom Task Force.
  • 22 avril 2015 – Après une enquête ouverte en septembre 2012, la Commission européenne (M. Vestager) accuse Gazprom d’abus de position dominante, de surfacturations et d’entrave à la concurrence. Cinq pays européens payent des prix inéquitables de 40 % supérieurs à ceux pratiqués ailleurs : la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne. Gazprom force également plusieurs de ses clients européens à cloisonner leur marché, bloquant la concurrence transfrontière. ◊ Le parlement ukrainien vote la réforme du marché gazier en conformité avec le Troisième paquet énergétique européen. La principale compagnie publique Naftogaz approuve le principe de dégroupage (unbundling).
  • Juin 2015 – Le FMI demande à l’Ukraine de considérer le « prêt Yanoukovitch » comme une dette souveraine, et non privée.
  • 10 juin 2015 – Le Parlement européen adopte une résolution désavouant la Russie comme partenaire stratégique.
  • Juin 2015 — Alors que l’UE prolonge les sanctions contre la Russie, à Paris les chefs de la diplomatie russe, ukrainienne, française et allemande parlent d’une NOUVELLE CONSTITUTION ukrainienne d’ici à fin 2015 ainsi que l’organisation d’élections locales conformément à la législation du pays. Un STATUT SPÉCIAL PERMANENT pour certains districts des régions de Louhansk et de Donetsk est imposé à l’Ukraine.
  • Juillet/août 2015 – Le PKK (communistes kurdes) attaque les gazoducs reliant la Turquie à l’Irak et l’Azerbaïdjan tout au long de la façade orientale du pays.
  • Août 2015 — Annulation officielle du contrat Mistral entre la France et la Russie.
  • Septembre 2015 – Le rouble russe a cours dans les territoires occupés du Donbass. ◊ Le chef de la DNR Zakhartchenko déclare que le Donbass ne sera jamais réintégré à l’Ukraine.
  • 1er septembre 2015 – Quatre morts devant le Parlement ukrainien. Un « manifestant » hostile au statut spécial du Donbass voté ce jour-là, lance une grenade sur les gardes nationaux.
  • 4 septembre 2015 – Signature de Nord Stream II par un consortium russe et occidental.20
  • 10 septembre 2015 – Le Parquet spécial de Russie accuse de génocide les généraux ukrainiens Poltorak (ministre de la Défense) et Moujenko (chef d’état-major) ainsi que le député Oleh Lyashko. Fake!
  • 30 septembre 2015 – Intervention aérienne russe en Syrie. Les positions de la Résistance sont touchées. Nombreuses pertes civiles.
  • 4 octobre 2015 à Paris – François Hollande demande l’immunité judiciaire pour les chefs séparatistes et un statut spécial pour le Donbass.
  • Octobre 2015 – La Russie, membre du FMI, exige le remboursement du « prêt Yanoukovitch » avant toute restructuration de la dette ukrainienne. Elle propose au FMI d’accorder un nouveau prêt de 3 milliards à l’Ukraine de sorte à être remboursée. Le FMI qui statutairement ne peut accorder de prêt à un pays se trouvant dans l’incapacité de rembourser sa dette souveraine, fait alors exception et permet à l’Ukraine d’accéder à d’autres prêts. Le Premier ministre Yatseniouk demande une restructuration de la dette souveraine à hauteur de 20 % remboursable sur 4 ans avant de rembourser le prêt Yanoukovitch. Refus de la Russie.
  • 13 octobre 2015 — Un bureau d’enquête néerlandais confirme la thèse du missile Buk ayant abattu le vol MH17 de la Malaysia Airlines.
  • 14 octobre 2015 – La Commission électorale néerlandaise approuve la tenue d’un référendum consultatif sur le traité d’Association Ukraine-UE. Une campagne de l’extrême droite et des partis eurosceptique a permis de rassembler assez de signatures après un appel lancé par le blogue satirique GeenStijl, le « collectif citoyen » Burgercomite EU le think tank Forum voor Democratie.
  • Novembre 2015 – La Suède prend acte de la guerre hybride menée par la Russie et décide de renforcer sa présence militaire sur l’île stratégique de Gotland. ◊ La Russie tente de bloquer d’autres tranches du FMI destinées à l’Ukraine. ◊ Kiev a cessé fin novembre tout achat de gaz à la Russie et s’approvisionne auprès de pays européens.
  • Décembre 2015 – L’Ukraine propose à la Russie une solution alternative sous forme d’un moratoire incluant le remboursement de la dette Yanoukovitch.
  • 26 novembre 2015 – Le projet Turkish Stream gelé après qu’un chasseur russe ait été abattu par les Turcs.
  • 13 décembre 2015 – Après les attentats de Paris, RT laisse entendre que ces actes terroristes auraient été préparés par des services secrets, en interrogeant un « expert » totalement inconnu. Fake!
  • 23 décembre 2015 – Cyberattaques contre plusieurs entreprises du secteur énergétique en Ukraine, notamment UkrEnergo, compagnie nationale d’électricité. Le virus BlackEnergy a causé des interruptions de service dans 103 villes et villages d’Ukraine occidentale.
  • 31 décembre 2015 – Dans sa doctrine officielle (Stratégie de sécurité nationale), la Russie définit l’Otan comme une menace pour sa sécurité. Or en 2015, les avions de l’Otan ont effectué 400 sorties afin d’intercepter des avions russes en Europe, soit une hausse de 70 % en deux ans.
  • Janvier 2016 – L’aéroport international de Borispil près de Kiev attaqué par des hackers.
  • 1er janvier 2016 — Embargo russe sur l’importation de certains produits alimentaires, en représailles à l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange entre l’UE et l’Ukraine.
  • Janvier 2016 – Le Premier ministre bulgare Boïko Borisov admet que la Russie cherche à punir son pays pour avoir choisi l’Otan et l’UE.21
  • Janvier 2016 – La disparition d’une jeune fille de 13 ans est signalée par sa famille dans le quartier populaire de Marzahn à Berlin. La chaîne russe RT s’empare de l’affaire dans la mesure où cette famille de « Russlanddeutschen » est originaire de Russie. Une campagne politique d’extrême droite est lancée. En réalité, la jeune fille s’était enfuie de chez ses parents à cause de problèmes à l’école; elle s’était réfugiée chez son ami allemand, âgé de 19 ans, et a inventé l’histoire du kidnapping. Fake!
  • 15 janvier 2016 — Quinze jours après l’expiration du contrat d’énergie avec la Crimée, l’Ukraine suspend l’accès à l’énergie. L’accès sera rétabli à condition d’un retour de la Crimée en Ukraine.
  • 07 février 2017 — D’après Ernst Reichel, ambassadeur allemand en poste à Kiev, des élections dans le Donbass peuvent avoir lieu sans que les troupes russes soient nécessairement absentes ou qu’au-dessus de chaque administration municipale soit hissé le drapeau ukrainien.
  • Mars 2016 — Selon l’ONU, depuis le début du conflit, on compte plus de 10.000 morts et 20.000 blessés
  • Avril 2016 – Le Conseil (Medjilis) des Tatars de Crimée déclaré « organisation terroriste ». ◊ Des chasseurs furtifs américains F22 Raptor déployés en Roumanie et en Lituanie pour essais.
  • 6 avril 2016 – Le site Panama Papers publie des documents compromettants pour le président Porochenko, juste à la veille du référendum néerlandais sur l’Association Ukraine-UE.
  • 7 avril 2016 – Référendum consultatif aux Pays-Bas : 61 % des votants se prononcent contre l’Association Ukraine-UE (32 % de participation).
  • 26 avril 2016 – Ria News, l’agence officielle russe, affirme que le Praviy Sektor prépare un coup d’État en Russie. Fake!
  • Mai 2016 – Le chef de la DNR Zakhartchenko appelle les habitants d’Odessa et de Kharkiv à désintégrer l’Ukraine.
  • 25 mai 2016 – Aux Pays Bas, les familles des victimes du vol MH17 poursuivent en justice la Russie et son président, Vladimir Poutine, auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).
  • Juin 2016 – La Bulgarie (Premier ministre : Boïko Borisov) rejette la proposition roumaine d’aider la flotte américaine en Mer noire, sauf en cas d’afflux de migrants.
  • 12 juin 2016 – (Jour de la Russie) Le chef de la « DNR » Zakhartchenko dit défendre le droit du Donbass à vivre dans le « monde russe ».
  • Juillet 2016 – Les dirigeants de l’UE et le secrétaire général de l’Otan signent une déclaration commune de coopération contre les menaces hybrides. ◊ Entre octobre 2015 et juillet 2016, l’East StratCom Task Force recense 1.642 cas de désinformation et faux messages de la part des médias pro-Kremlin dans 18 langues de l’UE !
  • Août 2016 – Reprise théorique du projet Turkish Stream, bien que très amoindri en capacité (1 gazoduc sur 4).
  • 10 août 2016 – V. Poutine accuse Kiev d’avoir envoyé des troupes en Crimée et de vouloir « régler les problèmes par la terreur« .
  • 6 octobre 2016 – Le général russe Ivashov déclare lors d’un talk-show que sans l’action de Moscou en Syrie, la Russie serait déjà ruinée.
  • 8 septembre 2016 – Le Parquet spécial de Russie accuse de génocide contre les russophones du Donbass les généraux ukrainiens Poltorak, Moujkenko, Pouchniakov, Popko et Allerov.
  • Septembre-octobre 2016 – Intenses bombardements de l’aviation russe sur Alep, en Syrie. Pas de réaction efficace de l’Occident, malgré d’énormes pertes en majorité civiles.
  • 12 octobre 2016 – V. Poutine réitère ses accusations contre l’Ukraine lors du 8e Forum des investisseurs et ne reconnaît toujours pas la légitimité du choix européen de l’Ukraine. ◊ L’Assemblée parlementaire du Conseil de ‘Europe condamne l’intervention russe en Ukraine et l’annexion de la Crimée.
  • 19 octobre 2016 – À Berlin réunion du format Normandy Four : accord de principe pour l’établissement d’une feuille de route en vue d’implémenter les accords de Minsk.
  • 29 octobre 2016 – La Commission européenne donne de facto son accord à Gazprom pour accroître sa part du transit Nord Stream / OPAL. Le réseau OPAL exclu du paquet énergétique européen jusqu’en 2033 ! ◊ Échec des négociations du format Normandy Four, la Russie voulant imposer la reconnaissance constitutionnelle et l’intégration des pseudo-républiques avec statut particulier au sein de l’Ukraine.
  • 30 novembre 2016 – L’OPEP annonce une baisse de sa production pétrolière en vue de faire remonter les cours. L’Arabie Saoudite cède aux pressions de l’Iran ; la Russie promet de réduire sa production également, bien que ne faisant pas partie du cartel. Au bout d’un an, les cours n’ont pas remonté de manière significative et demeurent inférieurs de 25 % par rapport au premier semestre 2014.
  • 1er novembre 2016 – Un des responsables du MI5, Andrew Parker, reconnaît dans la presse que la Russie met tous ses moyens (cyberattaques, subversion, propagande, espionnage) au service de sa politique étrangère en Europe et au Royaume-Uni, et ce de façon de plus en plus agressive. ◊ Le 29 novembre, le patron de la BND (services allemands) évoque les hackers et trolls russes comme une menace potentielle lors des prochaines élections.
  • 14 novembre 2016 – Rapport préliminaire du Bureau du procureur du Tribunal pénal international : la « crise » du Donbass laisse à penser qu’il s’agit d’un conflit international armé à dater du 14 juillet 2014. Idem de la Crimée, à dater du 26 février 2014.
  • 23 novembre 2016 – Résolution de l’UE visant les « médias » russes comme RT, Sputnik, etc…
  • 30 novembre 2016 – La nouvelle Stratégie officielle de la Russie en matière diplomatique vise à « développer les liens politiques, économiques, culturels et spirituels avec l’Ukraine« , mais aussi de « faire son possible afin de promouvoir une solution politique et diplomatique au conflit interne en Ukraine« .
  • Décembre 2016 – Reprise du dialogue OTAN-Russie. L’OTAN poursuit le « partenariat » avec l’Ukraine, mais sans lui proposer de feuille de route pour son adhésion.
  • 6 décembre 2016 – Les ministres des AE des pays de l’Otan décident de créer le Centre d’excellence contre les menaces hybrides. Il ouvrira à Helsinki en septembre 2017. ◊ Cyberattaque russe contre le Trésor ukrainien, le ministère des Finances, les Chemins de fer, etc..
  • 13 décembre 2016 – Le Kremlin fait part des « inquiétudes » de V. Poutine au sujet de la fiabilité du réseau gazier ukrainien et des répercussions que cela pourrait avoir pour l’Europe. (Compte-rendu d’une conversation téléphonique entre V. Poutine et A. Merkel dans laquelle le président russe accusait l’Ukraine de saboter les accords sur cette question.)
  • 17 décembre 2016 – Nouvelle cyberattaque contre des établissements du secteur énergétique en Ukraine.
  • 19 décembre 2016 – Résolution de l’ONU sur la situation des Droits de l’Homme en Crimée occupée, condamnant les atteintes commises et les mesures et pratiques discriminatoires appliquées par les autorités d’occupation russes à l’encontre des habitants de la Crimée temporairement occupée, notamment des Tatars de Crimée, ainsi que des Ukrainiens et des personnes appartenant à d’autres ethnies et groupes religieux.
  • 23 décembre 2016 – Un arrêt provisoire de la Cour européenne suspend le projet Nord Stream II, mais l’Allemagne n’en tient pas compte.
  • Janvier 2017 – D’après le ministère de la Défense ukrainien, l’armée de la DNR/LNR compterait 40.000 hommes, dont 5.000 appartenant aux troupes régulières russes. L’armée hybride, régulièrement inspectée par l’État-major russe, est sous total contrôle des services spéciaux du Kremlin. 600 chars, 1.300 transporteurs de troupes, 860 pièces d’artillerie, 300 lanceurs de roquettes.
  • 6 mars 2017 – Bruxelles prend une décision favorable à la Russie en approuvant le financement de deux nouveaux réacteurs nucléaires hongrois livrés par Rosatom.
  • 13 mars 2017 – Vers un accord à l’amiable entre Bruxelles et Moscou. Une affaire antitrust de longue date et de lourdes amendes pour Gazprom effacées. Tout avait commencé après la dénonciation par la Lituanie des pratiques anticoncurrentielles de Gazprom. ◊ Parallèlement, l’eurocommissaire Margrethe Vestager déclare que Nord Stream II ne correspond pas aux intérêts communs de l’UE.
  • 31 mai 2017 – La Cour arbitrale de Stockholm donne raison à la compagnie publique Naftogaz sur les prix et les contrats signés avec le géant russe Gazprom. Ce litige menaçait la survie même de Naftogaz qui aurait été incapable de régler à Gazprom les colossaux arriérés de paiement et les pénalités liées au « take or pay » (on parle de 40 milliards de dollars!) On ne sait encore si Gazprom sera condamné à payer les 16 milliards demandés par Naftogaz, estimant que Gazprom a pratiqué à ses dépens des prix « hors-marché » entre 2011 et 2015.
  • 13 avril 2017 – Le directeur de la CIA Mike Pompeo accuse le site WikiLeaks (lancé en 2006) d’agir pour le compte d’États comme la Russie.
  • 12 mai 2017 – Le leader terrorusse22 de Donetsk, Aleksandr Zakhartchenko, se dit en faveur de l’intégration du Donbass dans sa patrie, la Russie.
  • 15 mai 2017 – Kiev interdit le réseautage social russe en Ukraine : Vkontakte, Odnoklassniki, Mail.ru, etc.. de sorte à limiter l’influence du Runet largement infesté de propagande russe en Ukraine.
  • 31 mai 2017 – Le Sénat néerlandais vote en faveur du traité d’association UE-Ukraine qui va pouvoir entrer en vigueur définitivement.
  • 15 juin 2017 – Le Sénat américain adopte un projet de loi punissant de sanctions les sociétés complices dans la construction de pipelines russes.
  • 18 juin 2017 – Le leader terrorusse de Donetsk, Aleksandr Zakhartchenko, veut changer l’Ukraine en « Petite-Russie » (Malorossiya). Réprobation de Paris et de Berlin, invoquant les accords de Minsk.
  • 23 juin 2017 – Coup d’envoi du chantier Turkish Stream côté russe.
  • 3 août 2017 – Jean-Claude Juncker se dit prêt à prendre des « contre-mesures » à l’égard des États-Unis si les nouvelles sanctions économiques contre la Russie, promulguées mercredi 2 août par Donald Trump, devaient léser des entreprises européennes. En clair, le président de la Commission européenne protège Nord Stream.
  • Septembre 2017 – 30 % du financement de Nord Stream II aurait été trouvé (soit 2.9 milliards d’euros) annonce Vedomosti, dont près de la moitié proviendrait d’entreprises européennes. ◊ Le dégroupage (unbundling) du réseau gazier ukrainien n’est toujours pas effectué malgré la loi votée en avril 2015.
  • 1er septembre 2017 – Ouverture du Centre d’excellence contre les menaces hybrides à Helsinki.
  • 20 septembre 2017 – Naftogaz exige $5 milliards à titre de compensation pour la perte de la Crimée devant la Cour permanente d’arbitrage de La Haye.
  • 29 septembre – L’ancien chancelier Schröder, 73 ans, intègre le directoire de Rosfnet.

Bibliographie

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A télécharger gratuitement

L'hybression russe   
Russia’s « Hybrid » War Challenge and Threat for Europe | The Razumkov Centre is pleased to announce the National Security and Defence journal No. 9-10, 2016 « Russia’s « Hybrid » War – a Challenge and Threat to Europe », which outlines general trends, specific methods and means of « hybrid » warfare that Russia conducts in Europe and worldwide; evaluates « vulnerabilities » of the Western world; and summarizes the Ukrainian opposition to Russian « hybrid » aggression in various spheres.
L'hybression russe   
Donbass en Feu | Bilan d’un travail collectif rassemblant différentes sphères de compétences, comme le journalisme d’investigation, la politologie, la géographie et l’histoire. Ce guide de poche, rédigé sous forme d’un “vade mecum”, a pour but de faire connaître aux lecteurs les prémices, la problématique, la terminologie et les particularités de la guerre dans le Donbass.
L'hybression russe   
Війни XXI: Полігібресія Росії | В книзі запропоновано енергоцентричний підхід до пояснення феномену війни, її енергоформ. Також виконано дослідження використання енергоресурсів та енергетичної інфраструктури як інструменту ведення прихованої війни.

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L’hybression ou "hybrid agression" en anglais, peut être définie comme la stratégie de destruction d’un État par un autre via des moyens militaires et non-militaires combinés. Dans le cas précis de la guerre russo-ukrainiennne, il s’agit de désouvrainiser et de décrédibiliser l’Ukraine en tant qu’État aux yeux de l’UE et de l’Otan. Après la famine artificielle, le chaos artificiel. Mais au-delà de l’Ukraine, c’est l’unité du continent européen que le régime poutinien met en péril.



Pluridimensionnelle et polydestructive, l’hybression vise à annihiler le potentiel vital de sa cible en l’attaquant de l’intérieur tout en ajustant ses coups de l’extérieur. Une hybression est menée à plusieurs niveaux : politique, militaire, économique, informationnel, humanitaire et bien d’autres. Le but recherché est tout d’abord la substitution des valeurs fondatrices du pays-cible par celles du pays-agresseur, celles-ci devant toujours apparaître comme plus prometteuses et plus attrayantes. Pour se faire, une série de faux projets doit être annoncée.

« Grande Eurasie »
et guerre du gaz

Parmi ces pseudo-projets poutiniens : l’Union douanière eurasiatique, sorte de communauté européenne à la russe censée surpasser en avantages celle de l’UE. Pour se faire, l’État-prédateur doit au préalable promettre à l’État-cible des relations équitables, de larges bénéfices et autres avantages économiques. En réalité, de 2010 à 2013 la dépendance économique de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie n’a fait que croître de manière vertigineuse : en trois ans, la dette ukrainienne auprès de la Russie a plus que quintuplé, passant de 3 à 16.5 milliards.

Idem lors de l’intervention russe en Syrie en septembre 2015, son but n’ayant jamais été de frapper Daesh, mais d’obtenir en échange de ce « petit coup de main », carte blanche en Ukraine auprès des puissances d’Occident. Cette stratégie n’a pas vraiment fonctionné, les frappes russes ayant surtout touché la Résistance syrienne, sans même parler des pertes civiles gigantesques et des infrastructures sciemment visées par les frappes russes. Mais le flux supplémentaire de migrants qui en a résulté a néanmoins augmenté la cote des « eurosceptiques ». Moscou a également tiré profit de sa déstabilisation de la Syrie en perturbant l’exportation d’hydrocarbures transitant par la région et concurrençant les siennes. Ces résultats au Moyen-Orient n’ont pas encore produit l’effet escompté en Ukraine, où ben au contraire l’agression a provoqué une chute sans précédent des exportations directes de gaz russe, domaine particulièrement crucial pour l’agresseur, le budget fédéral dépendant à plus de 50 % des taxes liées à l’extraction et aux exportations d’hydrocarbures. L’Ukraine s’est finalement affranchie de cette dépendance historique et les sanctions occidentales ont retardé le développement de nouvelles exploitations russes. Toute la stratégie de la Russie va très probablement s’attacher à transformer les voisins occidentaux de l’Ukraine en alliés de Moscou dans les futures guerres du gaz.

Europe germano-russe

Présentées comme de simples contentieux commerciaux, les « guerres du gaz » menées contre l’Ukraine sont en réalité de véritables campagnes de désinformation visant à discréditer l’Ukraine comme partenaire commercial et ainsi l’évincer du circuit. À terme, si les gazoducs de contournement projetés dès le début des années 2000 sont achevés un jour, l’Ukraine ne fera plus transiter de gaz russe par son territoire. Mais Moscou cherche aussi à empêcher tout transit quel qu’il soit, passant par le territoire ukrainien, notamment de gaz azéri de la Caspienne ou d’autres régions alentour. En cela, ces guerres sont une partie pleinement intégrante et même centrale de l’hybression. Alors qu’aucun arrêt de justice n’a pu imputer la faute à l’Ukraine – que ce soit pour vol ou négligence – les coupures de gaz ayant perturbé l’approvisionnement des pays d’Europe centrale en 2006 et 2009 ont, sous l’effet de l’incontournable propagande russe, poussé l’Allemagne à contourner l’Ukraine. Les deux premiers gazoducs de Nord Stream I sont déjà en exploitation. Le projet Nord Stream II est suspendu, mais gagne du terrain malgré les « sanctions » américaines23 et les protestations des pays lésés telle la Pologne.

Outre que l’Ukraine perdrait des milliards de dollars en raison d’un transit diminué (ce qui est déjà le cas) la finalisation du projet prévue théoriquement pour 2019 rendrait le transit du gaz russe par l’Ukraine optionnel. Or le contrat de transit expirant justement en 2019, Moscou pourrait interrompre les flux de sorte à endommager les tubes par défaut de pression et accuser l’Ukraine d’incompétence. La mise hors service du réseau ukrainien permettrait à la Russie de légitimer son monopole sur le transit vers l’Europe et d’imposer ses conditions à l’Ukraine. Dans le pire des cas, Gazprom ferait main basse sur la gestion du réseau ukrainien. Dans le meilleur, la gestion en serait assurée par des compagnies européennes. Dans tous les cas de figure, les pertes de l’Ukraine aggraveraient encore sa dépendance financière vis-à-vis du FMI et de Bruxelles.

Gazocratie contre démocratie

Il faut admettre qu’en décembre 2017 le dégroupage du réseau gazier et sa transparence en matière de corruption ne sont toujours pas atteints – ce qui ne risque pas de plaider en faveur de l’Ukraine à Bruxelles –, mais d’un autre côté le double-jeu de la Commission européenne n’est pas moins inquiétant, et il n’est pas interdit de parler d’amis « hybrides » de l’Ukraine à Bruxelles, jouant un parfait double-jeu entre Kiev et Moscou. Si l’Ukraine est parvenue à réduire drastiquement sa dépendance au gaz russe, pourquoi l’Europe fait-elle l’inverse ? Bien que la corruption gazière internationale soit un thème central dans le cadre de l’hybression contre l’Europe, l’opinion européenne y attache si peu d’importance que la gazocratie peut déjà fêter sa victoire contre la démocratie. Le seul fait que Matthias Warnig, jadis haut fonctionnaire de la Stasi, ainsi que l’ancien chancelier Gerhard Schröder se trouvent au sommet de ce « business » en Europe comme en Russie, aurait déjà dû engendrer les foudres de l’opinion. Mais tout se passe comme si les Européens dormaient…

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 94617.jpg.
De gauche à droite : Oettinger, Miller, Medvedev, Schröder, Warnig

Le gaz et le pétrole finançant en grande partie la guerre hybride, terroriste et informationnelle lancée contre l’Europe, on peut en déduire que ce sont les Européens eux-mêmes qui financent l’arsenal tourné contre l’Ukraine et l’Europe. Voilà pourquoi imposer des réformes à l’Ukraine tout en contredisant ces mêmes réformes en laissant Gazprom gérer Nord Stream à son entier avantage n’incite pas Kiev à dégrouper les différents services de Naftogaz. Surtout qu’en cas de nouvelle « guerre du gaz » l’Ukraine aurait beaucoup plus de peine à manœuvrer un méga-réseau fraîchement dégroupé. En 2009, c’est une aubaine que l’Ukraine ait pu rapidement inverser les flux puis utiliser les immenses stocks souterrains de Galicie pour assurer la distribution vers l’Est. Sans professionnels qualifiés et patriotes opérant sur un réseau unifié, l’Ukraine n’aurait sans doute pas pu réagir dans les temps.

Malheureusement, l’Union Européenne n’a pas voulu trancher le litige en recherchant et en établissant les responsabilités de chaque partie, ce qui permet à Moscou d’apparaître comme vainqueur sur le plan de la propagande, chaque guerre du gaz lancée contre l’Ukraine étant méticuleusement préparée sur ce plan. Ce manque de solidarité ne peut qu’encourager l’agresseur. Par ailleurs, l’inefficacité des réformes en Ukraine fait également partie des buts de guerre moscovites.


L’Europe visée comme l’Ukraine

L’objectif de Vladimir Poutine, c’est de restaurer la Grande Russie, parce que c’est selon lui la condition de survie de son pays. Est-ce qu’il cherche notre affaiblissement ou notre disparition? Je ne le crois pas.

Pourtant, l’Europe devrait savoir à quoi s’en tenir devant tous ces « beaux » projets de gazoducs « offerts » par Moscou. L’exemple sans doute le plus pernicieux de pseudo-projet hybressif nous oblige à rester dans le secteur du gaz, domaine indissociable de l’expansionnisme russe. L’histoire se passe en pleine guerre du gaz russo-ukrainienne et quelques mois seulement après l’invasion de la Géorgie. En janvier 2009 Moscou fait une offre au président Youchtchenko qu’il ne risquera pas d’accepter : livrer du gaz russe dans les Balkans en puisant dans les réserves ukrainiennes. Derrière cette « généreuse » proposition se cache bien sûr un piège mortel. Sous un prétexte quelconque, Moscou pourrait à tout moment fermer les vannes et accuser le gouvernement issu de la Révolution orange d’avoir spéculé sur le gaz au détriment des populations russophones d’Ukraine. Et cela serait d’autant plus simple à « expliquer » que Youlia Tymochenko n’a de cesse d’accuser le président Youchtchenko de corruption dans l’affaire RosUkrEnergo (voir Juin 2004 dans la chronologie). Laisser par grands froids le sud et l’est du pays sans autre moyen de chauffage risque fort de provoquer de larges protestations que Moscou pourrait alors « interpréter » comme une volonté de rejoindre la Russie. Moscou n’aurait alors qu’à répondre par « un signe » et le scénario des « petits hommes verts » de Crimée se mettrait alors en place.24

L’échec de cette grossière manœuvre tient surtout à ce que Moscou n’avait pas les bonnes personnes au bon endroit. Les directeurs de Naftogaz ont su réagir rapidement en tenant compte du risque très élevé de provocation « séparatiste ». Après le départ de Youchtchenko en 2010, le Kremlin va insister sur la désatlantisation et la déseuropéisation de l’appareil d’État ukrainien tout en plaçant ses « insiders » aux postes adéquats.

Au sein de l’UE, on a mal anticipé le facteur gazier utilisé comme arme. L’Europe et l’Occident avaient compris dès 1993 que le gaz russe pouvait servir de levier25 face à des pays endettés comme ceux de l’ex-Urss, mais on n’imaginait pas que l’UE pourrait être elle-même visée, la Russie ne connaissant pas de limites.

Parmi les pseudo-projets d’échelle globale annoncés par Moscou, le fameux « pont énergétique » eurasiatique dont la Russie se veut le pilier, correspond parfaitement à l’idée très poutinienne selon laquelle la Russie n’aurait pas de frontières ou plus exactement, pourrait les étendre à sa guise. En réalité, la pénétration du marché européen et asiatique par Gazprom vise une réorientation géopolitique non pas de la Russie, mais de ses voisins en faveur de la « Grande Eurasie ». Les déclarations de V. Poutine à ce sujet ne laissent aucun doute. Comme il le dit lui-même : les frontières de la Russie n’ont pas de limite (24 nov. 2016 sur RT). Une boutade qui ne fait pas rire ceux qui observent l’extension de l’influence russe en Europe justement grâce aux dividendes du gaz vendu aux Européens. Le jour où l’Europe prendra conscience de cette menace à un niveau politique suffisamment important pour l’écarter, il sera peut-être déjà trop tard. Les mesures actives de l’hybression russe auront terminé leur phase de tests et seront prêtes pour leur mise en place opérationnelle.

Buts de l’hybression russe
en Ukraine

Parmi les priorités de l’hybression russe en Ukraine, l’objectif primaire et stratégique fixé au début des années 2000 consistait à rendre l’État ukrainien globalement inapte à rejoindre l’Union européenne et, dès lors, inverser son orientation pro-européenne et atlantique. Concernant les intérêts oligarchiques, la politique de Léonide Koutchma ne pouvait qu’attirer les oligarques russes, dont le premier d’entre eux : Vladimir Poutine. L’Ukraine ouvrait ses entreprises stratégiques, concurrentes directes de leurs petites sœurs russes. Certes, les privatisations éclair votées par une Rada complaisante assuraient l’expansion de l’oligarchie ukrainienne, mais elles pouvaient à tout moment ouvrir les richesses de l’Ukraine aux multinationales comme Mittal, sociétés capables de rendre les vieux combinats ukrainiens d’autant plus concurrentiels.26 Or après une « restructuration », la VEB, banque préférée du Kremlin, devenait précisément en 2002 l’arme financière par excellence de l’état russe kagébisé. Sous ombre d’opérer comme ‘ »intermédiaires », les directeurs de cette drôle de banque allaient avoir pour mission d’étendre l’influence personnelle de V. Poutine en Ukraine et dans le monde.

Toutefois le président Koutchma s’arrangea pour que l’oligarchie ukrainienne garde la haute main sur le secteur minier, sidérurgique et gazier du pays. Après l’échec de cette phase, d’autres options se sont présentées à Moscou, comme la réduction du potentiel géopolitique et plus généralement la désouvrainisation progressive de l’Ukraine. Subissant un nouvel échec, désormais l’hybression russe s’attache à ralentir le processus d’unification nationale paradoxalement ranimé par l’agression elle-même. Créer de nouvelles lignes de confrontation, installer un sentiment d’instabilité et d’incertitude, voire de terreur, constituent à présent les seules réponses du Kremlin aux succès du peuple ukrainien durant ces quatre dernières années d’intense hybression.

Moscou concentre surtout ses efforts sur le thème de la « fédéralisation » qui implique également celui de la russophonie, fallacieux prétexte au pseudo-séparatisme du Donbass et de la Crimée, transformée en place de guerre contrôlant la région Mer Noire/Ukraine méridionale. Si toute négociation sur la Crimée est exclue, Moscou entend par contre imposer l’intégration des pseudo-républiques du Donbass dans l’Ukraine, avec un statut « spécial » garanti par une modification de la Constitution ukrainienne. Ce que Kiev refuse catégoriquement. L’intégration officielle de structures terroristes ne pourra que disqualifier l’intégration euro-atlantique de l’Ukraine. Espérant sauver les apparences, les groupes de pression prorusses eux-mêmes hybrides s’engouffrent dans cette brèche. Néanmoins la question euro-atlantique demeure entière en Ukraine et l’orientation pro-occidentale des Ukrainiens sensiblement accrue au cours de la dernière décennie est devenue depuis la phase militaire de l’hybression russe la doctrine quasi-officielle de l’Ukraine en guerre.

L’intégration de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’Otan marqueraient donc l’échec final de l’opération longuement et patiemment préparée depuis une quinzaine d’années au Kremlin. Mais la dérussification tant politique que culturelle de l’Ukraine annoncerait-elle pour autant le recul de l’influence moscovite en Europe et plus globalement à l’échelle mondiale? Rien n’est moins sûr, les États-Unis étant capables d’assumer une défaite de la Russie en Ukraine, mais pas à en affronter les conséquences globales, à savoir un revanchisme exacerbé poussant un Vladimir Poutine ou un éventuel successeur du même acabit à jouer leur va-tout. Ce revanchisme qui pourrait s’étendre à d’autres zones du monde effraie l’Occident qui refuse toujours de reconnaître le caractère terroriste de l’hybression russe. La France et l’Allemagne en particulier s’efforcent de ménager la Russie tout en soutenant officiellement l’Ukraine, maintenant une sorte d’équilibre abstrait autour des fameux accords de Minsk, lesquels seraient, dit-on, « incontournables ».

Tout le calcul du Kremlin repose sur cette cécité volontaire de la part des puissances européennes. Pour Poutine, l’agression directe de la Russie contre l’Ukraine ne sera jamais suivie d’effets néfastes. Bien au contraire, en Russie les sanctions occidentales ne font que renforcer le ressentiment populaire dirigé non pas contre le Kremlin, mais contre les « forces du mal », c’est-à-dire l’Otan, les USA, le « sionisme » ou encore l’Occident en général. Les sanctions occidentales parviennent à contrecarrer ou freiner certains projets liés à l’occupation, mais pas l’occupation en elle-même.

Autre point important et totalement lié à l’attitude des États-Unis dans les quinze ou vingt prochaines années : l’Ukraine est-elle capable de mener une contre-stratégie à long terme sans ruiner son économie ni compromettre ses chances de réformes ? Et sur un plan plus technique ou juridique, un pays subissant une guerre hybride peut-il rejoindre l’Otan ? Toute ces questions impliquent une connaissance approfondie de l’hybression et des mécanismes qu’elle déploie désormais pour plonger l’Ukraine dans un relatif chaos, mais un chaos créé de toutes pièces par et à l’avantage de Moscou. À ce jour, 1/5 du potentiel industriel ukrainien est détruit et 7 % de la superficie de l’Ukraine, soit 44.000 km2 de territoire se trouvent sous occupation russe.

Guerre « hybride » à la russe : énergo-militarisme et autodestruction

En 2014, parmi les scenari jugés probables, le déclenchement de la phase dite « chaude » de l’hybression aurait eu pour but de neutraliser les infrastructures énergétiques ukrainiennes en frappant ses points stratégiques, le tout sous couvert d’une fictive « rébellion » des russophones du Donbass. En cas d’hiver rude et de longues périodes de froid, Kiev aurait été dans l’obligation de demander l’aide de Moscou en échange de larges concessions diplomatiques, comme la reconnaissance de la Crimée russe et à tout le moins le retrait de l’armée ukrainienne du Donbass et la reconnaissance de la « Novorossiya » comme entité séparée.

En avril 2014, Poutine avait déjà qualifié l’Ukraine méridionale et orientale de Novorossiya, mais cette Nouvelle Russie ne put jamais voir le jour selon le scénario prévu, tout d’abord pour des raisons strictement climatiques (phénomène El Niño d’hivers cléments) et plus encore après l’erreur d’appréciation du Kremlin quant à l’imprévisibilité et la complexité de la mentalité ukrainienne dans les régions russifiées d’Ukraine. Contre toute attente, ces russophones se sont subitement découverts nationalistes ukrainiens et se sont engagés d’eux-mêmes pour la défense de l’Ukraine libre alors qu’elle était en pleine déliquescence et militairement paralysée. Ce fut le cas notamment à Dnipropetrovsk (aujourd’hui Dnipro), pivot géostratégique de la guerre hybride en cours et centre de gravité reliant entre elles les deux plus importantes capitales régionales : Odessa à Kharkiv. Après l’échec du pseudo-printemps russe sur au moins 95% du territoire ukrainien et l’impossibilité d’atteindre les centres névralgiques du système énergétique ukrainien initialement visés, la guerre s’est enlisée avant que Moscou n’ait pu porter le coup fatal.

La guerre s’est enlisée avant que Moscou n’ait pu porter le coup fatal

Néanmoins, rien n’est encore joué. Pour les « séparatistes », le talon d’Achille de l’Ukraine se trouve à Energodar (région de Zaporijia). Dans cette petite ville du sud-est de l’Ukraine se trouvent la plus grosse centrale atomique d’Europe et de l’espace ex-soviétique ainsi que la plus importante centrale hydro-électrique d’Ukraine. Une attaque frontale pourrait facilement les endommager, ce qui en revanche sur le plan médiatique et propagandaire aurait des conséquences catastrophiques. Il suffirait en revanche de plastiquer en toute discrétion les circuits de refroidissement pour que les centrales s’arrêtent. Moscou pourrait alors faire porter le chapeau aux services ukrainiens ou encore accuser la « junte de Kiev » d’avoir « bombarder son peuple ». Il va de soi que mettre en danger l’Europe et le monde en s’en prenant à une centrale nucléaire pourrait avoir des conséquences fatales, sur l’environnement il va de soi, mais aussi pour l’image de Poutine et de la Russie. Cette opération à très hauts risques n’est cependant pas à envisager avant que ne s’effondrent les budgets ou la popularité du président qui pourrait alors jouer son va-tout en Ukraine.

Mais autant l’Ukraine noyautée d’agents russes était une proie facile en 2014, autant elle réagirait au moindre mouvement de troupes aujourd’hui. L’inaction des Ukrainiens lors de la prise de la Crimée a quoi qu’il en soit permis aux Russes de faire main basse sur les gisements et plateformes de la Mer Noire, pourtant faciles à défendre. L’annexion avait plus certainement comme but premier de priver l’Ukraine de sa production domestique, certes faible, mais qui après quelques développement techniques et des économies d’énergie aurait pu devenir autosuffisante.

Essentiel au pays, mais aussi à l’Europe centrale, le système gazier ukrainien est quant à lui moins vulnérable que les centrales atomiques. Il faudrait le sectionner en 29 ponts simultanément pour stopper le flux de gaz, ce qui est impossible dans le cadre d’une guerre hybride ou de faible intensité. Mais le fiasco du « printemps russe » génère d’autres plans à présent. Déficitaires sur le plan énergétique, la Crimée et le Donbass devront tôt ou tard être physiquement reliés si Poutine entend vraiment utiliser ces territoires comme des leviers de poids contre l’Ukraine. Dans cette perspective, la prise de Marioupil et de la route longeant la mer d’Azov vers la péninsule demeure un des objectifs probables du Kremlin, mais là encore, il s’agit d’un projet impossible à réaliser sans mettre fin à la mascarade.

Moins d’un an et demi après l’annexion, le Kremlin comprenait déjà que la situation économique serait sans issue en Crimée et qu’il fallait désormais se contenter des « bénéfices » purement militaires de l’invasion. En juillet 2014 le Ministère fédéral pour les affaires de Crimée fut liquidé après seulement trois mois d’existence, et en juillet 2016 un oukase de V. Poutine ôtait à la Crimée ainsi qu’à Sébastopol leur statut particulier créé juste après l’annexion. Ils sont désormais rattachés à la Région Sud dirigée depuis Rostov-sur-le-Don. Pour rappel, au sein de l’Ukraine la péninsule jouissait d’un statut d’autonomie.

La grande concentration de forces russes sur la presqu’île est en train de modifier l’équilibre géostratégique à l’échelle régionale. On estime à 60.000 hommes les troupes présentes, avec à terme un effectif qui pourrait porter à 100.000 le contingent russe en Crimée. Limitées à 12.500 hommes avant l’annexion, les forces d’occupation déploient désormais un épais maillage d’armes et de mesures dites A2/AD (Anti-access and area denial zone) interdisant aux troupes de l’Otan d’accéder aux points stratégiques d’Europe orientale sans risquer de lourdes pertes. Équipées pour la guerre moderne, et probablement pour les frappes nucléaires, c’est peut-être la seule « succes story » côté russe depuis l’annexion.

La Crimée occupée a également contribué à l’intervention russe en Syrie (2015-2016). Quatre navires de la Flotte de la Mer noire avaient alors tiré des missiles « Calibre » sur des cibles terrestres situées en Syrie. La logistique destinée au régime de Bachar El Assad transite également par la Crimée. La Flotte de la mer Noire, avec Sébastopol pour base principale, joue un rôle capital dans la livraison de matériel militaire à la Syrie. Ces convois plus ou moins secrets forment ce qu’on pourrait appeler les « Tiranny ships » de Poutine. L’état-major de la Marine russe envisageait un renforcement de sa capacité de transport avec des navires Mistral capables de transporter jusqu’à 70 camions ou bien 40 chars en plus de 450 soldats, soit un tonnage plusieurs fois supérieur à celui des BDC (bâtiments de débarquement de chars et de troupes) russes plus classiques. Cependant l’annexion de la Crimée et les sanctions ont contrecarré ces projets. La Russie est obligée d’utiliser de vieux navires soviétiques. Théoriquement, la Russie pourrait utiliser des navires civils, mais à la première inspection une telle cargaison aurait provoqué un scandale international.

Les forces navales de l’Otan ont surveillé les mouvements de la Flotte russe en Mer noire lorsqu’une invasion russe par la mer était à craindre en Ukraine, en particulier entre 2014 et 2015. Mais à ce jour l’Otan n’a pas répondu aux renforcements des menaces russes de manière assez dissuasive ; et au moment le plus intense de l’agression russe, son niveau de présence navale est demeuré identique à celui du conflit russo-géorgien en 2008. Carence d’autant plus préoccupante que l’Ukraine avait perdu une grande partie de sa flotte lors de l’invasion russe. Au cours de l’année 2017, la présence navale de l’Otan en Mer Noire n’a pas varié depuis 2015.

Fondements théoriques
de l’hybression russe.
La « doctrine Guerasimov »

Un jour un homme dira « Gloire à l’Ukraine! » et des millions d’autres lui répondront « Gloire aux Héros! »

En février 2013, le chef d’État-major des armées russes, Valery Guerasimov, avait pratiquement décrit la planification de l’hybression russe contre l’Ukraine d’un point de vue théorique. On pourrait la résumer en 5 points essentiels :

  • Pression politique – via des agents d’influence, propagande, campagnes médiatiques, affaires compromettant les dirigeants du pays-cible, etc.
    
  • Pression indirecte – via des cyberattaques, perturbations des transports, entraînement et armement de « rebelles », etc.
    
  • Intervention militaire – via des démonstrations de force aux frontières, formation complète d’unités de « volontaires » et leur fusionnement tactique avec les forces armées russes, etc.
    
  • Dissuasion – via des patrouilles aériennes agressives le long des frontières, le déploiement d’armes nucléaires tactiques, des manœuvres à l’échelle du théâtre d’opérations, etc.
    
  • Manipulation et fausses promesses – en jonglant avec les accords de cessez-le-feu, en semant la zizanie dans le camp occidental via des leviers économiques, etc.
    

Sur la base de ces « méthodes », le conflit hybride d’après V. Guerasimov se développerait selon 8 phases essentielles :


  • Phase 1 – emploi de moyens asymétriques et non-militaires, basés sur des mesures informationnelles, psychologiques, diplomatiques, idéologiques et économiques, de sorte à influencer le pays-cible et y former un terreau politico-militaire favorable.
  • Phase 2 – opérations spéciales, mises en place de leurres trompant l’élite politique et militaire du pays-cible par l’action coordonnée des canaux diplomatiques et médiatiques, ainsi que par l’imitation de fuites de documents importants ou secrets.
    
  • Phase 3 – intimidation, manipulation, subornation, recrutement de fonctionnaires du gouvernement et de l’armée de sorte à les empêcher de remplir leur mission.
    
  • Phase 4 – propagande destinée à la déstabilisation de la population et l’apparition de bandes armées.
    
  • Phase 5 – établissent d’une no fly zone, blocus du pays ou de la région-cible, emploi de troupes privées coopérant étroitement avec les forces « rebelles ».
    
  • Phase 6 – activation de l’armée précédée de larges opérations de renseignement et autres diversions.
    
  • Phase 7 – démonstration de force aérienne, électronique, balistique et technologique (nouvelles armes acoustiques, lasers, etc.) via un ensemble d’opérations médiatiques destinées à créer la panique de l’ennemi.
    
  • Phase 8 – réduction des dernières poches de résistance ennemies par des opérations aéroportées, tirs de missiles longue distance guidés par le renseignement militaire sur place.

La spécificité russe en matière de guerre non-conventionnelle « nouvelle génération » réside essentiellement en la compréhension des tactiques et stratégies de la guerre hybride au plus haut niveau de l’état, ce qui n’est pas le cas en Occident. S’en suit une multitude de petites opérations accompagnée, de temps à autre, d’une grosse rodomontade en cas d’échec : telle est, pour résumer, la guerre russe moderne. Une partition que V. Poutine sait lire et interpréter avec maestria. Néanmoins cette tactique parfaitement efficace en Ukraine avant l’automne 2014 n’a aucune chance d’aboutir au plan stratégique global. Ses effets sont même contraires aux algorithmes sophistiqués de Guerasimov et remplit, du moins en Ukraine, plus certainement le rôle de motivatrice que de démoralisatrice, tant ses méthodes « moyen-orientales » combinées aux traditionnelles opérations à la soviétique achèvent d’attacher les Ukrainiens au camp occidental et les rendent plus nationalistes que jamais. En conclusion, Guerasimov s’est lourdement trompé dans le cas ukrainien. L’Ukraine n’a pas cédé et ne cédera jamais.


L’Ukraine n’a pas cédé et ne cédera jamais

Certes, on n’a pas encore trouvé de remède à sa légendaire naïveté, ni d’antidote à son régime 100% oligarchique et toxique, et encore moins à la dissolution de la Horde moscovite qui se cache derrière les oripeaux de la civilisation et de la foi orthodoxe depuis des siècles. Mais aucune contre-mesure occidentale n’a été nécessaire pour fonder la nouvelle morale qui porte l’Ukraine aujourd’hui. Ainsi s’accomplit la prophétie de Stepan Bandera : Un jour un homme dira « Gloire à l’Ukraine! » et des millions d’autres lui répondront « Gloire aux Héros! ».


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L’ignorance du grand public ainsi que celle des journalistes censés l’informer étant manifestes, les buts réels du régime poutinien demeurent largement sous-estimés en Occident. L’opinion occidentale considère encore les menées du Kremlin comme une menace pour le voisinage immédiat de la Russie, mais pas au-delà. Tout particulièrement en France, on voit encore la Russie dans les frontières de l’Urss avec un droit de regard légitime sur ses anciens satellites ou « peuples frères« . Or comme le démontre la chronologie complète ci-dessous, l’Ukraine n’est qu’un marchepied vers une expansion subséquente à la faiblesse occidentale dans le dossier ukrainien. Le Kremlin qui ne voit les vertus de la Démocratie occidentale qu’en tant que failles exploitables et vulnérables, n’hésite pas à engloutir des sommes colossales pour désouvrainiser de l’intérieur les nations ne lui étant pas encore acquises. Quand nous parlons d’hybression, il y va plus certainement de l’unité du continent européen et de ses structures politiques que de l’Ukraine elle-même.

Chronologie détaillée

De sorte à dégager les étapes importantes de l'hybression russe contre l'Ukraine et l'Europe, cette chronologie consacre une large part aux questions énergétiques ainsi qu'aux conflits entre oligarques, en distinguant 5 phases s'étalant sur 15 ans.
  • De 1999 à l’été 2003, plusieurs facteurs concomitants incitent et permettent à Moscou d’envisager une hybression contre l’Ukraine.
  • Phase Zéro – tests et faux départs. Entre 2003 et 2009 la politique russe défie ouvertement le système de sécurité international. Il s’agit encore d’une phase de tests, bien que les tensions en Ukraine soient théoriquement propices à une partition du pays et une intervention russe.
  • Phase A – mise en place opérationnelle. En 2010, au bout de sept ans d’immixtions et de pressions en tout genre, V. Poutine est parvenu à imposer la Russie et a repris la main en Ukraine. La mise en place opérationnelle du plan d’hybression proprement dite peut commencer. Cette phase s’étend jusqu’à l’été 2013.
  • Phase B – déstabilisation. Le 14 août 2013 débute la phase active de déstabilisation qui à Kiev mènera à la Révolution du Maïdane, et dans le sud et l’est russifiés du pays au « séparatisme » et à l’intervention hybride russe.
  • Phase C ou phase militaire – invasion furtive. De la fin février 2014 à la mi-avril 2014, apparition des « hommes verts » en Crimée et dans le Donbass.
  • Phase D ou phase militaire « chaude » – guerre hybride. Le 17 avril 2014 débute la phase qui mènera à la guerre hybride proprement dite. Toujours non-déclarée et d’intensité relative, elle mènera aux « accords » de Minsk II où la Russie sera présentée non comme le pays-agresseur, mais comme l’arbitre le plus influent du conflit. A l’intérieur de cette phase D, on distingue une sous-phase d’escalade et de désescalade.
  • Phase E – intraphase, pseudo-souveraineté. Elle peut conduire à une légalisation ou une normalisation de l’occupation russe.

Prologue
(1999 – Été 2003)

Entre 1999 et 2003, plusieurs facteurs incitent Moscou
à choisir la voie d’une hybression contre l’Ukraine

  • 12 juin 1999 – Prise de l’aéroport de Pristina (Kossovo) par les paras russes sans accord de l’Otan. Les troupes russes empêchent les britanniques d’y accéder, sans réaction de l’Otan. Événement fondamental montrant des Occidentaux incapables de répondre militairement aux coups de bluff des troupes russes.
  • Août 1999 – V. Poutine nommé président du gouvernement russe par Boris Eltsine.
  • 26 mars 2000 – Premier mandat présidentiel de V. Poutine.
  • 28 novembre 2000 – « Scandale des cassettes » touchant le président ukrainien Léonide Koutchma, soupçonné d’avoir ordonné le meurtre du journaliste Grégoire Gongadzé. Début d’un certain isolement diplomatique du président ukrainien en Occident. D’autes scandales de portée internationale viendront s’jouter, comme l’affaires des radars ukrainiens vendus à Saddam Hussein, etc.
  • Février 2002 – Le projet de gazoduc européen Nabucco reliant l’Iran et le Caucase à la Hongrie et l’Autriche via la Turquie vient contrarier le quasi-monopole du gaz russe en Europe centrale.27
  • Mai 2002 – Le président Léonide Koutchma annonce que l’Ukraine souhaite à terme intégrer l’Otan, annonce immédiatement actée et favorablement accueillie lors de la réunion Otan/UE de Reykjavík par les ministres des Affaires étrangères de l’Union.
  • Juin 2002 – Plan triennal de privatisations en Ukraine lancé par le président Koutchma, très critiqué par l’opposition. Les « amis du président » risquent de rafler les fleurons de l’industrie ukrainienne, tout particulièrement la métallurgie du sud-est. Convoitise également de la part des oligarques russes, dont V. Poutine.
  • Septembre 2002 – Constat d’échec du plan de privatisations, mais un plan de privatisations éclairs est en discussion, annonçant déjà un « partage du gâteau » entre clans.
  • Novembre 2002 – Au sommet de l’OTAN à Prague, adoption d’un plan d’action OTAN-Ukraine, première étape vers l’intégration de l’Ukraine dans l’espace euro-atlantique. ◊ Feu vert à l’adhésion de la Lettonie à l’Otan. Celle-ci installe un radar de surveillance ultra-sophistiqué acheté aux Américains et destiné à couvrir la frontière russe.
  • Janvier 2003 – Interruptions du transit pétrolier vers la Lettonie en représailles pour sa politique « discriminatoire » envers la minorité russophone, sa future adhésion à l’Otan, mais aussi pour permettre à Moscou de prendre pied dans le dernier complexe pétrolier de la région où elle n’est pas encore présente.28
  • Mars 2003 – « Pacification » de la Tchétchénie. Après la seconde guerre de Tchétchénie et la trahison d’Akhmat Kadyrov, devenu pro-Kremlin, un référendum plébiscite la nouvelle Constitution instituant l’autonomie de la république. Moscou a désormais les mains libres en Tchétchénie.
  • 10 avril 2003 – La Russie signe un accord gazier de 25 ans avec le Turkménistan. Les relations directes entre ce pays et l’Ukraine sont désormais remises en cause ou contrôlées par la Russie.
  • 2003 – Depuis janvier 2000 les cours du gaz sont en hausse. En 2003, ils ont plus que doublé, passant de 3 à 7 dollars/mcm. ◊ Réduction du service militaire à 12 mois en Ukraine. L’armée s’en trouve totalement désorganisée. En un an les forces armées chutent brutalement de 390.000 à 285.000 hommes. Dix ans plus tard, l’armée ukrainienne ne comptera plus que 168.000 hommes.

Acte I
(Été 2003 / Janvier 2009)

Phase « zéro » dite de test

Entre 2003 et 2009 la politique russe défie ouvertement le système de sécurité international. Il s’agit encore d’une phase de tests et de faux départs, bien que les tensions en Ukraine soient théoriquement propices à une partition du pays via une intervention russe.

  • 28 août 2003 – Dans la 1ère édition de la Doctrine énergétique de la Russie (horizon 2020) le président Poutine admet que les ressources énergétiques de la Russie sont un instrument géopolitique. Déclaration qui passe inaperçue en Europe. Un premier test est réalisé cette même année sur la Lettonie (arrêt complet du transit de pétrole).
  • Septembre/Octobre 2003 – Différend frontalier de Touzla dans le détroit de Kertch en Crimée. Les Russes décident de construire une digue reliant l’île (ou banc de sable) de Touzla à la Russie continentale. Le président Léonide Koutchma menace d’intervenir militairement. Les travaux sont alors interrompus et la digue est arrêtée à une centaine de mètres de l’île ukrainienne. ◊ Septembre 2003 – Viktor Pintchouk, gendre de Léonide Koutchma, acquiert le combinat NZF pour une bouchée de pain.29
  • 19 septembre 2003 – Moscou lance un projet d’union économique appelé Espace économique commun et destiné à réintégré les anciennes républiques d’Urss sous l’égide de la Russie.
  • Novembre 2003 – « Révolution » des roses en Géorgie. Le pro-occidental Mikheil Saakachvili élu en janvier 2004.
  • Mars 2004 : Le Parlement ukrainien ratifie l’accord passé avec l’OTAN sur le soutien à fournir par le pays hôte. ◊ Deuxième mandat présidentiel pour V. Poutine.
  • 29 mars 2004 – L’Otan accueille sept nouveaux pays : les Pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), la Slovaquie, la Slovénie, et dans les Balkans, la Bulgarie et la Roumanie, ces dernières jouant un rôle clé pour contrer l’influence russe en Mer noire.
  • Avril 2004 – Privatisation d’UkrRudProm, le réseau minier ukrainien. Le parlement vote une loi éliminant de facto tout investisseur occidental, laissant ainsi la voie libre aux « amis du président » et en tout état de cause à l’expansion de l’oligarchie ukrainienne. À noter que le parti de Youlia Timochenko n’apporte aucune voix lors du vote. Malgré des promesses, aucune remise en cause de cette loi n’aura lieu après les deux Maïdanes.
  • Hiver 2004 – Gazprom limite ses livraisons de gaz au Bélarus (Blanche-Ruthénie). Minsk avait refusé à Gazprom la gestion du transit. Idem en 2006.
  • Juin 2004 – Création de RosUkrEnergo, compagnie russo-ukrainienne enregistrée en Suisse et détenue essentiellement par Gazprom et l’oligarque ukrainien Dmytro Firtasz (Firtash). NB : Le droit suisse demeure largement favorable à l’opacité en protégeant l’anonymat des actionnaires réels. ◊ Les Russes ayant noyauté l’État ukrainien et ses industries acquièrent un statut légal. ◊ KrévorijStal tombe sous le contrôle de V. Pintchouk.
  • Juillet 2004 – Les combinats d’entreprises minières (GZK) sont partagés entre oligarques d’Ukraine et de Russie, principalement Rinat Akhmetov, Igor Kolomoïsky et Vadim Novinski.30
  • 29 juillet 2004 – Rencontre Poutine / Koutchma en Crimée. Accord entre l’intermédiaire RosUkrEnergo et la compagnie nationale Naftogaz pour la vente d’un mélange de gaz russe et turkmène vendu à Naftogaz par Gazprom pour 95$ / 1000 m³. Dépendance accrue de l’Ukraine et intégration atlantique compromise.
  • Août 2004 – Kolomoïsky et Boholioubov rachètent le plus important combinat ukrainien KrévorijStal (Kryvorizhstal) au grand dam de V. Pintchouk. Léonide Koutchma, son beau-père, avait promulgué la loi en avril.
  • Octobre 2004 – KrévorijStal : Les tribunaux ukrainiens confirment le bien-fondé et la légalité de la vente.
  • Janvier 2005 – « Révolution » orange. Victoire du pro-occidental Viktor Youchtchenko, élu président. Youlia Timochenko Premier-ministre. Rupture entre les deux leaders dès septembre.
  • Mars 2005 à janvier 2006 – Première guerre du gaz.
  • Début mars 2005 – La Russie impose des prix exorbitants à l’Ukraine, prétendument « proche des prix européens ». Alors que la Russie achète du gaz turkmène à $44, elle entend le revendre en Ukraine à $250. En réalité elle vend son propre gaz en le faisant passer pour turkmène.31 À noter que V. Jirinovsky avait déclaré deux semaines avant la conclusion de l’agression qu’il fallait fatiguer l’Ukraine en haussant les prix du gaz d’année en année. Cas similaire avec la Lituanie en 2006 pour le pétrole.
  • 1er mars 2005 – À la requête du nouveau procureur général, la Cour de cassation annule les arrêts rendus dans l’affaire Krévorijstal, et en mai la vente est invalidée.
  • 25 avril 2005 – Poutine déclare que la chute de l’Urss a été « la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle« . Nostalgie de l’URSS renforcée.
  • Juin 2005 – Le Premier ministre Youlia Timochenko impose la reprivatisation de KrévorijStal en triplant le prix d’appel ($2 milliards).
  • Août 2005 – La Cour suprême invalide l’acquisition de NZF par V. Pintchouk.
  • Septembre 2005 – Signature de Nord Stream, gazoduc russo-allemand contournant l’Ukraine et les Pays Baltes. En octobre, juste avant la fin de son mandat, Gerhard Schröder signe le déblocage d’1 milliard d’euros comme fonds de garantie accordé au projet. Le chancelier allemand entre dès le mois de novembre à la direction de Nord Stream AG, société suisse dirigée par l’ancien agent de la Stasi Matthias Warnig.
  • Octobre 2005 – Malgré une tentative de bloquer la vente au Parlement par l’opposition promoscovite, KrévorijStal est vendue à Mittal Steel Germany pour quasiment six fois la valeur de l’entreprise précédemment achetée par V. Pintchouk.
  • 1er janvier 2006 – La Russie coupe le gaz à l’Ukraine. Quatre jours plus tard, un « accord » catastrophique pour l’Ukraine est imposé. Le prix est fixé à $95 pour 6 mois et le système de troc « transit contre gaz » est supprimé. La compagnie RosUkrEnergo est chargée de la partie commerciale en tant qu’intermédiaire. Elle obtient même le monopole des livraisons gazières en Ukraine tout en étant liée à la haute criminalité, du moins plusieurs indices laissent entendre que Seva Moguilievitch (Simon Youdkovitch, le « parrain des parrains » russo-ukrainiens dans le monde) serait dernière cette opération pour le moins opaque.32 Une autre société, UkrGazEnergo, sera chargée de distribution aux entreprises ukrainiennes.
  • 20 janvier 2006 – La Russie interdit les produits comestibles ukrainiens d’origine animale sans préavis. Prétexte : « pauvre qualité ». Fake! L’intention de discréditer les produits ukrainiens aux yeux des Européens est manifeste.
  • 22 janvier 2006 – En Géorgie, le réseau gazier et électrique est endommagé à plusieurs endroits par des « inconnus ». Quelque temps plus tôt, le parlement géorgien avait exigé le retrait des troupes russes de Batoumi avant le 1er janvier 2006. Le président Saakachvili signe tout de même un décret portant sur le retrait de la Géorgie des structures militaires de la CEI le 26 janvier. La Russie va par la suite imposer un embargo sur l’eau et le vin géorgiens le 27 mars, puis imposer le blocus routier du pays après l’arrestation d’officiers russes accusés d’espionnage.
  • Février 2006 – Un article d’Emma Simpson (BBC) parle d’arme énergétique en parlant de la politique russe.
  • 2 février 2006 – Création d’UkrGaz-Energo ­(société émanant de RosUkrEnergo et de Naftogaz) pour briser le monopole de Naftogaz en ce qui concerne la livraison aux entreprises. Si l’une d’entre elles ne peut pas payer, elle se trouvera à la merci de Gazprom et donc du Kremlin.
  • Mars 2006 – La coalition « orange » remporte les législatives, Timochenko à sa tête. ◊ Matthias Warnig, ancien responsable de la Stasi (services secrets de la DDR) est nommé directeur général de Nord Stream AG.
  • Juin 2006 – Interruption des livraisons de pétrole russe en Lituanie, mais aussi blocage du pétrole kazakh vers la Lituanie, en représailles aux rejets d’actionnaires russes lors de la privatisation de la raffinerie de Mažeikiai. Les Lituaniens avaient préféré les Polonais.
  • Juillet 2006 – G8 à Saint-Pétersbourg. L’énergie est à l’honneur. Déclaration commune sur la nécessité de rendre les marchés plus transparents de sorte à assurer la sécurité énergétique GLOBALE. [Voir le texte en russe]
  • Août 2006 – Le promoskovite Viktor Yanoukovitch, battu par la « révolution » orange, de nouveau Premier ministre. Remplacé par Youlia Timochenko fin 2007.
  • Eté 2006 – Le Parti communiste d’Ukraine et d’autres partis de gauche soutenus par les médias russes bloquent les manœuvres de l’exercice ukraino-américain Sea Breeze en Crimée.
  • 14 septembre 2006 – V. Yanoukovitch déclare que l’Ukraine va « faire une pause » dans son rapprochement avec l’Alliance atlantique.
  • 22 septembre 2006 – Jacques Chirac remet les insignes de Grand-Croix de la Légion d’honneur à Vladimir Poutine.
  • Octobre 2006 – Assassinat d’Anna Politkovskaïa, célèbre journaliste russe, fort critique à l’égard de V. Poutine.
  • Novembre 2006. Assassinat au polonium (radioactif) d’un ancien agent russe. Alexandre Lytvynenko était passé dans l’opposition à Poutine en 2000.
  • Fin novembre 2006 – Sommet de Riga. L’Otan n’invite pas l’Ukraine à adhérer au plan d’action pour l’adhésion (Membership Action Plan).
  • Décembre 2006 – Premières révélations de Wikileaks.
  • Hiver 2006 – Arrêt complet des livraisons de gaz et d’électricité à la Géorgie. Blocus énergétique.
  • Février 2007 – Discours de Munich. Vladimir Poutine revendique durant le forum du Wehrkunde dédié à la Sécurité, l’avènement d’un leadership mondial pour la Russie et une alternative au modèle démocratique anglo-saxon issu de la Guerre froide.33 Une déclaration qui n’a suscité aucune mesure concrète de la part de l’Otan.
  • 21 juin – Création du Monde Russe (Rousskii Mir) fondation destinée à promouvoir la langue russe dans le monde. C’est aussi le nom de la doctrine voulant la restauration de l’imperium russe et de son influence géopolitique dans le monde. Pour cela, la reconquête des territoires devenus indépendants en 1991, au premier rang desquels l’Ukraine, demeure une étape incontournable. Concept-phare de la nouvelle idéologie kremlinopoutine, le Rousski Mir est un programme politique défini comme orthodoxe, néo-impérialiste et mémoriel. La Russie poutinienne vise à la restauration de l’URSS sous une autre forme.
  • 23 juin 2007 – Signature de South Stream, gazoduc russo-italien contournant l’Ukraine.
  • Octobre 2007 – La République tchèque permet l’installation de radars antimissiles américains (systèmes ABM).
  • Décembre 2007 – La Russie suspend l’application du Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE)
  • 17 février 2008 – Réaction négative de la Russie face à l’indépendance du Kossovo, « cadeau » de l’Occident aux ambitions de Poutine.
  • Février 2008 – L’Ukraine entre à l’OMC.
  • Mai 2008 – La Douma refuse de reconnaître l’Holodomor (grande famine artificielle de 1932-1933) en tant que génocide.
  • Avril 2008 – L’Allemagne et la France rejettent l’intégration de l’Ukraine à l’Otan. Les menaces russes sur la Crimée et l’est de l’Ukraine auraient pesé dans cette décision? ◊ Plainte de RosUkrEnergo contre Naftogaz Ukraine à la Cour d’arbitrage de Stockholm.
  • Été 2008 – La République tchèque subit de fortes perturbations dans les livraisons de pétrole russe, « encouragement » à prendre la bonne décision quant au stationnement de radars américains antimissiles sur son territoire.
  • Août 2008 – Guerre de Géorgie. La Russie intervient militairement contre la Géorgie puis reconnaît officiellement l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, qu’elle prend sous sa protection.
  • Fin août 2008 – PromInvestBank (PIB, banque ukrainienne) victime d’une campagne médiatique de discrédit provoquant une panique de la clientèle. En octobre la banque est mise sous tutelle.
  • Septembre 2008 – Sommet UE-Ukraine à Evian au sujet d’un Accord d’association Ukraine-UE. La Pologne, la République tchèque, les Pays baltes, le Royaume-Uni et la Suède soutiennent l’Ukraine. La France, l’Allemagne, l’Autriche et le Benelux sont plus réservés.
  • 2 octobre 2008 – Mémorandum Timochenko-Poutine sur la suppression des intermédiaires lors des prochains contrats gaziers russo-ukrainiens. Mme Timochenko entend mettre fin au contrat de RosUkrEnergo qui doit toujours $2.4 milliards à Gazprom pour le gaz livré en 2008.
  • Novembre 2008 – François Fillon, Premier ministre, affirme que la Russie est aujourd’hui une démocratie. Était-ce sous l’influence de ses collaborateurs, Jean de Boishue et Igor Mitrofanof, zélés russophiles ?
  • Décembre 2008 – La VEB (banque russe du Kremlin) propose un plan pour renflouer la PromInvestBank.
  • 25 décembre 2008 – La Douma et le Conseil de sécurité de la Fédération de Russie conviennent de l’importance des régions du sud et de l’est de l’Ukraine pour l’intégration de cette dernière via l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) et la Communauté économique eurasiatique.
  • 31 décembre 2008 – Refusant tout prix supérieur à $205 la tonne cubique, alors que les négociations russo-ukrainiennes en cours annonçaient $235, le président Youchtchenko interrompt les négociations avec Gazprom, qui le jour-même impose $450 en guise de représailles. RosUkrEnergo (Dmytro Firtache) exigeait quant à lui $285 et poussait les parties à rompre les négociations.
  • Janvier 2009 – Deuxième guerre du gaz.
  • 1er janvier 2009 – Gazprom suspend ses livraisons à l’Ukraine. RosUkrEnergo n’a pas honoré ses dettes envers Gazprom. Le 4 janvier Poutine annonce $470.
  • 6 janvier 2009 – Bruxelles (sous présidence tchèque) renvoie Ukraine et Russie dos-à-dos.
  • 12 janvier 2009 – Début d’une campagne médiatique en Russie laissant entendre que Moscou soutiendrait le « séparatisme » du sud-est de l’Ukraine (régions les plus russophones) si un signe lui était donné.34 ◊ De sorte à assurer le sud et l’est du pays, l’Ukraine refuse d’approvisionner les Balkans en gaz. En cas de pénurie, les protestations de la population en colère à Odessa ou Donetsk auraient été exploitées à des fins d’intervention armée sous ombre de « protection des russophones ».
  • 15 janvier 2009 – La VEB (banque russe) rachète Prominvest.
  • 17 janvier 2009 – A mots couverts, le président russe Medvedev accuse RosUkrEnergo d’être un intermédiaire douteux. ◊ 18 janvier 2009 – Accords catastrophiques négociés par Youlia Timochenko à Moscou, fixant non seulement le prix de $450 la tonne cubique (contre $232 en 2008), mais également le monopole exclusif de Gazprom en tant que fournisseur de l’Ukraine. ◊ Le président Youchtchenko en appelle à la Nation et fulmine contre son Premier ministre, mais ne prend aucune mesure contre elle à son retour.
  • 20 janvier 2009 – Gazprom reprend ses livraisons à l’Ukraine.
  • Février 2009 – Nicolas Sarkozy déclare, juste après s’être vanté d’avoir stoppé la Russie en Géorgie: Un pays [comme la Russie] qui a tant de problèmes démographiques n’est pas un pays qui spontanément est porté à une agressivité militaire avec ses voisins.
  • Mars 2009 – Le projet de gazoduc européen Nabucco est déclaré « non-prioritaire ». Les pays européens de l’ancien bloc soviétique le font rétablir comme prioritaire après une protestation.
  • Avril 2009 – Sommet de l’OTAN à Strasbourg-Kehl. La coopération avec la Russie est rétablie. Elle avait été interrompue après la guerre de Géorgie. Adhésion de l’Albanie et de la Croatie, ce qui porte à 28 le nombre des États membres.
  • Mai 2009 – MMK Illitch-Stal (combinat métallurgique de Marioupil dans le Donbass) est « vendu » à des investisseurs « chypriotes » russes.
  • 16 juin 2009 – Premier sommet des pays BRIC à Ekaterinbourg en Russie.
  • Juillet 2009 – Barak Obama à Moscou. Un « reset » des relations russo-américaines est annoncé. Le président américain appelle Moscou à devenir un partenaire d’importance globale.35
  • Octobre 2009 – Construction du gazoduc Opal qui reliera la Baltique à la Tchéquie via Nord Stream.
  • 3 novembre 2009 – Le patriarche Kiril affirme la doctrine officielle du « Rousski Mir » dont le noyau doit être selon lui la Russie, la Bélarus et l’Ukraine.
  • 20 novembre 2009 – La terreur atomique intégrée dans la doctrine militaire russe. Extrait de la Rossiiskaja gazeta : Dans une situation critique pour la sécurité nationale, [la Russie] n’exclut pas de porter contre l’adversaire une frappe nucléaire, y compris préventive.

Acte II
(Janvier 2010 / Août 2013)

En 2010, au bout de sept ans d’immixtions et de pressions en tout genre, V. Poutine est parvenu à imposer la Russie et a repris la main en Ukraine. La mise en place opérationnelle du plan d’hybression proprement dit peut commencer. Cette phase s’étend jusqu’à l’été 2013.

  • Janvier 2010 – Viktor Yanoukovitch élu président. En moins de six mois, le Centre national d’intégration euro-atlantique est dissous, tandis que le statut de « pays non-aligné » est voté à la Rada. Le félon nomme des agents russes aux postes-clés de la Défense et du Renseignement. Déploiement des réseaux russes facilités. ◊ ISD, un des plus gros conglomérats ukrainiens du Donbass, passe sous le contrôle d’investisseurs russes. La banque du Kremlin Vnesheconombank (VEB) sert d’intermédiaire. Le véritable artisan ce cette acquisition est V. Poutine lui-même.36
  • 1er janvier 2010 – Signature de l’Union douanière eurasiatique entre la Bélarus, le Kazakhstan et la Russie.
  • 25 février 2010 – Hervé Morin, ministre français de la Défense, ayant initié la vente de navires Mistral à Moscou, déclare: La Russie a changé et nous devons changer notre regard à l’égard des Russes.
  • Mars 2010 – Visite de Medvedev (président russe) à Paris, pour le lancement de l’année France-Russie. La Guerre froide est finie, déclare Nicolas Sarkozy. Il annonce que des « négociations exclusives » sur la vente du BPC vont commencer. On parle à l’époque de 4 exemplaires, dans un contexte où l’appui de la Russie dans le dossier iranien demeure important.37
  • Avril 2010 – Accords catastrophiques de Kharkiv. Ce véritable diktat permet à Moscou de maintenir la base navale russe de Sébastopol jusqu’en 2042 contre des « ristournes » sur le gaz. ◊ V. Poutine à Vienne pour finaliser la mise en place du projet South Stream. Les négociations avaient débuté en 2008.
  • Fin mai 2010 – Zaporijstal (Zaporozhstal) est vendu à des investisseurs russes, au détriment de Rinat Akhmetov. D’après la presse (Komersant – Ukraine) informée par un cadre de la banque du Kremlin, VBE, Poutine poursuit un plan général d’accaparement de la métallurgie ukrainienne.
  • 03 juin 2010 – Le Parlement ukrainien confirme le statut de pays « non aligné » à l’initiative de Viktor Yanoukovitch, empêchant l’adhésion de l’Ukraine au Traité.
  • Juin 2010 – « Exposition nationale russe » inaugurée par Vladimir Poutine au Grand Palais (Paris). On apprend la construction prochaine d’une cathédrale moskovite aux pieds de la Tour Eiffel.
  • 8 juin 2010 – La Cour arbitrale de Stockholm statue en faveur de RosUkrEnergo. Un accord trouvé à l’amiable oblige Naftogaz à restituer 11 milliards de m³ + 10 % à titre de dédommagement. La cour considère l’accord du 29 juillet 2004 comme valide à ce jour.
  • Juillet 2010 – Le Premier ministre « ukrainien » Azarov et le président Yanoukovitch déclarent qu’il n’y a pas d’alternative à la coopération économique russo-ukrainienne. ◊ La compagnie nationale ukrainienne Naftogaz entre dans le consortium européen Eurogaz.
  • 20 octobre 2010 – Poutine annonce un programme d’information sans précédent en Russie ( $40,6 milliards sur 10 ans). Il s’adresse tout d’abord aux russophones et soutiendra les médias (public ou privés) conformes à l’idéologie poutinienne du « Rousski Mir », concept lancé en juin 2007. La promotion des « valeurs russes » autour de la planète coûte donc près de $4 milliards par an. C’est 1/10e du budget de l’Ukraine en 2013. La Russie dépense pour son image presque 20 fois plus que l’Ukraine.
  • 31 octobre 2010 – Crimée. Élections législatives locales. Unité russe, le parti du principal annexionniste russe de Crimée, Sergueï Aksionov, n’obtient que 3 sièges (4 % des voix).
  • Décembre 2010 – Sommet eurasiatique. Un espace économique unique entre le Kazakhstan, la Bélarus et la Russie est décidé (Union douanière). ◊ 09 décembre 2010 – François Fillon (Premier ministre français) lors d’une rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine au sujet des Mistral, déclare que le transfert des technologies ne pose aucun problème.
  • 13 décembre 2010 – Poutine annonce un programme de réarmement sans précédent en Russie ($650 milliards sur 10 ans).
  • 16 décembre 2010 – Poutine fait outrage à la mémoire des huit à neuf millions d’Ukrainiens morts durant la guerre, affirmant péremptoirement que l’Urss aurait vaincu le IIIe Reich avec ou sans les Ukrainiens. La réaction des vétérans ukrainiens est sans appel.
  • 25 janvier 2011 – Signature de l’accord gouvernemental pour la vente des Mistral, entre Igor Setchine (éminence grise de Poutine) et Alain Juppé, qui a succédé à Hervé Morin. La lettre d’intention porte alors sur la construction de quatre navires.
  • Juin 2011 – L’Union douanière eurasiatique, sous la pression de la Russie, impose des taxes sur les importations ukrainiennes.
  • 13 juin 2011 – ONU. La Russie boycotte le projet de résolution condamnant la répression en Syrie. (La Chine fait de même).
  • Juillet 2011 – Mise en exploitation d’Opal.
  • Août 2011 – Youlia Tymoshenko arrêtée. Ne sera libérée qu’en février 2014, immédiatement après la fuite de Yanoukovitch. Cette arrestation sera la principale pierre d’achoppement entre l’UE et Yanoukovitch, lors des négociations sur l’accord d’association.
  • Septembre 2011 – Mise en exploitation de Nord Stream.
  • Octobre 2011 – L’accord trouvé lors de la 2e guerre du gaz en 2009 sert de prétexte à l’emprisonnement de Youlia Timochenko, principal rival politique de Viktor Yanoukovitch. Cette affaire nuit au gouvernement Yanoukovitch, mais retarde d’autant plus l’intégration européenne de l’Ukraine.
  • 04 octobre 2011 – ONU/Syrie. Veto russe (et chinois) contre un projet de résolution présenté par la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les États-Unis, condamnant la répression et appelant à la fin des violences.
  • Novembre 2011 – Mise en service de Nord Stream.
  • Décembre 2011 – Fin des négociations préliminaires entre l’Ukraine et l’Europe au sujet de l’Association.
  • Décembre 2011 – Législatives en Russie et contestations sur la place Bolotnaya. Durant la journée du scrutin, le 4 décembre, plusieurs manifestations ont lieu à Moscou et Saint-Pétersbourg contre Russie unie (dont le score a été gonflé de 20 pts). Répression, 170 arrestations. Les 5 et 6 décembre, les manifestations continuent à Moscou avec jusqu’à plusieurs milliers de manifestants. Boris Nemtsov, Alexeï Navalny et Sergueï Mitrokhine arrêtés. Plusieurs centaines de personnes au total. Le 10 décembre, une manifestation rassemble entre 50.000 et 80.000 personnes. Le 18 décembre, de nouvelles manifestations mobilisent plusieurs milliers de personnes à travers plusieurs villes de Russie occidentale. Le 24 décembre à Moscou, deux fois plus de contestataires du régime défilent le long du Prospekt Sakharov.
  • 30 décembre 2011 – Le président Yanoukovitch restaure la date soviétique consacrée au « Jour de la Flotte ».
  • 1er janvier 2012 – Union douanière eurasiatique. Les trois États (Russie, Bélarus, Kazakhstan) passent à la seconde étape du processus d’intégration en formant l’Espace économique commun, combinant l’Union douanière et la Zone de libre-échange.
  • Février 2012 – Guerre du fromage. Embargo russe sur les fromages ukrainiens comportant de l’huile de palme (faux prétexte).
  • Mars 2012 – L’Ukraine annonce la découverte d’un grand gisement de gaz dans le Donbass. Le gisement de Youzivka représenterait 4.000 milliards de m³. L’exploitation en est confiée à Royal Dutch Shell. ◊ L’Ukraine achève de liquider les quantités restantes d’uranium hautement enrichi (militaire) sur son territoire.
  • 30 mars 2012 – Le volet politique de l’Accord d’association Ukraine-UE est paraphé.
  • 12 juin 2012 – Moscou. Manifestation contre Poutine (50.000 personnes).
  • Juin 2012 – L’affaire de l’emprisonnement et des mauvais traitements qu’aurait subis l’opposante Julia Timochenko en prison fait grand bruit à la veille de l’Euro 2012. La question d’un boycott politique est envisagée. La France est pour. La Russie est contre.
  • 05 juin 2012 – Une loi anti-langue ukrainienne est votée par le Parlement « ukrainien ». Le russe obtient le statut de deuxième langue d’État, ce qui équivaut à condamner l’ukrainien, très minoritaire et principalement parlé à l’ouest du pays.
  • 10 août 2012 – Poutine avoue en direct que l’offensive militaire contre la Géorgie avait été préméditée et préparée sous ses ordres. Des militaires russes avaient armé et entraîné des milices locales en Ossétie du Sud. Voir août 2008.
  • 1er nov. 2012 – Premier « reverse » allemand. L’Allemagne livre du gaz « russe » à l’Ukraine.
  • Septembre/octobre 2012 – La Commission européenne (Joaquin Almunia) enquête sur les abus de Gazprom en matière de monopole. Le 31 octobre une procédure formelle d’examen est ouverte. Elle aboutira à un accord à l’amiable en mars 2017.
  • 27 février 2013 – Publication de la doctrine Guerasimov, chef d’État-major des forces armées russes, prévoyant une proportion minime d’actions purement militaires lors des futures guerres hybrides.38 Pour ce général d’armée, les « guerres de nouvelle génération » comporteront 4 mesures non-militaires contre 1 militaire. Il va de soi qu’il s’agit d’une variante modernisée de vieilles recettes soviétiques. (V. dans l’analyse plus haut.)
  • 29 mars 2013 – Premier « reverse » de gaz hongrois vers l’Ukraine.
  • Juin 2013 – Publication officielle de l’Accord d’association.
  • Juin 2013 – Guerre du Chocolat. Embargo russe sur les friandises ukrainiennes jugées dangereuses. La mesure vise plus précisément la compagnie Roshen fondée par Pierre Porochenko, bien qu’aucune analyse indépendante ne confirme la présence d’éléments dangereux dans les produits Roshen exportés dans toute l’ancienne Urss.
  • 27 juillet 2013 – Lors du 1025e anniversaire du baptême de la Rous’, discours de V. Poutine à Kiev posant les bases de l’intégration de l’Ukraine dans le monde russe via le projet eurasiatique. Les « valeurs orthodoxes » font de l’Ukraine et de la Russie un seul peuple, déclare alors Poutine.39 C’est le code pour « invasion fraternelle » dans le langage diplomatique russo-soviétique.

Acte III
(14 août 2013 / 22 février 2014)

Phase B – Déstabilisation

Le 14 août 2013 débute la phase active de déstabilisation qui à Kiev mènera à la Révolution du Maïdane, et dans le sud et l’est russifiés du pays au « séparatisme » et l’invasion russe.

  • 14 août 2013 – Sanctions russes contre l’Ukraine. Tous les produits ukrainiens importés en Russie sont interdits, car jugés « dangereux ». Perte sèche de 20 % pour les exportations ukrainiennes. ◊ Le conseiller spécial de Poutine, Vladislav Sourkov, maître d’œuvre supposé de l’hybression, se trouve en Ukraine « à titre privé » sans l’accord du Min. des Aff. Etrangères ukrainien. Il voyage à Kiev, mais aussi en Crimée et dans le Donbass au cours de plusieurs voyages. Voir d’autres voyages en février 2014 notamment, toujours à Kiev, en Crimée et dans le Donbass.
  • 20-26 septembre 2013 – Grandes manœuvres russes Zapad 2013 en Bélarus et dans l’exclave de Kaliningrad. Démonstration de force et de rapidité face aux troupes de l’Otan sans précédent.
  • 23 octobre 2013 – Le Conseil OTAN-Russie (COR) évoque un élargissement de la coopération entre l’Otan et la Russie.
  • Octobre-novembre 2013 – Plusieurs rencontres entre le félon Yanoukovitch et Poutine, dont une sur une base militaire russe dans le plus grand secret et une autre à Minsk avec les chefs d’États membres de l’Union douanière.
  • Novembre 2013 – L’Ukraine vote en un temps record toutes les lois exigées par le traité d’Association.
  • 9 novembre 2013 – Moscou. Yanoukovitch rencontre Poutine en tête à tête. Ce dernier lui promet d’importantes remises sur le prix du gaz en cas d’annulation de l’accord d’Association avec l’UE, ou une guerre économique dans le cas contraire.
  • 18 novembre 2013 – La Slovaquie accepte de fournir du gaz à l’Ukraine se sorte à réduire sa dépendance vis-à-vis de Moscou.
  • 21-29 novembre 2013 – Malgré ses promesses précédentes, le pouvoir ukrainien refuse de signer l’Accord d’association avec l’UE. ◊ 21 novembre – Le gouvernement refuse de libérer Youlia Timochenko. Il refuse également son extradition médicale.
  • 21 novembre 2013 – EUROMAÏDANE : début des manifestations pro-européennes le soir-même, principalement des journalistes. Les leaders de l’opposition les suivent et arrivent sur place. On installe une sono et on décide de ne pas se laisser intimider.
  • 22 novembre 2013 – Le Premier ministre Azarov, malgré ses promesses d’octobre, confirme l’abandon de l’association avec l’UE et demande le renouvellement des bonnes relations avec la Russie (!) L’Euromaïdane, mouvement citoyen et pacifique pro-européen, demandant la démission du président Yanoukovitch et le rétablissement des valeurs ukrainiennes prend forme. Occupation de la place centrale de Kiev (Maïdane Nezalezhnosti) et manifestations de masse.
  • 24 novembre 2013 – Plus de 100.000 personnes à Kiev en faveur d’un rapprochement avec l’Europe : la plus grande manifestation en Ukraine depuis la “révolution orange”. Des « jeunes » s’en prennent délibérément à la presse présente, on les appelle les titouchkas. On dénombrera 206 cas d’agressions caractérisés contre des journalistes lors de l’Euromaïdane. Source : Institut des mass-media.
  • 29 novembre 2013 – À Vilnius, lors du sommet du Partenariat oriental, Yanoukovitch ne signe pas l’accord d’association avec l’UE. Dans la nuit, les Berkoutes (CRS) dispersent violemment les étudiants venus soutenir l’euromaïdane à Kiev. Cette violence va consolider la protestation.
  • 30 novembre 2013 – Début de l’eurorévolution. La place Maïdan se remplit. La police tente de déloger les manifestants dans la nuit et réplique violemment aux centaines de milliers de personnes qui réclament la démission du président.
  • Décembre 2013 – Le Secrétaire d’Etat Hilary Clinton annonce que les USA s’opposeront à toute tentative de reconstituer l’empire russe, notamment l’Union douanière eurasiatique.
  • 1er décembre 2014 – Les manifestants occupent la mairie de Kiev. Quelques individus (provocateurs ?) s’en prennent violemment aux Berkoutes (CRS). Ceux-ci répliquent sans discernement. De nombreux journalistes sont blessés dans l’attaque.
  • 2 décembre 2013 – Le vice-premier ministre ukrainien Y. Boïko organise pour le vice-premier ministre russe Rogozine une visite de quelques fleurons de l’industrie militaire ukrainiennne, dont deux chantiers navals. Le lendemain, le félon annonce un « partenariat stratégique » avec la Russie malgré le statut de « pays non-aligné » voté par sa propre majorité.
  • 08 décembre 2013 – Une manifestation réunit 800.000 personnes à Kiev. Une première statue de Lénine est déboulonnée, longue série qui sera appelée « léninopad » (textuellement chute de lénines).
  • 09 décembre 2013 – Création de Rossia Segodnia, agence russe officielle qui regroupe l’ancienne agence de presse RIA Novosti et la radio La Voix de la Russie (anciennement radio Moscou)1. Son directeur général est Dmitri Kisselev. Bien que la traduction de Rossia Segodia en anglais soit Russia Today, la direction de RT affirme qu’il n’y a aucun lien entre les deux réseaux.
  • 15 décembre 2013 – L’UE suspend les discussions avec l’Ukraine sur l’accord d’association.
  • 17 décembre 2013 – Accords de Moscou. Yanoukovitch accepte les 15 milliards « offerts » par Poutine. Le prix du gaz russe est réduit à $268,5 le m³. Capitulation finale de l’Ukraine « pro-russe ».
  • 20 décembre 2013 – La Russie rachète une part de la dette ukrainienne à hauteur de 3 milliards de dollars sous forme d’euro-obligations au taux modéré de 5 % au nom d’un fonds de pension russe. Le fameux « Prêt Yanoukovitch » est immédiatement englouti par Gazprom. Le cabinet des ministres demande à Moscou une tranche supplémentaire de 2 milliards, mais elle lui sera refusée après le changement de gouvernement. ◊ Vladislav Sourkov, maître d’œuvre supposé de l’hybression, se trouve à Kiev au Cabinet présidentiel « à titre privé », alors qu’on prépare l’instauration d’un État d’urgence.
  • 21 décembre 2013 – Russie. Désormais, le parquet général de Russie pourra classer comme « extrémiste » tout site appelant à manifester, et ce sans procès.
  • 22 janvier 2014 – Premières victimes. La police tire à balles réelles. Trois manifestants meurent dans des heurts avec la police.
  • 31 janvier/2 janvier 2014 – Lors de la 50e Conférence de Munich sur la sécurité, malgré leur soutien formel, l’UE et les USA ne semblent guère disposés à s’opposer à la désintégration de l’Ukraine, et Wolfgang Ischinger, président de la Conférence (plus tard envoyé de l’OSCE en Ukraine) insiste sur les bonnes relations à garder avec la Russie.
  • 15 février 2014 – Crimée. Vladimir Konstantinov, président du parlement local, évoque une possible sécession de la République Autonome de Crimée si la situation du pays empirait. Il présente le Maïdane comme un repaire d’assassins et de bandéro-fascistes, propagande largement diffusée dans les médias contrôlés par le pouvoir en Crimée.
  • 18 février 2014 – Maïdane. Début des répressions. Le mouvement devient « révolutionnaire ». Des affrontements entre la police et les manifestants font 26 morts dans les rues de Kiev. Le scénario russe d’Anschluss en douceur est définitivement compromis.
    
  • 20 février 2014 – Massacre du Maïdane. Des snipers tirent sur la foule. Mais le peuple ne cède pas à la panique et revient le lendemain. L’Ukraine connaît sa journée la plus sanglante depuis le début des manifestations, avec au moins 77 morts à Kiev selon les autorités, une centaine selon les médias locaux. ◊ Les médias du Kremlin parlent de « coup d’État ». Fake!Vladislav Sourkov, maître d’œuvre supposé de l’hybression, se trouve à Kiev « à titre privé »… ◊ En Crimée, l’armée russe se déploie discrètement, 60 ans + 1 jour après la cession de la péninsule à l’Ukraine soviétique.40
  • 21 février 2014 – Yanoukovitch a pris la fuite sans que le palais présidentiel ait été attaqué. Un accord politique est signé entre le pouvoir et les représentants de l’opposition afin de mettre un terme à la crise. Il prévoit un retour à un régime parlementaire, un gouvernement d’union nationale et une élection présidentielle anticipée. Présence de 3 ministres des Affaires Étrangères (Allemagne, Pologne, France).
  • 22 février 2014 – La Rada Suprême vote la destitution du félon Yanoukovitch par 328 voix sur 450, dont 36 du parti présidentiel.
  • 23 février 2014 – Le Parlement ukrainien abroge la loi anti-langue ukrainienne du 10 août 2012. Le russe n’est pas interdit, contrairement à ce que relaie la presse, mais il perd son statut officiel (et tout théorique) de « deuxième » langue d’État. En réalité, 8/10e de l’Ukraine parle russe en société. Il ne s’agit en aucun cas d’une langue minoritaire.
  • 24 février 2014 – Un gouvernement provisoire est formé à Kiev (centre-droit) avec l’appui constitutionnel de 371 députés sur 450.

Acte IV
(27 février 2014 / 12 avril 2014 )

Phase C – Invasion furtive

De la fin février 2014 au12 avril 2014, apparition des « hommes verts » en Crimée et dans le Donbass.

  • 27 février 2014 – Crimée, Simféropol. Des « hommes verts » font mine de bloquer le gouvernement et le parlement de la République autonome. Ils ne portent pas d’insignes, mais hissent le drapeau russe et laissent voter les députés en faveur de la Russie. L’armement est moderne, de dotation russe. Sergueï Aksionov, leader d’un parti très minoritaire, Unité russe, est « élu » Premier ministre de Crimée. Le président du parlement appelle la Russie à intervenir (déclarations à la presse du 2 février). Un « référendum » d’autodétermination est prévu pour le 25 mars.
  • 28 février 2014 – Le nouveau président du Parlement ukrainien et chef de l’État par intérim, Alexandre Tourtchynov, ne signe pas la loi abrogeant le statut de la langue russe comme seconde langue nationale, votée à la hâte le 23 février. L’amiral Iliine (chef d’état-major) est démis de ses fonctions. Il est depuis passé en Crimée occupée…
  • Mars 2014 – Le Cabinet des ministres approuve le dégroupage (unbundling) du réseau gazier ukrainien.
  • 1er mars 2014 – Les nouvelles « autorités » de Crimée appellent officiellement la Russie à intervenir. Les deux chambres russes votent le même jour en faveur d’une intervention directe de la Russie en Ukraine et en Crimée. À Donetsk, des « hommes verts » occupent l’Hôtel de Ville. À Kharkiw, le Conseil régional.
  • 02 mars – Les sept pays les plus industrialisés (G7) condamnent l’intrusion de la Russie en Ukraine et annulent les préparatifs du sommet du G8 qui aurait dû avoir lieu en juin à Sotchi.
  • 04 mars 2014 – L’ambassadeur russe à l’ONU (V. Tchourkine) déclare devant le Conseil de sécurité que le président Yanoukovitch a vraiment écrit une lettre d’appel au secours adressée à Moscou et autorisant l’intervention militaire russe en Ukraine. ◊ Vladimir Poutine dément l’intervention des troupes régulières russes en Crimée lors d’une conférence de presse. Il le reconnaîtra quelques mois plus tard… Pour l’heure, ce sont des « groupes locaux d’autodéfense », indique-t-il.
  • 16 mars 2014 – Pseudo-référendum de Crimée, qui devait initialement se dérouler le 25 mars puis le 30. Boycott des Tatars. Le rattachement est « voté » à 96,77 %
  • 17 mars 2014 – L’Otan condamne l’annexion de la Crimée. ◊ À Genève, Jean-Luc SCHAFFHAUSER (Front national) rencontre Vilis DAMBINS, un businessman letton dont le nom est apparu lors du scandale des Panama Papers.41
  • 27 mars 2014 – L’Assemblée générale de l’ONU soutient la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Elle condamne par conséquent l’annexion illégale de la Crimée et invalide le « référendum » du 16 mars.
  • 1er avril 2014 – L’OTAN suspend toute coopération avec la Russie. Le 14 avril, l’Otan déclare que « l’agression de la Russie contre l’Ukraine a entraîné l’isolement international de la Russie« . En outre, l’Otan défend la légitimité du gouvernement provisoire en Ukraine, contestée par Moscou.
  • Avril 2014 – Troisième guerre du gaz + cyberattaques
  • 1 avril 2014 – Gazprom augmente le prix du gaz pour l’Ukraine : de $268,5 à $485 les 1000 m³.
  • 4 avril 2014 – Les sites du Ministère de l’Intérieur et du Parquet général ukrainiens sont bloqués.
  • 5 avril 2014 – La Russie réclame 11 milliards de dollars de dette gazière à l’Ukraine. En outre, elle remet en cause la légalité du mode « reverse ».
  • 10 avril 2014 – Attaques DDos sur le Cabinet des Ministres ukrainien.
  • 11 avril 2014 – Menaces russes contre les intérêts économiques européens. Poutine adresse une lettre à 18 grands clients européens de Gazprom, dont l’Allemagne et la France. Faute du remboursement rapide par Kiev d’une dette gazière de 2,2 milliards de dollars, Poutine menace de couper tout ou partie de l’approvisionnement de l’Ukraine avec, dit-il, le risque pour les pays de l’UE de voir une partie de leur approvisionnement «siphonné au passage».

Acte V
(17 avril 2014 / 18 février 2015)

Phase D – dite « chaude

Le 17 avril débute la phase qui mènera à la guerre hybride proprement dite. Toujours non-déclarée et d’intensité relative, elle mènera aux « accords » de Minsk II où la Russie sera présentée non comme le pays-agresseur, mais comme l’arbitre le plus influent du conflit. A l’intérieur de cette phase D, on distingue une sous-phase d’escalade et de désescalade.

  • 13 avril 2014 — Le président par intérim ukrainien Alexandre Tourtchynov annonce le début d’une vaste Opération Anti-Terroriste (ATO).
  • 17 avril 2014 – V. Poutine qualifie l’Ukraine orientale de Nouvelle Russie, « Novorossiya ».
  • 20 avril 2014 – Les médias du Kremlin et le ministère des AE russe affirment que le « Pravéï Sektor » incendie les voitures des pro-russes à Sloviansk, et pour le prouver montre une « preuve irréfutable », la carte de visite de Dmétro Yarosh laissée sur les lieux. Fake!
  • 24 avril 2014 — L’armée ukrainienne lance un assaut pour reprendre la ville de Sloviansk, ville stratégique sur l’axe Kharkiv-Donetsk.
  • 26 avril 2014 – Le général néerlandais Frank van Kappen (ancien conseiller de l’Otan) est l’un des premiers analystes à qualifier de guerre hybride l’action de V. Poutine en Ukraine.
  • 28 avril 2014 – L’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder fête ses 70 ans dans le palais Yousoupov à St-Pétersbourg.
  • 11 mai 2014 — Pseudo-référendum à Donetsk et Louhansk (reconnu par aucun État).
  • 12 mai 2014 – Attaque contre le gazoduc Ourengoï-Oujhorod dans la région d’Ivano-Frankivsk en Ukraine.
  • 17 mai 2014 – V. Poutine reconnaît l’implication des troupes russes « dans le dos des groupes d’autodéfense » lors de la prise de la Crimée.
  • 24 mai 2014 – Au forum économique de St-Pétersbourg, V. Poutine menace les pays prêts à fournir du gaz russe à l’Ukraine en mode « reverse ». Aucune réaction de Bruxelles!
  • 25 mai 2014 – Élection, au premier tour de la présidentielle, de Petro Porochenko. ◊ Le Pierviy Kanal russe annonce la victoire de Dmétro Yarosh par 37 % des voix. Fake!
  • 28 mai 2014 – Nouvelle Stratégie européenne pour la sécurité énergétique : Le commissaire à l’énergie Günther Oettinger appelle à appliquer des mesures concrètes en matière de diversification des fournisseurs d’énergie extérieurs, notamment pour le gaz. Il appelle également à la solidarité avec les États membres les plus vulnérables. Selon la Commission, six pays de l’UE (Finlande, Slovaquie, Bulgarie et les trois pays baltes) dépendent entièrement de la Russie en matière d’importation de gaz tandis qu’à l’échelle de l’UE dans son ensemble, ce chiffre s’élève à 39 % (33 % de la Norvège et 22 % de l’Afrique du Nord). C’est pourquoi la Commission veut diversifier les pays fournisseurs, les voies d’acheminement et rechercher de nouvelles routes d’approvisionnement tout en maintenant ses relations avec les partenaires fiables.
  • Juin 2014 – Début d’une baisse importante des cours du pétrole due à l’abondance de pétrole de schiste américain.
  • 6 juin 2014 – Poutine en France. La précédente visite (qui devait se tenir en avril) avait été annulée à cause de la « crise » ukrainienne.
  • 16 juin 2014 – Gazprom suspend ses livraisons de gaz à l’Ukraine, réclamant le paiement de « dettes » mirobolantes. L’UE « inquiète ».
  • Juin 2014 – Le gouvernement s’acquitte du premier remboursement de la « dette Yanoukovitch » à la date prévue.
  • 14 juin 2014 – L’ambassadeur allemand à Moscou, Rüdiger von Fritsch, déclare que l’Allemagne défendra ses intérêts en achevant Nord Stream. La compagnie allemande Wintershall est actionnaire de la part maritime du projet à hauteur de 15 % ◊ Dix jours plus tard, l’Autriche rejoint le projet South Stream malgré les sanctions. ◊ Début juillet 2014 – L’ambassadeur français à Moscou, Jean-Maurice Ripert, déclare que la France ne voit pas d’inconvénient au projet South Stream, GdF et ses successeurs en étant actionnaires à hauteur de 15 %.
  • 16 juin 2014 – Au congrès mondial des pays producteurs de pétrole à Moscou, [edit : à compléter] ?
  • 17 juin 2014 — Début de captivité de la pilote de combat ukrainienne Nadia Savtchenko, enlevée par des séparatistes et emmenée de force en Russie. Cette affaire sera très médiatisée.
  • 17 juin 2014 – Attaque contre le gazoduc Ourengoï-Oujhorod dans la région de Poltava en Ukraine.
  • 2 juillet 2014 – La Hongrie accepte de participer à la construction de South Stream dans son pays.
  • 5 juillet 2014 — La ville de Sloviansk libérée. Début de la reconquête progressive des villes occupées par les « séparatistes ».

Sous-phase d’escalade militaire

  • 12 juillet 2014 – Le Pierviy Kanal (première chaîne russe) affirme que des soldats ukrainiens ont crucifié un garçon de trois ans à Sloviansk. Fake!
  • 17 juillet 2014 – Un missile russe abat un Boeing de la Malaysian Airlines (avec de nombreux Hollandais à son bord) au-dessus de la zone occupée du Donbass.
  • Fin juillet 2014 – Royal Dutch Shell abandonne l’exploitation du gisement de Youzivka dans le Donbass à cause de la guerre et surtout du crash du vol MH17 le 17 juillet. La décision avait été prise le 15 juillet, précise la compagnie.
  • 22 août 2014 — Étrange convoi « humanitaire » russe d’environ 280 camions conduits par la 76e division d’assaut aéroportée de la Garde (même unité qu’en Géorgie et en Crimée). Le convoi franchit la frontière ukrainienne sans en avoir reçu l’autorisation de la part de Kiev, ni l’habilitation de la Croix Rouge Internationale, ce qui constitue une reconnaissance de facto des incursions russes en Ukraine. « Vives réactions » de l’UE, des USA et de la Grande-Bretagne; l’Otan dénonce en plus les bombardements transfrontaliers de la Russie et son implication militaire directe.
  • 27 août 2014 — Le « Premier ministre » de la « Rép. Pop. de Donetsk », Alexandre Zakhartchenko, finit par reconnaître que des troupes russes combattent aux côtés des annexionnistes, mais affirme qu’il s’agit de volontaires en « vacances ». Une centaine de blindés lourds et autres lanceurs d’engins franchissent la frontière ukrainienne.
  • 28 août 2014 — Les Ukrainiens sont encerclés à Ilovaïsk et subissent un pilonnage en règle de l’armée russe. ◊ François Hollande : S’il est avéré que des soldats russes sont présents sur le sol ukrainien, ce serait intolérable et inacceptable.
  • 30 août 2014 — Ilovaïsk, petite ville frontalière, nœud ferroviaire et verrou logistique pour l’approvisionnement de Donetsk en armes russes, est l’objet d’âpres combats entre Ukrainiens et « séparatistes » depuis le 10 août. Un cessez-le-feu est négocié. Poutine est prêt à échanger les parachutistes russes capturés. Les « séparatistes » ne respectent pas le cessez-le-feu et tirent sur les évacués.
  • 31 août 2014 — L’Allemagne et la France contre la livraison d’armes à l’Ukraine, alors que le bilan est négatif pour les troupes ukrainiennes, ayant perdu l’aéroport de Louhansk tenu depuis des mois, et des centaines d’hommes depuis l’arrivée de l’artillerie et des chars lourds russes.
  • 03 septembre 2014 — Volte-face de la France dans le dossier des navires Mistral. L’Élisée qualifie la situation en Ukraine de grave et refuse de livrer les navires d’assaut à la Russie tant que toutes les conditions ne seront réunies. Le contrat ne sera officiellement annulé qu’un an plus tard.
  • 5 septembre 2014 — Minsk I (Bélarus). Protocole préliminaire en vue d’établir la paix, signé lors de la réunion du groupe de contact quadripartite (« séparatistes », Russie, Ukraine, OSCE). Le statut du Donbass n’est pas spécifié, mais il ne prévoit en aucun cas l’autonomie, contrairement à ce que rapporte la presse. Le 9, Angela Merkel reconnaît la présence de troupes russes.
  • 10 septembre 2014 – Le Premier ministre slovaque Robert Fico qualifie de « trahison » l’extension de Nord Stream. ◊ 13 septembre 2014 – Gazprom veut interdire les livraisons de gaz vers l’Ukraine depuis la Pologne. ◊ 16 septembre 2014 – La Hongrie suspend ses livraisons de gaz à l’Ukraine pour « raisons techniques »…
  • 16 septembre 2014 — Le Parlement ukr. vote à huis clos deux lois accordant un statut spécial aux régions de Donetsk et de Louhansk occupées. L’amnistie pour les « rebelles ».
  • 29 septembre 2014 – Le Parquet spécial de Russie accuse l’Ukraine de génocide contre les russophones dans le Donbass. D’après le porte-parole V. Markine, le commandement de la Garde Nationale, le « Pravéï Sektor », ainsi que des représentants du pouvoir ukrainien ont donné l’ordre d’éliminer les habitants russophones de l’est de l’Ukraine dès le 12 avril 2014. Fake! ◊ Mêmes accusations le 2 octobre 2014, contre le général Heleteï (chef de l’Opération anti-terroriste), le général Moujenko, le colonel Oleh Mykas (25e Brigade) ainsi que des officiers de la 93e Brigade, pour des faits similaires autour de l’aéroport de Donetsk, du 3 juillet au 5 septembre 2015.
  • 24 octobre 2014 – V. Poutine reconnaît que les troupes ayant bloqué les casernes ukrainiennes lors de la prise de la Crimée étaient bien des troupes régulières de l’Armée russe.
  • 26 octobre 2014 — Élections législatives en Ukraine. Le parti russe laminé. Victoire totale des modérés ukrainiens. (A noter que le programme des partis dits extrémistes de droite comme Svoboda n’ont rien d’extrémiste en soi.))
  • 15 novembre 2014 — Brisbane. Alors que l’Otan vient de confirmer l’entrée de convois militaires russes dans l’est de l’Ukraine, le G20 n’évoque pas officiellement la question du Donbass ni de la Crimée, en dépit des 38 passagers australiens morts dans le vol MH17 abattu par les « séparatistes ». ◊ Le 23, le Parlement ukrainien renonce au statut de pays « non aligné » et engage Kiev à remplir les critères nécessaires pour l’adhésion à l’Alliance atlantique.
  • Décembre 2014 – Gazprom, sous la pression de la Commission européenne, rétablit les livraisons de gaz par l’Ukraine, mais annonce le projet Turkish Stream, pipeline russe de moyenne capacité contournant l’Ukraine via la Mer Noire.
  • 01 décembre 2014 — Abandon officiel du projet de gazoduc russe South Stream contournant l’Ukraine.
  • 3 décembre 2015 – V. Poutine considère officiellement que la question de la Crimée est close. Le lendemain il justifie même l’annexion en se basant sur des arguments religieux et pseudo-historiques, en particulier sur le mythe de la christianisation des Russes qui aurait eu lieu d’abord en Crimée, à Korsoun-Khersonès. Sacralisation de la Crimée comme terre « russe », utilisation de la force « au nom de la civilisation », etc…
  • 15 décembre 2014 – La Gazprombank exige d’Ostchem S.A. (holding de l’oligarque ukrainien Dmytro Firtash) le paiement de 842.5 millions de dollars restant à crédit, à défaut de quoi elle saisira 5 milliards de m³ de gaz stockés en Ukraine. Cette pseudo-guerre commerciale menace l’Ukraine une nouvelle fois.

Acte VI
(janvier-février 2015)

Pseudo-souverainetés
des « républiques » autoproclamées

Double langage de Paris et de Berlin. Humiliations diplomatiques.


  • 05 janvier 2015 — François Hollande assure que Vladimir Poutine n’a pas l’intention d’annexer l’est de l’Ukraine, et demande en conséquence que les « sanctions » soient allégées.
  • 13 janvier 2015 — Huit civils morts et plusieurs blessés lors d’un bombardement russe au poste de contrôle de Volnovakha. La France condamne l’attaque. ◊ 13 janvier 2015 — Après 242 jours de combat, l’aéroport de Donetsk est totalement détruit, la tour de contrôle s’écroule après avoir été le symbole d’une défense héroïque grâce aux fameux « Cyborgs ». Retraite des Ukrainiens.
  • 18 janvier 2015 – À une courte majorité, le parlement ukrainien reconnaît la Russie comme pays-agresseur et appelle la communauté internationale à qualifier officiellement Moscou d’État soutenant le terrorisme.
  • 23 janvier 2015 — Marioupil, verrou du couloir terrestre entre le Donbass et la Crimée, subit un bombardement où 30 civils perdent la vie.
  • 29 janvier 2015 — A Bruxelles, le conseil des affaires étrangères décide de prolonger les sanctions de l’Union européenne contre la Russie jusqu’à septembre 2015.
  • 30 janvier 2015 — De nouveau, les accords de paix de Minsk I sont annulés. Âpres combats pour Debaltseve, nœud ferroviaire.
  • 5 février 2015 – Le président Hollande, qui n’avait jamais mis les pieds en Ukraine avant cela, reconnaît pour la première fois qu’il y a une guerre en Ukraine et que cette dernière menace de s’étendre jusqu’à en devenir « totale », – ce sont ses termes. Pour autant, François Hollande estime qu’il ne faut ni armer l’Ukraine, ni la faire entrer dans l’Otan. Idem pour Angela Merkel.
  • 6 février 2015 – Confénce de sécurité de Munich. Dans son discours d’ouverture, Ursula von der Leyen, ministre allemand de la Défense, se prononce contre la livraison d’armes à l’Ukraine.
  • 12 février 2015 — Accords de Minsk II. Il y est stipulé le retrait des armes lourdes ainsi qu’un contrôle total de l’Ukraine sur la totalité de ses frontières avec la Russie. Marioupil y compris.
  • Février 2015 – La Russie assigne l’Ukraine en Justice pour le prêt Yanoukovitch. L’Ukraine, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères Klimkine, déclare que le tribunal de Londres reconnaîtra ce prêt comme un pot-de-vin versé dans le seul but d’acheter le choix « eurasiatique » de l’Ukraine au détriment de l’Europe. Un tribunal ukrainien en août 2016 gèlera à titre conservatoire les 3 milliards demandés par la Russie, en attendant un arrêt compensation pour l’agression russe et la guerre en cours.
  • 18 février 2015 — Debeltseve repasse aux mains des russes.

Épilogue?
(18 février 2015 / … )

Désesclade militaire, stabilisation du front. Mais déstabilisation politique et économique de l’intérieur.

  • Début 2015 – Chute majeure des cours du pétrole, passant en dessous des 50 $.
  • 27 février 2015 — Boris Nemtsov, opposant de Vladimir Poutine, est assassiné à quelques pas du Kremlin. Il était sur le point de publier un rapport sur la présence militaire russe au Donbass.
  • Mars 2015 – Le Sommet de l’UE décide de contrer la propagande russe en créant la East StratCom Task Force.
  • 22 avril 2015 – Après une enquête ouverte en septembre 2012, la Commission européenne (M. Vestager) accuse Gazprom d’abus de position dominante, de surfacturations et d’entrave à la concurrence. Cinq pays européens payent des prix inéquitables de 40 % supérieurs à ceux pratiqués ailleurs : la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne. Gazprom force également plusieurs de ses clients européens à cloisonner leur marché, bloquant la concurrence transfrontière. ◊ Le parlement ukrainien vote la réforme du marché gazier en conformité avec le Troisième paquet énergétique européen. La principale compagnie publique Naftogaz approuve le principe de dégroupage (unbundling).
  • Juin 2015 – Le FMI demande à l’Ukraine de considérer le « prêt Yanoukovitch » comme une dette souveraine, et non privée.
  • 10 juin 2015 – Le Parlement européen adopte une résolution désavouant la Russie comme partenaire stratégique.
  • Juin 2015 — Alors que l’UE prolonge les sanctions contre la Russie, à Paris les chefs de la diplomatie russe, ukrainienne, française et allemande parlent d’une NOUVELLE CONSTITUTION ukrainienne d’ici à fin 2015 ainsi que l’organisation d’élections locales conformément à la législation du pays. Un STATUT SPÉCIAL PERMANENT pour certains districts des régions de Louhansk et de Donetsk est imposé à l’Ukraine.
  • Juillet/août 2015 – Le PKK (communistes kurdes) attaque les gazoducs reliant la Turquie à l’Irak et l’Azerbaïdjan tout au long de la façade orientale du pays.
  • Août 2015 — Annulation officielle du contrat Mistral entre la France et la Russie.
  • Septembre 2015 – Le rouble russe a cours dans les territoires occupés du Donbass. ◊ Le chef de la DNR Zakhartchenko déclare que le Donbass ne sera jamais réintégré à l’Ukraine.
  • 1er septembre 2015 – Quatre morts devant le Parlement ukrainien. Un « manifestant » hostile au statut spécial du Donbass voté ce jour-là, lance une grenade sur les gardes nationaux.
  • 4 septembre 2015 – Signature de Nord Stream II par un consortium russe et occidental.42
  • 10 septembre 2015 – Le Parquet spécial de Russie accuse de génocide les généraux ukrainiens Poltorak (ministre de la Défense) et Moujenko (chef d’état-major) ainsi que le député Oleh Lyashko. Fake!
  • 30 septembre 2015 – Intervention aérienne russe en Syrie. Les positions de la Résistance sont touchées. Nombreuses pertes civiles.
  • 4 octobre 2015 à Paris – François Hollande demande l’immunité judiciaire pour les chefs séparatistes et un statut spécial pour le Donbass.
  • Octobre 2015 – La Russie, membre du FMI, exige le remboursement du « prêt Yanoukovitch » avant toute restructuration de la dette ukrainienne. Elle propose au FMI d’accorder un nouveau prêt de 3 milliards à l’Ukraine de sorte à être remboursée. Le FMI qui statutairement ne peut accorder de prêt à un pays se trouvant dans l’incapacité de rembourser sa dette souveraine, fait alors exception et permet à l’Ukraine d’accéder à d’autres prêts. Le Premier ministre Yatseniouk demande une restructuration de la dette souveraine à hauteur de 20 % remboursable sur 4 ans avant de rembourser le prêt Yanoukovitch. Refus de la Russie.
  • 13 octobre 2015 — Un bureau d’enquête néerlandais confirme la thèse du missile Buk ayant abattu le vol MH17 de la Malaysia Airlines.
  • 14 octobre 2015 – La Commission électorale néerlandaise approuve la tenue d’un référendum consultatif sur le traité d’Association Ukraine-UE. Une campagne de l’extrême droite et des partis eurosceptique a permis de rassembler assez de signatures après un appel lancé par le blogue satirique GeenStijl, le « collectif citoyen » Burgercomite EU le think tank Forum voor Democratie.
  • Novembre 2015 – La Suède prend acte de la guerre hybride menée par la Russie et décide de renforcer sa présence militaire sur l’île stratégique de Gotland. ◊ La Russie tente de bloquer d’autres tranches du FMI destinées à l’Ukraine. ◊ Kiev a cessé fin novembre tout achat de gaz à la Russie et s’approvisionne auprès de pays européens.
  • Décembre 2015 – L’Ukraine propose à la Russie une solution alternative sous forme d’un moratoire incluant le remboursement de la dette Yanoukovitch.
  • 26 novembre 2015 – Le projet Turkish Stream gelé après qu’un chasseur russe ait été abattu par les Turcs.
  • 13 décembre 2015 – Après les attentats de Paris, RT laisse entendre que ces actes terroristes auraient été préparés par des services secrets, en interrogeant un « expert » totalement inconnu. Fake!
  • 23 décembre 2015 – Cyberattaques contre plusieurs entreprises du secteur énergétique en Ukraine, notamment UkrEnergo, compagnie nationale d’électricité. Le virus BlackEnergy a causé des interruptions de service dans 103 villes et villages d’Ukraine occidentale.
  • 31 décembre 2015 – Dans sa doctrine officielle (Stratégie de sécurité nationale), la Russie définit l’Otan comme une menace pour sa sécurité. Or en 2015, les avions de l’Otan ont effectué 400 sorties afin d’intercepter des avions russes en Europe, soit une hausse de 70 % en deux ans.
  • Janvier 2016 – L’aéroport international de Borispil près de Kiev attaqué par des hackers.
  • 1er janvier 2016 — Embargo russe sur l’importation de certains produits alimentaires, en représailles à l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange entre l’UE et l’Ukraine.
  • Janvier 2016 – Le Premier ministre bulgare Boïko Borisov admet que la Russie cherche à punir son pays pour avoir choisi l’Otan et l’UE.43
  • Janvier 2016 – La disparition d’une jeune fille de 13 ans est signalée par sa famille dans le quartier populaire de Marzahn à Berlin. La chaîne russe RT s’empare de l’affaire dans la mesure où cette famille de « Russlanddeutschen » est originaire de Russie. Une campagne politique d’extrême droite est lancée. En réalité, la jeune fille s’était enfuie de chez ses parents à cause de problèmes à l’école; elle s’était réfugiée chez son ami allemand, âgé de 19 ans, et a inventé l’histoire du kidnapping. Fake!
  • 15 janvier 2016 — Quinze jours après l’expiration du contrat d’énergie avec la Crimée, l’Ukraine suspend l’accès à l’énergie. L’accès sera rétabli à condition d’un retour de la Crimée en Ukraine.
  • 07 février 2017 — D’après Ernst Reichel, ambassadeur allemand en poste à Kiev, des élections dans le Donbass peuvent avoir lieu sans que les troupes russes soient nécessairement absentes ou qu’au-dessus de chaque administration municipale soit hissé le drapeau ukrainien.
  • Mars 2016 — Selon l’ONU, depuis le début du conflit, on compte plus de 10.000 morts et 20.000 blessés
  • Avril 2016 – Le Conseil (Medjilis) des Tatars de Crimée déclaré « organisation terroriste ». ◊ Des chasseurs furtifs américains F22 Raptor déployés en Roumanie et en Lituanie pour essais.
  • 6 avril 2016 – Le site Panama Papers publie des documents compromettants pour le président Porochenko, juste à la veille du référendum néerlandais sur l’Association Ukraine-UE.
  • 7 avril 2016 – Référendum consultatif aux Pays-Bas : 61 % des votants se prononcent contre l’Association Ukraine-UE (32 % de participation).
  • 26 avril 2016 – Ria News, l’agence officielle russe, affirme que le Praviy Sektor prépare un coup d’État en Russie. Fake!
  • Mai 2016 – Le chef de la DNR Zakhartchenko appelle les habitants d’Odessa et de Kharkiv à désintégrer l’Ukraine.
  • 25 mai 2016 – Aux Pays Bas, les familles des victimes du vol MH17 poursuivent en justice la Russie et son président, Vladimir Poutine, auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).
  • Juin 2016 – La Bulgarie (Premier ministre : Boïko Borisov) rejette la proposition roumaine d’aider la flotte américaine en Mer noire, sauf en cas d’afflux de migrants.
  • 12 juin 2016 – (Jour de la Russie) Le chef de la « DNR » Zakhartchenko dit défendre le droit du Donbass à vivre dans le « monde russe ».
  • Juillet 2016 – Les dirigeants de l’UE et le secrétaire général de l’Otan signent une déclaration commune de coopération contre les menaces hybrides. ◊ Entre octobre 2015 et juillet 2016, l’East StratCom Task Force recense 1.642 cas de désinformation et faux messages de la part des médias pro-Kremlin dans 18 langues de l’UE !
  • Août 2016 – Reprise théorique du projet Turkish Stream, bien que très amoindri en capacité (1 gazoduc sur 4).
  • 10 août 2016 – V. Poutine accuse Kiev d’avoir envoyé des troupes en Crimée et de vouloir « régler les problèmes par la terreur« .
  • 6 octobre 2016 – Le général russe Ivashov déclare lors d’un talk-show que sans l’action de Moscou en Syrie, la Russie serait déjà ruinée.
  • 8 septembre 2016 – Le Parquet spécial de Russie accuse de génocide contre les russophones du Donbass les généraux ukrainiens Poltorak, Moujkenko, Pouchniakov, Popko et Allerov.
  • Septembre-octobre 2016 – Intenses bombardements de l’aviation russe sur Alep, en Syrie. Pas de réaction efficace de l’Occident, malgré d’énormes pertes en majorité civiles.
  • 12 octobre 2016 – V. Poutine réitère ses accusations contre l’Ukraine lors du 8e Forum des investisseurs et ne reconnaît toujours pas la légitimité du choix européen de l’Ukraine. ◊ L’Assemblée parlementaire du Conseil de ‘Europe condamne l’intervention russe en Ukraine et l’annexion de la Crimée.
  • 19 octobre 2016 – À Berlin réunion du format Normandy Four : accord de principe pour l’établissement d’une feuille de route en vue d’implémenter les accords de Minsk.
  • 29 octobre 2016 – La Commission européenne donne de facto son accord à Gazprom pour accroître sa part du transit Nord Stream / OPAL. Le réseau OPAL exclu du paquet énergétique européen jusqu’en 2033 ! ◊ Échec des négociations du format Normandy Four, la Russie voulant imposer la reconnaissance constitutionnelle et l’intégration des pseudo-républiques avec statut particulier au sein de l’Ukraine.
  • 30 novembre 2016 – L’OPEP annonce une baisse de sa production pétrolière en vue de faire remonter les cours. L’Arabie Saoudite cède aux pressions de l’Iran ; la Russie promet de réduire sa production également, bien que ne faisant pas partie du cartel. Au bout d’un an, les cours n’ont pas remonté de manière significative et demeurent inférieurs de 25 % par rapport au premier semestre 2014.
  • 1er novembre 2016 – Un des responsables du MI5, Andrew Parker, reconnaît dans la presse que la Russie met tous ses moyens (cyberattaques, subversion, propagande, espionnage) au service de sa politique étrangère en Europe et au Royaume-Uni, et ce de façon de plus en plus agressive. ◊ Le 29 novembre, le patron de la BND (services allemands) évoque les hackers et trolls russes comme une menace potentielle lors des prochaines élections.
  • 14 novembre 2016 – Rapport préliminaire du Bureau du procureur du Tribunal pénal international : la « crise » du Donbass laisse à penser qu’il s’agit d’un conflit international armé à dater du 14 juillet 2014. Idem de la Crimée, à dater du 26 février 2014.
  • 23 novembre 2016 – Résolution de l’UE visant les « médias » russes comme RT, Sputnik, etc…
  • 30 novembre 2016 – La nouvelle Stratégie officielle de la Russie en matière diplomatique vise à « développer les liens politiques, économiques, culturels et spirituels avec l’Ukraine« , mais aussi de « faire son possible afin de promouvoir une solution politique et diplomatique au conflit interne en Ukraine« .
  • Décembre 2016 – Reprise du dialogue OTAN-Russie. L’OTAN poursuit le « partenariat » avec l’Ukraine, mais sans lui proposer de feuille de route pour son adhésion.
  • 6 décembre 2016 – Les ministres des AE des pays de l’Otan décident de créer le Centre d’excellence contre les menaces hybrides. Il ouvrira à Helsinki en septembre 2017. ◊ Cyberattaque russe contre le Trésor ukrainien, le ministère des Finances, les Chemins de fer, etc..
  • 13 décembre 2016 – Le Kremlin fait part des « inquiétudes » de V. Poutine au sujet de la fiabilité du réseau gazier ukrainien et des répercussions que cela pourrait avoir pour l’Europe. (Compte-rendu d’une conversation téléphonique entre V. Poutine et A. Merkel dans laquelle le président russe accusait l’Ukraine de saboter les accords sur cette question.)
  • 17 décembre 2016 – Nouvelle cyberattaque contre des établissements du secteur énergétique en Ukraine.
  • 19 décembre 2016 – Résolution de l’ONU sur la situation des Droits de l’Homme en Crimée occupée, condamnant les atteintes commises et les mesures et pratiques discriminatoires appliquées par les autorités d’occupation russes à l’encontre des habitants de la Crimée temporairement occupée, notamment des Tatars de Crimée, ainsi que des Ukrainiens et des personnes appartenant à d’autres ethnies et groupes religieux.
  • 23 décembre 2016 – Un arrêt provisoire de la Cour européenne suspend le projet Nord Stream II, mais l’Allemagne n’en tient pas compte.
  • Janvier 2017 – D’après le ministère de la Défense ukrainien, l’armée de la DNR/LNR compterait 40.000 hommes, dont 5.000 appartenant aux troupes régulières russes. L’armée hybride, régulièrement inspectée par l’État-major russe, est sous total contrôle des services spéciaux du Kremlin. 600 chars, 1.300 transporteurs de troupes, 860 pièces d’artillerie, 300 lanceurs de roquettes.
  • 6 mars 2017 – Bruxelles prend une décision favorable à la Russie en approuvant le financement de deux nouveaux réacteurs nucléaires hongrois livrés par Rosatom.
  • 13 mars 2017 – Vers un accord à l’amiable entre Bruxelles et Moscou. Une affaire antitrust de longue date et de lourdes amendes pour Gazprom effacées. Tout avait commencé après la dénonciation par la Lituanie des pratiques anticoncurrentielles de Gazprom. ◊ Parallèlement, l’eurocommissaire Margrethe Vestager déclare que Nord Stream II ne correspond pas aux intérêts communs de l’UE.
  • 31 mai 2017 – La Cour arbitrale de Stockholm donne raison à la compagnie publique Naftogaz sur les prix et les contrats signés avec le géant russe Gazprom. Ce litige menaçait la survie même de Naftogaz qui aurait été incapable de régler à Gazprom les colossaux arriérés de paiement et les pénalités liées au « take or pay » (on parle de 40 milliards de dollars!) On ne sait encore si Gazprom sera condamné à payer les 16 milliards demandés par Naftogaz, estimant que Gazprom a pratiqué à ses dépens des prix « hors-marché » entre 2011 et 2015.
  • 13 avril 2017 – Le directeur de la CIA Mike Pompeo accuse le site WikiLeaks (lancé en 2006) d’agir pour le compte d’États comme la Russie.
  • 12 mai 2017 – Le leader terrorusse44 de Donetsk, Aleksandr Zakhartchenko, se dit en faveur de l’intégration du Donbass dans sa patrie, la Russie.
  • 15 mai 2017 – Kiev interdit le réseautage social russe en Ukraine : Vkontakte, Odnoklassniki, Mail.ru, etc.. de sorte à limiter l’influence du Runet largement infesté de propagande russe en Ukraine.
  • 31 mai 2017 – Le Sénat néerlandais vote en faveur du traité d’association UE-Ukraine qui va pouvoir entrer en vigueur définitivement.
  • 15 juin 2017 – Le Sénat américain adopte un projet de loi punissant de sanctions les sociétés complices dans la construction de pipelines russes.
  • 18 juin 2017 – Le leader terrorusse de Donetsk, Aleksandr Zakhartchenko, veut changer l’Ukraine en « Petite-Russie » (Malorossiya). Réprobation de Paris et de Berlin, invoquant les accords de Minsk.
  • 23 juin 2017 – Coup d’envoi du chantier Turkish Stream côté russe.
  • 3 août 2017 – Jean-Claude Juncker se dit prêt à prendre des « contre-mesures » à l’égard des États-Unis si les nouvelles sanctions économiques contre la Russie, promulguées mercredi 2 août par Donald Trump, devaient léser des entreprises européennes. En clair, le président de la Commission européenne protège Nord Stream.
  • Septembre 2017 – 30 % du financement de Nord Stream II aurait été trouvé (soit 2.9 milliards d’euros) annonce Vedomosti, dont près de la moitié proviendrait d’entreprises européennes. ◊ Le dégroupage (unbundling) du réseau gazier ukrainien n’est toujours pas effectué malgré la loi votée en avril 2015.
  • 1er septembre 2017 – Ouverture du Centre d’excellence contre les menaces hybrides à Helsinki.
  • 20 septembre 2017 – Naftogaz exige $5 milliards à titre de compensation pour la perte de la Crimée devant la Cour permanente d’arbitrage de La Haye.
  • 29 septembre – L’ancien chancelier Schröder, 73 ans, intègre le directoire de Rosfnet.

Bibliographie

Sites recommandés

A télécharger gratuitement

L'hybression russe   

Russia’s « Hybrid » War Challenge and Threat for Europe

The Razumkov Centre is pleased to announce the National Security and Defence journal No. 9-10, 2016 « Russia’s « Hybrid » War – a Challenge and Threat to Europe », which outlines general trends, specific methods and means of « hybrid » warfare that Russia conducts in Europe and worldwide; evaluates « vulnerabilities » of the Western world; and summarizes the Ukrainian opposition to Russian « hybrid » aggression in various spheres.

L'hybression russe   

Donbass en Feu

Bilan d’un travail collectif rassemblant différentes sphères de compétences, comme le journalisme d’investigation, la politologie, la géographie et l’histoire. Ce guide de poche, rédigé sous forme d’un “vade mecum”, a pour but de faire connaître aux lecteurs les prémices, la problématique, la terminologie et les particularités de la guerre dans le Donbass.

L'hybression russe   

Війни XXI: Полігібресія Росії

В книзі запропоновано енергоцентричний підхід до пояснення феномену війни, її енергоформ. Також виконано дослідження використання енергоресурсів та енергетичної інфраструктури як інструменту ведення прихованої війни.

  1. Le 15 juin 2017, le Sénat américain a adopté un projet de loi punissant de sanctions les sociétés complices dans la construction de pipelines russes, en particulier Engie, Shell, Uniper, Wintershall et OMW12.
  2. En mars 2014, des hommes armés sans insignes ni bannière occuperont la Crimée pour « protéger » les « russophones » pourtant hors de tout danger.
  3. Moscou a pu obtenir d’énormes avantages stratégiques sur l’Ukraine en promettant d’effacer sa dette gazière, comme le maintien de la flotte russe en Crimée et le démantèlement de l’arsenal nucléaire ukrainien hérité de la période soviétique.
  4. La vente du combinat Krévorijstal à l’indien Arcelor-Mittal en 2005 fera d’ailleurs couler beaucoup d’encre.
  5. Nabucco aurait pu être soutenu par Paris, mais officiellement « en raison de la reconnaissance du génocide arménien par l’Assemblée nationale », Ankara avait écarté GdF. Curieusement, la reconnaissance russe du génocide arménien n’a pas empêché Ankara de projeter des gazoducs concurrents avec Gazprom
  6. Dans les années 90, la Russie avait exercé plus d’une fois ce genre de pratiques « commerciales » avec les Pays baltes, mais aussi avec la Moldavie, l’Azerbaïdjan et bien sûr l’Ukraine.
  7. Nikopol Ferroalloy Plant, ferromanganese.
  8. Akhmetov rachète le GZK du Centre et le GZK du Nord, Kolomoïsky – 25,78 % du GZK du Sud et 25,1 % du GZK « Soukha Balka », Novinski (oligarque russe) obtient le GZK Inhuletskyi.
  9. Il eût été matériellement impossible d’en vendre autant, vu les les réserves deux fois moindres de gaz turkmène.
  10. L’affaire envenimera les relations entre le future président Youchtchenko et son Premier ministre, Youlia Tymochenko, cette dernière l’accusant de toucher des commissions occultes en échange d’un « accord » avec Viktor Yanoukovitch, battu aux présidentielles lors de la Révolution Orange. En 2005, en pleine guerre du gaz russo-ukrainienne, la SBU détruira toutes les pièces incriminant Youdkovitch depuis 1993! Soupçonné de financer le terrorisme et de se livrer au trafic d’uranium enrichi, la CIA s’est chargée du dossier Youdkovitch-RosUkrEnergo. L’ex-agent du FSB Alexandre Lytvynenko a déclaré, avant son assassinat au polonium, que Youdkovitch était de tout temps lié au Kremlin.
  11. I consider that the unipolar model is not only unacceptable but also impossible in today’s world. And this is not only because if there was individual leadership in today’s – and precisely in today’s – world, then the military, political and economic resources would not suffice. What is even more important is that the model itself is flawed because at its basis there is and can be no moral foundations for modern civilisation.
  12. Voir les déclarations de K. Zatouline, persona non grata en Ukraine, sur la révision des frontières héritées des républiques soviétiques.
  13. « Ces défis réclament un partenariat mondial, et ce partenariat sera plus fort si la Russie occupe le rang de grande puissance qui doit être le sien ». Barak Obama, 7 juillet 2009.
  14. Serhiy Tarouta, ancien gouverneur du Donbass et actionnaire d’ISD, affirme que les acquéreurs officiels n’étaient que des figurants et que le véritable artisan ce cette acquisition était V. Poutine lui-même.
  15. L’Iran risque de graves « sanctions » économiques censées décourager son programme nucléaire militaire.
  16. Lire l’article en russe dans VPK.
  17. Conférence organisée par l’influent collabo russo-ukrainien V. Medvedchuk.
  18. Le 19 février 1954 est une journée noire dans l’historiographie russe.
  19. Cet ancien banquier au profil trouble est l’un des principaux émissaires d’Alexandre BABAKOV, parlementaire ultra-patriote et conseiller du président Poutine qui a déjà aidé le Front national à obtenir, en 2014, un prêt de 9,4 millions d’euros auprès de la First Czech-Russian Bank (FCRB).
  20. Gazprom, E.ON, BASF/Wintershall, OMV, ENGIE et Royal Dutch Shell.
  21. En fait, la dépendance énergétique de la Bulgarie vis-à-vis de la Russie ainsi que son importance pour le tourisme bulgare crée une situation ambiguë. La Russie est une menace pour la Bulgarie, mais… c’est à cause de l’Otan ! Voir les déclarations de Borisov en septembre 2017.
  22. Contraction de terroriste + russe.
  23. Le 15 juin 2017, le Sénat américain a adopté un projet de loi punissant de sanctions les sociétés complices dans la construction de pipelines russes, en particulier Engie, Shell, Uniper, Wintershall et OMW12.
  24. En mars 2014, des hommes armés sans insignes ni bannière occuperont la Crimée pour « protéger » les « russophones » pourtant hors de tout danger.
  25. Moscou a pu obtenir d’énormes avantages stratégiques sur l’Ukraine en promettant d’effacer sa dette gazière, comme le maintien de la flotte russe en Crimée et le démantèlement de l’arsenal nucléaire ukrainien hérité de la période soviétique.
  26. La vente du combinat Krévorijstal à l’indien Arcelor-Mittal en 2005 fera d’ailleurs couler beaucoup d’encre.
  27. Nabucco aurait pu être soutenu par Paris, mais officiellement « en raison de la reconnaissance du génocide arménien par l’Assemblée nationale », Ankara avait écarté GdF. Curieusement, la reconnaissance russe du génocide arménien n’a pas empêché Ankara de projeter des gazoducs concurrents avec Gazprom
  28. Dans les années 90, la Russie avait exercé plus d’une fois ce genre de pratiques « commerciales » avec les Pays baltes, mais aussi avec la Moldavie, l’Azerbaïdjan et bien sûr l’Ukraine.
  29. Nikopol Ferroalloy Plant, ferromanganese.
  30. Akhmetov rachète le GZK du Centre et le GZK du Nord, Kolomoïsky – 25,78 % du GZK du Sud et 25,1 % du GZK « Soukha Balka », Novinski (oligarque russe) obtient le GZK Inhuletskyi.
  31. Il eût été matériellement impossible d’en vendre autant, vu les les réserves deux fois moindres de gaz turkmène.
  32. L’affaire envenimera les relations entre le future président Youchtchenko et son Premier ministre, Youlia Tymochenko, cette dernière l’accusant de toucher des commissions occultes en échange d’un « accord » avec Viktor Yanoukovitch, battu aux présidentielles lors de la Révolution Orange. En 2005, en pleine guerre du gaz russo-ukrainienne, la SBU détruira toutes les pièces incriminant Youdkovitch depuis 1993! Soupçonné de financer le terrorisme et de se livrer au trafic d’uranium enrichi, la CIA s’est chargée du dossier Youdkovitch-RosUkrEnergo. L’ex-agent du FSB Alexandre Lytvynenko a déclaré, avant son assassinat au polonium, que Youdkovitch était de tout temps lié au Kremlin.
  33. I consider that the unipolar model is not only unacceptable but also impossible in today’s world. And this is not only because if there was individual leadership in today’s – and precisely in today’s – world, then the military, political and economic resources would not suffice. What is even more important is that the model itself is flawed because at its basis there is and can be no moral foundations for modern civilisation.
  34. Voir les déclarations de K. Zatouline, persona non grata en Ukraine, sur la révision des frontières héritées des républiques soviétiques.
  35. « Ces défis réclament un partenariat mondial, et ce partenariat sera plus fort si la Russie occupe le rang de grande puissance qui doit être le sien ». Barak Obama, 7 juillet 2009.
  36. Serhiy Tarouta, ancien gouverneur du Donbass et actionnaire d’ISD, affirme que les acquéreurs officiels n’étaient que des figurants et que le véritable artisan ce cette acquisition était V. Poutine lui-même.
  37. L’Iran risque de graves « sanctions » économiques censées décourager son programme nucléaire militaire.
  38. Lire l’article en russe dans VPK.
  39. Conférence organisée par l’influent collabo russo-ukrainien V. Medvedchuk.
  40. Le 19 février 1954 est une journée noire dans l’historiographie russe.
  41. Cet ancien banquier au profil trouble est l’un des principaux émissaires d’Alexandre BABAKOV, parlementaire ultra-patriote et conseiller du président Poutine qui a déjà aidé le Front national à obtenir, en 2014, un prêt de 9,4 millions d’euros auprès de la First Czech-Russian Bank (FCRB).
  42. Gazprom, E.ON, BASF/Wintershall, OMV, ENGIE et Royal Dutch Shell.
  43. En fait, la dépendance énergétique de la Bulgarie vis-à-vis de la Russie ainsi que son importance pour le tourisme bulgare crée une situation ambiguë. La Russie est une menace pour la Bulgarie, mais… c’est à cause de l’Otan ! Voir les déclarations de Borisov en septembre 2017.
  44. Contraction de terroriste + russe.

Annexion Chronologie Crimée Guerre Hybression Poutine Poutinisme


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  1. 2 mars 2018 : première historique ! L’Ukraine obtient gain de cause par voie juridique dans la « guerre du gaz ».

    La Cour de Stockholm a tranché : les prix imposés par Gazprom (c’est-à-dire le Kremlin) à l’État ukrainien étaient bien discriminatoires, en conséquence de quoi l’entreprise russe est condamnée à payer la somme de 2.56 milliards d’euros à Naftogaz. Ainsi en a décidé la cour d’arbitrage.

    La réaction — comme toujours débile — de Moscou a été immédiate. Baisse de pression, ralentissement du débit, mais dans des conditions très défavorables au Kremlin : les réserves de l’Ukraine sont au plus haut et elle-même ne consomme presque plus de gaz « russe ». Les seuls clients réellement impactés ont été les pays de l’UE, alors qu’ils sont sur le point de trancher la question du gazoduc germano-russe Nord Stream II…

    Il va de soi, la Russie n’a pas l’intention de payer et sa réputation en prend un sacré coup, d’autant plus après avoir une nouvelle fois brandi le knout économique. Situation des plus paradoxales, toutes ces guerres du gaz et l’hybression russe en elle-même n’ayant qu’un objectif : affaiblir et discréditer l’Ukraine.

    Bien évidemment, les médias français ont comme à leur habitude évité de prendre position sur le sujet, pensant toujours que cette « crise énergétique » (entendu sur Euronews!) n’affectait que l’Ukraine. Or si ce n’est qu’une énième guerre du gaz contre l’Ukraine, cette fois la Russie l’a bel et bien perdue.

  2. Voyage et discours déshonorants pour la France, Macron complètement oublieux de la Crimée durant son discours, et toujours accroché aux « accords de Minsk » sans aucune prise en compte des forces acquises par l’Ukraine entre-temps… Les Syriens et les Ukrainiens ont dû apprécier plus particulièrement ce passage : « Nous pouvons avoir des sensibilités différentes, bien sûr, mais nous avons une même volonté de stabilisation, un même respect de la souveraineté des peuples, une même volonté de faire aboutir le dossier en étant inclusif et en construisant la stabilité à long terme. » (Emmanuel Macron, président de la République, à V. Poutine, Saint-Pétersbourg, le 24 mai 2018)

  3. Revirement de Macron (été 2019) : Le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et sa consœur de la défense, Florence Parly, se rendent à Moscou, lundi 9 septembre, pour rencontrer leurs homologues Sergueï Lavrov et Sergueï Choïgou lors d’une réunion du comité consultatif de coopération et de sécurité. Il n’y en avait pas eu depuis cinq ans. Cette structure « 2 + 2 » avait été mise sur pied dans les années 1990 pour renforcer les liens, y compris sur le terrain militaire, avec une Russie que l’on pensait alors réellement engagée dans la voie de la démocratie.

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