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La Crimée sans l'Ukraine  
(du point de vue économique) 
By PanDoktor Posted in Economie, Traduction on 30 mars 2014 5 min read
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D'un point de vue économique, l'occupation de la Crimée créera plus de dommages à la péninsule que sa perte n'en créera à l'Ukraine. L’État ukrainien sera surtout perdant en terme d'image. Sa production gazière sera amoindrie et les entreprises ukrainiennes ainsi que les citoyens d'Ukraine en Crimée rencontreront nombre de difficultés. 

Traduit de l’ukrainien par NSM

L’autonomie criméenne pourrait se résumer à cela : 4% de la population nationale produisant à peine 1,5% des richesses de l’Ukraine. La Crimée produit moins d’un quart de ses besoins en eau et en énergie. Ses stations balnéaires sont à peine excédentaires, et ses installations portuaires ne représentent que 12% du commerce maritime ukrainien. Seuls le secteur de la pêche (50% de la production ukrainienne) ainsi que la viticulture et le maraîchage constituent une perte sensible pour l’Ukraine.

La Crimée sans l'Ukraine  

Trois quarts du tourisme reposent sur les Ukrainiens, contre moins d’un quart sur les touristes russes. De plus, l’économie criméenne s’avère structurellement dépendante de l’Ukraine, sans qu’il n’y ait réciprocité pour autant. On ne sait encore à quel prix la Crimée achètera son eau et son électricité. Mais elle est déjà perdante, ne serait-ce qu’à cause des taux de change entre monnaies russe et ukrainienne. « Il risque même d’y avoir pénurie alimentaire, on ne sait pas encore ce qu’il en est sera de la logistique», explique l’expert ukrainien Vasyl Povoroznyk, directeur du bureau économique à l’ICPS.

La Crimée consomme plus qu’elle ne produit.

L’Ukraine ne subira aucune pénurie alimentaire, sa production agricole à l’exportation ne sera pas affectée. Quant à elle, la Crimée ne produit que 50% de ses besoins en céréales (1,5% de la production ukrainienne). Idem pour les autres produits agricoles: elle produit en tournesols, colza, pommes de terre, œufs et volailles, l’équivalent de sa consommation. Seuls les fruits et légumes, ainsi que le vin de Crimée sont produits en quantité suffisante pour l’exportation. Le renchérissement de ces produits risque d’être répercuté un peu partout en Ukraine.

Selon l’ICPS, premier think-tank indépendant en Ukraine, le principal dommage économique dû à l’annexion de la Crimée concerne le passage des gisements gaziers de la Mer Noire sous contrôle russe. Pour l’heure, son exploitation ne suffit pas à couvrir les besoins de la presqu’île, mais il aurait pu constituer à terme la moitié de la production ukrainienne en hydrocarbures, affirme Vasyl Povoroznyk. Les entreprises et autres biens ukrainiens de Crimée, nationalisables par les Russes, représentent 18 milliards de grivnes, soit 1,8 milliard d’euros. Un autre expert, Youri Koroltchouk, ajoute que l’Ukraine pourra toujours exploiter les gisements de la Mer d’Azov et d’Odessa, sous réserve d’y amener les infrastructures nécessaires, lesquelles sont restées pour la plupart d’entre elles en Crimée.

Mais les conséquences les plus dangereuses de l’annexion sont avant tout culturelles et nationales, explique une autre experte, Olena Zakharova (chef de département à l’International Centre for Policy Studies de Kiev).

« Khrouchtchev, en bon paysan, transféra la Crimée à l’Ukraine, parce qu’il ne pouvait y avoir de meilleure option d’intégration. Ce faisant, depuis lors la Crimée est devenue une « zone de conflit latent ». Plus de la moitié de ses habitants sont ethniquement russes, et la plupart nourrissent un sentiment d’appartenance à l’identité russe et soviétique », indique l’experte.

Et d’ajouter : Il faut que le pouvoir ukrainien soutienne les citoyens ukrainiens restés en Crimée, et qu’il stimule les relations culturelles et individuelles entre la péninsule et l’Ukraine continentale. C’est essentiel si nous voulons qu’un jour la Crimée revienne à l’Ukraine. En revanche, le projet de loi ukrainien sur les territoires occupés adopté en première lecture, risque de compliquer la vie des Ukrainiens désirant visiter la Crimée ; il place dans l’illégalité les entreprises qui, tout en voulant vendre leurs produits dans les autres régions d’Ukraine, ont choisi de travailler sous régime russe.

L’ancien député Guenady Balachov, entrepreneur de son état, prévoit que la perte momentanée de la Crimée sera plutôt bénéfique pour l’Ukraine, alors que ce sera une catastrophe pour la Crimée. « La Crimée, c’est fini. Sur 2,5 millions d’habitants, il n’en restera plus que 500,000. L’idée de la Crimée comme sanatorium est morte. La Russie n’en fera qu’une base militaire pour ses vieux tanks rouillés. »

M. Balachov, tout comme les experts, considère que les pertes pour l’Ukraine sont avant tout d’ordre politique et humain; plus concrètement, c’est surtout l’image de l’État ukrainien qui en pâtit. Pour créer les conditions du retour de la république autonome au sein de l’Ukraine, les spécialistes préconisent un redressement des forces armées, que le pays prenne l’initiative de sanctions internationales contre la Russie, qu’il s’abstienne des hydrocarbures russes et ne vende pas aux Russes d’équipements militaires, et parallèlement – une modernisation de l’économie, et l’intégration à son développement, des Criméens qui ont abandonné leurs maisons à cause de l’occupation.

Source: Radiosvoboda.ua
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Annexion Crimée Economie


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