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L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
Un retentissant assassinat survenu en plein cœur de Paris en 1926
By PanDoktor Posted in Etudes & Dossiers, Histoire on 29 mai 2017 73 min read
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Des générations de français ont grandi dans l’idée que l’Ukraine n’était qu’une province russe et pour les plus intoxiqués, une province infestée d’affreux nationalistes passablement pogromistes et collabos. Cette image tronquée s’est en grande partie construite autour d’un retentissant assassinat survenu en plein cœur de Paris en 1926.

Assassiné le 25 mai 1926 de cinq balles tirées à bout portant devant une célèbre librairie du Quartier latin, le chef du gouvernement ukrainien Simon Petlioura, bien qu’en exil et sans pouvoirs réels, incarnait toujours la grande idée qui était venue bouleverser l’ordre franco-russe en Europe centre-orientale après la Révolution de 1917. Héros de la paysannerie ukrainienne et menace redevenue réelle pour le pouvoir bolchevique après le retour du maréchal Pilsudski au pouvoir, Simon Petlioura fut assassiné dans des conditions de lâcheté atroce, comme le notait le Figaro au début du procès.

Samuel Schwartzbard fut-il le justicier qu’il a prétendu être? Simon Petlioura s’est-il compromis en tolérant des pogroms antisémites? Et les Soviétiques ont-ils organisé l’attentat à des fins de propagande ? Le procès ne permit jamais de répondre à ces trois questions. Mais après la chute de l’Urss, des éléments nouveaux sont venus compléter ce dossier qui mériterait aujourd’hui une révision en Justice.

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura

La presse française lors
du procès Schwartzbard

Le chroniqueur judiciaire du Figaro, Georges Claretie, lui-même avocat et citoyen aux convictions modérées, ancien secrétaire de Poincaré et homme de lettres érudit, expliquait du reste fort bien le contexte historique et politique de l’Ukraine, la personnalité de Simon Petlioura, son dégoût des pogroms, et surtout la singulière coïncidence donnant précisément à l’avocat attitré des communistes, Henry Torrès le soin de défendre le tueur. Il déplorait en outre l’inégalité de préparation entre la partie ukrainienne désargentée et la partie « israélite » comme on disait alors, soutenue par des témoins au nom prestigieux.

Vu la lenteur des débats qui tournaient le plus souvent en duels d’avocats, les deux parties allaient du reste bientôt renoncer à entendre tous les témoins prévus, pas moins de cent cinquante! Certains chroniqueurs judiciaires confient dès les premières audiences qu’on ne chercherait pas, quoi qu’il arrive, à établir la vérité. Me Henry Torrès, qui avait travaillé pour l’Humanité et longtemps milité dans les milieux communistes mondains, avait de toute façon atteint son but en « vedettisant » sa cause. L’apparition de grands savants ou d’écrivains connus ne pouvait qu’impressionner l’opinion et les jurés, même si en matière de pogroms un Paul Langevin ou un Albert Einstein n’étaient pas plus éclairés que l’homme de la rue. Toutefois le communisme apparaissait plus intelligent et plus prestigieux que le pétliourisme. C’était au fond le but recherché et en Ukraine au même moment les Bolcheviques ne faisaient pas autre chose. Dans le Figaro, Claretie dénonce clairement le procédé : Les représentants de la victime ont à peine les moyens d’implorer la justice ; des sommes immenses ont été réunies pour sauver l’assassin. Quoi qu’il advienne, les hommes qui auront soutenu la cause de l’assassin recevront de magnifiques récompenses, la fortune, la célébrité, l’assurance du succès dans la voie qu’il leur plaira de choisir, et les hommes qui auront soutenu la cause de la victime, après quelques poignées de main, continueront leur dur labeur dans la médiocrité.

Le plus souvent, les témoins de la partie civiles étaient effectivement des « Orientaux » socialement déclassés : hier généraux de Petlioura, aujourd’hui simples manœuvres. Par contraste l’opinion d’un savant qui allait jusqu’à plaider pour le sang et la violence semblait presque excusée par la notoriété et le prestige du témoin. Le même procédé allait faire mouche durant le procès Kravtchenko après la guerre, quand Joliot-Curie témoignera en faveur des staliniens français outrés qu’on puisse s’échapper de la glorieuse Union soviétique, victorieuse du fascisme.

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
Me Torrès et ses collaborateurs Weil et Rosenthal (Paris-Soir du 23 oct. 1927)

Cette astuce avait surtout pour effet d’estomper la mauvaise image que traînaient derrière eux tous ces (comme on disait alors dans l’Action Française) « métèques » qui en s’installant en France n’avaient pas laissé leurs passions d’émigrés politiques derrière eux, – surtout les Orientaux 1 et les Juifs russes ou polonais, notera Charles Maurras juste après l’acquittement de l’assassin. L’apôtre du « nationalisme intégral » profitait de ce fait-divers devenu banal pour placer un mot sur la future réforme du code de la nationalité. Dans l’Ouest-Éclair, Louis-Alfred Pagès, bien que sur un ton plus modéré, mettait lui aussi en garde les Français contre une trop grande complaisance. Dans son éditorial, le démocrate-chrétien souhaite une ferme condamnation de l’assassin juste pour dissuader les « Orientaux » de s’entretuer dans la plus belle ville du monde. Aller plus loin, écrit-il, ce serait encourager tous les excités et tous les violents d’Europe, d’Asie et d’ailleurs, à venir se livrer chez nous à des batailles sanglantes. Le droit d’asile est une magnifique enseigne, mais à condition qu’elle ne couvre pas un coupe-gorge.

Juste une affaire
de haine ethnique ?

Ces craintes en partie fondées ravivait également la question de l’antisémitisme. Georges Claretie du Figaro, qui avait affronté à l’épée l’infatigable polémiste et pamphlétaire de l’Action Française, Léon Daudet, ne tolérait pas l’antisémitisme. Il avait défendu Henri Bernstein que les Camelots du Roi, des militants royalistes, avaient conspué lors d’une de ses pièces aux cris de juif déserteur ! et d’à bas les Juifs ! Mais Claretie n’avait pas plus de sympathie pour Schwarzbard qu’il n’en avait pour Daudet. C’est que le duelliste devait trouver l’attentat sur un homme désarmé particulièrement déshonorant. Les arguments du célèbre physicien Paul Langevin, venu justifier à la barre l’assassin qui avait surpris au coin de la rue Racine un homme sans défense pour l’attaquer sauvagement, n’étaient pas de nature à le convaincre. Claretie connaissait la réputation de Me Torrès et voyait surtout d’un oeil pessimiste une certaine Justice française trop exposée au petit monde politico-médiatique. A lire sa chronique du 21 octobre 1927, il ne fait aucun doute que certaines réalités scandalisaient l’homme d’honneur : dans leur lutte pour le salut de la société, de la civilisation française, les citoyens qui usent leur peine, leur cerveau, leur vie au combat contre la barbarie, contre l’ignorance, contre la stupidité, sont traités de haut par les crétins de salons, par les écumeurs de la politique, par les seigneurs de l’argent.

Faute de preuve, l’implication soviétique ne pouvait être dénoncée directement, même si l’aspect politique du procès était dans toutes les pensées. D’ailleurs, Henry Torrès n’en était pas à son coup d’essai : quelques mois avant l’affaire Schwarzbard il avait défendu la partie civile dans l’affaire d’un journaliste prosoviétique assassiné par un « vengeur » anticommuniste. C’était précisément le cas inverse, la victime étant pro-soviétique. 2 Mais cette affaire n’estompait qu’en surface l’image d’avocat rouge que Torrès traînait derrière lui. Quoi qu’il en soit, dans la presse française l’aspect international du procès ne passait qu’au second plan. On parlait pourtant de l’élimination d’un homme d’État qui avait soulevé l’Ukraine contre la Russie bolchevique, de 1917 au début des années 1920. Son allié le maréchal Pilsudksi venait justement de reprendre le pouvoir en Pologne. Mais le cas échappait à la plupart des observateurs français. Dans la chronique de Paris-Soir, on ne voyait que le malheur d’une race opprimée : les Juifs. D’une manière générale, toute la question occupant la presse de gauche était de savoir si Petlioura était coupable de pogroms. Et s’il n’en était directement coupable, était-il au moins responsable? De cette question dépendait l’issu du procès. Schwartzbard et ses étranges relations n’étaient plus d’aucune importance.

Trop compliqués ces Orientaux

Pour Maurice-Verne, parlant du procès dans un éditorial de Paris-Soir, les débats étaient de toute façon devenus trop compliqués et les causes trop éloignées des Français. Il est vrai aussi que la presse française en général ne cherchait pas vraiment à comprendre, même si à l’époque des pogroms, en 1919, les Français s’étaient arrogé le droit de débarquer en Ukraine et de lui prendre son blé, son pétrole et sa flotte. La bonne plume de Paris-Soir ne voyait donc en ce procès que les coulisses d’une grande foire cosmopolite, et au lieu de chercher une explication au geste de Schwartzbard, l’éditorialiste noyait le poisson dans une marre de clichés des plus franchouillards. Quand on se penche sur son papier aujourd’hui, on ne voit qu’un édito sans analyse, ne cherchant rien d’autre à montrer dans cette affaire que la confusion de Babel. Son pessimisme ne fait pas de doute non plus, mais il ne s’en dégage aucune lucidité, juste des impressions superficielles et « populistes » comme on dirait de nos jours : Après la danse, les rixes, le sang. Le Paris d’après-guerre. Sur nos places publiques, le bon peuple de France, hier ignorant de la géographie, aujourd’hui excédé de cosmopolitisme, chante en soupirant : Ah ! qu’il était beau mon village, Mon Paris, notre Paris ! Un refrain qui tombe à pic en face de la rubrique « chanson ». Mais avec un canotier sur la tête, que pouvaient donc espérer comprendre ces franchouillards de journalistes ?

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
(Caricature de l’Écho de Paris)

Pour autant, Maurice-Verne ne fait aucune grâce à l’assassin, qu’il présente comme un petit juif roux, avec cette sorte de rictus mince comme un laiton, qui est le sourire de l’homme qui a tué. Dans le Figaro Georges Claretie avec son côté vieille France va encore plus loin et n’hésite pas à tirer du meurtrier un portrait féroce à la limite de la caricature, dépeignant un malfrat étranger, un « Mongol » avec des lèvres minces découvrant des dents aiguës, une silhouette inquiétante et mystérieuse, personnage flou qui ne s’exprime jamais lui-même sur Petlioura en tant qu’homme politique, ne sachant pas grand-chose à ce sujet. Victor Bonnans dans La Presse ne lui fait pas plus de cadeaux sur ce point, décriant l’accusé comme un autodidacte de dernière zone qui abuse de citations primaires avec une âpre obstination d’usurier de ghetto.

L’Action Française excelle également dans la caricature. Pour son chroniqueur, « l’historien des pogroms » Tcherikover qui intervient en témoin de la défense, n’est qu’un petit juif glabre, mais on lui concède tout de même dans l’Écho de Paris une certaine placidité ; quant à Motzkine, le président des sionistes mondiaux, il baragouine le français et appartient à la catégorie des Hébreux frénétiques et hargneux, apprend-on dans le journal de Maurras

Tout à l’inverse d’Alexandre Choulguine, professeur ukrainien en exil, ancien ministre et ami de Petlioura, venu déposer en faveur de la victime, s’exprimant calmement, en historien et, comme le note le chroniqueur du Figaro, « en un excellent français ». Et l’Action Française d’ajouter : avec une autorité et une conviction impressionnantes. L’Echo de Paris parle de lumineuse déposition et présente le témoin comme un homme jeune, fin, dont le visage reflète une intelligence et une volonté. Le rôle de Petlioura est magistralement exposé, précise encore L’Écho de Paris. Plus neutre, la Presse décrit un universitaire de province à la voix chantante et la distinction modeste.

Mais voilà que « L’ombre rouge de Moscou », comme l’aurait dit ironiquement Maurice-Verne dans Paris-Soir, entre dans le prétoire. On aborde la question des complicités. Alexandre Choulguine explique aux jurés que c’est toute l’UKRAINE — dont sa propre famille, en partie massacrée — qui fut prise à l’époque des faits dans un pogrom, mais un pogrom bolchevique. Le pétliouriste explique que l’armée de Petlioura était de toute façon trop disparate et trop souvent prise à partie par des bolcheviques juifs pour qu’on pût contrôler ces violences, – ce que reprend volontiers l’Action Française dans la chronique d’Abel Manouvriez, remarquant au passage qu’on ne parlait jamais assez des pogroms antichrétiens. La Croix n’omet pas cette pertinente remarque et cite Me Willm, un des avocats de la partie civile : Nous plaignons tous les juifs massacrés, mais notre pitié va tout aussi bien aux chrétiens massacrés par Israël, avait rétorquer l’avocat héritier du syndicalisme libertaire du XIXe siècle. 3 Après tout, au même moment les paysans chrétiens du Mexique se trouvaient en plein soulèvement et étaient massacrés par un pouvoir « révolutionnaire » se réclamant du marxisme. La Croix ne manque pas de souligner ce double standard sans se faire abuser par les cris des victimes juives apitoyant les jurés.

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
La Presse du 25 octobre 1927

À propos de cris, ceux de l’avocat rouge n’impressionnaient guère Alexandre Choulguine que La Croix érige au rang de figure ukrainienne et présente comme un homme de courage pour s’être rendu en Urss au péril de sa vie afin d’y aider la résistance ukrainienne. Durant l’audience, l’ancien diplomate présente deux lettres dans lesquelles deux généraux français en mission en Ukraine ne pouvaient que s’indigner des accusations d’antisémitisme portées contre la victime. À la barre, un Français confirmait la francophilie de l’Otaman général et l’horreur qu’avait éprouvé l’Ukrainien devant les violences antisémites. Ce Français, M. Baudry, parlait sur un ton placide, remarque l’Écho de Paris ; on apprend qu’il avait longtemps vécu en Ukraine et qu’il connaissait Petlioura, ‒ le nouvel « accusé » en quelque sorte. Mais les débats finirent par n’être qu’une bataille de feuilles et de brochures, les unes démentant les autres et vice-versa.

Là encore, aucun effort de la part des journalistes pour approfondir la question. Le Petit Journal s’emmêle les pinceaux avec les dates, confond 1918 et 1919, pourtant deux contextes extrêmement différents. L’histoire récente de l’Ukraine demeurait très floue pour les commentateurs. Situation d’autant plus regrettable que dans le prétoire éclataient parfois des controverses historiques opposant non pas l’assassin et la victime, mais l’Ukraine et la France ! Les chroniqueurs sont dépassés, s’attardent sur des détails à deux sous, mais certains journaux anticommunistes citent tout de même la brochure d’Alexandre Choulguine parue à l’occasion du procès pour démontrer que les pogroms n’auraient jamais eu lieu sans l’action destructrice des bolcheviques. 4 Notons que dans sa brochure, Choulguine ne niait pas l’apparition d’une panique antisémite irrationnelle chez le paysan ukrainien, panique liée d’après lui aux fréquentes atrocités bolcheviques. Choulguine ne niait pas non plus le fait qu’il y a bien eu une ruée massive des ouvriers juifs d’Ukraine vers l’appareil répressif et administratif bolcheviste, fait confirmé par le témoin de la défense Tcherikover lui-même, qui du reste était cité en source dans la brochure de Choulguine.

Mais les journalistes ne l’ont de toute façon pas lue et les journaux en règle générale ne croient tout simplement pas utile d’ouvrir leurs colonnes à des spécialistes de l’Ukraine. Comme l’indique Claretie, les Français ne se passionnent guère pour l’affaire, ce que fait également remarquer le Journal des Débats, qui devine déjà le style du procès : longues controverses historiques entrecoupées d’incidents et d’horribles récits. Le chroniqueur du Figaro va plus loin et ne voit lui-même le « Procès des pogroms » qu’à travers l’action conjointe d’organisations juives et de la Tchéka. Et en effet, la mobilisation juive est importante, la salle d’audience et les couloirs s’en ressentent. Plusieurs journaux le notent. Mais le Matin remarque que ce sont surtout des Juifs immigrés, et l’Intransigeant s’étonne que les correspondants de la presse juive dans le monde aient déserté l’audience, laissant les télégraphistes venus avec leur matériel jouer tranquillement à la belote, faute de dépêches à envoyer…

Fait rarissime, le Journal des Débats, à l’inverse de tous les autres, publie la lettre d’un spécialiste de l’Ukraine. Celui-ci demeure anonyme, mais résume admirablement les trois ans d’anarchie guerrière et sanglante durant lesquels les pogroms furent perpétrés. C’est le texte qui aurait dû être publié dans tous les journaux et répété sans cesse au procès :

Pendant toute cette période trouble de 1917-20, il n’y a pas eu de moment où Petlioura aurait gouverné effectivement en Ukraine. On peut dire tout au plus que le peuple ukrainien, dans sa lutte désespérée et chaotique contre l’occupation allemande, contre les Russes blancs et rouges, s’est servi pendant quelques mois de l’hiver 1918-1919 du nom de l’ataman Petltioura comme d’un drapeau national. Ce soulèvement, qui n’était nullement organisé, devait échouer fatalement devant la multitude des ennemis de l’Indépendance nationale de l’Ukraine. 5

Pour le reste, toute cette affaire et cette agitation devaient sans doute troubler les codes et le grand sens de l’honneur des Français, comme si l’accusé n’était qu’un être étrange venu des plaines sauvages d’Ukraine, ainsi que le présente Félix Belle dans Le Gaulois. Le quotidien bourgeois ne manque d’ailleurs pas de rappeler avec quel calme la Justice française avait traité l’Affaire Dreyfus malgré tout le tumulte à l’extérieur du Palais. Il fait même grief au président de la Cour de ne pas en faire autant. Dans la Presse, on peut donc regarder de haut ces étrangers avec des clichés sur les Slaves tout aussi méprisants que sur les Juifs. En assistant au témoignage d’un général pétliouriste tentant d’expliquer l’histoire ukrainienne à laide d’un interprète (grosse erreur) Bonnans s’ennuie et se laisse aller à son imagination : C’est très slave. On attend les chœurs ukrainiens, les balalaïkas dans la coulisse. Ces témoins, vêtus comme des chauffeurs de taxi endimanchés évoquent la Russie de Billancourt et les repas sans caviar chez « les mastrokoff » de La Glacière. Ah ! non ! nous, Français, nous n’arriverons jamais à comprendre que ce soit la mode quelque part en Europe de suriner des populations entières, pour une raison plus ou moins confessionnelle. Patience. Drancy vous l’apprendra…

Mais ce refus d’être mêlés aux « êtres étranges venus des plaines sauvages d’Ukraine » n’est qu’une manière de refouler aux frontières de l’inconscient national des questions en réalité bien françaises. L’aspect idéologique de l’affaire touchait les Français, et sans que des êtres étranges venus de pays sauvages y fussent pour quoi que ce soit. Dans son édito publié dans la Presse juste après l’acquittement, le bâtonnier Maurice Allehaut constate que l’affaire n’avait pas passionné les Français, pensant que la question juive dans une république laïque, moderne et libérale comme la France ne pouvait être qu’étrangère. Camille Aymard dans la Liberté met ses compatriotes en garde  contre ces controverses confessionnelles que la Grande Guerre avait effacées. Or c’était réduire l’assassinat d’un homme d’État à un faux prétexte, sans comprendre les vrais enjeux qui liaient tout autant l’Ukraine et la France face à l’expansion du communisme.

Russophiles Gaulois

Sur un plan formel, mais tellement significatif, dans ce procès aucun journal n’est du reste capable de rapporter correctement les noms des intervenants d’origine étrangère ; on invente parfois des patronymes plus ou moins ressemblants. Certes, ce n’est qu’un détail en regard des lacunes plus profondes en matière d’histoire, surtout quand ces lacunes ne font qu’accentuer le favoritisme prorusse quasi-naturel en France. Dénikine, le général blanc dont les troupes se sont livrés à de terribles pogroms et mis l’Ukraine à feu et à sang, n’est jamais accusé de quoi que ce soit par ceux qui, pourtant, chargent Petlioura des mêmes crimes. Après tous les récits de pogroms entendus à l’audience, un témoin juif de la défense, Zeïev Tiomkine, accordait même à Dénikine des circonstances atténuantes sans que ce double standard fasse sursauter les chroniqueurs français. Une petite recherche aurait pourtant démontré que le témoin avait tout intérêt à salir le gouvernement ukrainien en exil ; d’ailleurs c’est ce que Tiomkine faisait depuis plusieurs années en bon militant qu’il était. En tant que sioniste-révisionniste (c’est-à-dire voulant établir un État juif en Palestine et en Jordanie, si besoin par la force) il lui fallait une émigration juive massive, comprenez : d’Ukraine et des autres républiques. Il lui fallait également le soutien des puissances occidentales. Pour cela, propager l’image de pogromistes accolée aux dirigeants ukrainiens était primordial, tout comme ménager celle de Dénikine, petit protégé de l’Entente en 1919, justement à l’époque des pogroms.

L’Orient simple et sauvage…

Mais au lieu d’analyser le procès sous l’angle du propagandisme soviétique ou sioniste, la presse française ressortait tous les clichés sur l’Est. Poncif suprême, dans la Lanterne radicale-socialiste, toute cette simplicité dans la sauvagerie de Schawrtzbard s’explique par l’ÂME SLAVE — que bien sûr l’âme latine des Français ne saurait comprendre — et notre Occident, comme nous l’explique le même journal, imagine mal l’Ukraine, où le pogrom était un système courant de gouvernement. L’avocat et rad-soc de renom, Martinaud-Déplat, évite les grossières descriptions physiques ou ethniques qui rendent le récit de ces fastidieuses heures d’audience plus théâtral, mais il fait l’impasse sur l’argument « culturel », alors que toute l’affaire aurait dû être considérée sous l’angle politique. Martinaud-Déplat a beau noter l’embarras d’Henry Torrès à parler de Moscou, il remarque très vite que c’est une voie impossible à explorer au cours du procès et que l’accusé sera certainement acquitté. Il le prédit dès l’instant où l’accusation échoue à trouver ces fameuses preuves de complicités soviétiques (compte-rendu de l’audience du 21 octobre 1927). Mais à aucun moment il n’entrevoit l’affaire Petlura-Schwartzbard comme une opération de discrédit et fait comme si les assassinats en pleine rue étaient plus naturels chez les « Orientaux ». En somme, à croire les journalistes français, avec les émigrés de l’est, un assassinat politique n’est pas tant politique que culturel.

Toujours dans la Lanterne, Edmond du Mesnil signe un éditorial intitulé « Haine de races », sorte d’inventaire dans lequel il se permet de rappeler a sa façon que les juifs n’ont rien d’un peuple martyr. Puis, entre nous, ajoute le directeur du légendaire Rappel, vous voudrez bien convenir que les Juifs membres du conseil des Soviets, ou de la Tchéka, n’ont pas boudé l’extermination de mille et mille et mille et mille Russes. Tout cela est rigoureusement vrai et certainement utile à rappeler, d’autant qu’on ne saurait plus parler de tels faits dans la presse française aujourd’hui sans être accusé d’antisémitisme. Jouxtant cet édito, un billet de Camille Devilar traite de l’Ukraine et de son droit à l’autodétermination, il parle même d’enquête menée à l’aide de la SDN pour y parvenir, chose rare là aussi. Mais on vise encore à côté : le mobile « racial » invoqué ferait presque partie de la manipulation. Personne ne voit donc qu’on a décapité la résistance ukrainienne et qu’on attaque son image et son honneur ?

Acquitteurs en série

L’opinion française ne devait pas en être dupe, mais qu’y pouvait-elle ? Surtout quand, crimes passionnels ou crimes politiques, les jurés acquittaient tout le monde dans ce Paris des années folles. Les procès n’en devinrent que moins passionnants, c’est indéniable. Mais la France se souvenait encore des attentats anarchistes. L’un d’eux avait touché « le Tigre » alors aux prises avec la menace bolcheviste planant sur l’Europe en 1919. La gauche française n’avait pas oublié Jaurès, dont l’assassin partageait avec Schwartzbard un même style, pour ne pas dire un même physique. La droite française, notamment, était encore sous le choc des fusillades entre communistes et nationalistes – bien français ceux-là – comme dans l’affaire de la rue Damrémont à Paris, où quatre « jeunes-patriotes » avaient été tués en 1925. Elle n’ignore rien des sympathies soviétiques de la gauche alors au pouvoir, – pour ne pas dire de ses complicités, même si elle approuvera elle-même l’alliance avec Staline contre l’Allemagne nazie. Et tant pis pour les Ukrainiens affamés en 1932 et 1933. Quand on pense au voyage d’Édouard Herriot en Ukraine alors en pleine famine, et une fois encore, toujours le même Torrès qui en tant que député fera des pieds et des mains pour que le traité soit signé… 6 Oui, bien des signes annonçaient tout cela déjà au temps de l’affaire Schwartzbard-Petlioura. Les jurés à tout le moins, ne pouvaient ignorer qui est Henri Torrès, avocat d’un des assassins de la rue Damrémont et comme lui communiste. Il avait défendu et fait acquitter la tueuse syndicaliste Germaine Berton au cours d’un procès très médiatique.

Mais autant Me Torrès avait insisté sur l’aspect politique de l’affaire des Jeunesses Patriotes pour mieux plaider la légitime défense de son client, autant il cherchera à écarter tout lien politique dans l’affaire Schwartzbard et par le même coup écarter toute idée de complot. Nous reviendrons sur sa stratégie un peu plus tard. Quoi qu’il soit pour la presse nationaliste et de droite il était parfaitement clair que l’assassin avait bénéficié de complicités, comme le déclare d’emblée lÉcho de Paris, un des rares journaux français à faire immédiatement le parallèle entre le meurtre de Petlura et le retour au pouvoir de son allié polonais, le maréchal Pilsudski. L’avocat de la partie civile, Albert Willm le soulignera dans sa plaidoirie, Le Gaulois s’en fera également l’écho.

Petlioura en premier

Dans les années suivantes, plusieurs émigrés ukrainiens, géorgiens ou russes-blancs, que ce soit en France ou dans le reste de l’Europe occidentale, allaient subir un sort identique à celui de Petlura. Mais il est vrai qu’en 1927 l’assassinat d’hommes politiques opposés au régime russo-soviétique était encore inédit en France. La plupart des cas depuis la fin de la guerre concernaient des fascistes italiens assassinés par des compatriotes « progressistes ». Avec l’affaire Petlura-Schwartzbard, on entrait d’une certaine façon dans la même catégorie « antifasciste », Petlura n’étant pas vu par la gauche comme un progressiste ukrainien — ce que pourtant il fut —, mais comme un officier Blanc, un cosaque barbare, une brute asiatique. Et malgré la jubilation démoniaque avec laquelle le « nouveau Judas Macchabée » mimera son acte devant les assisses, Schwartzbard paraîtra tout de même moins barbare aux yeux de la gauche bien-pensante, fût-elle anticommuniste ou simplement opposée à tout manichéisme.

Une situation fort analogue aux assassinats antifascistes se présentait donc, et Me Torrès comptait bien en tirer profit. D’ailleurs la presse de gauche, comme Léo Lagrange dans le Populaire (organe de presse de la SFIO) ne présente jamais la victime comme un socialiste ou un « homme de gauche ». C’est pourtant ainsi que s’était défini Petlioura durant toute sa vie politique et c’est en cette qualité qu’il s’adressait bien souvent aux paysans d’Ukraine, base sociale de son armée et de son électorat. En se renseignant un peu plus, le futur ministre du Front Populaire aurait peut-être appris que S. Petlioura était Franc-Maçon, ne rejetait pas le parlementarisme et admirait la République Française. Idem du général Chapoval venu déposé en faveur de la victime, encore que de sérieux différends avaient opposé les deux hommes. Léo Lagrange décrit Nicolas Chapoval uniquement comme un nationaliste « à la carrure de cosaque », alors que c’était un des leaders des socialistes-révolutionnaires en émigration et qu’il était certainement plus à gauche que lui. En France, Chapoval participait aux congrès de la SFIO, c’est même lors du congrès de 1924 qu’il aurait rencontré l’agent russe Volodine, présenté par l’ancien officier pétliouriste comme le cerveau de l’attentat. 7 Mais ainsi caricaturés, Petlioura n’était plus qu’un chef ukrainien et les pétliouristes une junte de tueurs antisémites. Sur un ton « agit-prop » parfaitement soviet, Léo Lagrange, dans ses chroniques du procès, invite même les prolétaires à se ressembler autour du socialisme, seul capable de faire reculer la haine sous toutes ses formes. (SIC !)

L’organe quasi-officiel du Cartel des Gauches, le Quotidien, ne devait pas être très éloigné de cette naïveté plus ou moins volontaire. Hélas, les archives semblent indisponibles et nous ne pourrons par nous-mêmes vérifier ce que d’autres en on dit. Bernard Lecache, futur fondateur de la LICRA et lui-même issu d’une famille juive originaire d’Ukraine, y a écrit sur les pogroms des années de guerre, encore que son « voyage d’études » en Pologne et en Ukraine soviétique soit le fait de Paris-Soir, qui durant le procès, comme nous l’avons vu, orientera le lecteur loin des réels suspects, à savoir les Soviets.

Un procès tout de même politisé

On avait beau minimiser l’aspect politique de l’assassinat, cette schématisation à l’extrême d’une affaire et d’une histoire des plus complexes tournait tout de même, en apparence, à l’affrontement idéologique entre deux familles de pensée. En réalité, la gauche favorable aux Soviets devait à tout prix discréditer les mouvements ukrainiens, fussent-ils de gauche ou de droite. Pour la gauche française, soutenir la thèse de l’assassinat politique orchestré par Moscou était tout simplement inconcevable. À cet égard, comme nous le verrons plus bas, les dépositions du général Chapoval détruisaient totalement la thèse du « vengeur isolé ». L’assaillant Schwartzbard disait venger les Juifs pour les pogroms ukrainiens perpétrés selon lui par Petlura, or les connexions de l’assassin avec les services russes ne pouvaient que remettre en cause cette version cousue de fil blanc. La thèse de l’assassinat politique et plus encore du procès médiatisé à des fins de propagande paraissait plus probable, sans que cet aspect ne fût jamais considéré à sa juste importance.

Même les témoins de l’avocat général se mettront à innocenter l’assassin en accusant la victime ! Ce paradoxe n’avait pas échappé au Gaulois. Quant au quotidien communiste par excellence, l’Humanité, les chroniques de Georges Altman ne feront que répéter la version moscovite de l’histoire jusque dans ses détails lexicaux : Petlura c’est le « bandit », c’est l’ataman des pogroms qu’il faut juger à la place du courageux Schwarzbard. Altman ne fait aucun mystère du véritable procès qui doit avoir lieu : non pas celui d’un juif étranger, illuminé et violent, mais celui de Petlioura, de la « contre-révolution » et de la « bourgeoisie mondiale » ! Pour la chute de sa dernière chronique du procès, il ne choisit pas de faire l’éloge de la Justice, mais celui de la Russie des Soviets et du socialisme. Conclusion à peu près identique à celle de Léo Lagrange et sa « sotériologie » socialiste : Face à la bourgeoisie mondiale flanquée de ses généraux blancs massacreurs, elle construit le socialisme avec l’immense assentiment des prolétaires de toutes races qu’elle protège et défend, sous le drapeau rouge !

Enfin un journaliste lucide !

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
Léon Bailby, directeur de l’Intransigeant

Rarement une Cour d’assises connut autant de clameur, et si les jurés parurent si passionnés par les débats, c’est qu’ils cherchaient à comprendre une histoire qu’à ce jour il est encore difficile d’expliquer. 1917-1920 en Ukraine, c’était comme un train qui venait de dérailler dans un tunnel. Une catastrophe indescriptible dans laquelle périrent un million de passager, mais dont une petite partie seulement intéresse la presse française… Au fond ce désintérêt de la presse communiste pour les pogroms anti-ukrainiens est aussi celui du journalisme français. Incompétent et idéologiquement partagé sur l’Ukraine, il ne comprend pas l’affaire Schwartzbard. Avec deux notables exceptions néanmoins.

L’Ouest-Éclair saisit parfaitement la manipulation soviétique : L’Ukraine est un malheureux pays que les Soviets voudraient faire entrer dans leur jeu. Ils profitent de la fureur légitime des juifs contre un de leurs bourreaux pour faire une opération politique dont le premier acte fut l’assassinat de Petlioura. Mais pour l’ancêtre de Ouest-France, cette question demeure tout de même secondaire, puisque l’assassin et la victime viennent des confins de la civilisation européenne et de la barbarie soviétique. Innocents ou pas, ils sont coupables d’avoir amené leurs sanglantes querelles dans la douce France. 8

Mais c’est dans L’Intransigeant, grand quotidien nationaliste de l’époque, que l’affaire est perçue comme française ou concernant de près les Français. À la différence des franchouillards chauvins de son temps, Léon Bailby qui dirige le journal, ne critique jamais l’accent ou l’origine étrangère des figurants au procès, et ne parle jamais de « petits juifs ». En revanche, son analyse est des plus lucides. Il a senti que la campagne d’éliminations physiques a commencé et considère, à ce titre, que le cas Schwartzbard mérite d’être élucidé à fond aux assises. S’appuyant sur un ordre secret de Lénine à Djerjinski, où il était question de liquider les foyers de contre-révolution dans le monde, l’Intran, comme on l’appelait à l’époque, est l’un des rares journaux français à qualifier l’assassinat de CRIME TERRORISTE. La « liquidation », écrit Bailby, charmant euphémisme pour désigner ce crime terroriste, qui vise en territoire étranger, c’est-à-dire par exemple chez nous, d’abord les Russes, ennemis des Soviets, puis les membres de nos missions militaires, puis vous, moi, tout ce qui ne veut pas consentir à plier devant la sacrée dictature des Soviets ! « Sacrée » au sens propre, vu son aspect « intouchable », ses grandes messes et ses dogmes… 

Schwartzbard, vengeur ou terroriste?

Après des siècles d’occupation et de colonisation moscovite, Simon Petlioura 9 s’était battu pour la liberté de son pays en s’efforçant, autant qu’il le pouvait, de protéger les Juifs contre les pogroms perpétrés sous son propre gouvernement, notamment dans les premiers mois de 1919. Toutes les troupes présentes en Ukraine ont porté à un moment donné une responsabilité dans ces ignobles crimes de guerre commis contre une population sans défense et suspectée à tort d’encourager tel ou tel camp. Mais en Occident comme en Urss, Petlioura sera si souvent et si injustement accusé de fanatisme meurtrier et antisémite, qu’il allait en devenir une sorte de mythe et de symbole universel. À son sujet, on peut encore lire dans l’Encyclopédie Universalis : Antisémite fanatique, il est l’auteur, pendant la période où il se trouve au pouvoir, de nombreux pogromes de Juifs. 10 Pourtant nous savons que durant la Guerre civile russe et durant des décennies avant la fin du tsarisme, de nombreux pogroms avaient eu lieu sans mise en cause aucune de responsables politiques ukrainiens. Alors pourquoi Petlioura ?

Sur cette question, l’assassin restera toujours évasif. Mais son acquittement à l’issue des Assises ne fera qu’accroître cette mauvaise réputation des Ukrainiens, jusqu’à imputer aux seuls indépendantistes la responsabilité des pogroms. On oubliera que la propagande soviétique avait, dès le début des années 1920, chargé tout autant les tsaristes russes que les démocrates ukrainiens. Il y a bien longtemps que les médias français n’en donnent plus écho, et d’ailleurs l’ont-ils jamais fait? Les pogroms des Rouges ne sont non plus jamais cités. Seuls comptent ceux des Ukrainiens et comme nous le verrons, essentiellement pour des raisons de géopolitique et de propagande. Or, si tuer à des fins de médiatisation s’apparente bien à du terrorisme, nous devons nous poser la question : est-ce un nouveau David qui a vidé son chargeur sur un homme à terre et sans défense, ou un vulgaire terroriste?

Petlioura, un démocrate
dans la guerre et le chaos

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
Simon Petlioura au milieu de ses Haïdamaks. La photo est prise sous les coupoles de la cathédrale Saint-Michel à Kiev, début mars 1918. À cette date, Lénine est temporairement « favorable » à l’indépendance ukrainienne, misant sur la Révolution mondiale. Mais les Allemands qui occupent le pays ne tardent pas désarmer les pétliouristes. L’Otaman sera emprisonné jusqu’en novembre.

Né en 1879 à Poltava dans l’Ukraine centre-orientale, Simon Petlioura est issu d’une famille d’origine cosaque et patriote. Il s’engage de bonne heure dans le mouvement d’émancipation sociale et nationale, connaît prison et clandestinité, et devient un des leaders de la Révolution ukrainienne de 1917. Outré par l’inaction et les divisions partisanes, il organise et dirige l’embryon de l’Armée ukrainienne à l’aide de soldats de métier et de journalistes comme lui. Après maintes péripéties, Petlura obtient fin 1918 le commandement de l’armée de la République Populaire Ukrainienne avec le titre cosaquesque d’Otaman en chef. 11 Ses talents de meneur lui imposent néanmoins de chercher une voie en accord avec ses convictions démocratiques, convictions qu’il ne partagent pas avec les « monarchistes » ukrainiens et certains sociaux-démocrates. Face aux bolcheviques, qu’il combat sans ménagement, Petlioura commet néanmoins l’erreur d’attendre le soutien de l’Entente en matière militaire, notamment de la France. Clemenceau étant hostile à toute aide directe sur le front bolchevique, et se trouvant par ailleurs en permanence sous l’emprise des fausses informations de Dénikine au sujet des forces de l’UNR, l’ententophile Otaman attendra inutilement. Le soutien de l’Entente se bornera à un soutien diplomatique, notamment celui de Churchill incitant Dénikine à ne pas entrer en conflit avec les pétliouristes, pour lesquels le ministre de la Guerre britannique avoue avoir du respect.

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
Kiev, décembre 1918, lors d’un défilé triomphal. Au centre, S. Petlioura, chef des armées du Directoire ; à ses côtés, le chef du gouvernement V. Vynnytchenko, qui ne sut jamais trancher entre communisme et nationalisme. Bonne plume, mais politicien brouillon, Vénnétchenko abandonnera son poste quand l’Ukraine se trouvera au bord du gouffre, pensant diriger cette fois la République d’Ukraine Soviétique créée par les Bolcheviques. Témoignant en faveur de Schwartzbard lors du procès, il en regrettera le verdict une dizaine d’années plus tard…

En février 1919, l’Otaman général prend la tête du Directoire, gouvernement révolutionnaire de l’UNR, c’est à dire de l’Ukraine indépendante. 12 Comme il le fait depuis la fin 1917, sa principale mission consiste alors à repousser l’invasion des colonnes russes, quel qu’en soit l’étendard. 13 La situation est particulièrement chaotique, les troupes qui rallient l’armée petliouristes manquent de discipline, elles sont même commandées par de petits otamans profiteurs de guerre dans certains cas. Mais les troupes redoublent de rage contre les bolcheviques. C’est à ce moment que les pogroms sont les plus durs. Néanmoins les succès polono-ukrainiens d’un côté et blancs de l’autre, barrent la route aux Bolcheviques cherchant à rejoindre Bela-Kuhn, un Juif hongrois qui met la Hongrie à feu et à sang. L’Europe est sauvée, mais les deux à trois millions de Juifs ukrainiens subissent l’anarchie et la vindicte de certains combattants outrés par la « neutralité » des communautés juives, qu’ils soupçonnent de préférer les Rouges. (À vrai dire, les paysans ukrainiens ont eux aussi, durant quelques mois, succombé aux mirages du communisme, avant de comprendre la fausseté des slogans.) En février 1919, environ un millier de Juifs sont massacrés à Proskouriv, dans l’ouest, par Ivan Semessenko, farouche partisan de l’Indépendance. Il sera arrêté et plus tard exécuté, assez brutalement d’ailleurs. Dans le wagon-fourgon où on le jette se trouvent les chefs bolcheviques qu’il avait combattus la veille : deux Juifs et un Russe.

Petlioura opère sa réforme de l’armée en trois mois, ce qui pour l’époque, en pleine guerre civile et faisant face à plusieurs invasions, n’ira pas toujours de soi. Son discours à l’Armée prononcé le 26 août 1919 dénonce les pogroms sans ambages. Mais l’Otaman général ne se contente pas de tourner sa colère contre les Rouges et les Blancs en défaussant l’armée régulière, il invective également les éléments instables de ses propres rangs. Il considère même les Juifs comme une nation au sens politique, nation que des provocateurs essaient de compromettre pour attirer sur elle le sabre ukrainien. Le 11 août, Petlioura avait déjà mis en garde ses soldats contre les agents bolcheviques achetant à prix d’or leur fureur dans les pogroms, dans le seul but de diviser les masses laborieuses juives et ukrainiennes unies sous le même joug tsariste depuis trois siècles.

À cet instant précis, la quasi-totalité de l’Ukraine est libérée des Bolcheviques, le chef du Directoire est au maximum de son autorité tant politique que géographique. Même Clemenceau commence à comprendre qu’il peut miser sur lui. 14 La France laisse entendre qu’elle veut mettre sur pieds une alliance russo-ukrainienne contre les Bolcheviques, ce qui est immédiatement interprété par Petlioura comme l’annonce (si longtemps attendue) de livraisons d’armes et l’envoi d’officiers. Fin août 1919, par l’intermédiaire de Pétain, Petlioura cède Kiev (reconquise par les Galiciens) à Dénikine, pourtant ennemi juré des nationalistes ukrainiens et pogromiste notoire. Les troupes d’Ukraine centrale le prennent mal, la levée du drapeau russe sur la capitale ne se passe pas sans incident. Mais Petlioura est tout près d’une reconnaissance occidentale. C’est alors que l’affaire des pogroms « pétliouriens » aurait pu devenir une affaire géopolitique. Elle ne le deviendra qu’après coup. Pour l’heure, la France soutient plus ou moins l’Ukraine. Clemenceau se dit favorable à Petlioura et la presse française ne parle pas de pogroms en général. Dans le Monde Illustré du 25 octobre 1919, un article prorusse de Serge Stern, avocat juif d’Odessa émigré en France, n’en fait absolument aucune mention. Tout au plus se contente-t-il de minimiser l’importance des troupes pétliouriennes. Quoi qu’il en soit, ni l’Ukraine ni les pogroms n’intéressent les Français. Une administration spéciale pour alimenter la presse étrangère et « soviétiser » les comités juifs d’Ukraine ne sera mise en place par les Bolcheviques qu’en été 1920.

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
29 août 1919, libération de Fastiv près de Kiev, par l’Armée galicienne encore pétliouriste. Elle passera dans les rangs de la Garde Blanche en novembre. Pour l’heure, les Juifs de Fastiv rendent grâce aux troupes ukrainiennes dans leurs habits sacerdotaux. Sauvée des Bolcheviques, un mois plus tard la ville sera tout de même pogromisée par les Blancs de Dénikine. Certains témoignages parlent d’Ossètes et de Turkmènes. (Photo publiée dans le Monde Illustré du 01-11-1919, où l’article de F. Tessier est très favorable aux Ukrainiens.)

Juifs reconnaissants

Au printemps 1919, la situation s’était déjà assainie et les relations entre le Directoire et les assemblées juives se normalisent rapidement. Les premières réformes de l’Armée ukrainienne sont constatées avec soulagement par les Juifs de Podolie. 15 Le célèbre écrivain britannique Israël Zangwill, qui entend territorialiser les Juifs en Asie ou en Crimée plutôt qu’en Palestine, adresse une lettre de félicitations à Petlura le 20 octobre 1919 pour la manière dont les droits nationaux de la minorité juive sont défendus en Ukraine – contrairement en Pologne, souligne l’homme de lettres. 16

Arnold Margolin, un des quatre ministres pétliouristes d’origine juive, n’aura pour l’Otaman que de l’admiration et lui restera fidèle au-delà de la mort. Diplomate et chef des délégations ukrainiennes aux moments clés de la guerre, il expliquera en 1919 dans une interview au Jewish Chronicle de Londres que le gouvernement de Petliura n’était pour rien dans les violences commises contre la population juive. 17 Des avis contre les pogroms étaient affichés dans les villages, les coupables étaient jugés et châtiés, mais toujours d’après Margolin, et particulièrement en février et mars 1919, les Cent Noirs et les Rouges tentèrent de discréditer l’Ukraine aux yeux du monde civilisé en pogromant davantage. Après ces vagues de violences, M. Margolin proposa sa démission en tant que Juif — on l’a refusa —, mais on lui offrit en retour l’honneur d’entrer dans la délégation ukrainienne à la Conférence de la Paix. Dans cet entretien, le juriste ukrainien considère même l’élimination des éléments pogromistes au sein de la société ukrainienne comme une mission des démocrates pétliouristes.

Margolin avait été l’avocat de Beilis, un Juif ukrainien accusé par l’ordre tsariste d’avoir commis un crime rituel en 1911, procès retentissant qui avait choqué le monde face à l’antisémitisme encouragé par l’État dans l’empire russe. L’affaire Petlioura-Schwarzbard allait en être la revanche en quelque sorte. L’avocat fut surtout au cœur des négociations avec la France, qui occupa le sud de l’Ukraine entre décembre 1918 et avril 1919. Il n’en obtint rien. Il faut croire que les Français étaient moins gênés par l’antisémitisme des Blancs que par l’antisémitisme tant décrié des Ukrainiens. Paris envisageait même une partition de l’Ukraine à la manière d’un Poutine aujourd’hui. Il s’agissait ni plus ni moins de faire main basse sur le blé et d’annihiler le pouvoir local, qu’il soit russe ou ukrainien, le tout bien sûr sous couvert de « front antibolchevique ». C’est ici que Petlura commit une erreur majeure en voulant à tout prix ménager la France. Pourtant, le fait de faire bonne figure en jouant la carte philosémite n’allait rien changer à la situation de l’Ukraine. En revanche laisser un croiseur français bombarder Odessa sera fatal à l’image du Directoire et de Petlioura dans la région. L’un dans l’autre, Petlura n’était pas disposé à une sanglante confrontation avec la France et à cet instant précis il était favorable à une protection française étendue à toute l’Ukraine. Ironie de l’histoire, le général Franchet d’Esperey, commandant en chef les forces d’intervention, se plaindra lui-même de la population juive d’Odessa en laquelle il ne verra qu’un relais de propagande bolchevique fatal au moral des troupes. 18

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
Évacuation française d’Odessa, mars 1919. À Kherson, un bombardement des Alliés fait 200 victimes parmi la population et 500 parmi les prisonniers encore tenus dans un entrepôt. Les troupes provisoirement pro-bolcheviques de l’otaman Grigoriev, dix fois supérieures en nombre, s’emparent des ports. Suivent plusieurs pogroms et l’aventure d’autres otamans…

Exil pour l’assassin et sa victime

En octobre 1920, après avoir obtenu quelque succès, mais bientôt lâché par ses alliés polonais, Petlura est contraint de désarmer ses troupes en Pologne. Commence alors une vie d’exil qui le mènera à Paris en 1924. L’Otaman en chef aura le temps d’y fonder la revue Tryzoub (le Trident) précieux organe d’information de l’émigration ukrainienne. En Pologne, le retour au pouvoir du maréchal Pilsudski, ami et compagnon d’armes, aurait pu déboucher sur une nouvelle alliance polono-ukrainienne et l’intégration des officiers petliouristes dans l’armée polonaise. La mort subite du leader ukrainien la rendra impossible…

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
Fiche anthropométrique de Samuel Schwartzbard.

Quant à l’assassin, c’est un personnage flou aux intentions précises. Répondant au nom de Schwartzbard Samuel-Sholem (né en 1886 en Bessarabie au sud-ouest de l’Ukraine selon certaines sources, ou bien d’après ses propres dires, à Smolensk en Russie, avec pour date de naissance celle de son frère, histoire de brouiller un peu plus la trace de ses forfaits passés) est quoi qu’il en soit un Juif « russe » naturalisé français, bien qu’ayant été chef d’expéditions punitives, agitateur public pour le compte des bolcheviques, et repris de justice condamné pour vol. Les sympathies « anarcho-communistes », mais aussi soviétiques, ainsi qu’un lourd passé criminel sont avérés, pour autant, le procès omettra d’en parler, insistant au contraire sur les détails à charge pour la victime. 19 Familiarisé avec les armes de par son passé de malfaiteur, de légionnaire français et de tchékiste reconverti dans le petit commerce, il mène à première vue une vie tranquille d’horloger dans une petite boutique du boulevard de Ménilmontant et a donc la couverture adéquate. Comme une multitude d’autres agents issus de l’émigration, il s’est installé depuis 1920 à Paris en tant que « sleeping agent » et s’appuie sur tout un réseau de complices qui tel Volodine (dont il sera fortement question plus bas) approchent Petlura et son entourage, se renseignent sur son adresse et ses habitudes. Sa mission est double : il ne s’agit pas seulement d’éliminer physiquement le chef du gouvernement ukrainien en exil, mais de faire passer son bourreau pour le vengeur du peuple juif opprimé par les nationalistes ukrainiens. En cela, son profil est idéal. À condition que les jurés des futures Assises ne sachent rien de son passé bolchevique…

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
La fille et l’épouse de Simon Petlura.

Schwartzbard sait tout en revanche des habitudes de sa proie quand le jour « J » arrive. Simon Petlura habite avec sa femme et sa fille dans un modeste appartement sans cuisine, dans le Quartier Latin non loin de la Sorbonne, rue Thénard. Les Petlioura ont pour habitude de déjeuner à l’extérieur, mais en ce 25 mai 1926 l’Ukrainien décide d’y aller seul, sa femme étant souffrante, et comme à son habitude, sans aucune protection malgré la certitude acquise depuis peu qu’on le faisait suivre. Selon le témoignage de l’épouse Schwartzbard, c’est à ce moment précis que « l’horloger tranquille » quitte précipitamment son repas après avoir reçu un étrange coup de fil. Il part rejoindre sa future victime qui après un bref déjeuner décide de s’arrêter quelques instants devant la vitrine de la librairie Gibert, à l’angle de la rue Racine et du boulevard St-Michel. Vêtu d’une blouse blanche, Schwartzbard s’avance et interpelle l’homme d’État ukrainien par son prénom : Symon Vasyliovytch ? Quand Petlura se retourne, un premier coup de feu retentit. Il y en aura sept, blessant la victime à cinq reprises, dont l’une infligera le coup mortel porté au cœur.

Le procès aux assises

Le Trident était le journal de Petlioura. Le Trident c’est l’arme du diable. (Rires).

Acquitté par huit voix contre quatre, malgré une foule de preuves accumulées contre l’assassin et un exposé objectif de l’histoire de l’Ukraine, mettant en exergue la personnalité réellement démocratique de Petlura et son action favorable aux minorités nationales, notamment juive, l’assassin sortira du procès en ayant atteint tous les objectifs de sa mission. Les nombreux témoignages émanant de Juifs ukrainiens disculpant Petlura de tout antisémitisme et chargeant au contraire Schwartzbard sur la question du complot, ne furent tout simplement pas entendus. Le simili-procès fera couler beaucoup d’encre en faveur du meurtrier « innocent », soutenu par un aréopage d’intellectuels et d’hommes politiques cités par la défense, mais n’ayant jamais assisté à un seul pogrom, d’ailleurs la culpabilité de Petlura ne sera jamais démontrée. Albert Einstein, Joseph Kessel, Léon Blum, Édouard Herriot (qui cinq ans plus tard sera en Ukraine soviétique en plein génocide par famine, pour déclarer qu’il n’y avait pas matière à s’inquiéter…) Ce rassemblement donnera naissance à la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, originellement LICA), dont le fondateur, Bernard Lecache, était issu d’une famille juive d’Ukraine, lui-même prosoviétique et ancien secrétaire de Me Torrès!

Les Assises se tiennent à Paris à partir du 18 octobre 1927, après une instruction bâclée au cours de laquelle aucune enquête approfondie (perquisitions, convocations de témoin) ne fut entreprise pour déterminer le profil de l’assassin. Autrement dit, dans ce procès traitant d’un assassinat politique, la Justice a délibérément ignoré l’activité politique présente et passée de Samuel Schwartzbard. Or ce dernier mentait sur son activité passée en utilisant l’homonymie du prénom de son frère sans que la police n’ait jamais tenté d’éclaircir ce « point de détail » administratif, pas plus qu’elle ne s’est intéressée aux fréquentations anarchistes de l’assassin (plutôt étrange pour la police française). De fait, le « vengeur » recevait à domicile tout un groupe d’activistes de tendance anarchiste. 20 Rien ne fut entrepris non plus dans la recherche d’éventuels complices, ce qui aurait consolidé la thèse de l’assassinat politique. Et pourtant, une pièce à conviction aurait pu à elle seule faire basculer le procès si on l’avait prise en compte : un pneumatique envoyé par l’assassin… après son arrestation !

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
Les Schwartzbard et Me Torrès

En effet, la lettre postée à l’Hôtel de Ville et dont le cachet indiquait «2h35» (14h35) prouve à elle seule que Schwartzbard agissait en équipe, étant donnée l’antériorité du meurtre (14h10-14h15) suivi d’une arrestation immédiate. À cette question, on répondit qu’il s’agissait d’une erreur humaine, « que c’était comme ça et qu’on n’y pouvait rien ». Or le tampon horaire, mis à jour toutes les cinq minutes, ne pouvait être modifié au point de déplacer les heures, en plus des minutes, si ce n’est par une exceptionnelle maladresse du préposé. Toutes ces omissions du juge d’instruction, aux yeux duquel l’affaire était limpide, le crime ne nécessitant pas d’aveux, n’apportèrent rien d’intéressant au dossier. Tout le procès allait se dérouler uniquement sur la base de témoignages, le plus souvent indirects, sur la personne et le gouvernement de Symon Petlura.

L’avocat de Schwartzbard l’étranger fait citer des personnalités françaises ou occidentales à la hauteur de la mobilisation : Langevin, Einstein, Bernard Lecache qui va profiter de l’occasion pour créer la Lica, future Licra, Romain Rolland, Victor Margueritte (écrivain pacifiste) ainsi que d’autres auteurs aujourd’hui moins connus, dont la comtesse de Noailles, d’origine roumaine, mais première femme décorée de la Légion d’honneur et poétesse couronnée par l’Académie. Les Juifs « russes » sont remarquables de notoriété eux aussi : Moïse Goldstein, ancien avocat de Tolstoï ; le leader sioniste Léo Motzkin, né en Ukraine, et surtout Elias Tcherikower, Juif ukrainien, historien des pogroms en Ukraine. 21 Bien entendu, comme les témoignages recueillis en Ukraine occupée par les Bolchevique ne concernent pas les pogroms des vainqueurs, ceux incriminant l’État-major de Petlioura n’en sont que plus suspects. Mais la Cour n’entend pas aborder cette question.

Lier pogroms antisémites
et idée ukrainienne

Une des spécificités des pogroms antisémites survenus après la révolution de 1917 est qu’aucune organisation de secours ou d’enquête ne fut mise en place au moment des faits. Les violences furent décrites tout d’abord par voie de presse, principalement via des journaux juifs. Les témoignages et secours ultérieurs furent pris en charge par des comités plus ou moins dépendants des Soviets, lesquels occuperont la presque totalité de l’Ukraine dès la fin de 1919.

La figure d’Arnold Gillerson illustre cette participation de collaborateurs de premier plan invités par Torrès : lui-même célèbre juriste de Kiev, il s’appuie sur les dépositions recueillies parmi les victimes et les témoins pour rédiger des rapports sur le déroulement des violences antisémites commises durant l’hiver 1919 dans la ville d’Ovroutch en Volynie et à Proskouriv en Podolie.

En septembre 1920, Bolchevique et Polonais se partageront l’Ukraine et à la fin de 1921 la Guerre civile russe prendra fin. À ce moment précis, plus question de pogroms « idéologiques » dans l’interprétation officielle. Autant les autorités bolcheviques avaient insisté sur l’aspect politique des pogroms durant la guerre, autant les pogroms d’Ukraine ne devaient plus être vus que comme de simples émeutes et pillages… Au même moment, une famine touchant l’Ukraine et le sud de la Russie sera instrumentalisée par Lénine pour faciliter la reconnaissance du pouvoir soviétique par les Occidentaux. Il ne sera de nouveau question des pogroms de 1918 et 1919 qu’à l’occasion du procès Schwartzbard qui ne sera envisagé que sous l’aspect propagandiste.

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
César Campinchi, ténor corse du barreau parisien

Me Henry Torrès, avocat célèbre, engagé politiquement, compagnon de route du Parti communiste un certain temps, va utiliser à plein les carences du système judiciaire de l’époque, les faiblesses du dossier, ainsi que celles des avocats de la partie civile, Maîtres Campinchi et Willm, des militants et des élus de gauche modérés, aux ambitions politiques certaines, mais ne comprenant pas toujours les Ukrainiens. Ils seront de manière générale beaucoup moins à l’aise dans cette affaire. Torrès saura également masquer ses propres faiblesses, à commencer par l’absence de preuves et surtout l’absence de solides témoignages sur la prétendue violence antisémite exercée par Petlura en personne. Pour cela il freine les débats, se lance dans des joutes verbales amusantes pour le public, mais inutiles pour le progrès de la vérité. Me Campinchi lui offre de belles répliques, mais Torrès qui est également scénariste, dialoguiste et dramaturge à ses heures, sait camper un décor et mettre les spectateurs en situation. Le prétoire est son plateau. Disposant de 85 témoins — mais dont seulement sept sont des témoins directs — il s’acharne à gagner du temps par ses finasseries et n’hésite pas à moquer le mauvais français des témoins de la partie civile (la plupart du temps ils s’exprimeront dans leur langue d’origine sans contrôle sur la traduction). Du reste, il évite d’inviter à la barre trop de Juifs « russes », considérés comme culturellement inférieurs par les Juifs de l’ancienne diaspora eux-mêmes. Autrement dit, universalité des valeurs françaises contre Moyen Âge barbare des ghettos.

Outre ce « toilettage », la méthode Torrès est très simple : attaquer pour mieux défendre, obscurcir l’affaire au lieu de l’éclaircir, et pousser les jurés vers les affres du doute. L’éventualité d’une erreur judiciaire aux conséquences fatales les paralysera. D’autre part, son meilleur allié se trouve à l’extérieur, à savoir le comité de soutien, appuyé par certains groupes de pression, les uns nationaux, voyant en Schwartzbard un nouveau David, les autres idéologiques, relayant la propagande soviétique. Ils parviennent à convaincre V. Jabotynsky, Juif lui-même, de revenir sur ses déclarations qui, peu de temps auparavant, dédouanaient Petlura et l’intelligentsia ukrainienne de tout antisémitisme. 22 Ils convainquent également M. Revutsky, ancien ministre aux questions juives du gouvernement de la République Populaire d’Ukraine (Juif lui aussi) de témoigner par télégramme en défaveur de Petlura, alors que son nom ne figurait pas au dossier.

A contrario, les incohérences des déclarations de l’accusé ne sont pas prises en compte. Pourtant, elles sont de taille. Tour à tour athée puis fanatique religieux, envoyé par le prophète Isaïe en personne (!) Schwartzbard ne sait plus sur quel pied danser pour atténuer sa responsabilité vis-à-vis des experts-psychiatres, qui du reste ne diagnostiquent aucune démence, mais une certaine « monomanie ». On ne peut dire aujourd’hui de quelle manière le jury fut influencé par ce rapport.

Complicités soviétiques
passées sous silence

Outre ces incohérences — trop nombreuses —, la cour aurait dû accorder plus d’attention à la question des complices, mais ni les témoins de la défense ni ses avocats ne purent l’en convaincre, étant eux-mêmes peu préparés. Le rôle de certains personnages troubles, tel Mykhaïl Volodine, trait d’union entre l’assassin et sa victime, ne fut jamais mis en lumière. Ce dernier aurait été l’un des protagonistes du procès si Michel (Élie) Dobkowski, un ancien bolchevique, n’avait reçu diverses menaces de sa part. Ce témoin important allait par la suite publier ce qu’il savait de Volodine, mais n’ayant pas prêté serment, son témoignage de 20 pages lu au début des Assises ne fut tout simplement pas pris en compte. 23

Volodine était de nationalité russe, arrivé à Lviv dès 1920 pour y prendre contact avec les Ukrainiens de tendance moskophile (hostiles à l’indépendance) et infiltré comme espion parmi les soldats de l’armée ukrainienne pour le compte des Bolcheviques. Après avoir participé à la terreur rouge en Extrême-Orient durant la guerre civile, et s’être fait expulsé de Tchéco-Slovaquie en 1922 pour sa participation à un « soulèvement » communiste, Volodine se retrouva à Berlin où il fit la connaissance de M. Dobkovski, cette fois en tant qu’anarchiste russe. C’est en 1925 qu’il s’installe à Paris en toute illégalité, à l’occasion d’un congrès socialiste. Il y rencontre un Schwartzbard bien implanté dans le milieu anarchiste et se fait passer lui-même pour un pauvre émigré. C’est en fréquentant certains Ukrainiens comme Mykola Chapoval que Volodine obtient les renseignements sur Petlura.

Cette version des faits nous est rapportée par Dobkovski lui-même dans sa lettre au procureur de la République, lue devant la cour le 20 octobre, et dans laquelle il présente Volodine comme un agent de la Guépéou impliqué dans l’assassinat. Schwartzbard réagit violemment à ce document en traitant Dobkovski de « Judas au peuple juif », tandis que Me Torrès tentera de minimiser l’impact de ce témoignage en présentant son auteur comme un provocateur tsariste, citant un certain Burtsev qui — ironie du sort — démentira lui-même ses propos quelques années plus tard…

Chapoval racontera lui aussi, quelque temps plus tard, dans son ouvrage « Sur la mort de Petlioura » comment Schwarzbard et Volodine s’étaient rencontrés non loin de la rue Racine, lieu du crime, et comment le Russe lui transmit les ordres. Dans une lettre de l’assassin adressée à sa femme, Volodine ajoute au crayon : son acte doit s’accomplir aujourd’hui. Chapoval n’en témoignera pas au procès et Volodine niera toute relation avec l’accusé.

Tous les éléments impliquant les services soviétiques furent bien sûr écartés au procès, tout comme on tut les relations de l’assassin avec l’organisation ukraino-bolchevique de France 24 aux ordres de Kharkiv, alors capitale de la Rép. Soc. Sov. d’Ukraine. Les preuves impliquant ce milieu seront retrouvées dans les années 90 par plusieurs chercheurs, dont un français, Sébastien de Gasquet. 25 D’après un message des renseignements allemands adressé au Quai d’Orsay le 29 juillet 1926, c’est un des membres clés de cette « association », Arthème Galip, qui aurait donné l’ordre d’assassiner Petlioura. Galip avait été vice-ministre de l’hetman Skoropadsky en 1918 ; émigré en France et passé entre-temps dans le camp soviétique, les instructions quant à l’assassinat de Petlioura lui auraient été transmises par l’intermédiaire de l’ambassadeur soviétique à Paris, Rakovski en personne. 26 Bien évidemment, les relations franco-soviétiques étant en jeu dans cette affaire, aucun membre de ladite société n’est inquiété, pas même durant l’instruction. Rakovski est expulsé en hâte le 17 octobre 1927, juste avant le procès qui débute le 18. Aucun adieu protocolaire, sans doute sur le conseil de son avocat, un certain Me Torrès…

Malgré tout, les documents écrits impliquant les Bolcheviques seront soigneusement détruits pour la plupart. Bien plus tard, une fois le communisme disparu au début des années 1990, l’historien ukrainien Youri Chapoval retrouvera tout de même dans les archives de la SBU une lettre 27 datée du 21 janvier 1927 et adressée au secrétaire général du Comité central du Parti communiste d’Ukraine, Lazare Moïsseïevitch Kaganovitch par Alexander Schlichter, bolchevique ukrainien et membre délégué des Affaires Étrangères soviétiques en Ukraine, qui y traite des directives liées au procès Schwartzbard. Comme le prouvent ces archives, l’ambassade soviétique à Paris a bel et bien servi de relais afin d’orienter l’affaire dans un sens favorable à Moscou. Ainsi le 18 février 1927, une somme conséquente fut allouée à la mission de M. Popov à Paris durant le procès. Bien qu’ancien menchevik, ce membre du Politburo d’Ukraine avait toute la confiance de Staline, lequel vit très vite en lui son homme lige et propagandiste attitré. Il se voit donc confier la délicate mission de coordonner sans doute la partie la plus importante du plan : l’anéantissement de l’image des exilés ukrainiens en tant que victimes des Bolcheviques. Il fallait juger Petlioura pour mieux justifier l’invasion de l’Ukraine.

1926 marque un tournant dans l’histoire des répressions en Urss. Alors que la plupart des historiens français ne se polarisent que sur les grandes purges de 1937, on oublie comment l’ascension de Staline et la terreur rouge furent patiemment préparées par une poignée de bolcheviques ukrainophobes. Ce sont les mêmes qui en 1932 et 1933 feront périr des millions d’Ukrainiens dans le silence du monde. Aujourd’hui nous avons la preuve écrite de ce que savait la diaspora ukrainienne depuis le premier jour : Petlioura a bien été exécuté par Moscou. Beria, le futur Himmler de la Gestapo soviétique, en est lui-même la source. Il n’était alors qu’un tueur et apparatchik de classe régionale lorsqu’il écrivit, au sujet des exilés, qu’on aurait pu les neutraliser si Moscou avait dépensé autant d’argent que pour assassiner Koutiépoff et Petlioura. 28

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
Simon Petlura en émigration, janvier 1926

Au regard de toutes les pressions et de tous les subterfuges utilisés contre lui, il est difficile d’imaginer comment l’issue du procès aurait pu être positive pour le mouvement ukrainien. Malgré deux cents documents témoignant des efforts déployés par l’Otaman pour faire cesser les pogroms, et malgré les témoignages capitaux de Dobkowski et du général Chapoval, la Justice française estimеrа qu’il n’y avait pas lieu de chercher la main de Moscou dans cette affaire. Dix ans plus tard, une fois la pression médiatique retombée, les deux sœurs de l’Otaman restées au pays seront à leur tour froidement exécutées dans l’indifférence la plus totale. 29 Entre-temps, d’autres exilés ukrainiens, mais aussi russes ou géorgiens opposés à Moscou et aux Bolcheviques seront la cible des services secrets soviétiques, sans extension toutefois du thème antisémite, réservé aux seuls nationalistes ukrainiens. En réalité, la condamnation à mort de Petlioura n’avait rien d’un secret d’État. Le fait est peu connu, mais dans les archives de la SBU sont conservées les minutes d’un procès par contumace orchestré par les Bolcheviques contre l’UNR et l’opposition ukrainienne. Il s’était tenue en Ukraine cinq ans avant l’assassinat parisien. Dans l’article 10 du verdict figure le nom de Petlioura qui en sa qualité de franc-maçon, d’Оtaman général et de chef du Directoire était purement et simplement condamné à mort.

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura
Un Petlioura caricaturalement négatif réapparaît juste après sa mort

L’assassinat de Simon Petlioura était donc planifié depuis longtemps. La question était de savoir quels profits pouvait en tirer Moscou sur le plan médiatique et, de ce point de vue,  à quel moment cette « exécution » serait la plus opportune. Le retour du Maréchal Pilsudski au pouvoir après le coup d’État de mai 1925 a sans doute précipité la décision. La propagande anti-pétliouriste s’est soudain réactivée en Urss. Deux mois plus tard seulement, commençait à Odessa le tournage de Pilsudski a soudoyé Petlioura, un film de propagande anti-ukrainien qui sortira à point entre l’assassinat et le procès. On l’enverra ensuite en France juste après le verdict, en novembre 1927. Et c’est un tchékiste juif ayant lui-même participé au martyr des pétliouristes après la victoire des Rouges qui eut l’idée du scénario ! 30 D’autres films soviéto-ukrainiens tenteront de noircir le personnage, comme le fameux Arsenal de Dovjenko ou Arsenaltsi de Lès Kourbas, sortis dans les mêmes années. L’acharnement employé à détruire l’image de Petlioura s’expliquait par la popularité que son assassinat risquait de raviver. De ce côté-là, on peut dire que le procès parisien fut une belle mise en scène. ◊

NSM

  1. Gens de l’est en général. L’expression était courante en ce temps-là.
  2. Affaire Merabachvili, émigré géorgien qui tua à coups de revolver son compatriote Veshapely, accusé par lui de pactiser avec les soviets, bourreaux de la Géorgie. L’assassin fut acquitté.
  3. Député socialiste (anti-marxiste) de St Denis avant la guerre. Me César Campinchi était quant à lui rad-soc et sera plusieurs fois ministre dans les années 30.
  4. Voir L’Ukraine et le cauchemar rouge. Les massacres en Ukraine. La version traduite en ukrainien est consultable ici.
  5. Journal des débats, 23 oct. 1927, page 4.
  6. Voir la collaboration active d’Édouard Herriot au génocide ukrainien dans cet article.
  7. En 1939, Chapoval organisera l’incorporation des résidents ukrainiens dans l’Armée française. Il s’était catégoriquement opposé à Petlioura sur la question sociale et surtout galicienne.
  8. Editorial du 27 octobre 1927 signé « P. O. Dolbert ».
  9. En ukrainien : Sémen Petlura, Семен Петлюра.
  10. Article signé Alexandre BENNIGSEN, émigré Blanc.
  11. Otaman avait été un titre cosaque. Il revint à la mode en 1917-1921, tout aussi bien au sein des troupes régulières que des formations hors-la-loi ou irrégulières.
  12. OuNR : Transcription du sigle ukrainien Oukraïnska Narodna Respoubléka, ou Républiqque populaire ukrainienne.
  13. Voir la Chronologie
  14. Clemenceau a toujours été plus ou moins favorable au nationalisme ukrainien, mais hostile à une aide directe, surtout si elle devait heurter les impériaux grands-russiens…
  15. Voir les lettres originales en ukrainien.
  16. The Jewish Pogroms in Ukraine. Documents, Official Orders, and other Data bearing upon the facts as they exist today. Compiled and issued by the friends of Ukraine. Munsey building, Washington D.C., 1919.
  17. L’interview est consultable dans cet ouvrage compilé par les Amis de l’Ukraine aux États-Unis: The Jewish Pogroms in Ukraine.
  18. Lettre du Gén. Berthelot à M. le min. de la Guerre, 19 fév. 1919, conservée aux archives historiques de l’Armée à Vincennes, sous la cote ShA, 20N273.
  19. L’historien canado-ukrainien Roman Serbyn a retrouvé dans les années 1990 les documents prouvant l’appartenance de l’assassin au milieu communiste de Paris. Par ailleurs, dans l’ouvrage d’Andriy Yakovliv « Paryz’ka trahedia » paru en 1930, on apprend que l’assassin avait entre 1917 et 1920 dirigé un escadron de tchékistes juifs en Ukraine, après que la France ait livré Schwartzbard aux autorités russes en tant qu’agitateur communiste lors d’une traversée vers Petrograd en septembre 1917… Son chef direct en Ukraine ne fut autre que Grigori Kotovski, ancien pistolero né comme lui à Balta et reconverti dans le crime révolutionnaire. Exécuter les prisonniers ayant eu le malheur de répondre en ukrainien au komissar Kotowski était monnaie courante.
  20. Dans les années 1920, cette notion était particulièrement floue en France ; peu savaient ce que les Bolcheviks avaient infligé aux anarchistes alliés aux Soviets, mais une sympathie pour 1917 demeurait et l’anarcho-bolchevique n’était pas un oiseau rare dans ce milieu…
  21. Cherikover a publié une compilation documentaire rassemblant des témoignages « directs » publiée en 1923. Antisemitizm i pogramy na Ukraine, 1917-1918. Berlin: Ostjudisches Historisches Archiv, 1923. Чериковер, Погромы на Украине.
  22. Jabotynsky avait obtenu de Petlura la création d’une gendarmerie juive, contre l’avis du Bund, mouvement socialiste et antisioniste juif opposé idéologiquement à toute idée de milice armée.
  23. Dobkowski, Élie dit Michel : Affaire Schwartzbald-Petlura. Champigny, Union fédérative socialiste, 1927.
  24. L’Union des Citoyens Ukrainiens en France.
  25. Co-auteur de « Recherches sur la France et le problème des nationalités pendant la Première Guerre Mondiale« , où il est question de l’Ukraine.
  26. Un roumano-bulgare de bonne famille, premier dirigeant de l’Ukraine bolchevique, devenu l’implacable Excellence rouge tant appréciée de Romain Rolland…
  27. Aujourd’hui conservée aux Archives nationales à Kiev et pour la première fois publiée en 1994 dans l’ouvrage de Youri Chapoval « Lioudéna i séstema », L’homme et le système.
  28. Lettre du 11 août 1930 au sujet du mouvement prométhéen, ligue des nations colonisées par Moscou. Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine (BDIC), Archives de la République indépendante de Géorgie (ARIG), Microfilm 881, boîte 48, rouleau 142, 11-08-1930.
  29. Une liste des opposants politiques au régime soviétique puis russe assassinés, enlevés ou piégés à l’étranger : Boris Savinkov, leader russe un temps allié à Petlioura et Pilsudski, piégé en 1924 et disparu sans nouvelles ; Simon Petlioura, symbole de l’indépendantisme ukrainien, assassinée le 25 mai 1926 à Paris par un « vengeur » juif;  Nicolas Tchkhéidzé?, leader géorgien, « suicidé » le 13 juin 1926 à Leuville ; Général Wrangel?, russe blanc, empoisonné en 1928 ; Général Koutiépoff, russe blanc enlevé et assassiné en 1930 ; Noé Ramichvili, leader géorgien assassiné à Paris le 7 décembre 1930 ; Michel Hrouchevsky, leader ukrainien, mort lors d’une opération de l’appendicite à Kislovodsk en 1934 ; Général Miller, russe blanc enlevé et assassiné en 1937 ; Yevhen Konovalets, leader ukrainien, fondateur de l’OUN assassiné à Rotterdam en 1938 ; Lev Sedov, fils de Trotski, mort au cours d’une opération de l’appendicite à Paris en 1938 ; Antanas Smetona, leader lituanien disparu lors d’un incendie à Cleveland en 1944 ; Alexandre Choumsky, communiste ukr. opposé à Moscou, empoisonné en 1946 au curare ; Msg Romja, évêque uniate ukrainien empoisonné en 1947 au curare;  Wilhelm von Habsburg-Lothringen, archiduc d’Autriche, très proche des nationalistes ukrainiens, enlevé à Vienne en 1947, mort à Kiev l’année suivante; Lev Rebet assassiné à Munich en 1957, probablement par projection de cyanure ; Stepan Bandera, assassiné à Munich en 1959, probablement par projection de cyanure ; Viatcheslav Tchornovil?, nationaliste ukrainien présidentiable, mort d’un « accident de la route » en 1999. Viktor Youchtchenko, candidat pro-ukrainien présidentiable, empoisonné à la dioxine en 2004 et ayant survécu à l’attaque. Concernant les leaders politiques russes opposés à Poutine, citons Sergueï Iouchenkov, abattu en 2003, et Boris Nemtsov abattu sous les fenêtres du Kremlin en 2015. Cette liste n’inclut pas les journalistes, ex-agents, militants des droits de l’homme, etc, tels Anna Politkovskaïa et Alexandre Litvinenko.
  30. Yakov Lifshits (Jakov Livšits) sera néanmoins lui-même exécuté lors des grandes purges en 1937.

1917 Antisémitisme Petlioura Pogrom Schwartzbard


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