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Le bleu marine, c'est le nouveau rouge
By PanDoktor Posted in Politique française on 13 mai 2014 9 min read
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Avec plus de 22 % d'intentions de vote dans les sondages début mai, le FN caracole en tête pour les Européennes et affiche sans vergogne ses « opinions » promoscovites. Le rêve européen de l'Ukraine pourrait bien achopper un jour sur l'obstacle Front National si par malheur le populisme européen l'emportait à Strasbourg. Au Kremlin, on y pense sérieusement. 

Avant même le début de la campagne officielle, Marine Le Pen et son entourage étaient déjà en lune de Miel avec le poutinisme. De nombreux voyages en Crimée et à Moscou effectués l’an dernier – mais jamais en Ukraine – laissaient présager du choix futur des nouveaux génuflecteurs de l’imperium moskovite. Et ça n’a pas manqué. Tels de braves petits soldats russophiliques ils appuyèrent aveuglément les positions de Poutine agressant et provoquant l’Ukraine. L’ancienne colonie devenue un peu trop européenne et démocratique au goût du tchékiste n’avait qu’à revenir dans le giron de Moscou ou bien crever. Des moyens exceptionnels et spectaculaires furent mis en œuvre par l’Armée rouge, mais pour Marine tout était normal. Seuls les « Bruxellois » étaient coupables de provocations en jouant avec le feu.

Peu de partis français
soutiennent l’Ukraine

Tant d’extrême-droite que d’extrême-gauche, en passant par la droite néo-gaulliste ou la gauche chevènementiste, tout ce qui est franchouillard dans la politique française acclamait la Crimée « libérée », accusait le maïdane d’être un repaire d’horribles nazis et vous en ajoutait une louche sur l’Ukraine fédéralisée,mais il va de soi, définitivement interdite d’UE et d’Otan, car par comble de ridicule, toute cette meute aboyante n’avait rien d’autre à dire contre les courageux Ukrainiens mis à part : « les fascistes, c’est eux ! »

Le bleu marine, c'est le nouveau rouge
Affiche du FN et contre-affichette antiputine, mai 2014

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon se découvrirent au moins un point commun le jour où à l’unisson ils refusèrent d’expliquer aux citoyens français d’origine ukrainienne venus les rencontrer dans les couloirs du Parlement de Strasbourg, pourquoi ils s’en prenaient ainsi au Maïdane. Mais compte tenu de la stratégie krémlinoputine, cette union des contraires semble avec le recul aussi naturelle que perverse. Si l’argument des « néonazis à combattre » est un grand classique auquel se joint à présent le Front National (avant d’en avoir été lui-même continuellement la cible dès son avènement, il y a plus de 40 ans) c’est que Moscou a désormais défini la limite entre bons et mauvais extrémistes. Ceux des pays de l’Union européenne sont les bienvenus, à condition de saper de l’intérieur l’intégration de l’Ukraine; cependant que de leur côté, les frontistes diabolisent et cataloguent les nationalistes ukrainiens selon des critères édictés au Kremlin. Ainsi de Svoboda, qui entretenait naguère de bonnes relations avec Jean-Marie Le Pen, et qui n’est plus considéré comme un parti ami…

Les choses sont très différentes au Centre et chez les écologistes. On a vu le Modem/Udi prendre fait et cause pour le Maïdane dans un superbe clip dénonçant les dangers du poutinisme s’insinuant en Europe. Mais c’est à peu près tout.

1 eurodéputé sur 5 sera poutinien

Si la hausse sondagière de l’euroscepticisme et de l’extrême droite européenne se confirmait le 25 mai prochain, les différents partis antibruxellois pourraient envoyer jusqu’à 150 députés à Strasbourg, soit un cinquième de l’hémicycle. Cela ne veut pas dire qu’ils formeraient une coalition, étant donné leurs divergences, mais s’il y a un point sur lequel ils s’entendent assurément, c’est la Russie. Ce sont les seuls européens à être allés en Crimée pour assister les petits hommes verts lors du pseudo-référendum; et leur mentor n’était autre que le plus russe des belgonazis, un certain Luc Michel, admirateur de Staline et de Khadafi ! Belle brochette de convives aux noces barbares de Poutine et de Marine. Mais le mariage homo n’est pas leur seul bobo. Et faire obstacle à l’intégration d’une Ukraine unie, libre et démocratique leur sera d’autant plus facile que la majorité du Parlement ne se hâte pas. (Plus de détails dans cet article très complet en anglais).

La géopolitique au secours
du Front National?

La géopolitique, science louche et parti-pris aux apparences honnêtes s’il en est, était déjà appréciée des nazis pressés de justifier « scientifiquement » leur appétit hégémonique. Elle se trouve encore en vogue un peu partout à l’extrême-droite, y compris chez nous. Ce n’est pas un hasard si la tête de liste Bleu Marine en Île-de-France pour les élections européennes (Aymeric Chauprade) se trouve être également le « Monsieur Russie » du FN. Ce géopoliticien prorusse, expression de plus en plus pléonasmique… ressemble à tous ceux qu’on trouve à la pelle sur le net de nos jours. Il pointe du doigt l’oncle Sam, mais se couche devant l’ourson Volodia. Et le rôle de la France dans tout ça ? On ne sait trop. Marine Le Pen ne voit pas d’impérialisme russe. Une catégorie qui n’existe que pour les islamistes et les mondialistes américains. Alors qu’elle appelle au retour de l’Etat-Nation et fustige le communautarisme, rien dans ses positions officielles n’indique un quelconque soutien au nation-building des peuples jadis captifs de l’Union soviétique. La version russe des événements mondiaux, cités ouvertement depuis les « sources » du nouveau KGB: voilà à quoi se résume toute la science géopolitique du Front 1.

Le FN et l’Ukraine, c’est fini

Monsieur Russie affirme que le Front est pour « l’intégrité des populations civiles d’Ukraine » 2. Une phrase typique d’apparatchik rompu à la realpolitik qui voudrait faire passer l’intrusion militaire russe dans la vie politique ukrainienne pour un conflit ethnique à l’africaine. Rien de tout cela en Ukraine, et les géopoliticards le savent fort bien. Tout le sens de cette manipulation langagière consiste à justifier une véritable intervention russe, présentée bien sûr comme humanitaire. Aymeric Chauprade n’a pas de talents particuliers pour le mensonge, mais il en abuse effrontément. 3 A moins que le problème viennent de nous et que nous ayons un peu de mal à suivre sa pensée oblique ? Il ne cesse de répéter en boucle « mieux vaut Poutine qu’Obama »; mais alors qu’il se dit souverainiste, le conseiller et représentant du premier parti aux européennes n’hésite pas à s’asseoir sur la souveraineté d’un peuple européen; et tout en se disant patriote, ne voit rien de mieux pour la France que la nouvelle Russie et son empire. Hier c’était avec le Reich allemand, aujourd’hui c’est avec le Rashastan. Quid novi?

Sur le plan intérieur, en revanche, le choix de la grande Russie demeurée très « sovietskaïa » aux entournures, semble a priori cohérent. L’idée qu’une Russie puissante et agressive puisse faire de nouveau contrepoids au monde anglo-saxon attire les nouveaux électeurs du Front national, – en partie d’anciens électeurs communistes élevés dans l’amour de Mère Russie, la soumission à ses apparatchiks occidentaux, et formatés pour suivre un parti de masse. Certes, le discours prochrétien du Front va devoir maintenant composer avec l’image de Lénine défendue par les séparatistes du Donbass, mais le parti et ses petits cousins hollandais, hongrois, ou italiens semblent prêts à tout désormais pour intégrer les dogmes soviétiques jadis tant honnis dans leurs milieux respectifs. Le bleu marine, c’est le nouveau rouge! ◊ PS: De là à dire que l’europoutinisme sera un jour subventionné par l’Union, on n’en est pas encore là. Mais le 25 mai, jugeons bien et votons! Le Parlement européen, ce n’est pas que des lois sur l’environnement ou la cigarette électronique…

 

 

  1. Conférence de presse de janvier 2014
  2. Source : chauprade2014.com, site officiel de la campagne.
  3. Quand Monsieur Russie et le Front national présentent la tuerie d’Odessa du 2 mai dernier comme « un crime de masse » commis toujours par ce fameux et mystérieux « Secteur Droit », et appellent le gouvernement français à le condamner fermement, ils oublient que chaque jour dans l’est du pays meurent des soldats ukrainiens pour que l’élection présidentielle du 25 mai puisse se dérouler dans des conditions normales, et que les Russes d’Ukraine puissent par conséquent s’exprimer librement. Pour quelqu’un qui se présente devant les urnes, M. Chauprade semble quelque peu éloigné du minimum démocratique requis lors d’une élection.
    En janvier 2015, Marine Lepenskaïa désavouait Aymeric Chauprade après ses propos sur les musulmans; elle rejetait en bloc la théorie du «choc des civilisations», développée par l’eurodéputé dans une vidéo, et annonçait que Chauprade ne serait plus conseiller spécial aux affaires internationales. En novembre 2015, il rompait avec Marine Le Pen en dénonçant l’influence de Florian Philippot et plaidait le retour de Philippe de Villiers dans un parti recomposé à droite! De Villiers, qui est dans la wishlist de Poutine, il va de soi. Entre-temps le Vendéen a rallié MLP et Chauprade offert ses services à un autre roublophile, qui en mars 2017 était toujours candidat à la magistrature suprême nonobstant le scandale des emplois fictifs touchant sa famille.

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