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Le syndrome "Maïdan Wars Z" et la Putin-TV 
TOP-5 DE L’INTOX RUSSOPUTINE 
By PanDoktor Posted in L'Ukraine en danger!, Maïdan on 16 mars 2014 12 min read
La Crimée, le Gotland des Russes ?  Previous Taras Chevtchenko  Next
En Crimée, comme un peu partout en Ukraine et surtout en Russie continentale, sévit un fléau qu'on pourrait qualifier d'épidémie zombifiante. L'endoctrinement de masse et le lavage de cerveau par les ondes s'attaquent aux plus faibles, mais atteignent tout aussi bien ceux qu'on aurait pu croire immuns.

C’est tout l’inverse du Maïdane, qui a réanimé l’Ukraine et l’esprit de liberté dans ce qu’on pensait être le corps mort électoral de l’Ukraine : l’Est russifié 1. La charge moscovite qui a suivi n’a fait qu’étendre ce réveil, tandis qu’aux confins du monde ukrainien, la foule qui s’est mise à scander en russe toutes les âneries de la Guerre froide me fait penser à des morts-vivants. C’est le syndrome de Maïdan Wars Z.

Les symptômes ? Fièvre coloniale et nostalgie maladive du passé soviétique. Hystérie anti-occidentale, stalinisme latent ou déclaré. L’entendement du Russe moyen sombre alors dans une totale apathie, ou a contrario, se montre extrêmement réactif à certaines combinaisons aberrantes, comme celle-ci, au hasard… Ukraine + Démocratie = Fascisme, ou encore celle-là : Ukraine + Indépendance = complot de la CIA. Des spécialistes affirment, qu’en somme, ce tour de force médiatique n’a rien d’extraordinaire, qu’il repose sur des peurs et des phobies plus anciennes, – comme dans le cas des Juifs et des Allemands sous l’action de la Propagandastaffel par exemple – car il est finalement aisé de mettre en branle les forces irrationnelles de l’âme russe, cette grande enfant…

On oublie pourtant l’essentiel : depuis quand les Russes craignent-ils les Ukrainiens ? Ceux-ci ne présentent aucune menace, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur. Ils n’ont absolument aucun pouvoir, aucune force ni aucune influence sur la politique russe. En Ukraine, la langue russe domine, écrite-jurée-parlée… et les citoyens, de toutes origines et de toutes croyances ont chassé un assassin, voleur et traître sans jamais s’en prendre à des civils, qu’ils fussent russophones ou non ; ils les ont au contraire invités à rejoindre la révolution. Alors de quelles persécutions souffrent donc les Russes exactement ?

D’aucune. C’est pourquoi il fallait en créer la fiction. Un exercice de base pour les petits Goebbels du Kremlin qui orchestrent ce genre de show avec tous les accessoires requis, comme nous allons le voir. Tout n’est donc que vue de l’esprit, paranoïa collective, délire obsidional et systématisé. En analysant cinq messages-clés de trois grandes chaînes russes diffusées en Ukraine, on comprendra d’où vient le mal ; mais les ficelles sont si grosses qu’on peine à comprendre comment les plus éduqués et les plus observateurs des téléspectateurs russes ou français se laissent tout de même appâter par la télé de Poutine. Toujours le syndrome de Maydan War Z ?

Le syndrome "Maïdan Wars Z" et la Putin-TV 
La russophone-type selon les scénaristes du Kremlin. Elle doit faire « peuple » sans trop se faire remarquer. On la voit un peu partout en Ukraine, ce matin encore en Crimée, lors du faux référendum. Comme elle.

Pour rappel, les forces spéciales russes déguisées en « miliciens » anonymes, comme tout droit sortis d’une superproduction hollywoodienne, occupent les points stratégiques de la péninsule depuis le 27 février – sans que personne les ait appelées à l’aide, précisons-le ! Les méchants Ukrainiens de la télé leur font peut-être peur, admettons ; mais comment parvient-on à rassurer une population, qui n’a rien demandé, avec cette horde débarquant d’on ne sait où et imposant sa loi ? Sans doute un des mystères de l’âme russe… Ou plus exactement, cette mise en scène a pour fonction d’amener un élément dramatique en un lieu qui en était totalement dépourvu.

Quoi qu’il en soit, l’image ne suffit pas, les « petits hommes verts » ont ordre de ne rien dire, mais les journalistes officiels, eux, ont ordre de l’ouvrir ! Et si vraiment la guerre devait éclater, le Kremlin pourrait déjà leur remettre une médaille…  Si fait ! D’après les Viedomosti, par l’oukase présidentiel n°270 du 22 avril 2014, la Russie récompense 300 professionnels de la presse et des médias ayant relaté les événements de Crimée « avec objectivité ». En tête du classement, bien sûr, VGTRK, l’Ortf russe en quelque sorte, avec plusieurs chaînes comme Russie 1, Russie 2, Euronews, Russie 24; suivent la Première Chaîne nationale, NTV, Russia Today et LifeNews. Inutile de préciser que TV Rain et Radio Echo Moscou (non-alignés) n’ont rien reçu.

TOP-5 DE L’INTOX RUSSOPUTINE

Intoxe n°1 : La Crimée veut être rattachée à la Russie, la Russie ne cherche qu’à protéger la population locale.

Les images de Crimée font la Une des grands journaux télévisés moscovites. On y voit systématiquement des hommes en arme, sans drapeau ni insigne, mais dans les foules amies, des rubans dits de St George, signes distinctifs inventés récemment pour honorer les vétérans de la « Grande Guerre Patriotique ». On y verse systématiquement des témoignages du genre : « Je voudrais être en Russie parce qu’ici, c’est le chaos. Le nouveau pouvoir a du sang sur les mains ».

On insiste bien sur le fait que les p’tits hommes verts ne sont pas des troupes régulières russes, mais des groupes d’autodéfense locaux, « protégeant » le territoire de Crimée. Car les troupes ukrainiennes, elles, désertent en masses et les gens quittent le pays. Seulement, les images montrant cet « exode » ne proviennent pas de la frontière russe, mais polonaise ; quant à l’armée ukrainienne, en réalité elle résiste, certes sans riposter, mais en gardant tout son sang-froid…

Le « référendum » sur l’autodétermination de la Crimée est présenté comme une planche de salut. À Moscou, on organise même des concerts de soutien pour les pauvres Criméens, et l’agression russe y est célébrée comme un geste d’amitié envers les petits frères ukrainiens, lesquels, toujours d’après les médias russes, seraient menacés par des bandes (de nazis, il va de soi!) puis les journalistes russes de comparer le « référendum » criméen avec celui de l’indépendance écossaise, comme pour mieux convaincre de son bien-fondé. La Russie intervient donc au nom de l’ordre et du droit, tel le chevalier blanc de la Justice sauvant la Crimée, bout de terre russe qui allait tomber aux mains des bandéristes (comprenez : des collabos ukrainiens).

Le sujet favori des chaînes russes, les fameuses bandes armées de prétendus « nationalistes ukrainiens ». Sur ces images, diffusées le 1er mars 2014 sur Rassiya 1, des pseudo-bandéristes dotés de kalachnikovs et de lance-grenades dernier cri. Aucune trace des tirs, les munitions étaient à blanc. Mais devant les caméras russes et occidentales on donnait l’impression que la Crimée était au bord de la guerre civile…
 
Intoxe n°2 : Chaos, violences, les « maïdanistes » sont des anciens de Tchétchénie.

Depuis trois mois, l’extrémisme des Ukrainiens est mis en vedette sur les chaînes russes. Le pays est aux mains d’un petit pasteur baptiste (Tourtchynov) et de l’homme des Américains, Yatsenyouk. Ce pouvoir est bien entendu illégitime. Toute opposition à ces « usurpateurs » est réprimée dans le sang. Une vague de violence politique submerge l’Ukraine, comme celle de la foule « nazie » qui s’abat sur le gouverneur de Volhynie, attaché sur une estrade, humilié, arrosé. Des images diffusées sur toutes les chaînes. Ou encore celles prises à Lviv, quand les « CRS » ukrainiens du Berkout demandent pardon à genoux au peuple ; scène un peu médiévale il est vrai, mais qui n’est pas une humiliation imposée, contrairement à ce qu’affirment les commentaires.

Naturellement, à chaque fois qu’on prononce le mot Ukraine, c’est pour parler de pillages, d’incendies, de vandalisme, de lynchages ; contre les gens, les églises, les « régionaux » et même les communistes ! Et toujours perpétrés par ces fameux « bandéristes ».

Mais dans tout bon scénario, il faut un héros : c’est Poutine. Et surtout, un antihéros : Yarosh, le type qui est apparu bien après le début des manifestations, à la tête du mystérieux « Secteur de droite », dont personne ne sait rien d’ailleurs. Alors les Russes ont sorti un autre « joker », Sachko Bily (alias Alexandre Mouzytchko). Depuis deux semaines Télé-Putine martèle ces images, où on le voit armé d’une kalache, partant à l’assaut du Conseil régional de Rivnè, justement en Volhynie. On montre ensuite le procureur de la ville molesté… Or ce Sachko est aujourd’hui accusé d’avoir torturé, dit-on, des soldats russes en Tchétchénie 2. Mais tout s’explique alors. L’ennemi est le même depuis vingt ans. CQFD !

Intoxe n°3 : Les oligarques ont repris le pouvoir uniquement pour s’enrichir.

Les nouveaux gouverneurs de régions sont déjà catalogués comme « oligarques », ce qui suffit à les discréditer. Comme si la Russie se portait mieux de ce côté-là… Mais il y en a un qui a suscité chez notre nobélisable héros des commentaires en direct. « Il a même roulé Abramovitch » (l’ennemi de Poutine, exilé à Londres et mort depuis…) Cette putinesque remarque à propos de l’oligarque israélo-ukrainien Ihor Kolomoyskyi, nouveau gouverneur de Dnipropetrovsk, a au moins le mérite de souligner la contradiction fondamentale de la propagande moscovite. Car de deux choses l’une : ou bien le nouveau pouvoir est nazi et donne la chasse aux Juifs, ou bien il n’a rien d’antisémite et nomme entre autres des hommes d’affaires juifs aux postes clés. Poutine défait lui-même sa propagande.

Intoxe n°4 : L’ouest fomente un coup d’État

Dès le début des protestations, la télévision russe prit des accents de Guerre froide. L’Euromaïdan ne pouvait être qu’un complot de l’Ouest. On annonce que les États-Unis ont débloqué pas moins de cinq milliards de dollars (!) et que le fondateur d’Ebay en personne a mis la main au portefeuille. On appelle le dénommé Scott Rickard, un soi-disant ex-agent de la NSA, pour l’affirmer. Ça fait plus vrai. On rappelle sans cesse que le territoire ukrainien est quadrillé par des militaires occidentaux et que les services spéciaux américains forment les manifestants. Des mercenaires de BlackWater, armée privée composée de barbouzes yankee, sont dépêchés sur place pour former les radicaux à la guérilla urbaine.

Intoxe n°5 : Pas d’accord possible.

Les journalistes russes ne cessent de répéter que les Ukrainiens n’ont pas de paroles et qu’il est donc inutile de traiter avec eux. Ils accusent le nouveau pouvoir d’avoir foulé aux pieds l’accord du 21 février par lequel il s’était engagé à enquêter sur les actes de barbarie perpétrés durant la répression. On colporte même des rumeurs, selon lesquelles les snipers auraient tiré aussi bien sur la foule que sur les forces de l’ordre, théorie du complot allant cette fois en faveur d’un des membres de la coalition au gouvernement.


Il y a quatre ans,  le Traître organisait un défilé de la Victoire à Kiev. Un 9 mai pour la première fois célébré avec des troupes moscovites. 65 ans après la capitulation du III° Reich, et presque 20 ans après la chute de l’empire rouge, la botte russe frappait de nouveau le sol kiévien. Ce n’était qu’une cérémonie du souvenir, mais l’image comportait déjà quelque chose de prémonitoire. La reconquête de l’Ukraine – puisque c’est ici que la Russie est « née », nous dit la propagande russe – est d’autant plus urgente qu’elle risque de s’otaniser, voire de se renucléariser.  C’est l’erreur fondamentale de Putine qui vient de pousser l’opinion ukrainienne vers l’engagement et la dézombification. Je dis bien l’engagement et non la radicalisation. Je suis très curieux de voir comment vont se dérouler les cérémonies de la Grande Guerre Patriotique cette année, à présent que les chevaliers blancs de « l’antifascisme » ont clairement fait entendre qu’ils pouvaient revenir en Ukraine ramasser leurs éperons perdus… ◊

  1. Fait confirmé par les résultats électoraux du 25 mai 2014: dans la région de KHARKIW, son fief, le « candidat de l’est » Mikhaïl Dobkine est battu par le « candidat de l’Ukraine une et indivisible », Pierre Porochenko, qui l’emporte partout ailleurs dès le premier tour dans l’est et surtout le sud.
  2. Quoi qu’il en soit, il est mort depuis, sans doute assassiné par les services ukrainiens lors d’une arrestation musclée, le 25 mars 2014

Maïdan Propagande russe


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