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Taras Chevtchenko 
Raconté par un Français 
By PanDoktor Posted in Etudes & Dossiers, Lettres on 18 février 2014 21 min read
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Que sa toque de berger ne t'induise en erreur, jeune lecteur. En son pays la renommée de ce poète surpasse celles des prophètes, et son œuvre a traversé tant d'époques qu'elle semble à jamais pérenne. Le panthéon des grands Ukrainiens s'est ouvert à lui comme s'ouvre la rose chaque matin. Tant la masse des Ukrainiens l'adule et le festoie, qu'on serait presque tenté de dire (comme jadis Balzac au sujet de Victor Hugo) – n'en parlons plus! Et en effet, que pourrions-nous encore ajouter au sujet de Taras Chevtchenko qui ne fût déjà dit?

On pourrait tout d’abord se demander ce qu’est un poète national, puisque c’est ainsi qu’on le qualifie. Je ne crois pas que l’expression existe en France. On dirait quelque chose de folklorique. Des poètes régionaux, oui, il en existe, mais pas de national. En France, ce sont les poètes maudits qu’on aime, c’est Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, qui nous surprennent à chaque fois qu’on les lit. Personne n’aurait idée de les appeler sous les drapeaux de la poésie française, bien que plusieurs d’entre eux soient régulièrement panthéonisés. C’est très différent en Ukraine, où la parole longtemps fut un acte. Ecrire en ukrainien au XIXe s. vous plaçait immédiatement dans la catégorie des maudits. Comme quoi, il n’y a pas tant de différences en vérité.

Taras Chevtchenko, c’est un peu le verbe ukrainien incarné. Rêvant d’une Ukraine à jamais disparue, il est finalement devenu l’artisan d’une Ukraine à venir. D’où cette interrogation: et si, de « simple » créateur, sa place dans l’histoire du peuple ukrainien n’avait été plutôt celle d’un véritable démiurge fabricateur de mondes? Après tout, les Ukrainiens le disent bien eux-mêmes par ironie: Chevtchenko fit l’Ukraine, Franko 1 la peupla! Chevtchenko, un faiseur plus qu’un rêveur? Ce serait bien la première fois qu’un pur poète prenne la place d’un héros national. En tout cas, en Ukraine comme en diaspora, on le célèbre toujours comme tel, et malgré toute la hauteur de ses piédestaux installés de par le monde 2, sa renommée internationale paraît encore trop humble.

Taras Chevtchenko 
Taras Chevtchenko (1814-1861)

Il faudrait mettre en parallèle ce paradoxe avec l’ignorance qui entoure généralement l’Ukraine en tant que nation. Hier encore, on l’appelait Petite Russie, Ruthénie, Armée Zaporogue; était-ce une région, une république, une plaine ou un véritable pays? C’est aujourd’hui le plus grand Etat d’Europe en superficie, mais pour certains, elle demeure sa plus grande supercherie… Elle a pourtant fait toutes les guerres possibles pour être et durer, mais sa culture, demeurant inconnue ou mésestimée, y compris dans ses propres frontières, ne lui permit pas de prendre sa place à la Table des nations. Les Polonais n’avaient pas d’Etat, mais ils avaient Chopin. Les Allemands sont descendus très bas, mais ils ont Jean-Sébastien… On me demande: et les Ukrainiens, ont-ils une musique, une littérature? Je réponds qu’ils ont tout. Ils manquent juste d’interprètes.

Le premier biographe de Chevtchenko était français

Nous y voilà. Les passeurs de la culture ukrainienne sont une denrée rare. C’est pourquoi ils sont tout aussi importants que le matériau importé. Ainsi d’Emile Durand, qui fut le premier en France et pour ainsi dire dans le monde à consacrer une biographie à Chevtchenko. Mais il faudrait commencer par actualiser le titre de son article: Taras Chevtchenko, poète national de l’Ukraine, plutôt que de la Petite Russie. Ledit poète était déjà, de son vivant, l’élu de toute une nation, et pas simplement l’interprète de sa beauté, comme se contentaient de l’être tant d’autres. Du reste, il ne l’appelait jamais Petite Russie, mais Ukraine, et sa voix profonde portait jusque dans la Grande 3, à Saint-Pétersbourg principalement où dans certains milieux éclairés, plusieurs intellectuels ukrainiens faisaient autorité. Ces hommes avaient connu Taras dans sa jeunesse et avait juré sur la même bible 4, faisant le serment de ne jamais trahir leurs idéaux.

Ils demandaient la même chose que les républicains français à la même époque. L’abolition du servage et de la monarchie. Celle-ci ne devait tomber que bien plus tard, en 1917. Quant au servage, c’est à dire l’esclavage des paysans, il allait officiellement disparaître près d’une semaine avant la mort de Taras Chevtchenko, survenue en mars 1861. C’était le grand combat de sa vie, c’était sa vie tout court, lui qui ne vécut en homme libre qu’un dixième de son existence. Mais depuis quinze ans qu’il séjournait au royaume des poètes, aucune biographie n’avait été publiée à son endroit. Quelques récits, des souvenirs, des anecdotes, en russe ou en ukrainien, mais de biographie proprement dite – non point. A l’exception peut-être d’une seule, celle que réalisa V. Maslov 5 en 1874 dans une revue moscovite. Deux ans plus tard seulement, c’est à un érudit français, Émile Durand 6, que nous devons la première approche biographique raisonnée. Et c’est grâce au même Français que pour la première fois dans l’histoire des Lettres, un poète ukrainien se faisait connaître en Occident.

Par l’intermédiaire de la Revue des Deux Mondes, où parut l’histoire de sa geste, Taras Chevtchenko ne tarda pas à devenir une énigme à lui seul. Mais d’où tirait-il sa force de poète? Ce qui intriguait le biographe français, c’était le tour de force. Etre lu dans les salons pétersbourgeois, soit, était un honneur, mais être récité par cœur dans les campagnes au même moment, c’était du jamais vu. Comment le fils d’un paysan-serf avait pu se hisser au sommet et devenir, pour ainsi dire « en vers » et contre tout, le père spirituel de toute une nation? Et pourquoi tenait-elle à transmettre, en dehors de toute institution, son verbe sacré? Comment cet autodidacte avait-il pu subjuguer les Anacréons de salon et porter à leur place l’auguste laurier des poètes? Tenait-il droit sur les hanches solides de la rime, ou sa vie de malheurs confondue à celle de son peuple, suffisait-elle à émouvoir? Avait-il été l’homme juste, le sage pieusement écouté des masses asservies, ou derrière sa statue votive se cachait un tout autre génie? L’étude d’Émile Durand se proposait de le découvrir…

Paru en 1876, le texte que nous publions (dans le prochain billet) s’inscrit dans une décennie française enfin curieuse des choses ukrainiennes, au moment même où dans l’Ukraine moscovite la langue littéraire ukrainienne était frappée de prohibition 7. On dénombre, entre 1874 et 1884, pas moins d’une quinzaine de publications françaises au sujet de l’Ukraine, dont une d’Alfred Rambaud, historien réputé et bras droit de Jules Ferry. Décennie française d’autant plus remarquable qu’après l’alliance franco-russe, à la fin du siècle, il n’y en aura plus d’autres. Ce chemin sera donc perdu, mais grâce à lui d’autres s’ouvriront dans le monde anglo-saxon 8. A titre d’exemple, la première biographie originale de Chevtchenko à paraître en anglais 9 ne sera publiée que dix ans plus tard. Son auteur, Richard Morfill, demeure pour l’histoire le premier slaviste du monde anglophone à avoir reconnu l’Ukraine comme entité culturelle distincte de la Russie.

Mais la science avait dit son mot, à ce sujet, plus d’un demi-siècle auparavant. Le slovène Franc Miklošič et toute une génération de slavistes quarante-huitards avaient révolutionné l’approche de l’ukrainien et des langues slaves en général. En Autriche justement (et par conséquent en Prusse et dans le monde germanophone) l’intérêt pour l’Ukraine vint donc plus tôt, la Galicie ukrainienne étant depuis 1773 rattachée à la couronne habsbourgeoise, et surtout, la question des « nationalités » s’y étant réveillée sous l’impulsion des Slaves d’Europe centrale et balkanique. Un des plus grands poètes slovaques, Pavel Safařik, n’eut pas à attendre le sacre d’un Taras Chevtchenko pour découvrir, dès 1837, que les Ukrainiens formaient une nation à part entière.

Taras Chevtchenko 
Emile Durand Gréville (1834-1914) par Henner

Emile Durand-Gréville n’était pas avide de notoriété, mais homme d’esprit universel, lettrés jusqu’aux moelles, polyglotte polymathe, bien que vivant à peine de son art, il pouvait tour à tour signer une recherche en climatologie, traduire Tourguéniev et en bon bénédictin des arts analyser Rembrandt! Sa femme, sous le nom de plume d’Henry Gréville, connaissait un certain succès grâce à des romans pour dames inspirés de leur séjour en Russie; lui-même avait un peu enseigné (à Saint-Pétersbourg). Mais au moment de publier sur Chevtchenko, Émile Durand avait déjà quitté l’empire des tsars, où après avoir entendu le poète, il avait eu à cœur d’apprendre sa langue. Rare égard, y compris chez nos contemporains.

Franc républicain, de conviction laïque, Émile Durand était surtout hanté d’un suprême idéal; une passion exigeante et purement esthétique, ne laissant aucune place pour le compromis; à ses yeux, la poésie devait demeurer vérité supérieure à toute autre; aussi n’accorda-t-il jamais trop d’importance à ce que les autorités pétersbourgeoises eussent pu penser de ces écrits ukrainiens ou – comme on disait en ce temps-là – petits-russiens. Dans le cas fort probable où ses pensées ne s’accordassent tout à fait avec la presse de toutes les « Russies », Durand-Gréville se gardait en revanche de toute polémique avec certains de ses héros exilés 10: ainsi de Tourguénieff, en qui il avait une foi inébranlable. Du reste, Émile Durand traducteur rendit d’infinis services aux lettres russes, bien plus que celles-ci ne le lui en rendront jamais… Tourgueniev excepté.

Censuré à cause de ses idées progressistes, l’ami russe de l’intelligentsia française avait justement laissé quelques souvenirs sur le poète ukrainien, souvenirs dont Émile Durand allait largement s’inspirer. Souvenirs, c’est beaucoup dire, « impressions » serait plus juste: Tourguéniev et Ševčenko se croisèrent quelques fois, mais ne devinrent jamais intimes. L’Ukrainien, malgré son russe parlé sans accent, ne partageait guère la russophilie parfois béate d’un Emile Durand; à tout le moins, le libéralisme de la noblesse russe, ou passant pour tel, le laissait perplexe. L’abolition du servage (dans les campagnes quasi féodales), la République sociale, la Fraternité slave, le progrès humain, l’anticléricalisme, et la science, la culture, l’histoire retrouvée, tout cela était dans les gènes communs aux progressistes russes et ukrainiens, exceptée peut-être, la condescendance. Tourguéniev ricanait, en privé, des épiques poèmes idéalisant la cosaquerie ukrainienne; Chevtchenko s’en était piqué…

Pourtant, ses cosaques et ses paysans en rébellion n’ont rien de grotesque; ce ne sont pas ceux de Repine. Tout le contraire même, en ce qu’ils ont d’impitoyable; ils sont du peuple, précisément, comme leur créateur, même si Chevtchenko crée une illusion littéraire: personne en Russie ne redoutait le paysan ukrainien. Quant aux Zaporogues, ce n’étaient qu’ombres du passé. A cette différence près, toutefois, qu’elles incarnaient le principe mâle, fier et téméraire qui manque à ce jour au pays des steppes, jadis sauvage. L’Ukraine femelle, souvent dépeinte comme une fille abusée et malheureuse, – singulièrement dans les œuvres de Chevtchenko – intéressait davantage les Grands-russiens. Aujourd’hui encore, c’est une image qui perdure dans les médias (Femen, affaire Oksana Makar, affaire Tymochenko, etc.).

Taras Chevtchenko 

Nullement rancunier, mais voulant sans doute porter un coup à ses racines seigneuriales, Tourguéniev allait par la suite racheter sa « faute », participant de tout son talent à l’édition complète du Kobzar, unique recueil des poèmes chevtchenkiens. Acte d’autant plus remarquable que l’époque virait au nationalisme grand-russien. En haut-lieu, on condamnait 11 une langue qui, disait-on sans craindre les paradoxes, n’existait pas! Cette première édition complète du Kobzar – historique à tout point de vue – vit le jour à Prague, alors austro-hongroise, quelques mois seulement avant la parution de l’article d’Emile Durand dans l’une des meilleures revues de l’époque. Pendant ce temps en Ukraine et en Russie, les poèmes bannis des autres éditions circulaient encore en douce sous forme manuscrite… Ils n’allaient être autorisés que dans les premières années du XXe siècle, soit plus de quarante ans après la disparition de leur auteur. Le biographe français n’allait lui-même jamais les voir de son vivant. L’édition praguoise en deux volumes 12 qu’il avait sous les yeux au moment d’écrire son étude, était donc encore à moitié interdite; à moitié, car seul le premier tome avait reçu le visa des censeurs.

Précédée d’une courte introduction géographique, l’étude d’Émile Durand comprend trois parties. La première décrit l’histoire et la situation linguistique des Ukrainiens; la seconde, assez émouvante, s’attarde sur la vie du peintre et poète; la troisième enfin, traite de l’œuvre poétique. La conclusion est au fond la plus décevante. La dimension politique et prophétique de l’œuvre, bien comprise dans le reste de la biographie, cède soudain à une sorte de caprice romantique, aussi imprévisible qu’un orage de montagne. Mais nous le disions à l’instant, Émile Durand était lui-même pétri d’un romantisme « désengagé » et comme à rebours de son temps. Après la perte de l’Alsace-Lorraine, une sorte de lyrisme national et patriotique s’était emparé des plumes françaises; l’esprit de « revanche » et l’idéologie officielle de la nouvelle République leur en fournissaient l’encre et le papier. Un peintre alsacien comme Jean-Jacques Henner, par exemple, était considéré comme un peintre franco-alsacien, avant d’être considéré comme un peintre tout court. Émile Durand, qui était son ami, ne comprenait que trop bien cette injustice, et c’est peut-être ce qu’il avait voulu éviter à Chevtchenko. Surtout, ne pas suivre le troupeau!

Pourtant, cette Alsace perdue, Henner la peignit avec la même douleur qu’un Chevtchenko nostalgique de son Ukraine. Le biographe français n’entendait que trop bien ce parallèle et voulut passer outre. Le sort de l’Ukraine, aussi triste soit-il, n’était peut-être pas de nature à émouvoir assez le lecteur français; soit au contraire, que le patriotisme chevtchenkien appelait, au fond, non pas à la guerre, mais à une certaine tolérance. Quoi qu’il en soit, Emile Durand préféra miser sur l’aspect le moins national de l’œuvre chevtchenkienne. Il n’avait pas tout à fait tort: la grandeur d’un poète ne fait pas la grandeur d’un pays. Et après tout, Cicéron n’avait-il pas fait lui-même l’éloge de la tendresse et des larmes?

Mais, presque un demi-siècle plus tard, et pour les mêmes raisons qu’auparavant, les Ukrainiens vouent toujours au barde un culte indépassable. Et l’Ukraine ne tient pas encore debout… Serait-ce un peu leur « béquille » qu’ils adulent? On a perdu la force: vive l’esprit! Il y a un peu de cela bien sûr, et le biographe français l’avait bien pressenti. C’est sans doute pourquoi Emile Durand choisit de traduire 13, pour illustrer la biographie, un portrait féminin (Marianne) qui n’a rien à voir avec ce pourquoi Chevtchenko est demeuré « grand » à ce jour. La manière du poète national ukrainien se reconnaît dès les premiers vers, comme du reste sa peinture. Il excelle en effet dans le portrait idéalisateur. Mais si Taras Chevtchenko n’avait péché par la satire du tsarisme et les sauvages chevauchées dans la steppe révoltée, l’innocence convenue de sa petite paysanne aurait été une grave erreur…

Quant à la philosophie profonde qui se dégage de l’œuvre, elle n’entre dans aucun des grands systèmes; c’est sans doute ce qui en assure la pérennité. On dira simplement qu’elle donne l’espoir d’une autre vie pour l’Ukraine, en en portant la foi très haut. L’humble conteur ne fut pas qu’un prêcheur, toute sa vie durant Chevtchenko resta fidèle à lui-même, jusque dans son apparente « rusticité » d’homme du peuple, poète et patriote. Ses petits poèmes mignons sur la beauté de la campagne ne sont rien en regard de ses vers les plus radicaux. De nos jours encore, le joug qui asservissait le paysan « russe » demeure peu connu en France. Pouvait-on, avec un tel génie, se contenter de regarder, pleurer et se taire ? 14

Nous y reviendrons dans un billet prochain, car les barricades qui poussent enfin à Kiev, c’est un peu le grand Taras qui les a faites. Ce n’est pas le poète des hommages naïfs à la justice et à la tendresse humaine qui nous fascine, mais le peintre du feu, de la chair et du sang. ◊

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  1. Le « second » sur la liste des poètes nationaux.
  2. 1,100 au total, record mondial pour un poète!
  3. Il n’y eut jamais de Grande ni de Petite ni de Blanche Russie. Ruthénie Mineure et Rutnénie Majeure sont les véritables termes. Le subterfuge consista pour les Moscovites à s’accaparer le nom même de l’empire Kiévien, la Rous. Au XVIIe s. les cosaques ukrainiens qui créait leur Etat, avaient repris ces termes, du reste créés au Moyen Age par les Byzantins pour distinguer le territoire de l’Eglise moscovite de celui de l’Eglise ruthène, mais cette fois en leur donnant un sens politique fort. Englobant toute l’Ukraine ethnique (l’ancienne Ruthénie méridionale), l’expression limitait le hetmanat (c’est-à-dire l’Etat cosaque ukrainien) à une portion certes “mineure” de l’héritage ruthène, mais elle permettait avant tout de le faire reconnaître implicitement des Moscovites. Par la suite « Rous » devint « Rassiya », la Russie, sous l’effet d’un emprunt à l’ukrainien littéraire et de la prononciation spécifiquement russe du mot d’origine grecque Rossia, Ruthénie. Mais contrairement à l’idée généralement répandue, Petite Russie n’est pas une invention moscovite; c’est une traduction erronée de Maloròssia (mala voulant dire petite). Malorossia découle elle-même de Mala Rous’, qui n’est autre que la Ruthénie Mineure, métropole ecclésiastique de l’empire ruthène. L’expression s’est forgée sur le modèle de Petite Grèce (par opposition à Magna Graecia, ses colonies) en ce que l’Ukraine était au Moyen Age le centre de l’empire, et la Moscovie ainsi que les autres territoires aujourd’hui « russes », ses colonies.
  4. Celle de la société secrète « Cyril et Méthode ». Parmi la centaine de membres et sympathisants de la Confrérie, seule une infime minorité, emmenée par Chevtchenko, prônera sans ambages la révolution comme moyen, et l’indépendance comme condition. L’ensemble du groupe restera le plus souvent cantonné à des principes à la fois religieux, républicains et nationalistes. Progrès social et culturel du citoyen, essor et indépendance des nations slaves dans l’unité, instruction et justice pour tous, abolition de la peine de mort, du tsarisme, des castes, du servage; christianisation progressive de l’humanité, d’où la référence aux apôtres des Slaves que furent Cyril et Méthode, frères dans tous les sens du terme, référence également au terme de confrérie (bratstvo), directement lié aux organisations d’autodéfense orthodoxes en butte à la polonisation (XVI-XVIIe s.) Les kyrylo-méthodiens seront d’abord attachés à un messianisme national confiant au « bon » peuple ukrainien, instruit par ses propres misères, la charge de libérer les Polonais de l’aristocratisme et les Russes de leur propre tyrannie. En attendant, Nicolas Pavlovytch (Nicolas Ier, réputé libéral) exilera tous ces « agitateurs » sans perdre de temps en procès… Mais bien trop tard: la confrérie avait déjà sonné le tocsin du réveil ukrainien et d’autres organisations, encore plus politisées, allaient reprendre le flambeau.
  5. V. Maslov biographia Chevtchenko dans la revue « Gramoteï », dont le rédacteur en chef était un ancien de la Confrérie Cyril et Méthode, Nicolas Savytch, francophile convaincu.
  6. A ne pas confondre avec le musicologue.
  7. Voir Oukase d’Ems.
  8. John Austin Stevens. Chevchenko — the National Poet of Little Russia. In « The Galaxy » T. 22. N0 15 (octobre 1876), pp. 537-543. | A South Russian Poet. In « All the Year Round », T. 18, N. 440 (5 mai 1877), pp. 220-224. | The Peasant Poets of Russia. In « The Westminster Review », T. 58, N. 1 (juillet 1880), pp. 63-93. | F. P. Marchant, Taras Grigorievitch Shevchenko — an appreciation. In « The Anglo-Russian Literary Society. Proceedings », T. 18 (mai, juin, juillet 1897), pp. 5-21.
  9. William Richard Morfill, A Cossack Poet. « Macmillan Magazine », T. 53, N. 318 (avril 1886), pp. 458-464.
  10. Un exilé ukrainien, Michel Drahomaniv (Dragomanov) l’aida également, comme il aida de manière décisive Elisée Reclus dans la rédaction du volume de la monumentale Géographie Universelle consacré à la Russie des tsars.
  11. L’oukase d’Ems de 1876 est une directive secrète émanant du tsar Alexis II apparaissant encore de nos jours comme l’une des opérations antiukrainiennes les plus lourdes de menaces. Cet oukase fut signé à Bad-Ems, petite ville balnéaire de Rhénanie prisée de l’aristocratie russe…
  12. Le Kobzar, poésies complètes de Tarass Grigoriévitch Chevtchenko, 2 vol. in-8°, Prague 1876
  13. Les premières traductions de l’œuvre chevtchenkienne sont en russe, grâce à Nikolaï Herbel en 1856, du reste rédacteur du Kobzar sorti en russe quatre ans plus tard, soit encore du vivant de l’auteur. On trouve en anglais, un demi-siècle plus tard, celles de la romancière Ethel Lilian Voynich, une Britannique qui apprit l’ukrainien à Lviv, alors en Autriche-Hongrie, par où transitait la littérature interdite en Russie… Elle est la fille du célèbre mathématicien George Boole et la petite nièce de George Everest (cartographe qui donna son nom au toit du monde!).
  14. Vers tirés de « J’ai grandi à l’étranger », poème de 1848. Chevtchenko s’y faisait autobiographe, relatant sa longue absence de quinze ans, passée hors d’Ukraine au service d’un seigneur.

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