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Le paisible atome soviétique
By PanDoktor Posted in Non classé on 26 avril 2017 3 min read
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J’adore cette phrase ukrainienne d’avant l’Indépendance: radianskéï mérnéï atom. Le paisible atome soviétique. Une phrase presque musicale, bien mieux taillée pour les déclamations d’un théâtre de plein air que pour les slogans d’idéologies à bout de souffle. Il est vrai qu’atome pacifique ou nucléaire civil soviétique aurait été des traductions plus adéquates, mais pour l’extérieur. Pour l’intérieur, il fallait du paisible, oui, du tranquille, du genre « qui ne fait pas peur » même en temps de paix.

Tout doux en somme, cet atome soviétique, doux comme un agneau, avec quatre pattes – pas une de plus, pas une de moins ! – puis, quand l’atome soviétique se fit moins paisible après ce beau week-end d’avril 1986, on se mit à le vilipender. On lui crachait son nuage radioactif à la gueule; espèce de sale Tchaès ! qu’on disait. C’est le sigle pour TCHornobilska Atomna Elektro-Stantsia: centrale nucléaire de Tchernobyl.

J’adore cette phrase ukrainienne d’avant l’Indépendance: radianskéï mérnéï atom. Le paisible atome soviétique. Une phrase presque musicale, bien mieux taillée pour les déclamations d’un théâtre de plein air que pour les slogans d’idéologies à bout de souffle. Il est vrai qu’atome pacifique ou nucléaire civil soviétique aurait été des traductions plus adéquates, mais pour l’extérieur. Pour l’intérieur, il fallait du paisible, oui, du tranquille, du genre « qui ne fait pas peur » même en temps de paix. Tout doux en somme, cet atome soviétique, doux comme un agneau, avec quatre pattes – pas une de plus, pas une de moins ! – puis, quand l’atome soviétique se fit moins paisible après ce beau week-end d’avril 1986, on se mit à le vilipender. On lui crachait son nuage radioactif à la gueule; espèce de sale Tchaès ! qu’on disait. C’est le sigle pour TCHornobilska Atomna Elektro-Stantsia: centrale nucléaire de Tchernobyl.

Le paisible atome soviétique
Mosaïque monumentale devant l’Institut de cancérologie à Kiev. Halyna Zoubtchenko & Hryhoriy Pryched’ko (1970-1971). Pas pire que les « fresques » du forum des Halles dans les même années…

Avant l’accident, le doux atome soviétique, c’était le saint chrême. On n’y touchait pas. Il nous libérait de la superstition et nous apportait le progrès. On le célébrait à travers des mosaïques monumentales, il allait faire des miracles. Et pourtant, il nous avait prévenu le père Jean, dans son Apocalypse : Et au troisième jour tombera l’Absinthe, l’amère étoile qui empoisonnera le monde. C’est une phrase que j’aime moins. En ukrainien, l’absinthe noire et blanche qui constelle les alentours de la centrale de Tchernobyl s’appelle justement… tchornobél.

Sortirons-nous un jour de nos superstitions ? Il faudrait déjà pouvoir sortir du nucléaire. Sujets délicats que j’abandonne à vos réflexions, petits bourgeois du césium !

Le paisible atome soviétique
« Un printemps à Tchernobyl » d’Emmanuel Lepage. Un très bel album de bande dessinée consacré à Tchernobyl.

Ô mon paisible atome soviétique, tu es devenu le méchant atome ukrainien et ton semblable japonais de Fukushima t’a offert il y a six ans une bougie qui t’éclaire mieux que mille discours. Souffle bien tes bougies, petit atome, et quand nous aurons fini de boire ton absinthe, puisses-tu t’éteindre à jamais.

Nucléaire Tchernobyl


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