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Sept sur onze...
La plupart des candidats à la présidentielle sont pro-Kremlin. La Russie n'a pas vaincu l'Ukraine, mais elle a vaincu la France.
By PanDoktor Posted in Europe on 21 avril 2017 9 min read
Le paisible atome soviétique Previous Elysée Reclus Next
D'après les sondages, deux tiers des Français voteront pour un candidat moscoutaire au premier tour. Seul 1 Français sur 10 votera pour un candidat résolument opposé à la politique russe en Ukraine et en Syrie. 

D’après les derniers sondages, 66% des Français voteraient pour un candidat favorable à la Russie. Une première historique lors d’une élection française. Première fois également que des candidats évoquent un nécessaire changement de frontières en Europe orientale, – celles de l’Ukraine il va de soi. Jean-Luc Mélenchon a été le premier à le déclarer clarâ voce lors d’un débat télévisé. En septembre 2014, le plus ukrainophobe des candidats avait voté contre l’accord d’Association UE-Ukraine. Quatre ans plus tôt, il avait vitupéré contre les Lituaniens pour les mêmes raisons, cette fois en leur demandant en prime d’aller se faire foutre (SIC). Mais le 20 mars dernier, le champion de l’extrême gauche touchait au fondement même de la paix en Europe. Lors du débat entre les cinq candidats majeurs de la présidentielle, Mélenchon évoquait sans barguigner une conférence de la Paix de sorte à modifier les frontières héritées de l’Urss. 1 On s’en doute, au bénéfice de la Grande-et-Sainte…

Sept sur onze...

Le Front National ouvertement financé par Moscou demeure toutefois le parti dont le point de vue sur l’Ukraine coïncide encore le plus avec celui de la Russie. D’une part, sa base militante à en juger par les réseaux sociaux, est celle qui ressemble le plus aux communistes français des années 50. Mais surtout, l’expansion territoriale et plus généralement la domination prônée sans ambages par Poutine face à la faiblesse de l’Ukraine et plus généralement de l’Occident font aujourd’hui partie intégrante de l’agenda frontiste. Comme le 16 mars 2014, lors du « référendum » durant lequel des élus FN se déplacèrent dans la péninsule occupée pour faire partie de ces étranges « observateurs occidentaux » invités par on ne sait trop qui. De même, au parlement de Strasbourg les votes apportés par la France en faveur de la Russie sont toujours à majorité FN. 2

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Marine Le Pen en Crimée, 2013

La position médiane semble être incarnée par un Emmanuel Macron représentant à lui seul 70% du potentiel électoral non-moscoutaire. Son quart d’intentions de vote au 1er tour en fait le seul non-aligné sur Moscou parmi les grands candidats. Mais le jeune présidentiable a l’air tout de même flottant sur la question. Le ralliement de Dominique de Villepin et de François Bayrou (ex pro-Ukraine) ainsi que la présence de Jacques Attali parmi les proches conseillers du candidat confirment les doutes à ce sujet. Macron s’entoure de moscoutaires notoires tout en accusant Moscou de lancer des fakes et des cyberattaques contre lui. En janvier 2016, alors qu’il était encore ministre de l’Économie, Macron s’était pourtant déplacé à Moscou pour y promettre une levée des sanctions si la Russie réglait le conflit avec l’Ukraine. Il n’exprimait là que la position du gouvernement Valls, mais ce geste n’était pas sans signification diplomatique dans la perspective des présidentielles 2017. De plus, en février dernier, la journaliste Laurence Haïm, porte-parole d’Emmanuel Macron, assurait que le site de la campagne En Marche ! avait été attaqué par « des gens venant d’Ukraine ». Aujourd’hui, le candidat se pose en partisan du dialogue avec Moscou… Poutine ne demande pas mieux. Lui offrir la parole, c’est reconnaître sa suprématie.

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La fine équipe en Syrie : Mariani, Dhuicq, Lassalle

Au final, seul 1 Français sur 10 est susceptible de voter pour un non-moscoutaire en béton. La seule position tranchée contre la politique russe en Ukraine et en Syrie est tenue par le socialiste Benoît Hamon et les deux trotskistes attardés, traditionnellement hostile à Moscou – excepté Mélenchon comme nous l’avons vu. Mais le discours du PS n’étant qu’une posture sans aucune résonance réelle avec la cause ukrainienne, il n’y a sans doute aucun candidat capable de comprendre ce qui se joue actuellement sur les frontières orientales de l’Europe. Néanmoins, Benoît Hamon est le seul à avoir contredit l’idée d’une conférence russo-européenne au sujet des frontières de l’Ukraine.

L’influence de la Russie sur les élections américaines, qu’elle soit financière ou… informatique, se prolonge donc dans les élections françaises. La plupart des candidats – sept sur onze ! – sont chargés de faire passer et d’entretenir dans les médias cette idée que la Russie n’intervient en Ukraine « que parce qu’elle y est contrainte », ou encore que « tout est la faute des Européens », et ainsi de suite…

« Je n’ai aucune complaisance pour des gouvernements comme ceux de l’Ukraine, peuplée de racistes, peuplée de néonazis, qui ont le front de porter encore les étendards que l’on a vus sur nos occupants! » Tout ça pour dire que la France devait sortir de l’Otan… (J.-L. Mélenchon, 17 décembre 2016, en Martinique)

A cet égard, une partie des LR collabore largement avec Moscou. A commencer par leur candidat officiel, François Fillon, qui semble avoir pris la place de Marine Le Pen dans la wish-list du Kremlin, y compris après sa chute dans les sondages. Son ralliement au Kremlin est plus ancien que celui du FN. En novembre 2008 déjà, alors que la Géorgie venait d’être agressée et que la journaliste Anna Politkovskaïa, comme bien d’autres, avait été assassinée, il déclarait en sa qualité de Premier ministre français que la Russie était aujourd’hui une démocratie. Était-ce sous l’influence de ses collaborateurs, Jean de Boishue et Igor Mitrofanof, zélés russophiles? Quoi qu’il en soit, deux ans plus tard, François Fillon lors d’une rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine, rassurait la partie russe au sujet des Mistral, navires de guerre vendus par la France avec les systèmes de combats navals les plus performants du marché. Selon François Fillon et malgré l’avis contraire de l’Amirauté, ce transfert de technologies ne posait aucun problème. Problème autrement plus sensible que ses emplois fictifs, mais qui s’en préoccupe ?

Fillon prend ouvertement position contre l’Ukraine. Son dernier message d’affidé du Kremlin date d’hier soir : « Personne ne peut nier que la Crimée est un territoire historiquement, culturellement, linguistiquement russe ». Si! les Tatars génocidés, et accessoirement les Ukrainiens. Mais ô surprise, le même affidé déclarait quelques secondes plus tard que cette question devait incomber à une commission de l’ONU. Le problème, c’est que l’ONU a tranché depuis le tout début de l’agression russe en faveur de l’Ukraine. Seuls quelques États voyous ont soutenu Moscou. 3 En novembre 2016, l’ONU se prononçait sur les persécutions des Tatars de Crimée occupée et condamnait « les exactions, mesures et pratiques discriminatoires exercées par les autorités d’occupation russes« .

Le groupe d’amitié franco-ukrainien de l’Assemblée Nationale n’est lui-même pas épargné par le forcing russe. Les LR comme Mariani, Balkany et consorts ne seraient-ils pas plus à leur place dans le groupe d’amitié franco-russe? Même problème au Sénat avec un groupe d’amitié franco-ukrainien comptant à présent une minorité de membres fermement pro-sanctions. Notons qu’en juin 2016 le Sénat a voté la levée progressive des sanctions contre la Russie par 302 voix et à peine 16 voix contre. Une capitulation parlementaire qui allait déjà à l’encontre de la position de principe européenne.

Ce n’était au début qu’une poignée de parlementaires conservateurs, dont Jean Lassalle, venue en Crimée pour souligner l’action « pacifique » de la Russie juste après son intervention en Syrie. C’est aujourd’hui 7 candidats sur 11 à la présidentielle. La Russie n’a pas vaincu l’Ukraine, mais elle a vaincu la France. Après tant de pressions et d’investissements d’un bout à l’autre du continent, elle attend maintenant de la part des Européens un signal. La France est la première à lever le drapeau blanc. ◊

NSM

  1. «Je veux être le président de la paix et faire une conférence de sécurité de l’Atlantique à l’Oural. Il faut qu’on rediscute de toutes les frontières issues de l’ancienne Union soviétique. Rien ne sert de se montrer armé jusqu’aux dents contre la Russie, mieux vaut discuter». (…) «Il faut qu’on rediscute de toutes les frontières. La frontière entre la Russie et l’Ukraine, est-elle à la fin de la Crimée ou avant? Je n’en sais rien. On doit en parler.»
  2. Voir à ce propos ces quelques listes de députés collabos.
  3. Le 27 mars 2014, à l’ONU cent pays du monde entier faisaient adopter une résolution soutenant l’intégrité territoriale de l’Ukraine et déclaraient le pseudo-référendum organisé en Crimée par des dirigeants criméens autoproclamés, sans légitimité démocratique et installés par des militaires russes armés, comme illégal, illégitime, nul et non avenu. Seuls 11 votèrent contre: Russie, Corée du Nord, Syrie, Soudan, Zimbabwe, Venezuela, Nicaragua, Cuba, et Bolivie.

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  1. « L’objectif de Vladimir Poutine, c’est de restaurer la Grande Russie, parce que c’est selon lui la condition de survie de son pays. Est-ce qu’il cherche notre affaiblissement ou notre disparition? Je ne le crois pas.  »
    Emmanuel Macron, président de la République, 21 juin 2017.

    « Or la vraie difficulté avec le processus de Minsk, c’est que l’Ukraine est elle-même en train de dévier.  »
    Emmanuel Macron, candidat à la présidence, 5 mai 2017.

  2. Rencontre Macron-Porochenko aujourd’hui à l’Elysée. Ce qu’il ressort de la conférence de presse est assez positif, non pas en soi, mais par rapport à ce qu’on craignait.

    Apparemment Macron n’a pas dit autre chose que des banalités (mais cela fait tellement plaisir à certains qu’il ne soutienne pas ouvertement Poutine qu’on fait des hourras et des ouf de soulagement).

    Aujourd’hui on aura le bilan quotidien de l’Etat major : un mort, ou deux, ou trois, et quelques blessés graves ? Qu’importe, l’Ukraine doit aussi faire des efforts, nous dit Macron.. Et juste après avoir dit que l’Ukraine était bien l’agressée.

    Bref, l’Otan a clairement identifié l’agresseur il y a trois ans déjà, mais aucun responsable européen n’a eu le courage de s’appuyer sur ce constat pour mettre au point une réponse efficace. On laisse l’Ukraine aller dans le mur toute seule. Après tout, si c’est son choix de préférer les accords de Minsk…

    Et c’est vrai après tout : pourquoi donc opérer un virage à 180° alors qu’il suffit de laisser l’Ukraine partir dans le mur toute seule ? Pourquoi donc s’embêter, alors que « dénoncer » le gros méchant loup tout en laissant l’agneau à sa merci est bien plus facile ?

    Sous la bonne garde des bergers de l’OSCE (aveugles et sourds depuis le début) surtout ne pas remettre en cause Minsk II, ne pas livrer d’armes, ne pas envoyer d’instructeurs. Surtout ne pas être une puissance mondiale, mais juste faire semblant.

    Et cerise sur le gâteau, une « formule Macron » toute sarkozienne : « Un processus réussit à trouver une issue heureuse quand tout le monde fait des efforts ». (Bref, le coup de Sarko en 2008 avec la Géorgie.) 🙂

    On ne peut pas faire plus ambigu que Macron avec Porochenko ce matin (toujours la fameuse ligne en S) :

    1) « Il faut savoir d’où on vient aussi, l’agression n’est pas ukrainienne ».

    Ok, ça c’est très bien, bon, c’est juste la ligne Otan depuis le début, mais passons.. C’est la suite qui est complètement contradictoire.

    2) « On sait qui a déclenché la chose et pourquoi on en est là. Maintenant on doit en sortir, (…) et on doit en sortir avec des éléments de fait dans le cadre d’un accord qui a été établi, en le suivant de près et en s’attachant à ce que les deux parties puissent respecter ces accords ».

    Voilà, donc l’Ukraine est l’agressée, la Russie est l’agresseur, c’est dit clairement, mais on ne peut rien faire pour l’agressée à part l’aider à accepter les conditions de l’agresseur..

    Où bien ai-je mal compris ? Quoi qu’il en soit mieux vaut la rupture des « négociations » que cette énième humiliation.

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