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PanDoktor
Ukraine, la chute démographique 
  
By PanDoktor Posted in Etudes & Dossiers, Sciences politiques on 19 juin 2017 23 min read
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En un quart de siècle, l’Ukraine a perdu plus de six millions d’habitants. Elle accuse un des taux de croissance naturelle les plus alarmants de la planète. Avec un environnement politique et historique comparable à celui de la France au XXe siècle, sans alcool et sans génocide, l’Ukraine aurait pu compter 100 millions d’habitants aujourd’hui. 

Réduite à quelque 42,9 millions d’habitants d’après les dernières projections de la DSSU, l’Office statistique national d’Ukraine, les experts expliquent cette débâcle démographique par un solde migratoire négatif combiné à un déficit naturel hors normes. En Ukraine, le rapport naissances/décès est inversement proportionnel à celui de la France. 1 L’accroissement naturel négatif y bat des records. La différence entre le taux de mortalité et le taux de natalité tourne aux alentours de -0.6 % depuis plusieurs années, soit l’un des taux d’accroissement naturel les plus déficitaires à l’échelle mondiale. En à peine 25 ans, la crise démographique et les pertes territoriales ont coûté à l’Ukraine environ 10 millions d’habitants, soit un habitant sur cinq. 2

Ukraine, la chute démographique 
Tetyana Yablonska, « Le Printemps »

Avec un solde migratoire constamment négatif, surtout entre 1994 et 2002, l’Ukraine ne parvient pas à compenser la chute de sa natalité. La Russie et le Bélarus connaissent le même péril d’effondrement démographique. En 2007, Vladimir Poutine avait même qualifié la démographie chancelante du pays de problème le plus grave de la Russie moderne. L’effondrement de l’État et de la confiance populaire, la brutalité des mutations économiques et sociales, mais surtout l’impéritie sanitaire ont partout causé les mêmes dégâts. Dans les trois républiques, les mêmes causes ont produit les mêmes effets.

L’assainissement de l’économie ukrainienne et l’apparition d’un solde migratoire positif seraient-ils à même de stopper cette chute vertigineuse ? A considérer l’exemple russe et bélarus, on pourrait en douter. En dépit de leur solde migratoire positif, les voisins slaves de l’Ukraine ne sont pas encore sortis de la spirale de la dépopulation. Leur taux de fécondité est encore inférieur au seuil de renouvellement des générations (théoriquement fixé à 2,05 enfants par femme) tandis que leur taux de mortalité ne plonge toujours pas. Pour résumer, les trois républiques « sœurs » comme on les appelait jadis, ont un taux de natalité comparable aux pays occidentaux, mais un taux de mortalité équivalent aux pays les moins développés.

Ukraine, la chute démographique 
Tetyana Yablonska, « Les Moissons »

Quelles que soient les mesures prises par les différents gouvernements, comme les fameux 10.000 € de Poutine pour les mères de plus d’un enfant, la crise est structurelle. Les jeunes femmes nées durant l’agonie de l’Urss sont à présent en âge de procréer, mais il y en a relativement peu. En Ukraine les femmes de 20-40 ans sont un peu plus de 8 millions, elles ne seront plus que 5 millions dans une génération. 3

L’Indépendance n’y est
(presque) pour rien

La crise démographique en Ukraine est antérieure à l’éclatement de l’URSS. Dans les trente années qui précédèrent la chute du communisme, l’accroissement naturel du pays était tombé de +13,06 à +0,6 % et toujours à l’instar des deux autres républiques slaves, le taux de fécondité avait marqué une baisse significative dès les années 1970-1980, arrivant en dessous du seuil réel de renouvellement qui est de 2.10 enfants par femme. Tournant le dos à l’aveulissement soviétique de la fin du siècle, l’an 2000 allait inaugurer une décennie sans commune mesure: le taux de fécondité des Ukrainiennes allait remonter, encore lentement, mais légèrement plus vite qu’en Russie, malgré une économie ukrainienne plus chaotique, un PIB par habitant deux fois moindre et des « aides » à la natalité plus modestes que celle du plan Poutine (plan naïvement rendu crédible en France par les éternels relais de la propagande moscovite). 4

Sans doute l’attitude démographique dépend-elle d’une multitude de facteurs qui ne sont pas uniquement liés au bien-être matériel, aux facteurs socio-économiques ou à la politique familiale. Il faudrait pouvoir percer les secrets de l’inconscient collectif pour comprendre des phénomènes aussi contradictoires. Après tout, c’est sous l’Occupation que le taux de natalité des Français s’est réveillé après deux décennies de recul, et c’est paradoxalement au moment le plus favorable à la famille que l’indice a recommencé à chuter, à la fin des années 1940. Travail, Famille, Patrie : suffirait-il d’un basique slogan pour redonner des enfants à l’Ukraine ?

La confiance en l’avenir, bien le plus rare des nations développées

Les choses risquent d’être un peu plus compliquées… Lâchons le mot: il faudrait un « miracle » démographique pour que les Ukrainiens retrouvent d’ici une quinzaine d’années le niveau de population qui était le leur à l’Indépendance (52 millions d’habitants). Cette victoire symbolique sur le spectre morbide du vieillissement, voire de l’auto-éradication si la situation actuelle s’éternisait, ne leur apporterait pas forcément la richesse, mais à tout le moins une part de confiance en l’avenir, qui est le bien le plus rare des nations développées.

Traduit en chiffres, ce « miracle » équivaudrait à une hausse annuelle des naissances de 110 % et un taux de natalité comparable à celui des pays musulmans… Une révolution culturelle en somme qu’ils ne sont pas près d’accomplir. En 2011, 5 % seulement des couples ukrainiens désiraient trois enfants, et la majorité (60 %) n’en désirait qu’un, condamnant la génération suivante à un déclin précipité. Mais après tout, si l’Ukraine désire moins d’enfants, c’est qu’elle a ses raisons que la raison (d’État) ignore. La femme, qui est la clé de tout, subit la « rationalité » managériale et la « rentabilité » en entreprise, l’irresponsabilité masculine en ménage et – pour finir ici une liste qui serait trop longue – la « modernité », qui n’est pas toujours son amie.

La perte d’image de la mère au foyer, la désacralisation du mariage, l’instabilité des couples, le pessimisme croissant des foyers quant à la possibilité d’offrir une vie et surtout une éducation meilleures aux nouvelles générations, ainsi que le démarrage tardif (et plus rare) de la vie conjugale, – tout cela ne favorise guère l’avenir, en tout cas tel qu’on le dessine sur les tableaux statistiques. La « crise » y est bien pour quelque chose, la moitié des ménages ukrainiens se disant en situation de précarité, mais explique-t-elle à elle seule la baisse du désir d’enfant ? Et l’instinct même de conservation, voire de conservation de la Famille ou de la Nation (au sens le plus large du terme) sont-ils eux-mêmes en crise ?

Ukraine, la chute démographique 
Golombievska, Les moissons, 1936 (soc-réalisme)

Quoi qu’il en soit, la dépopulation en Ukraine passe surtout par le défaut de santé, à la fois des corps et des couples. L’Ukrainienne vit plus longtemps, mais son corps tombe malade relativement tôt ; moins résistants, les hommes meurent prématurément à cause de maladies parfaitement évitables. La Russie et l’Ukraine sont depuis longtemps les championnes européennes du taux de mortalité, occupant en juin 2011 le 5e et le 6e rang mondial, juste après le Nigeria. Ce taux de mortalité pourrait-il descendre de manière significative si l’État, précisément, remplissait sa mission ?

Un peu d’histoire…

Au XIXe siècle, les Ukrainiens étaient réputés aussi féconds que les fameuses terres noires. Leur taux de natalité était deux fois plus important qu’en France (50 naissances pour 1000) puis il s’est mis à chuter à une allure beaucoup plus rapide. Sur un siècle, le taux de natalité a baissé de 50 % en France, mais il a été divisé par quatre en Ukraine ! Pour autant, les Ukrainiens ont toujours démontré une formidable capacité de rebond en ce domaine. Mieux, leur formidable vitalité démographique et agricole fut à l’origine d’une expansion pacifique vers le Sud et l’Est, élargissant peu à peu les bases de leur territoire ethnique à partir du XVIIe siècle. Conquête d’autant plus étonnante qu’elle s’est faite pratiquement sans État national.

Au début du XXe siècle, en Europe seule l’Allemagne comptait plus d’habitants que l’Ukraine. Le territoire ethnique ukrainien était le plus étendu d’Europe – comparable à la France et la Grande-Bretagne réunies. A en croire les statistiques soviétiques, l’optimum démographique jamais enregistré sur un territoire ukrainien fut atteint dans la seconde moitié des années 1920, période relativement libérale et particulièrement faste pour l’agriculture ukrainienne, alors composée de petites fermes familiales. La proportion de terres arables par habitant est encore de nos jours la plus forte parmi les pays européens. Entre 1924 et 1929, l’excédent naturel atteignit 22 ‰ par an, malgré la Première Guerre mondiale et la guerre dite civile qui suivit.

La Seconde guerre mondiale et le génocide ukrainien ont littéralement laminé la démographie ukrainienne

Après cette éphémère renaissance ukrainienne (qui fut aussi culturelle) arrivent les taux de mortalité les plus forts jamais enregistrés en Europe. La Seconde Guerre mondiale (9 millions de morts) et le génocide ukrainien (6 millions) ainsi que deux autres famines ont littéralement laminé la démographie ukrainienne. Dans un environnement politique et historique comparable à celui de la France, l’Ukraine aurait atteint au moins cent millions d’habitants à l’orée du XXIe s. On peut estimer ses pertes directes et indirectes pour le siècle entier à 45 millions de personnes, dues essentiellement aux guerres, répressions et famines. 5

Dès la fin des années 1950, le taux de fécondité des Ukrainiennes est devenu l’un des plus bas d’URSS (2,3) et s’est trouvé sous le seuil de renouvellement des générations à partir des années 1970, un phénomène continental de part et d’autre du « rideau de fer ».

Une crise européenne,
mais avec des disparités régionales

Parmi les « grands » d’Europe, seules la France et la Grande-Bretagne affichent un solde naturel positif (+0,5) tout en restant encore sous le seuil de renouvellement des générations. D’autres pays d’Europe occidentale arrivent à compenser leur déficit naturel par un flux migratoire plus ou moins positif. Selon les scenari optimistes, ils devraient reprendre leur croissance démographique, mais uniquement avec l’apport étranger. En 2007, l’immigration de personnes venant de l’extérieur de l’Union européenne représentait déjà 80 % du taux de croissance démographique.

En France, à s’en tenir à la pyramide des âges, l’excédent naturel qui était de 3,4 ‰ en 2013, devrait continuer à diminuer. D’ici une génération, voire plus tôt, le solde migratoire pourrait bien devenir le premier moteur de la croissance démographique. A cet égard, particulièrement inquiétante est la situation de l’Italie, qui doit désormais sa croissance démographique aux seuls étrangers, dont une bonne moitié arrivant de Roumanie. 6

D’après l’INED, dans la France des années 1990, le taux de fécondité pour les femmes nées en métropole était négatif (1,65) – tout à l’inverse de celui des immigrées, qui était largement positif (2,50) sauf pour la frange originaire d’Europe. Avec 1,68 enfants par femme, les Européennes arrivées en France battaient de peu les Françaises natives et se montraient relativement plus fécondes que dans leur pays d’origine. Néanmoins, elles étaient très en deçà de la frange non-européenne de l’immigration, principalement nord-africaine et subsaharienne, dont l’indice moyen était alors de 2,61 enfants par femme.

En France, la dépopulation ne touche qu’une seule région, la Champagne-Ardenne, qui pourrait bien tomber à -2 % de croissance d’ici une trentaine d’années si la tendance se confirmait. En Ukraine, les régions les plus touchées par ce phénomène sont historiquement les plus lourdement industrialisées, comme celle de Donetsk et de Dnipropetrovsk, bien que leur taux de mortalité élevé soit à rapprocher d’autres causes. Kiev, en revanche, est en pleine croissance démographique, y compris hors immigration. Idem pour la Transcarpathie 7 et la région de Rivne dans l’ouest du pays. Bien que plus répandues dans les régions occidentales, les maladies chroniques sont en moyenne plus virulentes dans l’est de l’Ukraine.

Maladies

Si depuis 2004 la première cause de décès en France est le cancer (dont celui du poumon chez la femme) – en Ukraine, où la durée de vie est plus courte, c’est l’alcool. En 2004, près de 40.000 décès étaient dus à une cirrhose du foie, contre 18.000 décès par accident de la route liés ou non à l’absorption d’alcool. En France, l’alcool est tout de même la deuxième cause de mortalité évitable (après le tabac), mais sa consommation est en baisse constante depuis 30 ans, ce qui n’est pas le cas en Ukraine, notamment chez les jeunes adultes.

A en croire la Banque mondiale, dans la tranche des 18-40 ans, l’hypertension atteint un Ukrainien sur trois dans l’est, et près d’un sur deux dans l’ouest. Aujourd’hui, un Ukrainien sur cinq âgé entre 18 et 25 ans est hypertendu, soit trois fois plus qu’en Roumanie. En Ukraine, comparé à la moyenne européenne, le tabagisme est plus fréquent (36 % de la population) de même que l’alcoolisme, qui touche de près ou de loin un Ukrainien sur cinq, avec un record mondial pour l’alcoolisme des mineurs ; enfin, la sédentarité (environ 10 % de la population, surtout féminine) devient un phénomène de plus en plus fréquent. De manière générale, le taux de mortalité en Ukraine pourrait être divisé par deux si les deux principales causes de décès – tabac et alcool – étaient évitées.

En moyenne, on meurt deux fois plus en Ukraine qu’en France

Le tabagisme comme principale cause de décès n’a pas beaucoup évolué ces vingt dernières années, même s’il est légèrement en hausse en Ukraine et légèrement en baisse en Europe. En Ukraine, il demeure cependant très supérieur à la moyenne européenne, d’environ 37 %, avec une hausse plus marquée chez les femmes.

Juste après l’Estonie, l’Ukraine est le pays européen où l’alcoolisme fait le plus de ravages. Chez les femmes, il cause davantage de décès qu’en 1990 ; depuis 1998, il dépasse même la moyenne européenne. Chez les hommes, pas d’évolution notable en Ukraine, mais en Europe. A partir de 1992, l’alcoolisme y tue moins qu’en Ukraine. A noter qu’en Ukraine les personnes dépendantes à l’alcool consomment surtout de la vodka (ou un autre alcool fort), ce qui expliquerait leur plus grande mortalité.

La tuberculose (maladie des prisons) opère un retour spectaculaire, en Ukraine comme en Russie, avec un taux dix à douze fois supérieur à la moyenne des pays développés. Chaque année, 10.000 Ukrainiens meurent de cette maladie qu’on croyait vaincue ; dans les régions méridionales et orientales du pays, son taux de mortalité dépasse les 30 pour 100.000, un chiffre que les experts expliquent par la co-infection sida-tuberculose. D’après l’ONU, les diagnostics annuels de cas de VIH en Ukraine auraient plus que doublé depuis 2001. La séropositivité des adultes en Ukraine serait la plus élevée d’Europe.

Au total, en 2004 plus de 470.000 décès étaient dus aux seules maladies de l’appareil circulatoire. C’est presque autant que le nombre de décès comptabilisés en France, toutes causes confondues. En moyenne, on meurt deux fois plus en Ukraine qu’en France.

Émigration, annexion,
occupation, exil

L’émigration économique favorise d’autant plus la dépopulation que la tranche d’âge concernée est la plus apte à procréer. Les Ukrainiens émigrent principalement vers la Russie et la Bélarus, les deux seules républiques de l’ancienne URSS à bénéficier d’un solde migratoire positif (entre 0,3 et 0,4 ‰). En consultant les données de la Banque mondiale, on constate que les Ukrainiens détiennent un autre record: celui du transfert d’argent opéré de pays à pays par des migrants européens (bilateral migrant stocks). La somme des opérations s’élève à 6,5 milliards de dollars. Or, c’est de Russie vers l’Ukraine que ce flux est le plus important – 3,5 milliards de dollars, soit onze fois plus qu’à partir des États-Unis ou de la Pologne. La Russie compenserait donc son déficit démographique par l’afflux de main-d’œuvre ukrainienne. Le plus étonnant est que l’inverse se vérifie également: en 2010, les transferts d’Ukraine vers la Russie représentaient près de 3,7 milliards de dollars.

En ce qui concerne l’Europe des 28, les Ukrainiens sont largement en tête des naturalisations dans les pays culturellement proches comme la Tchéquie, la Slovaquie ou la Pologne; ce doit être également le cas dans les Pays baltes, où l’émigration en provenance de l’ancienne URSS demeure pratiquement la seule. L’Europe méridionale, plongée dans une crise de natalité aussi violente qu’inédite, fait également appel aux Ukrainiens.

Ukraine, la chute démographique 
Nature, travail et simplicité sont les recettes du bonheur d’après Zola…

Pour attirer vers elle les migrants ukrainiens, la Russie emploie comme a son habitude les méthodes les plus dévastatrices. Elle qui a toujours compté d’énormes trous géo-démographiques en quantité excessive, trous qu’elle a essayé de combler il y a quelques années encore par un programme de retour au pays en ponctionnant dans les républiques voisines, elle s’attaque maintenant aux territoires voisins. Avec l’annexion de la Crimée et la guerre du Donbass, la Russie va bénéficier (au moins statistiquement) d’un afflux de main d’œuvre russe et ukrainienne théoriquement encadrée par divers programmes publics. Comme dit l’adage, à tout malheur est bon, et de ce point de vue, les réfugiés d’Ukraine tombent à pic. Encore qu’en pratique ses « réfugiés » créés de toute pièce par Poutine lui-même soient reçus assez froidement en Russie, pays où les aides publiques se font partout attendre. Tout dernièrement, la Chine avec laquelle la confrontation économique et géographique promet d’être intéressante tout au long de l’Amour, s’est mise à exiger de Moscou la permission de faire venir sa propre main-d’œuvre sur les territoires agricoles russes loués en Sibérie. Les Russes sont désormais incapables de la lui fournir. 8 Cette colonisation chinoise est donc directement liée au déficit démographique de la Russie, notamment en Extrême Orient.

Quelles solutions ?

Depuis 2005, un solde migratoire positif semble adoucir la chute démographique qui fut particulièrement brutale après la fin de l’Urss. Mais les véritables mesures natalistes portant sur les capacités financières des ménages et la santé des hommes en âge de procréer se font attendre. On a vu quelques primes distribuées après la Révolution orange en 2005, mais elles ont leurs limites, sauf dans les campagnes les plus délaissées. Dix ans plus tard, la dénatalité perdure et plus personne ne semble chercher de solution, a fortiori en temps de « guerre » et de crise budgétaire. On parle au contraire des carences démographiques comme autant d’alibis justifiant les déficits publics en matière de santé ou de retraites. On parle même de normalité, trop de naissances engendrant plus de pauvreté. Or c’est précisément le manque de soins et de prévention, ainsi que la faillite des infrastructures en général qui aggravent les conditions de la natalité. Quant aux naissances, il n’y en a pas « trop » – mais pas « assez », ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

Une des clés du problème semble se trouver dans la politique urbaine et les conditions d’accueil des nouveau-nés

Les familles ou les sociétés sans enfants étant vouées à disparaître, on ne voit pas comment on pourrait se satisfaire de la fausse solution migratoire de type Union européenne, laquelle engendrera à terme plus de problèmes qu’elle ne semble en régler à première vue. Or, l’image de la famille traditionnelle et nombreuse, souffrant quelque peu de boursouflures épiques en Ukraine comme dans la plupart des pays occidentaux, seul un élan vers la vie pourra infléchir la tendance. Une révolution qui part une fois de plus d’Ukraine occidentale, où les villes sont en général plus jeunes, plus petites et surtout plus saines qu’à l’est, tant sur le plan social qu’écologique. On notait en 2008 une moyenne de trois membres par foyer en Galicie, Volynie et Transcarpahie, pour moins de 2.5 dans le reste de l’Ukraine. Seules 37,8 % des familles ukrainiennes possédaient au moins un enfant, alors qu’à l’ouest du pays l’indice était supérieur de 10 à 15 points.

Il peut s’agir d’illusions statistiques, mais cet élan vital s’est pour la première fois traduit en chiffres en 2012, lorsque le nombre d’enfants fut pour la première fois supérieur d’une année à l’autre. Mais une des clés semble se trouver dans la politique urbaine et les conditions d’accueil des nouveau-nés. L’indice de fécondité augmente dans les campagnes, alors qu’il baisse dans les villes. 9

Documentation :

  • Rapport de la Banque mondiale sur les raisons de la surmortalité en Ukraine.
  • Une analyse comparative : France-Ukraine, des jumeaux démographiques que l’histoire a séparés (France Meslé, Gilles Pison et Jacques Vallin)
  • Une analyse historique de la démographie ukrainienne publiée en 2003 par l’INED : Mortalité et causes de décès en Ukraine au XXe siècle (France Meslé, Jacques Vallin)
  • Une foule de cartes et de statistiques [ukr.]

NSM (2015)

Couverture : Journal TV de la chaîne ukrainienne TSN

  1. 344.000 décès pour 232.000 naissances seulement.
  2. En mars 2015, l’Ukraine sans la Crimée ni les territoires occupés comptait officiellement 42.873.583 habitants. Ils étaient 52.244.100 en 1993, Crimée et Donbass inclus.
  3. Fichier xl de l’Agence statistique ukrainienne, en anglais.
  4. En Ukraine, le taux de fécondité n’avait cessé de chuter à la fin du millénaire, passant de 1,9 enfants par femme en 1989 à 1,1 en 2001. Il remonte depuis une quinzaine d’années et se trouvait en 2013 à 1,5.
  5. Forte d’au moins cent millions d’habitants, le rapport de force entre l’Ukraine et la Russie, qui compte 115 millions de Russes ethniques, n’aurait pas été le même…
  6. A ce propos, la Transcarpathie, une région d’Ukraine accolée à la Roumanie et qui se distingue par un solde naturel en hausse par rapport à la plupart des autres régions d’Ukraine, abrite également la plus grande communauté tsigane du pays. D’après certains, l’aide financière aux familles – fortement accrue ses dernières années – ne serait peut-être pas étrangère à la surfécondité des Roms. En réalité, l’attitude démographique de ces minorités traditionnellement prolifiques a toujours effrayé le gadjo. Ce sont surtout les problèmes sanitaires et la surmortalité qui s’accroissent dans les camps, alors qu’ils sont en baisse constante dans le reste de la population transcarpatique. D’après la presse ukrainienne, 80 % des enfants souffrant de phtisie en Transcarpathie seraient d’origine tsigane. S’ils reçoivent la première piqûre de BCG en maternité, ces pauvres enfants vivant dans des taudis totalement insalubres manquent souvent la deuxième, étant peu ou mal scolarisés. C’est le cas en France également, où à peine 42 % des Roms sont vaccinés, d’où une mortalité néonatale 5 à 9 fois supérieure à la moyenne nationale. Comme nous le verrons plus bas, les maladies infectieuses gagnent du terrain en Ukraine comme en France.
  7. V. note plus supra.
  8. D’après le journal chinois Huanqiu, il ne s’agit que d’une première étape, 115.000 ha de terres cultivables dans le kraï de Transbaïkalie, région jadis peuplée de Mongols daours. Si l’expérience réussit, 200 ha supplémentaires seront loués aux Chinois en 2019. Pour l’anecdote, le mot Kytaï en russe et en ukrainien provient des Khytans, ancêtres des Mongols daours. Aujourd’hui la région est peuplée de Russes essentiellement et de quelques Bouriates.
  9. En 2013, l’indice de fécondité était supérieur à 2 dans les régions d’Odessa et de Transcarpathie, il atteignait même 2,50 en Volynie. A contrario, il était au plus bas dans les zones urbaines de Louhansk, avec 1.28 enfant par femme, ou encore 1.23 dans la région de Soumy.

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  1. Quelques données mises à jour :

    42.300.723 millions d’habitants en mai 2018 sans le Donbass ni la Crimée occupés. 42.467 juillet 2017. 42.928 janvier 2015. 45.469 juillet 2013 avec le Donbass et la Crimée. 47.658 décembre 2003.

    Près d’un quart de la population perdue depuis 1989. Et… 0.542,5 million depuis la publication de cet article en 2015, l’équivalent de Ternopil, Tchernivtsi et Drohobétch disparues en l’espace de trois ans!

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