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Un révisionniste arrive, tous aux abris !     
Chroniques de la vieille diaspora (10) 
By Philippe Naumiak Posted in Chronique, Mémoire on 7 octobre 2019 16 min read
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Choc et polémique à Paris

Après un colloque sur la « Shoah en Ukraine » avec Volodymyr Vyatrovych

Votre aimable serviteur est abonné à une revue universitaire consacrée aux totalitarismes, génocides & crimes de masse & à la mémoire qui s’y attache. La revue ne manque pas de sérieux, même si parfois certains s’écoutent s’écrire entre eux, du style : « Le chemin est ténu, mais il s’agit là de travailler sur l’universalité. Comme ces formes mathématiques qui, du fait même de leur abstraction, trouvent des applications en des endroits différents, parfois inattendus. » Ou encore : « Il recèle un savoir partagé véhiculant des poncifs se faisant passer pour des vérités éternelles et s’affirmant comme tels, sans être sensibles aux réglages du sens commun dont, finalement, son caractère rigide et prétentieux n’en fait que la caricature. » Mais avec deux cachets de Prozac, on surmonte l’épreuve. Plus je prolonge mon abonnement, plus j’ai la désagréable impression, souvent ressentie en France (tiens, tiens…) que le dossier de l’Holodomor tarde à venir et que la famine ukrainienne se fera arlésienne.

Dans cette revue unique, que j’apprécie sincèrement, un papier d’une page et demi, entre deux dossiers passionnants, s’alarmait de la venue à Paris d’un historien ukrainien jugé ‒ ô suprême anathème ! ‒ de «révisionniste». Aie ! Ça faisait tache. Du Ici Paris dans les pages du Monde. J’en frémis encore… Parbleu, serait-ce la nWaffen SS Galicie aux portes de Paris ? Que font les Américains ? Je file me nréfugier dans la cave de mon oncle Rabbi Jacob avec des falafels câchères et des cornichons malossol pas chers. Pourvu que ma concierge russe ne me dénonce pas aux FTP communistes pour avoir flirté avec les gretchens à nattes blondes, auxiliaires téléphonistes de la SS.

D’emblée, ça emboucane l’interminable traque à deux balles de l’Ukrainien antisémite (pléonasme fascisant) et de la téméraire résistivité universitaire française (plaît aux miasmes résistants) face à l’occupation néonazie ukrainienne de Paris. Pourquoi perdre son temps, me diriez-vous, avec un entrefilet sorti de l’entre-fesse crispée d’une universitaire que je soupçonne cocophile ? Si, justement, pour vous montrer qu’en France nous n’en sortirons jamais. De ma première humiliation à l’école élémentaire à aujourd’hui, cinquante ans ont passé et j’en ai la couenne tannée par la doxa ambiante. C’est toujours : « L’Ukrainien d’une illusion » pour paraphraser « Le passé d’une illusion » de François Furet. Le débat est d’emblée impossible, fliqué par la loi du communiste Gayssot et gendarmé par les ligues-start-up subventionnées de la traque antiraciste et anti-antisémitique. Tout propos sur une compréhension du combat des nationalistes ukrainiens ou sur le rôle « de » Juifs dans l’avènement du bolchevisme est d’emblée réduit à un réquisitoire ad Hitlerum. Sur ces sujets, l’université française vous démoule à la chaîne des crânes emboîtés comme celui de cette p’tite universitaire, sans doute en stage de formatage, qui s’est mouché dans le papier glacé de la revue. Un peu comme les préfaces des livres soviétiques où l’auteur devait forcément faire l’éloge de Lénine ou de Staline et exprimer son refus programmé du fascisme.

Venons-en aux faits. Une université parisienne organisait un colloque sur le thème des relations entre Juifs et Ukrainiens au feu de l’histoire. Compte-rendu du con rendu. Je mets entre parenthèses les omissions et mes corrections.

Simon Petliura est un « leader nationaliste » (un Président social-démocrate) assassiné par Schwartzbard (un agent soviétique) en défense duquel s’est créée la Licra (liée au Parti communiste). Étaient présents (selon le barème de la doxa) des historiens reconnus, des chercheurs ukrainiens modérés (sic) et de nombreux Ukrainiens (lisez bien, elle est bonne) venus pour « faire la claque » (moi j’en connais deux qui se perdent). Mais le clou du spectacle, pour notre agent académique mandatée, c’est le jeune historien Viatrovytch qui mène, à son grand regret, la désoviétisation de l’Ukraine (qui tarde à venir en France). Elle l’aime pas celui-là, il lui donne des bouffées de chaleur.

Il est très « controversé » (par qui ?) C’est un « pseudo-scientifique » (t’es bien placée pour juger) contre lequel des universitaires avaient signé une pétition (ça sent la tolérance marxiste). Il n’est même pas qualifié d’historien, limite « être humain », il n’est qu’un « révisionniste », de surcroît « ardent » (un phantasme ?) L’opprobre est jeté. Être révisionniste en France, c’est pire qu’un islamiste pédophile négateur du réchauffement climatique roulant au diesel en plein Paris.

Ce Viatrovytch n’est qu’un « idéologue » (mais elle, non). Qui « glorifie l’OUN, mouvement profasciste qui a soutenu l’Allemagne nazie avant de se retourner contre elle en 1943, puis de revenir à la collaboration un an après » (entre 43 et 44, ils faisaient quoi, du nudisme ?) Il exonère les nationalistes ukrainiens de tout antisémitisme au mépris des sources historiques (lesquelles ?) Il nie la purification ethnique de l’UPA contre les Polonais de Volhynie qui a fait 80.000 victimes (enlève un zéro, tu confonds avec ton compte bancaire). Elle va même jusqu’à supposer que la Volhynie pourrait être un génocide (mais pas l’Holodomor). À cause de ce vilain Viatrovytch, on punit en Ukraine ceux qui exhibent des emblèmes communistes, mais pas les adeptes du nazisme (Facebook est la source de ses âneries).

Le sujet « nauséabond » (forcément) du « judéo-bolchevisme » était présent, dixit notre dinde. L’ancien dissident juif ukrainien et président des associations juives d’Ukraine, qui était présent, y a accusé des Juifs d’avoir collaboré avec le pouvoir soviétique et a cité le pourcentage de Juifs au NKVD. 1 Il est même allé jusqu’à accuser des Juifs d’avoir une responsabilité dans la famine ukrainienne et dans les persécutions soviétiques (là, face à la haine, elle s’est évanouie submergée par ses vapeurs). 2 Non, ce qu’elle aime, elle, c’est les Rouges, les valeureux soldats soviétiques de Staline, ces « six millions d’Ukrainiens qui ont combattu contre les nazis dans les rangs de l’URSS » auxquels reste attachée l’opinion publique ukrainienne contre la réhabilitation de ces « sinistres criminels de guerre » nationalistes ukrainiens (en Ukraine soviétique elle aurait fait un bon procureur). 3 Car en Ukraine « une guerre mémorielle fait rage » (c’est à l’est que sévit la guerre, la rage elle est dans son cerveau) qui « s’invite à Paris » (les gilets bleus et jaunes ?) Elle les aime, ces soudards soviétiques qui ont écrasé sous leur botte la moitié de l’Europe et qui ont, avec la complicité de ses aïeuls sorbonnards, propagé les crimes de masse communistes au Vietnam et au Cambodge. Entre autres. Pour les autres, lisez le Livre noir du communisme.

Moi, je renvoie dos à dos les naziset les communistes. Étudiez donc Hannah Arendt, mademoiselle, vous comprendrez. Le Père Desbois traverse l’Ukraine en 4×4 en quête des charniers juifs tout en louvoyant entre les charniers ukrainiens. Il se fiche des nôtres, lui, mais au moins il ne nous traite pas de nazis ou de gentils communistes.

En se grattant bien le cornet nasal intérieur, elle en a sorti un bulot : « Viatrovytch a inauguré une statue à la mémoire de la poétesse Olena Teliha et une exposition honorant celle d’Ivan Rohatch, deux nationalistes ukrainiens particulièrement antisémites » (peut-on être antisémite de manière non particulière ?) Ce qu’elle oublie de dire,c’est qu’ils ont été fusillés par les nazis à Babyn Yar. Leur particularité serait-elle d’avoir été des antisémites antinazis (pourquoi pas, elle est bien universitaire neu-neu) ? C’est vraiment obsessionnel chez vous, madame. Tous les matins, devant la glace en vous épilant la moustache, vous vous dites que, comme le temps n’épargne personne, il est grand temps de ne pas épargner les personnes antisémites dans les beaux quartiers. Vous dites que l’Ukraine, en réhabilitant ses héros nationalistes, « se donne les verges pour se faire fouetter par Moscou ». Mais Poutine et ses héros staliniens se contrefichent de Bandera pour envahir la Crimée et le Donbass. Cela fait des siècles que la Russie blanche ou rouge fouette les Ukrainiens à coups d’oukases, de famines, de fusillades, de Sibérie et de Goulag. Vous pérorez avec le même baratin que les Le Pen ou autres Mélenchon. Discours très français comme je le disais. Mon père a laissé sous terre en Ukraine une petite sœur morte de faim et son père assassiné par balles par vos chers Soviétiques. Quelques mois passés au kommando de Köln-Buchenwald l’ont dégoutté à jamais de toute forme de socialisme sans lui rendre pour autant sa santé mentale et physique. Certes il n’a pas connu les gazage et crémation des Juifs d’Europe, mais vous êtes qui, vous, pour caqueter ainsi sur le dos des Ukrainiens et les juger collectivement sans rien connaître de leurs souffrances ?

Ce qui est insupportable, chez les gens de vos salons et acabits, c’est l’absence d’empathie, d’altérité. Vous ne pouvez pas concevoir qu’un Juif dénonce le judéo-bolchévisme ou qu’un Ukrainien puisse être nationaliste et préférer entre Charybde et Scylla, celui qu’il pense être le moindre mal. Pour vous le supplétif ukrainien portant l’uniforme allemand reste un « sinistre criminel de guerre », mais vous pardonnez au Juif Kaganovytch d’avoir été le gauleiter de l’Ukraine. Pour vous un Juif est toujours forcément innocent de tout. Il ne peut pas avoir été du côté des bourreaux communistes. En quoi le génocide absolu, extrême, biologique et industriel qu’est la Shoah à Treblinka doit-il faire traiter de « nauséabonde » toute personne même juive qui se risque à dire que les Juifs furent nombreux dans l’avènement du bolchevisme ? Pourquoi, selon vos critères, Primo Levi doit-il faire taire les origines de Trotski, Kaganovytch, Berman et consort ? Cela étant, s’il y eut des supplétifs ukrainiens aux côtés des nazis, aucun n’eut jamais de responsabilité dans l’avènement du nazisme, contrairement à une certaine intelligentsia juive dans celui du communisme. Je marque un penalty dans les buts de vos certitudes.

Votre vision de l’histoire est franchouillarde, manichéenne, arrogante. Normal, vous n’avez jamais connu ces ndilemmes de la survie dans la tourmente des totalitarismes. Mais enfin, regardez-vous, donc sombrer et faites preuve de silence plutôt que de morgue. Vos universités sont en bas de l’échelle des classements internationaux, des groupuscules gauchistes gangrènent les facs publiques, les grandes écoles crottent des technocrates libéro-frics et libertairo-sexes sur le radeau de la méduse se groupant autour des drapeaux rouge ou arc-en-ciel des invertis. Votre plume en est la preuve exprimée. Vous menez une pétition pour faire interdire de parole un jeune historien ukrainien qui, lui, dans sa jeunesse, a connu le communisme quand vous vous baladiez en Coco Chanel à la Sorbonne communarde. Vous n’avez pas honte de vous-même ? Viatrovytch ne nie pas la Shoah, contrairement à vous qui semblez nier l’horreur comparable du communisme. Et si la « révisionniste » c’était vous ?

Mais, une fois la colique néphrétique passée, j’ai trouvé votre article plutôt rigolo. Car franchement, qui vous lit ? Personne. Finie l’époque où la Signoret et son Volodia pouvaient casser de l’Ukrainien à coups d’Apostrophe et de France Loisirs. Internet, la mondialisation, les migrations, la post-modernité ‒ en un mot, le bordel généralisé ‒ ont fermé le couvercle sur ce cabinet d’aisances. La revue tire (à tort, je le déplore) à quelques centaines d’exemplaires et à coups de subventions. La moitié des abonnés la dépose dans les bibliothèques, l’autre moitié ne la lit qu’à moitié faute de temps. Et quant à votre déjection, personne n’a dû dépasser le premier paragraphe, car elle n’y avait pas sa place. Cette lettre sur les réseaux sociaux fera plus de lecteurs.

Je garde le meilleur pour la conclusion. Vous dites que « de nombreux propos tenus ont choqué l’assistance ». Parlez pour vous. Vous êtes choquée, pauvre p’tite chatte ! Mais c’est qu’il lui en faut pas beaucoup à la p’tite dame ! « Choqués » le sont définitivement par balles les crânes des millions de victimes des communistes et de la Shoah par balles. Pas vous qui aimez bien le gros Rouge soviétique. Quelques propos entendus bien au chaud entre l’Iphone et un Starbuckcafé, ont fait « polémique » pour la madame. Pauv’ptite bichette. Mais vous ignorez tout de la polémique et du combat mémoriel. En France, l’historiquement correct a interdit le débat. La Shoah médiatisée écrabouille toutes les mémoires ne laissant aucune miette compassionnelle pour les victimes des autres holocaustes, essentiellementcelles du communisme parmi lesquelles les Ukrainiens ont le premier prix du mépris.

J’ai connu des intellectuels, des témoins et des dissidents ukrainiens qui se sont ulcéré la rate à tenter en France de pouvoir en placer une sur l’Holodomor. En vain. En retour : le knout des pogroms et des supplétifs nazis pour se faire battre. Viatrovytch a eu le cran de venir défendre la mémoire ukrainienne dans ce repaire de mollusques qu’est devenue l’Université dans la ville-cloaque qu’est Paris. Vous en connaissez beaucoup, vous, des universitaires français qui du temps de l’URSS dénonçaient l’Holodomor ? À part Courtois, Besançon et, à rebours, Werth, je ne vois personne d’autre. « Choquée », « polémique », dites-vous. Je ne débattrai même pas avec vous de peur, en vous serrant la main, de sentir une méduse qui ne serait pas foutue de picoter. Si vous étiez un homme, je craindrais de sentir ses fesses sous la paume. En 1981, j’ai pu avoir un visa soviétique pour aller voir ma famille en Ukraine soviétique. J’ai passé une semaine dans un appartement communautaire à faire la queue des heures pour acheter de quoi survivre avec en prime une arrestation suivie d’une courte détention et d’une expulsion d’Union soviétique. Non, certes, ce n’était pas Dachau ou le Goulag, mais c’était un autre « choc » que vos études dans les boîtes à papa huppées…

Pour qui vous prenez-vous pour insulter ainsi tout un peuple en le traitant de méchants nazis ou de braves communistes ? Vous déblatérez sur l’histoire confortablement assise dans un bureau entre deux boulevards parigots. Ce sont des gens de votre espèce qui ont rendu mon père, au demeurant brillant professeur et polyglotte, à moitié alcoolique. Si sa déportation en camp nazi faisait de lui une victime reconnue en France, il a dû refouler sa souffrance du communisme pour ne pas, en retour, subir les mêmes insanités que vous éructez dans votre article.

Des Ukrainiens sont venus « faire la claque ». En uniformes SS, madame ? Elle est pas mal celle-là, vous me plaisez tout de même. En France, nous ne sommes rien, les Ukrainiens, coincés entre l’hypermnésie du nazisme et l’amnésie du communisme, la droite qui bande pour la sainte Russie et la gauche qui chiale la fin des soviets. Mais ce colloque a été la chiure de pigeon sur le boulevard Saint-Michel sur lequel vous avez glissé du haut de vos escarpins. Et ça vous colle à la godasse. C’est, pour nous, le ravissement du pauvre.

(En couverture : Le fameux dessin de David Low, « Rendez-vous« , paru le 20 septembre 1939)

  1. Sur le sujet, lire le livre de Yuri Sletzkine : « Le siècle juif » salué par le Monde, Marc Ferro, et qui obtenu le prix du livre juif américain.
  2. Elle aurait dû prendre un cachet de PADAMALGAM 500 mg disponible en pharmacie depuis la chronique numéro 8.
  3. Je ne donne aucun nom afin de m’éviter la XVIIe chambre du tribunal. Croyez-le bien, ces antifascistes fascisants (donc des Cocos) ne tolèrent aucun débat, cet article le démontre, et les associations gamelardes antiracistes veillent à la prime.

Révisionnisme Viatrovytch


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